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Articulu di u numaru 37, Ottobre di u 2008


Enquête sur l’or noir

La Corse roule beaucoup, mais c’est l’Etat qui la roule



Véritable serpent de mer depuis de nombreuses années, la question du coût de l’essence est une source permanente de polémique et d’inquiétude pour une Corse touchée de plein fouet par la crise économique et la cherté de la vie. U Ribombu est allé plus loin, chiffres à l’appui, en étudiant les divers mécanismes qui conduisent à la fixation des prix en Corse et aux bénéfices réalisés par l’Etat ou les grandes compagnies.

Les dépôts et l’approvisionnent des stations


Les deux dépôts insulaires, Lucciana et le Vazziu, sont alimentés par des petits caboteurs en provenance des ports pétroliers de Fos ou de Lavera, distants notamment de 400 kilomètres de Bastia. Si l’hiver, une seule livraison hebdomadaire est nécessaire, il en faut souvent deux l’été pour faire face au surplus des besoins en population. Les chauffeurs des différentes compagnies et sociétés alimentent un réseau de 170 stations services, certaines administrations ou services publics (CFC) et livrent aussi des entreprises disposant de matériel de stockage et de distribution. Les dépôts stockent également le carburant destiné à l’armée, l’aviation civile et commerciale, la navigation de plaisance, la pêche locale, l’usage agricole et industriel, aux besoins domestiques des particuliers.


Avec des soucis de gestion…

Cet été, un nouveau problème est apparu. Le dépôt de Lucciana s’est souvent retrouvé à sec. L’information n’a pas été ébruitée pour ne pas affoler la population et surtout ne pas provoquer une ruée vers les pompes à essence. En effet, les stations ne sont pas livrées dans les quantités qu’elles désirent, car les dépôts se doivent de réserver des stocks de carburants dits stratégiques (secours, armée, police, etc). De fait, les chauffeurs pétroliers bastiais ont donc été obligés de se rendre au dépôt du Vazziu, à Aiacciu, pour compenser le manque récurrent d’approvisionnement de celui de Lucciana. D’où leur mouvement de protestation plus que justifié de début juillet, car ils ont dû se lever à 2 heures du matin pour être à 5 heures à l’ouverture du Vazziu. Leur journée de travail n’en étant pas terminée pour autant, car après avoir livré du carburant dans les stations éloignées du Cap, de Porti Vechju ou de la Balagna, ils retournaient à Bastia. Une situation qui a engendré un surplus de fatigue et de risques potentiels sur les routes.


…Et d’approvisionnement

Récemment, le carburant SPB 95 est arrivé en Corse en provenance du Nord de la France. Cela confirme la gestion optimum des stocks et rassure sur le coût économique et écologique de l’opération !!! Pour un problème de couleur de carburant, les dépôts pétroliers Corses sont livrés par les dépôts pétroliers de l’Atlantique, alors même qu’il y a des raffineries plus proches comme en Toscane ou en Sardaigne.


Des carburants de qualité ordinaire…

Il faut savoir que nous avons en Corse des carburants routiers de qualité standard mais pas les produits les plus raffinés, lesquels protègent l’environnement car, étant plus performants (taux d’octane et de cétane plus élevés), le moteur en utilise moins à régime égal.


…qui peuvent mettre en danger la vie des gens

Il en va pour preuve scandaleuse les faits suivants : au mois de juin, le carburant Jet A1 destiné aux avions (qui ne peuvent se permettre le moindre problème de ce genre) a du être remplacé car il était impropre et dangereux à l’utilisation.


…mais à un prix élevé

Le prix des carburants en Corse est un sujet récurrent et polémique. Avant d’émettre un avis sur le prix des carburants sur l’Ile, il faut prendre connaissance des particularités du marché français et celles de nos voisins européens. Les prix et les modes de distribution de carburants sont très variables en Europe. Des taxes diverses s’additionnent au carburant à la sortie des raffineries selon son usage (routier, domestique, travaux publics, agricole et maritime) et les politiques des états au niveau environnemental, fiscal et économique.


Les prix des carburants différent en Europe

En Italie, où la distribution est restée classique, on voit des prix proches de ceux de France. En Espagne, les prix sont souvent entre 25 et 30 % plus bas qu’en France, alors qu’en Suisse et au Luxembourg, les carburants y sont moins chers de 10 à 15 %. Par contre en Allemagne, aux Pays Bas, ou en Angleterre les tarifs peuvent être plus élevés.

Parmi les moins chers, Malte qui n’est pourtant pas un pays producteur ni raffineur. Ainsi, alors qu’en France le gazole dépassait, il a quelques semaines, 1,5 , il n’y coûtait que 1,04 à Malte.


La particularité du marché français

Les prix à la revente des carburants routiers ont été fixés par le gouvernement jusqu’en 1986. La possibilité de faire des petits rabais a été accordée aux grandes surfaces, pour conduire sous leur pression à la libéralisation totale des prix que l’on connaît aujourd’hui. Les grandes surfaces n’ont cessé d’accroître leur part dans un marché qu’elles détiennent désormais par moitié (55 %), en provoquant la perte de plusieurs dizaines de milliers d’emplois dans le réseau traditionnel. En diluant de faibles frais de personnel dans leur énorme chiffre d’affaire, elles échappent aux sanctions pour la vente à perte d’un produit d’appel très médiatisé. Les stations services sont gérées directement par les compagnies qui, en disposant d’une marge sur le raffinage et sur le transport, peuvent aussi se permettre des rabais importants. Il n’existe quasiment plus de stations (sauf quelques exceptions et en Corse) qui n’appartiennent pas à une compagnie pétrolière ou à une enseigne de grande distribution. On y trouve souvent un seul caissier ultra sécurisé ou des stations en «automat» 24H/24.


Les taxes sur les produits pétroliers

Elles sont la quatrième ressource de l’Etat français soit environ 25 Milliards d’euros par an : 18 Mds pour la part de la TIPP et 7 Mds pour la TVA Un certain nombre de produits ne sont pas taxés assujettis à la TIPP (aéronautique, fuel lourd, maritime), car considérant que leur usage peut se faire à l’extérieur du territoire français, la taxe intérieure ne saurait être perçue (bien qu’ils soient des gros pollueurs). D’autres produits bénéficient d’une détaxe partielle (fuel domestique, gaz naturel, GPL). Certaines catégories de professionnels (transporteurs routiers marchandises et voyageurs, ambulants, taxis) peuvent se voir rembourser, sous conditions, une partie de la TIPP. Le fuel des marins pêcheurs ne supporte ni TIPP ni TVA (exonéré en sortie de raffinerie). La France est un des pays où le carburant routier est le moins cher hors taxes, mais inversement l’un des plus chers, taxes incluses. Ce qui implique que les marges de transport et de distribution soient aussi les plus faibles d’Europe. Chaque litre de carburant routier est augmenté de la TIPP soit environ 60 cts d’ sur le SPB et 43 sur le Gazole, puis le tout est assujetti à une TVA de 19.6% (13% en Corse). Le minimum communautaire fixé pour la TIPP est de 30,2 Cts pour le gazole et de 35,9 Cts pour le SPB. Certains pays, comme Malte Chypre et les ex-pays de l’Est ont choisi le taux le plus bas, couplé à un taux de TVA le plus faible possible.


Une partie de la TIPP retourne aux régions et aux départements

Les régions ont depuis peu la possibilité annuelle de moduler la TIPP à la hausse comme à la baisse de 1,77 Cts / Litre pour le SPB et 1,15 Cts / Litre pour le gazole. En Corse, la majorité régionale, qui voulait l’augmenter a dû faire marche arrière en novembre 2007, notamment sous la pression des élus de Corsica Nazione Indipendente.

Une partie de la TIPP est reversée aux conseils régionaux pour compenser les dépenses liées aux transferts de compétences, cette part serait de 25 %. De leur côté, les Départements se voient aussi affecter une part de la TIPP.

Ainsi, en 2007, le département de la Haute Corse a perçu 17 Millions d’ , qui ont été utilisés pour le RMI. Alors que la TVA applicable sur les carburants est de 13% en Corse et de 19,6% en France, l’île paye par habitant une part bien plus importante de TIPP et de TVA que d’autres régions (6 fois plus que la région parisienne), et ce pour plusieurs raisons : l’obligation d’avoir un ou plusieurs véhicules par famille, un marché fermé ou tout achat extérieur est rendu impossible, des transports en communs très peu développés ou aux horaires inadaptés, un réseau routier principal et secondaire antique qui augmente la durée et le coût des transports automobiles et des livraisons, la particularité du relief qui gêne les liaisons routières été comme hiver, l’éloignement des populations des centres d’intérêt sportifs culturels et administratifs, un accroissement significatif de la consommation lié à l’activité touristique.


Les prix en Corse

Les 170 stations (1 station /1500 hab.) sont souvent des entreprises familiales en pluriactivité, aux débits annuels 3 fois plus faibles que la moyenne française. En comparant les prix relevés sur le site officiel du gouvernement on constate que le carburant est vendu en moyenne moins cher dans les stations à Marseille qu’en Corse. Les tarifs officiels HT des pétroliers, (prix payés par les pompistes) que des gérants en Corse de marques différentes nous ont fourni, sont supérieurs de 10 à 11 cents d’ au prix de vente marseillais du prix hors taxes le plus bas.

Etrangement, malgré une TVA plus avantageuse (13% au lieu de 19,6%), le pompiste insulaire paye le carburant au même prix voire plus cher que le client marseillais. La marge commerciale brute moyenne serait en Corse de 6 cts / litre soit environ 4,5 % du prix de vente HT (voir Tableau). Cette marge ne leur permet pas de vivre seulement du carburant, en plus des activités traditionnelles liées (Garage, Lavage , Remorquage) ils sont contraints de se diversifier énormément, et donc empiètent aussi sur le domaines d’autres commerçants. En Corse, un litre de gazole à 1,5 c’est 17 cts de TVA + 43 cts de TIPP soit 60 cts de taxes. En Corse, un litre de SPB à 1,5 c’est 17 cts de TVA + 60 cts de TIPP soit 87 cts de taxes. Assurément, ce ne sont pas les pompistes qui sont à l’origine de la cherté du produit.


Les mécanismes de fixation des prix des carburants

La politique de ventes des grandes surfaces (55% du marché). Le carburant représente une part très importante des budgets familiaux et professionnels (plusieurs milliers d’euros), et de plus, son prix est en constante augmentation.

Pourtant ce marché de plusieurs milliards d’euros est devenu un simple produit d’appel pour les grandes surfaces qui cherchent surtout à attirer de plus en plus de clients dans leurs murs. Leur puissance financière démesurée leur permet de s’approvisionner auprès des raffineurs au meilleur prix, en fonction de l’évolution journalière des cotations du brut et des produits raffinés. Elles pratiquent une politique des prix agressive, avec des marges et coûts de distribution très faibles, rapportés à leur chiffre d’affaire énorme. Une station de GMS peut vendre en un seul jour ce que certaines stations traditionnelles vendent en un mois ou plus (plusieurs dizaines de distributeurs par station et une affluence constante). Leur activité se limite souvent à la vente de carburant sans service annexe à la clientèle et elles influent aussi directement sur les prix de ventes des autres distributeurs.

La fixation du prix dans les stations service des pétroliers (42 % du marché). Ces derniers doivent pratiquer des prix sensiblement égaux sous peine de voir une grande partie de la clientèle leur échapper et de baisser rapidement le rideau (20 000 fermetures en 20 ans).Le gérant de station a généralement le statut de mandataire pour le compte des «major compagnies». Il reçoit une rémunération contractuelle du pétrolier sous la forme de commission fixe par litre vendu. En permanence, les prix des carburants sont ajustés à distance par les soins du pétrolier en fonction de l’environnement commercial et non pas établis en interne par l’ajout d’une marge commerciale. Les produits, services et accessoires qu’il propose sont aussi contrôlés par la compagnie.Les compagnies ayant leur marge sur le raffinage, le transport et sur les activités annexes; la vente est utilisée pour écouler la production, mais surtout comme produit d’appel pour les boutiques et services. Les autres distributeurs (3%) : Il existe des milliers d’entreprises dont la part de marché est marginale, car la distribution de carburant n’est plus une source de revenu, mais un service d’appoint très apprécié de leur clientèle. Dans des régions aussi rurales et dépeuplées que la Corse, (Alpes, Massif Central, etc.), les dernières stations jouent un rôle important auprès de la population. Elles permettent aux habitants de s’approvisionner en carburant, sans avoir à parcourir des kilomètres supplémentaires et coûteux.


Le marché le plus concurrentiel d’Europe

Les zones frontalières de pays comme l’Espagne et le Luxembourg, où le carburant, comme de nombreux produits, est bien moins taxé qu’en France, connaissent une concurrence encore plus rude. A ce titre, les consommateurs franchissent régulièrement les frontières pour s’y approvisionner. Les distributeurs de carburant français, qu’ils soient des stations de marque ou de grandes surfaces, ont les marges de distribution les plus faibles d’Europe. Le pétrolier Shell a cédé récemment ses raffineries françaises, pour ne pas continuer à investir dans un marché assez particulier. La raffinerie de Donges (Aquitaine) s’est spécialisée dans des produits plus lucratifs.

Pour optimiser leur réseau (coûts, durée de livraison) les compagnies cherchent aussi à avoir un réseau de distribution resserré autour de leurs structures de raffinage et de stockage. Elles peuvent supprimer, vendre ou s’échanger les stations en fonction d’une politique géographique.


Comment se déterminent les prix en Corse

La quasi totalité des pompistes insulaires agit en qualité d’ «acheteur ferme» (Responsable et propriétaire des produits). C’est un négoce classique entre un fournisseur et un acheteur, sur la base d’un barème d’achat variant selon les cours du brut et la politique tarifaire locale des compagnies.

Le propriétaire ou gérant, est lié au pétrolier ou distributeur, par un contrat à durée déterminée, et des remises financières lui sont versées selon les volumes contractuels réalisés (entre 0,02 et 0,06 du litre). Il ajoute à son prix d’achat (le barème de sa compagnie en vigueur le jour de la livraison), la marge de distribution qu’il juge nécessaire au fonctionnement quotidien de son entreprise (0,06 par litre en moyenne). Les investissements lourds, les charges structurelles, équipements de sécurité, mise aux normes environnementales sont généralement à la charge financière du propriétaire et financés par les remises.


La structure actuelle du prix du carburant ou rien ne se perd et tout se transforme

En plus du carburant, de nombreux autres produits (gaz, plastiques, peintures, goudrons, emballages, etc.) et donc des marges bénéficiaires, découlent de l’activité des raffineurs.

Ils tirent des ressources très importantes des produits dérivés, leur cotation boursière le confirme. Un baril de pétrole c’est 159 litres d’un brut qui a des rendements de raffinages différents. Selon sa provenance le brut fournira plus facilement du gazole et que du sans- plomb. Le coût et la diversité de la production différent selon l’origine du brut et les paramètres industriels. Le craquage (processus de fabrication) du fuel et gazole est long et coûteux. La France produit beaucoup de Sans Plomb, et l’exporte alors qu’elle importe massivement du gazole. La part du prix du pétrole dans le prix des carburants ne cesse de croître mais elle est modérée, actuellement, par le faible niveau du dollar (monnaie d’échange du brut) par rapport à l’euro. Un Baril (159L) de pétrole à 140 $, c’est environ 88 euros avec un euro à 1,60 dollar, soit 0,55 le litre. En cas de parité euro/dollar le prix du brut serait de 0,88 euros le litre, donc 0,33 euros soit 60 % de plus. Il est difficile de présenter une étude très précise de la structure des prix des carburants et en raison des multiples paramètres qui le modifient, il faut parler en chiffres moyens : Voir tableau ci-dessus Pour être plus concrets de nos dépenses annuelles en carburant, hors loisirs et promenades, voici quelques exemples :

• 2 400 euros pour la mère de famille insulaire éloignée des écoles et des centres culturels et sportifs. Elle transporte ses enfants avec un véhicule essence qui consomme 8 litres aux 100 kms à raison de 20 000 kms par an (20 000 x 0,8 = 1600 litres de SPB 95 = 2400 euros). Selon le tableau ci-dessus cela nous donne : 1600 x 77 Cts = 1232 euros de Taxes, 1600 x 24 Cts =384 euros de Marges (approvisionnement / stockage / livraison / distribution), 1600 x 49 Cts = 784 euros de Pétrole

• 2 640 euros pour l’ouvrier qui effectue 100 kms pour aller à son travail avec un véhicule diesel qui consomme 7,5 litres aux 100 kms de gazole, (7,5 x 235 jours = 1760 Litres x 1,5 = 2640 euros ). Ce qui représente : 1760 x 59 Cts = 1038 euros de Taxes, 1760 x 27 Cts = 475 euros de Marges (approvisionnement / stockage / livraison / distribution), 1760 x 64 Cts = 1127 de Pétrole

• 5 400 euros pour l’artisan qui travaille au forfait (qui ne déduit fiscalement ni taxes, ni carburant) et qui se déplace dans l’Ile avec un véhicule utilitaire diesel qui consomme 12 litres aux 100 kms. (30 000 kms x 12 litres / 100 = 3600 litres de gazole x 1,5 = 5400 euros ). Soit : 3600 x 59 Cts = 2124 euros de Taxes, 3600 x 27 Cts = 972 euros de Marges (approvisionnement / stockage / livraison / distribution), 3600x64Cts=2304 de pétrole


En Corse, on roule beaucoup, mais c’est l’Etat qui nous roule :

Les Corses sont fortement pénalisés par les insuffisances des transports en communs et par la structure du réseau routier. Ils sont obligés de se déplacer, et ce, quelles que soient les conditions de circulation. Non seulement le véhicule leur est indispensable, (taux d’équipement supérieur à la moyenne) mais il leur coûte plus cher en raison des nombreux et longs déplacements qu’ils sont contraints d’effectuer.

Les différents exemples prouvent que l’Etat prélève annuellement de fortes sommes aux insulaires qui utilisent au quotidien leur véhicule. Dans chaque foyer, et surtout chez les plus modestes, la pression fiscale indirecte des taxes sur les carburants (TIPP + TVA 13%) est insupportable. Les autres taxes liées à l’achat de l’automobile et à son utilisation (TVA 19,6% / Taxes sur les cartes grises et permis de conduire très élevées / Taxes sur les frais d’entretiens / assurances / contraventions) fournissent aussi un revenu conséquent à l’Etat français.

Prenons l’exemple d’un particulier qui achète 15 000 euros, un véhicule à essence de 6 Cv et il effectue en 5 ans 100 000 kilomètres. Il reverse au minimum la somme de 9 598 euros pour les taxes suivantes : 2458 euros = Tva sur l’achat = (15000 /1,196 = 12 542 euros HT), 6320 euros = TIPP + Tva sur carburant = (8 000 Litres x 0,79 ), 820 euros = Taxes sur l’entretien = (5000 euros / 1,196 = 4180 euros HT).

Si l’on ajoute la taxe sur la carte grise et un petit PV on peut arrondir la somme à 10 000 euros , soit environ 166 euros par mois ou 10 centimes d’euro de taxes au kilomètre parcouru. Quel que soit le prix du carburant, chaque famille insulaire peut aisément calculer sa participation annuelle aux finances de l’Etat selon l’usage et les particularités de ses différents véhicules.


Peut-on faire baisser le prix des carburants ?

Ainsi que nous l’avons vu précédemment, les mécanismes de fixations des prix des carburants sont complexes et ils sont soumis à des variables qui ne sont pas souvent maîtrisées. Le marché insulaire a un mode de distribution calqué sur le marché français des années 1980, avec un maillage quasi total du territoire et l’implantation de plusieurs marques dans un petit périmètre.


Avec moins de stations service …

S’il n’y avait que le tiers des stations existantes, on aurait un volume de vente moyen annuel égal à la moyenne française soit 4,5 millions de litres vendu par station. Dans un premier temps, certains pourraient baisser de quelques centimes leur marge commerciale actuelle (en moyenne de 6 cts du litre), pour garder une marge annuelle globale identique. D’autres, en situation de monopole sur leur zone pourraient la maintenir et même l’augmenter.


… ou du carburant dans les grandes surfaces

Alors que les établissements Leclerc annoncent leur arrivée prochaine en Corse, on peut penser que la distribution de carburant par les grandes surfaces ne sera pas non plus un gage de baisse des prix. Elle aurait probablement les mêmes conséquences que dans l’alimentaire où leur monopole est loin d’être satisfaisant au vu de la cherté des prix. Les deux hypothèses amèneraient à terme plus de problèmes sociaux que de solutions économiques car : la fermeture d’une centaine d’entreprises priverait d’emplois stables des centaines de salariés, des gérants et propriétaires de stations se trouveraient ruinés, au bénéfice de grosses structures, la distribution serait concentrée en bord de mer et dans quelques centres commerciaux, cela accentuerait la désertification des régions déjà touchées par la disparition des services publics, occasionnerait des frais de route supplémentaires pour les habitants les plus éloignés des stations et augmenterait encore plus le coût d’achat du carburant. En période estivale, l’absence de concurrence pourrait être encore plus préjudiciable aux habitants de certaines régions touristiques, où l’on constate souvent une augmentation injustifiée des marges. La disparition des stations de proximité serait dommageable pour l’automobiliste qui apprécie certains services quotidiens, mais aussi les facilités de crédit qu’elles accordent.


Peut-on faire baisser les marges ?

De livraison et de distribution :
Les prix du carburant sont libres, comme pour la majorité des produits que nous consommons. Les prestataires des livraisons de carburant doivent percevoir en moyenne 0,02 euros du litre. La marge brute du pompiste de 0,06 euros du litre ne représente que 4 à 5 % du prix TTC. Elle couvre à peine les frais de fonctionnement et les charges sociales et fiscales d’exploitation. On ne peut leur demander de baisser leurs marges, quand l’Etat en prend 10 fois plus sans rien faire. On peut souhaiter que les coûts de distribution et de livraison diminuent, mais dans le respect du travailleur et des lois sociales (pour les salariés des stations et chauffeurs pétroliers).

Des compagnies pétrolières : Pour les raisons vues précédemment, les compagnies pétrolières peuvent avoir en Corse, en toute légalité, une marge supérieure à celle qu’elles ont sur le continent. Nous pouvons faire pression sur elles pour les réduire, compte tenu de leur résultats financiers et, de plus, certaines, qui sont des filiales de groupes internationaux, ont une direction régionale autonome.


Baisser le coût de l’approvisionnement et du stockage

Nous pouvons envisager, sous toutes réserves environnementales et de sécurité, l’accroissement des capacités de stockage des dépôts, ou l’aménagement de nouveaux pipelines de déchargement. Cela permettrait des livraisons par des navires de plus grande capacité et d’en réduire la fréquence.

De plus, il serait surtout plus logique, et moins cher, de s’approvisionner dans les raffineries les plus proches.


Des efforts à tous les intervenants

Il est nécessaire d’actionner en même temps plusieurs leviers, car sur le principe il est très rare que le prix d’un produit baisse alors que sa demande reste croissante. Ce qui est valable pour les cours mondiaux du pétrole, l’est également pour la vente de carburant au détail. Pour que le prix du carburant baisse de façon sensible, la demande doit baisser aussi. Primo, il faudrait que chaque foyer fasse baisser son niveau de consommation en carburant et il faut appeler tout un chacun à faire une utilisation rationnelle de son véhicule en limitant ses déplacements à l’essentiel, en développant le co-voiturage, en achetant de véhicules plus économes ou en employant plus souvent les transports en commun.

Secundo, il faudrait que chaque intervenant applique à son niveau une marge la plus faible possible. Enfin, tertio, il faut que les taxes perçues viennent au bénéfice de ceux qui les supportent. En conséquence, nous pouvons dire que la situation actuelle nous conduira inéluctablement vers d’autres perspectives, vers d’autres modes de consommation.

Cela pour plusieurs raisons car les diverses taxes collectées avec l'utilisation des automobiles contribuent à nous ruiner. L'utilisation des voitures pénalise les Corses de façon importante au vu d'une consommation supérieure par habitant. Le revenu des taxes doit leur être rendu, car ils n'ont pas d'autre possibilité de se déplacer qu’en voiture. C'est un impôt supérieur à l'impôt sur le revenu, et cela représente plusieurs mois de SMIC ou petites retraites par an. Par ailleurs, les ressources fossiles (pétrole gaz charbon) ne sont pas inépuisables et Il faudra bien se passer de pétrole un jour ou l'autre; donc à l'avenir, pour nos enfants ou petits enfants, un autre mode d'énergie sera nécessaire. On ne peut plus attendre, il faut dés aujourd'hui envisager d'autres solutions, comme le développement de carburants « verts » pour lesquels les grandes multinationales fourmillent de projets, qui resteront dans les tiroirs tant que le pétrole garantira des revenus conséquents. Faute de quoi, à la vitesse et surtout avec la force de travail de nos élus, la Corse se trouvera rapidement privée de moyens de locomotion et surtout tributaire des choix des dirigeants des même multinationales. Enfin, la préservation de l'environnement n'est pas garantie par la TIPP, qui a été créée à l’origine pour ça. Les nuisances provoquées par l'automobile sont importantes, tant pour notre santé que pour notre qualité de vie. Toutefois il faut rappeler que les gros consommateurs, ceux qui polluent le plus, ne sont pas taxés car les métiers de l’aéronautique, du maritime, de l’industriel collectif ne payent pas de TIPP, car il est estimé que cette taxe (intérieure) ne peut être collectée sur un produit qui peut, aussi, être consommé à l'extérieur des frontières. Le prétexte de collecter de l'argent pour lutter contre les méfaits de la pollution ne tient pas. Ils ont intérêt à nous maintenir en l'état pour nos transports intérieurs, car ils ramassent des millions d'euros sur notre dos, d’autant plus que c'est un impôt qui ne coûte absolument rien en collecte, car il est prélevé en sortie des raffineries et des dépôts.

S.A

 

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