Véritable serpent de mer depuis de nombreuses années, la question du coût de l’essence est une
source permanente de polémique et d’inquiétude pour une Corse touchée de plein fouet par la
crise économique et la cherté de la vie. U Ribombu est allé plus loin, chiffres à l’appui, en étudiant
les divers mécanismes qui conduisent à la fixation des prix en Corse et aux bénéfices réalisés
par l’Etat ou les grandes compagnies.
Les dépôts et l’approvisionnent des stations
Les deux dépôts insulaires, Lucciana et le Vazziu, sont alimentés
par des petits caboteurs en provenance des ports
pétroliers de Fos ou de Lavera, distants notamment de 400
kilomètres de Bastia. Si l’hiver, une seule livraison hebdomadaire
est nécessaire, il en faut souvent deux l’été pour
faire face au surplus des besoins en population. Les chauffeurs
des différentes compagnies et sociétés alimentent un
réseau de 170 stations services, certaines administrations
ou services publics (CFC) et livrent aussi des entreprises
disposant de matériel de stockage et de distribution. Les
dépôts stockent également le carburant destiné à l’armée,
l’aviation civile et commerciale, la navigation de plaisance,
la pêche locale, l’usage agricole et industriel, aux
besoins domestiques des particuliers.
Avec des soucis de gestion…
Cet été, un nouveau problème est apparu. Le dépôt de
Lucciana s’est souvent retrouvé à sec. L’information n’a
pas été ébruitée pour ne pas affoler la population et surtout
ne pas provoquer une ruée vers les pompes à essence. En
effet, les stations ne sont pas livrées dans les quantités
qu’elles désirent, car les dépôts se doivent de réserver des
stocks de carburants dits stratégiques (secours, armée,
police, etc). De fait, les chauffeurs pétroliers bastiais ont
donc été obligés de se rendre au dépôt du Vazziu, à
Aiacciu, pour compenser le manque récurrent d’approvisionnement
de celui de Lucciana. D’où leur mouvement
de protestation plus que justifié de début juillet, car ils ont
dû se lever à 2 heures du matin pour être à 5 heures à l’ouverture
du Vazziu. Leur journée de travail n’en étant pas
terminée pour autant, car après avoir livré du carburant
dans les stations éloignées du Cap, de Porti Vechju ou de
la Balagna, ils retournaient à Bastia. Une situation qui a
engendré un surplus de fatigue et de risques potentiels sur
les routes.
…Et d’approvisionnement
Récemment, le carburant SPB 95 est arrivé en Corse en
provenance du Nord de la France. Cela confirme la gestion
optimum des stocks et rassure sur le coût économique
et écologique de l’opération !!! Pour un problème de
couleur de carburant, les dépôts pétroliers Corses sont
livrés par les dépôts pétroliers de l’Atlantique, alors même
qu’il y a des raffineries plus proches comme en Toscane
ou en Sardaigne.
Des carburants de qualité ordinaire…
Il faut savoir que nous avons en Corse des carburants routiers
de qualité standard mais pas les produits les plus raffinés,
lesquels protègent l’environnement car, étant plus
performants (taux d’octane et de cétane plus élevés), le
moteur en utilise moins à régime égal.
…qui peuvent mettre en danger la vie des gens
Il en va pour preuve scandaleuse les faits suivants : au
mois de juin, le carburant Jet A1 destiné aux avions (qui ne
peuvent se permettre le moindre problème de ce genre) a
du être remplacé car il était impropre et dangereux à l’utilisation.
…mais à un prix élevé
Le prix des carburants en Corse est un sujet récurrent et
polémique. Avant d’émettre un avis sur le prix des carburants
sur l’Ile, il faut prendre connaissance des particularités
du marché français et celles de nos voisins européens.
Les prix et les modes de distribution de carburants sont très
variables en Europe. Des taxes diverses s’additionnent au
carburant à la sortie des raffineries selon son usage (routier,
domestique, travaux publics, agricole et maritime) et
les politiques des états au niveau environnemental, fiscal
et économique.
Les prix des carburants différent en Europe
En Italie, où la distribution est restée classique, on voit
des prix proches de ceux de France. En Espagne, les prix
sont souvent entre 25 et 30 % plus bas qu’en France, alors
qu’en Suisse et au Luxembourg, les carburants y sont
moins chers de 10 à 15 %. Par contre en Allemagne, aux
Pays Bas, ou en Angleterre les tarifs peuvent être plus élevés.
Parmi les moins chers, Malte qui n’est pourtant pas un
pays producteur ni raffineur. Ainsi, alors qu’en France le
gazole dépassait, il a quelques semaines, 1,5 , il n’y coûtait
que 1,04 à Malte.
La particularité du marché français
Les prix à la revente des carburants routiers ont été fixés
par le gouvernement jusqu’en 1986. La possibilité de faire
des petits rabais a été accordée aux grandes surfaces, pour
conduire sous leur pression à la libéralisation totale des
prix que l’on connaît aujourd’hui. Les grandes surfaces
n’ont cessé d’accroître leur part dans un marché qu’elles
détiennent désormais par moitié (55 %), en provoquant la
perte de plusieurs dizaines de milliers d’emplois dans le
réseau traditionnel. En diluant de faibles frais de personnel
dans leur énorme chiffre d’affaire, elles échappent aux
sanctions pour la vente à perte d’un produit d’appel très
médiatisé. Les stations services sont gérées directement
par les compagnies qui, en disposant d’une marge sur le
raffinage et sur le transport, peuvent aussi se permettre des
rabais importants. Il n’existe quasiment plus de stations
(sauf quelques exceptions et en Corse) qui n’appartiennent
pas à une compagnie pétrolière ou à une enseigne de
grande distribution. On y trouve souvent un seul caissier
ultra sécurisé ou des stations en «automat» 24H/24.
Les taxes sur les produits pétroliers
Elles sont la quatrième ressource de l’Etat français soit
environ 25 Milliards d’euros par an : 18 Mds pour la part
de la TIPP et 7 Mds pour la TVA Un certain nombre de
produits ne sont pas taxés assujettis à la TIPP (aéronautique,
fuel lourd, maritime), car considérant que leur usage
peut se faire à l’extérieur du territoire français, la taxe intérieure
ne saurait être perçue (bien qu’ils soient des gros
pollueurs). D’autres produits bénéficient d’une détaxe partielle
(fuel domestique, gaz naturel, GPL). Certaines catégories
de professionnels (transporteurs routiers marchandises
et voyageurs, ambulants, taxis) peuvent se voir rembourser,
sous conditions, une partie de la TIPP. Le fuel des
marins pêcheurs ne supporte ni TIPP ni TVA (exonéré en
sortie de raffinerie). La France est un des pays où le carburant
routier est le moins cher hors taxes, mais inversement
l’un des plus chers, taxes incluses. Ce qui implique que les
marges de transport et de distribution soient aussi les plus
faibles d’Europe. Chaque litre de carburant routier est augmenté
de la TIPP soit environ 60 cts d’ sur le SPB et 43
sur le Gazole, puis le tout est assujetti à une TVA de 19.6%
(13% en Corse). Le minimum communautaire fixé pour la
TIPP est de 30,2 Cts pour le gazole et de 35,9 Cts pour le
SPB. Certains pays, comme Malte Chypre et les ex-pays de
l’Est ont choisi le taux le plus bas, couplé à un taux de TVA
le plus faible possible.
Une partie de la TIPP retourne aux régions et aux départements
Les régions ont depuis peu la possibilité annuelle de
moduler la TIPP à la hausse comme à la baisse de 1,77 Cts
/ Litre pour le SPB et 1,15 Cts / Litre pour le gazole. En
Corse, la majorité régionale, qui voulait l’augmenter a dû
faire marche arrière en novembre 2007, notamment sous
la pression des élus de Corsica Nazione Indipendente.
Une partie de la TIPP est reversée aux conseils régionaux
pour compenser les dépenses liées aux transferts de compétences,
cette part serait de 25 %. De leur côté, les
Départements se voient aussi affecter une part de la TIPP.
Ainsi, en 2007, le département de la Haute Corse a perçu
17 Millions d’ , qui ont été utilisés pour le RMI. Alors que
la TVA applicable sur les carburants est de 13% en Corse
et de 19,6% en France, l’île paye par habitant une part
bien plus importante de TIPP et de TVA que d’autres
régions (6 fois plus que la région parisienne), et ce pour
plusieurs raisons : l’obligation d’avoir un ou plusieurs
véhicules par famille, un marché fermé ou tout achat
extérieur est rendu impossible, des transports en communs
très peu développés ou aux horaires inadaptés, un
réseau routier principal et secondaire antique qui augmente
la durée et le coût des transports automobiles et
des livraisons, la particularité du relief qui gêne les liaisons
routières été comme hiver, l’éloignement des
populations des centres d’intérêt sportifs culturels et
administratifs, un accroissement significatif de la
consommation lié à l’activité touristique.
Les prix en Corse
Les 170 stations (1 station /1500 hab.) sont souvent des
entreprises familiales en pluriactivité, aux débits annuels 3
fois plus faibles que la moyenne française. En comparant les prix relevés sur le site officiel du gouvernement on
constate que le carburant est vendu en moyenne moins
cher dans les stations à Marseille qu’en Corse. Les tarifs
officiels HT des pétroliers, (prix payés par les pompistes)
que des gérants en Corse de marques différentes nous ont
fourni, sont supérieurs de 10 à 11 cents d’ au prix de
vente marseillais du prix hors taxes le plus bas.
Etrangement, malgré une TVA plus avantageuse (13% au
lieu de 19,6%), le pompiste insulaire paye le carburant au
même prix voire plus cher que le client marseillais. La
marge commerciale brute moyenne serait en Corse de 6
cts / litre soit environ 4,5 % du prix de vente HT (voir
Tableau). Cette marge ne leur permet pas de vivre seulement
du carburant, en plus des activités traditionnelles
liées (Garage, Lavage , Remorquage) ils sont contraints
de se diversifier énormément, et donc empiètent aussi sur
le domaines d’autres commerçants. En Corse, un litre de
gazole à 1,5 c’est 17 cts de TVA + 43 cts de TIPP soit
60 cts de taxes. En Corse, un litre de SPB à 1,5 c’est 17
cts de TVA + 60 cts de TIPP soit 87 cts de taxes.
Assurément, ce ne sont pas les pompistes qui sont à l’origine
de la cherté du produit.
Les mécanismes de fixation des prix des carburants
La politique de ventes des grandes surfaces (55% du marché).
Le carburant représente une part très importante des
budgets familiaux et professionnels (plusieurs milliers
d’euros), et de plus, son prix est en constante augmentation.
Pourtant ce marché de plusieurs milliards d’euros est
devenu un simple produit d’appel pour les grandes surfaces
qui cherchent surtout à attirer de plus en plus de clients
dans leurs murs. Leur puissance financière démesurée leur
permet de s’approvisionner auprès des raffineurs au meilleur
prix, en fonction de l’évolution journalière des cotations
du brut et des produits raffinés. Elles pratiquent une
politique des prix agressive, avec des marges et coûts de
distribution très faibles, rapportés à leur chiffre d’affaire
énorme. Une station de GMS peut vendre en un seul jour
ce que certaines stations traditionnelles vendent en un
mois ou plus (plusieurs dizaines de distributeurs par station
et une affluence constante). Leur activité se limite souvent
à la vente de carburant sans service annexe à la
clientèle et elles influent aussi directement sur les prix de
ventes des autres distributeurs.
La fixation du prix dans les stations service des pétroliers
(42 % du marché). Ces derniers doivent pratiquer des prix
sensiblement égaux sous peine de voir une grande partie
de la clientèle leur échapper et de baisser rapidement le
rideau (20 000 fermetures en 20 ans).Le gérant de station
a généralement le statut de mandataire pour le compte des
«major compagnies». Il reçoit une rémunération contractuelle
du pétrolier sous la forme de commission fixe par
litre vendu. En permanence, les prix des carburants sont
ajustés à distance par les soins du pétrolier en fonction de
l’environnement commercial et non pas établis en interne
par l’ajout d’une marge commerciale. Les produits, services
et accessoires qu’il propose sont aussi contrôlés par la
compagnie.Les compagnies ayant leur marge sur le raffinage,
le transport et sur les activités annexes; la vente est
utilisée pour écouler la production, mais surtout comme
produit d’appel pour les boutiques et services. Les autres
distributeurs (3%) : Il existe des milliers d’entreprises dont
la part de marché est marginale, car la distribution de carburant
n’est plus une source de revenu, mais un service
d’appoint très apprécié de leur clientèle. Dans des régions
aussi rurales et dépeuplées que la Corse, (Alpes, Massif
Central, etc.), les dernières stations jouent un rôle important
auprès de la population. Elles permettent aux habitants
de s’approvisionner en carburant, sans avoir à parcourir
des kilomètres supplémentaires et coûteux.
Le marché le plus concurrentiel d’Europe
Les zones frontalières de pays comme l’Espagne et
le Luxembourg, où le carburant, comme de nombreux
produits, est bien moins taxé qu’en France,
connaissent une concurrence encore plus rude. A ce
titre, les consommateurs franchissent régulièrement
les frontières pour s’y approvisionner. Les distributeurs
de carburant français, qu’ils soient des stations
de marque ou de grandes surfaces, ont les marges
de distribution les plus faibles d’Europe. Le pétrolier
Shell a cédé récemment ses raffineries françaises,
pour ne pas continuer à investir dans un marché
assez particulier. La raffinerie de Donges (Aquitaine)
s’est spécialisée dans des produits plus lucratifs.
Pour optimiser leur réseau (coûts, durée de livraison)
les compagnies cherchent aussi à avoir un
réseau de distribution resserré autour de leurs structures
de raffinage et de stockage. Elles peuvent supprimer,
vendre ou s’échanger les stations en fonction
d’une politique géographique.
Comment se déterminent les prix en Corse
La quasi totalité des pompistes insulaires agit en qualité d’
«acheteur ferme» (Responsable et propriétaire des produits).
C’est un négoce classique entre un fournisseur et un
acheteur, sur la base d’un barème d’achat variant selon les
cours du brut et la politique tarifaire locale des compagnies.
Le propriétaire ou gérant, est lié au pétrolier ou distributeur,
par un contrat à durée déterminée, et des remises
financières lui sont versées selon les volumes contractuels
réalisés (entre 0,02 et 0,06 du litre). Il ajoute à son
prix d’achat (le barème de sa compagnie en vigueur le jour
de la livraison), la marge de distribution qu’il juge nécessaire
au fonctionnement quotidien de son entreprise (0,06
par litre en moyenne). Les investissements lourds, les
charges structurelles, équipements de sécurité, mise aux
normes environnementales sont généralement à la charge
financière du propriétaire et financés par les remises.
La structure actuelle du prix du carburant ou rien ne se perd et
tout se transforme
En plus du carburant, de nombreux autres produits (gaz,
plastiques, peintures, goudrons, emballages, etc.) et donc
des marges bénéficiaires, découlent de l’activité des raffineurs.
Ils tirent des ressources très importantes des produits
dérivés, leur cotation boursière le confirme. Un baril de
pétrole c’est 159 litres d’un brut qui a des rendements de
raffinages différents. Selon sa provenance le brut fournira
plus facilement du gazole et que du sans- plomb. Le coût
et la diversité de la production différent selon l’origine du
brut et les paramètres industriels. Le craquage (processus
de fabrication) du fuel et gazole est long et coûteux. La
France produit beaucoup de Sans Plomb, et l’exporte alors
qu’elle importe massivement du gazole. La part du prix du
pétrole dans le prix des carburants ne cesse de croître mais
elle est modérée, actuellement, par le faible niveau du dollar
(monnaie d’échange du brut) par rapport à l’euro. Un
Baril (159L) de pétrole à 140 $, c’est environ 88 euros avec
un euro à 1,60 dollar, soit 0,55 le litre. En cas de parité
euro/dollar le prix du brut serait de 0,88 euros le litre, donc
0,33 euros soit 60 % de plus. Il est difficile de présenter une
étude très précise de la structure des prix des carburants et
en raison des multiples paramètres qui le modifient, il faut
parler en chiffres moyens : Voir tableau ci-dessus
Pour être plus concrets de nos dépenses annuelles en
carburant, hors loisirs et promenades, voici quelques
exemples :
• 2 400 euros pour la mère de famille insulaire éloignée
des écoles et des centres culturels et sportifs. Elle transporte
ses enfants avec un véhicule essence qui consomme
8 litres aux 100 kms à raison de 20 000 kms par an (20
000 x 0,8 = 1600 litres de SPB 95 = 2400 euros). Selon le
tableau ci-dessus cela nous donne : 1600 x 77 Cts =
1232 euros de Taxes, 1600 x 24 Cts =384 euros de
Marges (approvisionnement / stockage / livraison / distribution),
1600 x 49 Cts = 784 euros de Pétrole
• 2 640 euros pour l’ouvrier qui effectue 100 kms pour
aller à son travail avec un véhicule diesel qui consomme
7,5 litres aux 100 kms de gazole, (7,5 x 235 jours = 1760
Litres x 1,5 = 2640 euros ). Ce qui représente : 1760 x 59
Cts = 1038 euros de Taxes, 1760 x 27 Cts = 475 euros
de Marges (approvisionnement / stockage / livraison / distribution),
1760 x 64 Cts = 1127 de Pétrole
• 5 400 euros pour l’artisan qui travaille au forfait (qui ne
déduit fiscalement ni taxes, ni carburant) et qui se déplace
dans l’Ile avec un véhicule utilitaire diesel qui consomme
12 litres aux 100 kms. (30 000 kms x 12 litres / 100 =
3600 litres de gazole x 1,5 = 5400 euros ). Soit : 3600
x 59 Cts = 2124 euros de Taxes, 3600 x 27 Cts = 972
euros de Marges (approvisionnement / stockage / livraison
/ distribution), 3600x64Cts=2304 de pétrole
En Corse, on roule beaucoup, mais c’est l’Etat qui nous roule :
Les Corses sont fortement pénalisés par les insuffisances
des transports en communs et par la structure du réseau
routier. Ils sont obligés de se déplacer, et ce, quelles que
soient les conditions de circulation. Non seulement le
véhicule leur est indispensable, (taux d’équipement supérieur
à la moyenne) mais il leur coûte plus cher en raison
des nombreux et longs déplacements qu’ils sont contraints
d’effectuer.
Les différents exemples prouvent que l’Etat prélève
annuellement de fortes sommes aux insulaires qui utilisent
au quotidien leur véhicule. Dans chaque foyer, et surtout
chez les plus modestes, la pression fiscale indirecte des
taxes sur les carburants (TIPP + TVA 13%) est insupportable.
Les autres taxes liées à l’achat de l’automobile et à son utilisation
(TVA 19,6% / Taxes sur les cartes grises et permis de conduire très élevées / Taxes sur les frais d’entretiens /
assurances / contraventions) fournissent aussi un revenu
conséquent à l’Etat français.
Prenons l’exemple d’un particulier qui achète 15 000
euros, un véhicule à essence de 6 Cv et il effectue en 5 ans
100 000 kilomètres. Il reverse au minimum la somme de
9 598 euros pour les taxes suivantes : 2458 euros =
Tva sur l’achat = (15000 /1,196 = 12 542 euros HT), 6320
euros = TIPP + Tva sur carburant = (8 000 Litres x 0,79
), 820 euros = Taxes sur l’entretien = (5000 euros /
1,196 = 4180 euros HT).
Si l’on ajoute la taxe sur la carte grise et un petit PV on
peut arrondir la somme à 10 000 euros , soit environ 166
euros par mois ou 10 centimes d’euro de taxes au kilomètre
parcouru. Quel que soit le prix du carburant, chaque
famille insulaire peut aisément calculer sa participation
annuelle aux finances de l’Etat selon l’usage et les particularités
de ses différents véhicules.
Peut-on faire baisser le prix des carburants ?
Ainsi que nous l’avons vu précédemment, les mécanismes
de fixations des prix des carburants sont complexes
et ils sont soumis à des variables qui ne sont pas souvent
maîtrisées. Le marché insulaire a un mode de distribution
calqué sur le marché français des années 1980,
avec un maillage quasi total du territoire et l’implantation
de plusieurs marques dans un petit périmètre.
Avec moins de stations service …
S’il n’y avait que le tiers des stations existantes, on
aurait un volume de vente moyen annuel égal à la
moyenne française soit 4,5 millions de litres vendu par
station. Dans un premier temps, certains pourraient
baisser de quelques centimes leur marge commerciale
actuelle (en moyenne de 6 cts du litre), pour garder
une marge annuelle globale identique. D’autres, en
situation de monopole sur leur zone pourraient la
maintenir et même l’augmenter.
… ou du carburant dans les grandes surfaces
Alors que les établissements Leclerc annoncent leur
arrivée prochaine en Corse, on peut penser que la distribution
de carburant par les grandes surfaces ne sera
pas non plus un gage de baisse des prix. Elle aurait
probablement les mêmes conséquences que dans l’alimentaire
où leur monopole est loin d’être satisfaisant
au vu de la cherté des prix. Les deux hypothèses amèneraient
à terme plus de problèmes sociaux que de
solutions économiques car : la fermeture d’une centaine
d’entreprises priverait d’emplois stables des centaines
de salariés, des gérants et propriétaires de stations
se trouveraient ruinés, au bénéfice de grosses
structures, la distribution serait concentrée en bord de
mer et dans quelques centres commerciaux, cela
accentuerait la désertification des régions déjà touchées
par la disparition des services publics, occasionnerait
des frais de route supplémentaires pour les habitants
les plus éloignés des stations et augmenterait
encore plus le coût d’achat du carburant. En période
estivale, l’absence de concurrence pourrait être encore
plus préjudiciable aux habitants de certaines régions
touristiques, où l’on constate souvent une augmentation
injustifiée des marges. La disparition des stations
de proximité serait dommageable pour l’automobiliste
qui apprécie certains services quotidiens, mais aussi les
facilités de crédit qu’elles accordent.
Peut-on faire baisser les marges ?
De livraison et de distribution : Les prix du carburant
sont libres, comme pour la majorité des produits que
nous consommons. Les prestataires des livraisons de carburant
doivent percevoir en moyenne 0,02 euros du
litre. La marge brute du pompiste de 0,06 euros du litre
ne représente que 4 à 5 % du prix TTC. Elle couvre à
peine les frais de fonctionnement et les charges sociales
et fiscales d’exploitation. On ne peut leur demander de
baisser leurs marges, quand l’Etat en prend 10 fois plus
sans rien faire. On peut souhaiter que les coûts de distribution
et de livraison diminuent, mais dans le respect du
travailleur et des lois sociales (pour les salariés des stations
et chauffeurs pétroliers).
Des compagnies pétrolières : Pour les raisons vues
précédemment, les compagnies pétrolières peuvent
avoir en Corse, en toute légalité, une marge supérieure
à celle qu’elles ont sur le continent. Nous pouvons
faire pression sur elles pour les réduire, compte
tenu de leur résultats financiers et, de plus, certaines,
qui sont des filiales de groupes internationaux, ont
une direction régionale autonome.
Baisser le coût de l’approvisionnement et du stockage
Nous pouvons envisager, sous toutes réserves environnementales
et de sécurité, l’accroissement des capacités de
stockage des dépôts, ou l’aménagement de nouveaux pipelines
de déchargement. Cela permettrait des livraisons par
des navires de plus grande capacité et d’en réduire la fréquence.
De plus, il serait surtout plus logique, et moins cher,
de s’approvisionner dans les raffineries les plus proches.
Des efforts à tous les intervenants
Il est nécessaire d’actionner en même temps plusieurs
leviers, car sur le principe il est très rare que le prix d’un produit
baisse alors que sa demande reste croissante. Ce qui est
valable pour les cours mondiaux du pétrole, l’est également
pour la vente de carburant au détail. Pour que le prix du carburant
baisse de façon sensible, la demande doit baisser
aussi. Primo, il faudrait que chaque foyer fasse baisser son
niveau de consommation en carburant et il faut appeler tout
un chacun à faire une utilisation rationnelle de son véhicule
en limitant ses déplacements à l’essentiel, en développant le
co-voiturage, en achetant de véhicules plus économes ou
en employant plus souvent les transports en commun.
Secundo, il faudrait que chaque intervenant applique à son
niveau une marge la plus faible possible. Enfin, tertio, il faut
que les taxes perçues viennent au bénéfice de ceux qui les
supportent. En conséquence, nous pouvons dire que la
situation actuelle nous conduira inéluctablement vers
d’autres perspectives, vers d’autres modes de consommation.
Cela pour plusieurs raisons car les diverses taxes collectées
avec l'utilisation des automobiles contribuent à
nous ruiner. L'utilisation des voitures pénalise les Corses
de façon importante au vu d'une consommation supérieure
par habitant. Le revenu des taxes doit leur être
rendu, car ils n'ont pas d'autre possibilité de se déplacer
qu’en voiture. C'est un impôt supérieur à l'impôt sur le
revenu, et cela représente plusieurs mois de SMIC ou petites
retraites par an. Par ailleurs, les ressources fossiles
(pétrole gaz charbon) ne sont pas inépuisables et Il faudra
bien se passer de pétrole un jour ou l'autre; donc à l'avenir,
pour nos enfants ou petits enfants, un autre mode
d'énergie sera nécessaire. On ne peut plus attendre, il faut
dés aujourd'hui envisager d'autres solutions, comme le
développement de carburants « verts » pour lesquels les
grandes multinationales fourmillent de projets, qui resteront
dans les tiroirs tant que le pétrole garantira des revenus
conséquents. Faute de quoi, à la vitesse et surtout avec
la force de travail de nos élus, la Corse se trouvera rapidement
privée de moyens de locomotion et surtout tributaire
des choix des dirigeants des même multinationales. Enfin,
la préservation de l'environnement n'est pas garantie par
la TIPP, qui a été créée à l’origine pour ça. Les nuisances
provoquées par l'automobile sont importantes, tant pour
notre santé que pour notre qualité de vie. Toutefois il faut
rappeler que les gros consommateurs, ceux qui polluent le
plus, ne sont pas taxés car les métiers de l’aéronautique,
du maritime, de l’industriel collectif ne payent pas de TIPP,
car il est estimé que cette taxe (intérieure) ne peut être collectée
sur un produit qui peut, aussi, être consommé à
l'extérieur des frontières. Le prétexte de collecter de l'argent
pour lutter contre les méfaits de la pollution ne tient
pas. Ils ont intérêt à nous maintenir en l'état pour nos transports
intérieurs, car ils ramassent des millions d'euros sur
notre dos, d’autant plus que c'est un impôt qui ne coûte
absolument rien en collecte, car il est prélevé en sortie
des raffineries et des dépôts.
S.A