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Articulu di u numaru 22, farraghju di u 2007


Pasquale Paoli ou la triple résistance



« Les rochers qui nous entourent se liquéfieront avant que je cesse de rester attaché à la liberté de la nation… »

Deux siècles après sa mort l’heure est plus que jamais au bilan sur l’oeuvre de Pasquale Paoli, l’homme de la nation corse, « U babbu di A Patria »

Il faut espérer que ce mois de février 2007 sera propice à la mise en lumière de l’immense stature de ce chef d’Etat qui pensait sans cesse aux futures générations et non aux prochaines élections.

Dans cette modeste contribution je voudrais m’attacher à souligner combien Paoli fut la résistance en action dans un triple domaine.

Résistance à la conquête étrangère tout d’abord, qu’elle soit génoise, française ou même anglaise.

La seule ambition de Paoli fut de parvenir à, puis de maintenir, une Corse souveraine par l’exercice de la démocratie et la prise en considération du seul intérêt national.

Il préfigurait ce qui sera plus tard qualifié de « self government » : le pouvoir par les Corses pour la Corse.

Il consacra à cette tâche l’essentiel de son énergie et à ceux qui lui conseillaient de prendre une femme il répondait invariablement « mon épouse c’est la patrie ». Cette patrie qu’il pensait enfin trouver libre en 1790 avant que le jacobinisme et la terreur révolutionnaire française ne jettent leurs masques hideux !

Paoli résista en chef politique qu’il était plutôt qu’en chef militaire qu’il ne fut guère.

Ses deux qualités premières, l’honnêteté intellectuelle et la lucidité, l’empêchèrent d’accepter de soumettre son pays à une injuste domination, refusant les honneurs qu’on lui proposa maintes fois. Au nom de l’honneur national.

Résistance aux clans ensuite car si la Corse ne fut jamais un conglomérat de tribus elle souffrit, et souffre encore, de la division de ses enfants, de l’esprit de parti ou de factions.

S’il dut composer avec les notables de l’île il ne manqua jamais de s’entourer d’hommes d’exception, ecclésiastiques ou laïcs, qui n’avaient d’autre souci que le bien commun.

C’est dans cette perspective qu’il convient d’analyser son opposition irréductible aux Matra puis aux Bonaparte, chevaux de Troie de l’occupant. Au pouvoir des clans il préféra la puissance du peuple et consacra tous ses efforts à la mise en place d’une Constitution adaptée, nourrie de nos traditions communautaires et du prestigieux précédent de Bastianu COSTA.

Il se montra toujours économe des deniers de l’Etat et se révéla partisan, à l’instar de Machiavel, d’une armée populaire.

Résistance à la violence enfin par le combat intraitable qu’il entreprit contre l’institution pervertie de la vendetta. Refusant les affrontements fratricides il comprit, avant tout autre, que l’enjeu majeur était l’éducation et la formation politique du peuple.

Misant sur la jeunesse il favorisa le seul mérite tant à l’Université de CORTI que dans son administration. Il fut l’inventeur de la « communauté de destin » n’hésitant pas à accueillir les juifs ou les descendants des génois ralliés à la cause corse. Plus que du sentiment il fut le chantre de la conscience nationale corse en considérant que, pour son époque, la liberté devait d’abord se décliner de façon collective.

Il s’opposa à la pacification au nom de la Paix, espérant en ce que plus tard le grand philosophe Emmanuel KANT appellera « la paix universelle » fondée sur le droit international équitable et sur le respect mutuel entre les peuples. Si Paoli a franchi dans nos coeurs et nos mémoires l’espace qui joint l’idéal au réel c’est tout simplement parce qu’il fut un résistant positif, un bâtisseur, privilégiant toutefois la dignité à la sécurité.

Plus qu’un véritable monument il demeure notre respiration même, celle qui fait de nous, encore aujourd’hui, des être gonflés d’espoir, des hommes toujours debout.

Vincent Stagnara

 

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