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Articulu di u numaru 22, farraghju di u 2007


Pasquale de’Paoli, Babbu di a Patria (corsa)



L’oeuvre de Pasquale de’Paoli est exceptionnelle et on ne peut que se féliciter de voir que même les chefs clanistes profrançais se battent pour fêter le bicentenaire de sa mort. Si un jour, ils s’intéressent vraiment à cette histoire de la Corse qui n’apparaît toujours pas dans les programmes scolaires des écoles ou des lycées de Corse, ils s’apercevront que Paoli était exactement leur contraire. Un personnage qui a toujours fait passer les intérêts de la Corse avant tout. Un personnage qui était prêt à tout sacrifier pour que la Corse puisse être libre. Un homme d’un charisme certainement hors du commun et qui a tant apporté non seulement à la Corse mais également à l’Europe et à l’Amérique. Son oeuvre est universelle et intemporelle.

Par contre, l’oeuvre des chefs clanistes corses demeurera comme l’une des plus grandes trahisons de notre histoire. Quelle tristesse d’entendre ces clanistes implorer l’Etat français pour qu’il mette en prison les patriotes corses qui défendent cette terre, parfois au péril de leur vie, souvent au péril de leur liberté.



L’indépendance


L’oeuvre de Paoli est universelle. Nommé par la cunsulta du couvent Sant’Antone di a Casabianca Général en chef de la Nation corse le 13 et le 14 juillet 1755, Pasquale de’Paoli déclare immédiatement l’indépendance de la Corse, au nom du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

La cunsulta le charge d’écrire une constitution. Le simple fait de penser à en écrire une est déjà un exploit dans cette Europe du XVIIIe siècle ! Du 16 au 18 novembre 1755, lors d’une cunsulta à Corti, la constitution sera proclamée. Elle est l’héritière de 25 ans de révolutions et s’inspire des philosophies des Lumières du début du XVIIIe siècle, et notamment de Montesquieu. Cette constitution a pour préambule « le peuple corse, légitimement maître de lui-même ». Ceux qui voudraient aujourd’hui commémorer Paoli feraient bien de ne pas l’oublier. De facto, la constitution proclame l’égalité de tous devant la loi, bien avant que les révolutionnaires français ne le fassent. Pendant que la France de l’Ancien Régime privilégie les Nobles et emprisonne à tour de bras sans raison, la Corse indépendante devient la première démocratie de type moderne en Europe.

Paoli organise la Corse indépendante et doit combattre Matra qui finira par demander l’aide de la Sérénissime avant de mourir au combat. La trahison est une constante dans notre histoire, et Matra n’a rien à envier aux chefs clanistes actuels qui sont aux ordres de Paris. Petit à petit, l’ensemble des pieve de Corse reconnaît Paoli comme général de la nation et participent à l’indépendance.

Paoli met en pratique le suffrage universel et donne même le droit de vote aux femmes, lorsqu’elles sont chefs de famille. Rappelons que, dans la plupart des « démocraties » actuelles, il faudra attendre le XXe siècle pour que les femmes puissent voter. Les Françaises par exemple auront le droit de vote en 1944 et voteront pour la première fois l’année suivante, c’est-à-dire pratiquement deux siècles après certaines femmes corses.

Paoli va également doter la Corse d’une marine, tout en ayant recours à la course, d’une armée régulière, certes restreinte, mais l’ensemble des villages sera mobilisable par tiers en cas de besoin. Le drapeau corse sera officialisé en 1762. Une imprimerie nationale sera créée, ainsi bien entendu qu’une monnaie, i soldi.

Pasquale de’Paoli ouvrira également la première université de l’histoire de la Corse, en janvier 1765. Il accordera beaucoup d’attention à cette université et lors des examens au mois de mai, il tirera lui-même au sort les sujets et les étudiants feront leurs exposés devant la cunsulta.

L’Université fermera ses portes lors de la conquête militaire de la Corse par les troupes du Roi de France. Les Corses (enfin certains) demanderont sa réouverture pendant deux siècles. Ce n’est que lors du riacquistu que finalement, et contre l’avis des chefs clanistes de l’époque, l’Etat français acceptera la réouverture de cette université en 1981. Depuis, la mémoire très courte, les chefs clanistes corses viennent régulièrement fêter les 10 ans, les 20 ans… de cette université, comme s’ils avaient combattu pour sa réouverture ! Mais, rien ne les arrête eux qui voient en Paoli un champion de la non violence, de la Corse française et pourquoi pas de la disparition de l’identité et de la Culture corse…


L’exil

Contraint à l’exil après la défaite de Ponte Novu qui marque la fin sanglante de l’indépendance de la Corse, Pasquale de’Paoli sera fêté dans l’Europe entière et reçu par le Roi d’Angleterre comme un chef d’Etat qu’il était.

En 1774, les États-Unis d’Amérique déclarent leur indépendance. En 87, ils proclament leur constitution. Certains n’hésitent pas à dire qu’elle aurait été inspirée de celle de Paoli. En tout cas, Paoli est connu et fêté aux U.S.A. qui rendent hommage au combattant de la liberté. Plusieurs villes créées à ce moment portent son nom et existent encore de nos jours.


Le retour de Paoli

En 1789, la Révolution française éclate et ce sont alors les idées de démocratie et de liberté que nous avions mises en pratique qui triomphent.

C’est donc logiquement que Paoli est reçu en triomphe à Paris par la Convention. Les révolutionnaires français se battent pour lui tresser des louanges, et le marquis de la Fayette lui servira même de guide à Paris. La Corse accepte à ce moment de faire « partie intégrante de l’empire français ». Paoli est nommé chef de la garde nationale corse et président du Conseil général.

Mais, dès 1793, c’est la rupture. Paoli comprend que la révolution est en train de tomber dans les errements de la terreur, et s’en détourne. Cette fois-ci les Anglais qui étaient restés passifs en 1769 interviennent militairement pour nous aider à libérer de nouveau la Corse. C’est la création du Royaume Anglo-corse, la deuxième indépendance. Ce royaume sera un échec car les Anglais décideront de nommer sir Eliot, l’un des leurs, vice Roi de Corse et non pas Paoli, mais malgré tout cet épisode anglo-corse aura permis à notre nation d’éviter les bains de sang de la Terreur tels que la Vendée a pu les connaître.

Finalement, en 1796, isolés en Méditerranée, menacés par la campagne d’Italie du général Bonaparte, les Anglais quittent la Corse et les troupes françaises la réoccupent. Cet épisode est connu dans l’Histoire officielle comme “la délivrance de la Corse”, mais en fait, il s’agit d’une réoccupation qui dure depuis plus de deux siècles.

S’il reste encore aujourd’hui des Corses qui se battent pour libérer notre terre, s’il reste des hommes qui pensent que l’on peut tout sacrifier pour la patrie, s’il reste des hommes qui pensent que la nation corse doit continuer à vivre, c’est bien parce qu’ils ont conscience d’être les héritiers de Paoli et de ses nationaux du XVIIIe siècle.

Ghjuvan Filipu Antolini

 

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