L’oeuvre de Pasquale
de’Paoli est exceptionnelle
et on ne
peut que se féliciter de voir
que même les chefs clanistes
profrançais se battent pour
fêter le bicentenaire de sa
mort. Si un jour, ils s’intéressent
vraiment à cette histoire
de la Corse qui n’apparaît
toujours pas dans les programmes
scolaires des écoles
ou des lycées de Corse, ils
s’apercevront que Paoli était
exactement leur contraire.
Un personnage qui a toujours
fait passer les intérêts
de la Corse avant tout. Un
personnage qui était prêt à
tout sacrifier pour que la
Corse puisse être libre. Un
homme d’un charisme certainement
hors du commun et
qui a tant apporté non seulement
à la Corse mais également
à l’Europe et à
l’Amérique. Son oeuvre est
universelle et intemporelle.
Par contre, l’oeuvre des chefs
clanistes corses demeurera
comme l’une des plus grandes
trahisons de notre histoire.
Quelle tristesse d’entendre
ces clanistes implorer
l’Etat français pour qu’il
mette en prison les patriotes
corses qui défendent cette
terre, parfois au péril de leur
vie, souvent au péril de leur
liberté.
L’indépendance
L’oeuvre de Paoli est universelle.
Nommé par la cunsulta du couvent
Sant’Antone di a Casabianca Général
en chef de la Nation corse le 13 et le
14 juillet 1755, Pasquale de’Paoli
déclare immédiatement l’indépendance
de la Corse, au nom du droit
des peuples à disposer d’eux-mêmes.
La cunsulta le charge d’écrire une
constitution. Le simple fait de penser
à en écrire une est déjà un exploit
dans cette Europe du XVIIIe siècle !
Du 16 au 18 novembre 1755, lors
d’une cunsulta à Corti, la constitution
sera proclamée. Elle est l’héritière
de 25 ans de révolutions et
s’inspire des philosophies des
Lumières du début du XVIIIe siècle,
et notamment de Montesquieu. Cette
constitution a pour préambule « le
peuple corse, légitimement maître de
lui-même ». Ceux qui voudraient
aujourd’hui commémorer Paoli
feraient bien de ne pas l’oublier. De
facto, la constitution proclame l’égalité
de tous devant la loi, bien avant
que les révolutionnaires français ne
le fassent. Pendant que la France de
l’Ancien Régime privilégie les
Nobles et emprisonne à tour de bras
sans raison, la Corse indépendante
devient la première démocratie de
type moderne en Europe.
Paoli organise la Corse indépendante
et doit combattre Matra qui
finira par demander l’aide de la
Sérénissime avant de mourir au combat.
La trahison est une constante
dans notre histoire, et Matra n’a rien
à envier aux chefs clanistes actuels
qui sont aux ordres de Paris. Petit à
petit, l’ensemble des pieve de Corse
reconnaît Paoli comme général de la
nation et participent à l’indépendance.
Paoli met en pratique le suffrage
universel et donne même le droit de
vote aux femmes, lorsqu’elles sont
chefs de famille. Rappelons que,
dans la plupart des « démocraties »
actuelles, il faudra attendre le XXe
siècle pour que les femmes puissent
voter. Les Françaises par exemple
auront le droit de vote en 1944 et
voteront pour la première fois l’année
suivante, c’est-à-dire pratiquement
deux siècles après certaines
femmes corses.
Paoli va également doter la Corse
d’une marine, tout en ayant recours à
la course, d’une armée régulière, certes
restreinte, mais l’ensemble des
villages sera mobilisable par tiers en
cas de besoin. Le drapeau corse sera
officialisé en 1762. Une imprimerie
nationale sera créée, ainsi bien
entendu qu’une monnaie, i soldi.
Pasquale de’Paoli ouvrira également
la première université de l’histoire de
la Corse, en janvier 1765. Il accordera
beaucoup d’attention à cette université
et lors des examens au mois
de mai, il tirera lui-même au sort les
sujets et les étudiants feront leurs
exposés devant la cunsulta.
L’Université fermera ses portes lors
de la conquête militaire de la Corse
par les troupes du Roi de France. Les
Corses (enfin certains) demanderont
sa réouverture pendant deux siècles.
Ce n’est que lors du riacquistu que
finalement, et contre l’avis des chefs
clanistes de l’époque, l’Etat français
acceptera la réouverture de cette université
en 1981. Depuis, la mémoire
très courte, les chefs clanistes corses
viennent régulièrement fêter les 10
ans, les 20 ans… de cette université,
comme s’ils avaient combattu pour
sa réouverture ! Mais, rien ne les
arrête eux qui voient en Paoli un
champion de la non violence, de la
Corse française et pourquoi pas de la
disparition de l’identité et de la
Culture corse…
L’exil
Contraint à l’exil après la défaite de
Ponte Novu qui marque la fin sanglante
de l’indépendance de la
Corse, Pasquale de’Paoli sera fêté
dans l’Europe entière et reçu par le
Roi d’Angleterre comme un chef
d’Etat qu’il était.
En 1774, les États-Unis
d’Amérique déclarent leur indépendance.
En 87, ils proclament leur
constitution. Certains n’hésitent pas
à dire qu’elle aurait été inspirée de
celle de Paoli. En tout cas, Paoli est
connu et fêté aux U.S.A. qui rendent
hommage au combattant de la
liberté. Plusieurs villes créées à ce
moment portent son nom et existent
encore de nos jours.
Le retour de Paoli
En 1789, la Révolution française
éclate et ce sont alors les idées de
démocratie et de liberté que nous
avions mises en pratique qui triomphent.
C’est donc logiquement que
Paoli est reçu en triomphe à Paris
par la Convention. Les révolutionnaires
français se battent pour lui
tresser des louanges, et le marquis de
la Fayette lui servira même de guide
à Paris. La Corse accepte à ce
moment de faire « partie intégrante
de l’empire français ». Paoli est
nommé chef de la garde nationale
corse et président du Conseil général.
Mais, dès 1793, c’est la rupture.
Paoli comprend que la révolution est
en train de tomber dans les errements
de la terreur, et s’en détourne.
Cette fois-ci les Anglais qui étaient
restés passifs en 1769 interviennent
militairement pour nous aider à libérer
de nouveau la Corse. C’est la
création du Royaume Anglo-corse,
la deuxième indépendance. Ce
royaume sera un échec car les
Anglais décideront de nommer sir
Eliot, l’un des leurs, vice Roi de
Corse et non pas Paoli, mais malgré
tout cet épisode anglo-corse aura
permis à notre nation d’éviter les
bains de sang de la Terreur tels que
la Vendée a pu les connaître.
Finalement, en 1796, isolés en
Méditerranée, menacés par la campagne
d’Italie du général Bonaparte,
les Anglais quittent la Corse et les
troupes françaises la réoccupent. Cet
épisode est connu dans l’Histoire
officielle comme “la délivrance de la
Corse”, mais en fait, il s’agit d’une
réoccupation qui dure depuis plus de
deux siècles.
S’il reste encore aujourd’hui des
Corses qui se battent pour libérer
notre terre, s’il reste des hommes qui
pensent que l’on peut tout sacrifier
pour la patrie, s’il reste des hommes
qui pensent que la nation corse doit
continuer à vivre, c’est bien parce
qu’ils ont conscience d’être les héritiers
de Paoli et de ses nationaux du
XVIIIe siècle.
Ghjuvan Filipu Antolini