« Les rochers qui nous entourent se liquéfieront avant que je cesse de rester attaché à
la liberté de la nation… »
Deux siècles après sa mort
l’heure est plus que jamais au
bilan sur l’oeuvre de Pasquale
Paoli, l’homme de la nation corse, « U
babbu di A Patria »
Il faut espérer que ce mois de février
2007 sera propice à la mise en lumière
de l’immense stature de ce chef d’Etat
qui pensait sans cesse aux futures
générations et non aux prochaines
élections.
Dans cette modeste contribution
je voudrais m’attacher à
souligner combien Paoli fut la
résistance en action dans un triple
domaine.
Résistance à la conquête étrangère
tout d’abord, qu’elle soit
génoise, française ou même
anglaise.
La seule ambition de Paoli fut
de parvenir à, puis de maintenir,
une Corse souveraine par
l’exercice de la démocratie et la
prise en considération du seul
intérêt national.
Il préfigurait ce qui sera plus
tard qualifié de « self government
» : le pouvoir par les
Corses pour la Corse.
Il consacra à cette tâche l’essentiel
de son énergie et à
ceux qui lui conseillaient de prendre
une femme il répondait invariablement
« mon épouse c’est la patrie ».
Cette patrie qu’il pensait enfin trouver
libre en 1790 avant que le jacobinisme
et la terreur révolutionnaire
française ne jettent leurs masques
hideux !
Paoli résista en chef politique qu’il
était plutôt qu’en chef militaire qu’il
ne fut guère.
Ses deux qualités premières, l’honnêteté
intellectuelle et la lucidité,
l’empêchèrent d’accepter de soumettre
son pays à une injuste domination,
refusant les honneurs qu’on lui
proposa maintes fois.
Au nom de l’honneur national.
Résistance aux clans ensuite car si la
Corse ne fut jamais un conglomérat de
tribus elle souffrit, et souffre encore, de
la division de ses enfants, de l’esprit de
parti ou de factions.
S’il dut composer avec les notables
de l’île il ne manqua jamais de s’entourer
d’hommes d’exception, ecclésiastiques
ou laïcs, qui n’avaient d’autre
souci que le bien commun.
C’est dans cette perspective qu’il
convient d’analyser son opposition
irréductible aux Matra puis aux
Bonaparte, chevaux de Troie de l’occupant.
Au pouvoir des clans il préféra la
puissance du peuple et consacra tous
ses efforts à la mise en place d’une
Constitution adaptée, nourrie de nos
traditions communautaires et du prestigieux
précédent de Bastianu COSTA.
Il se montra toujours économe des
deniers de l’Etat et se révéla partisan, à
l’instar de Machiavel, d’une armée
populaire.
Résistance à la violence enfin par le
combat intraitable qu’il entreprit contre
l’institution pervertie de la vendetta.
Refusant les affrontements fratricides
il comprit, avant tout
autre, que l’enjeu majeur était
l’éducation et la formation politique
du peuple.
Misant sur la jeunesse il favorisa
le seul mérite tant à
l’Université de CORTI que dans
son administration.
Il fut l’inventeur de la « communauté
de destin » n’hésitant
pas à accueillir les juifs ou les
descendants des génois ralliés à
la cause corse. Plus que du sentiment
il fut le chantre de la
conscience nationale corse en
considérant que, pour son époque,
la liberté devait d’abord se
décliner de façon collective.
Il s’opposa à la pacification au
nom de la Paix, espérant en ce
que plus tard le grand philosophe
Emmanuel KANT appellera
« la paix universelle » fondée
sur le droit international équitable et
sur le respect mutuel entre les peuples.
Si Paoli a franchi dans nos coeurs et
nos mémoires l’espace qui joint l’idéal
au réel c’est tout simplement parce
qu’il fut un résistant positif, un bâtisseur,
privilégiant toutefois la dignité à
la sécurité.
Plus qu’un véritable monument il
demeure notre respiration même, celle
qui fait de nous, encore aujourd’hui,
des être gonflés d’espoir, des hommes
toujours debout.
Vincent Stagnara