Accolta

Accolta Cap'articulu Attualità Pulitica Ghjustizia Internaziunale I Prigiuneri Fiure Cultura Abbunamentu Cuntatti Ligame


Articulu di u numaru 17, sittembre di u 2006


Currieru di i lettori



Terra

Depuis quelques semaines et à l’initiative, inattendue mais certainement pas désintéressée, du président de l’Assemblée de Corse, me semble-t-il, un débat s’est instauré sur le sort à réserver à la fameuse et pourtant précieuse loi littorale française. Voire sur son extension par d’éventuelles dérogations.

Il me semble avoir compris que ce brave homme, saisi par le démon du développement touristique, suggérait d’en modifier certains termes afin de permettre l’urbanisation, le lotissement ou l’acquisition d’une bonne part de notre territoire, probablement plutôt située sur le littoral.

Acquisition à faire bien évidemment par des investisseurs nécessairement étrangers. Heureusement les nationalistes ont su réagir tout de suite en réaffirmant qu’il ne saurait être question de modifier la loi actuelle et qu’il fallait, bien au contraire, maintenir en l’état tout ce qui n’était pas constructible ou lotissable.

Cette position a, au moins, le mérite de la clarté et elle est certainement partagée par la majorité du peuple corse qui ne voit pas comment il pourrait avoir un quelconque intérêt à regarder d’autres s’enrichir sur son dos. Cependant je comprends moins la portée des hypothèses émises, ici et là, en guise de parade, sur des modulations fiscales tendant, si j’ai bien compris, à une forme de surimposition pour les investisseurs étrangers ou non corses.

Même si elles n’ont, à première vue, pour unique et louable souci que celui de décourager d’éventuels renards attirés par le fromage que leur tend si gracieusement le corbeau portovecchiais, je suis sceptique sur leur efficacité.

Pour ma part, je suis plus enclin à penser et à dire que la proposition du président de l’Assemblée de Corse est une nouvelle magouille, une sorte d’arnaque, une tromperie sur la marchandise.

Je doute fortement qu’aujourd’hui quelqu’un, y compris cet élu là (qui n’a rien de commun avec Lula), puisse avoir l’autorité nécessaire pour affirmer, en toute honnêteté, à des investisseurs étrangers qu’ils feraient, en quelque sorte, une bonne affaire en achetant une parcelle de la terre corse, où que ce soit d’ailleurs et si minime soit elle.

Il serait bien hasardeux de l’affirmer, en faisant croire ainsi à ces personnes qu’elles possèderaient un bien.

Il serait trompeur, de sa part, de ne pas leur dire que tout achat d’un lopin du sol corse par un étranger est susceptible, le jour venu, de restitution à son seul et unique propriétaire, le Peuple Corse.

Oui, il est évident que, dans un souci de clarté et, disons le, d’honnêteté” tous ces faiseurs potentiels de fortunes en terre de Corse doivent être avertis et savoir qu’ils ne possèdent et ne possèderont jamais rien qui ne puisse être remis en cause, ni hier, ni aujourd’hui et encore moins demain. Leur statut actuel d’occupant temporaire est assimilable, au mieux, à celui d’un locataire sans bail.

Il faut donc cesser de leur mentir et rétablir la vérité.

Le Peuple Corse n’est pas à ce point dans l’opulence pour n’avoir pas, lorsqu’il recouvrera l’étendue de ses droits, à récupérer ce qui lui appartient en premier, à savoir son territoire national.

Sur ce point, il serait bon déjà, dans le fil des considérations émises récemment par Unione, CNI ou le PNC, que les nationalistes, unis, Unione Naziunale, se préoccupent de déposer, à l’Assemblée de Corse, une motion globale demandant la réappropriation des biens dont notre Peuple a été honteusement spolié, à commencer justement par tout notre domaine littoral qui doit redevenir propriété unique de la Collectivité Corse et ce pour l’euro symbolique. Ce qui représente probablement des centaines de milliers d’hectares dont beaucoup sont aux mains de multinationales ou de grands groupes financiers extérieurs à la Corse.

De la même façon en quelque sorte, que nous avons su rétablir une part importante de la restitution de nos domaines forestiers lesquels étaient, il y a peu encore, propriété prétendue de l’Etat et qui ont pu revenir, malgré tout, à leurs propriétaires légitimes, les Corses.

Une proposition de modification des lois en vigueur doit être faite et déposée en ce sens par nos élus. Elle fera, il ne faut pas en douter, l’objet d’un vote unanime au sein de l’Assemblée Territoriale.

En effet, personne de sérieux~imagine un seul instant qu’il puisse exister un seul élu territorial corse qui se refuserait à la voter, un seul élu par le peuple corse qui refuserait de voir, un jour, restituer ce qui lui appartient à la Collectivité Corse donc au Peuple Corse. Nul ne peut imaginer que ces défenseurs naturels de la démocratie pour qui ils ont voté, et que nous connaissons si bien, se poseraient demain en défenseurs d’intérêts qui leurs sont extérieurs si ce n’est étrangers. Certes ils crieront haut et fort qu’ils sont français et respectueux des lois de la République, ce qui est vrai mais, à cet instant, personne ne réclame encore leur restitution.

A terra corsa à u populu corsu !


D’un processus à l’autre

Après tout pourquoi pas. Tout le monde connait le principe de l’effet papillon selon lequel les battements d’ailes d’un papillon, en un lieu de la planète, peuvent déclencher des ouragans en d’autres endroits.

Plus sérieusement, la volonté du PNC est certaine. Ce parti politique, membre de l’Unione, s’inscrit dans la démarche naturelle du mouvement national en Corse vers la sortie de crise. Personne n’en doute.

Cependant je m’interroge sur ses propositions, sur leur force, sur leur impact au sein du peuple et, in fine, sur ses motivations. Je veux dire d’abord par là qu’à formuler, tous les quatre matins, une solution nouvelle, plus ou moins miracle que la précédente, on ne fait que brouiller les pistes et, partant, les enjeux. On trouble la sérénité du débat à trop soulever a « fulena » comme le dit si bien Max.

Sa crainte, quelque part, est justifiée de voir le PNC finir par lasser le peuple, de le voir amener ses propres partenaires à douter de sa sincérité à trop s’acharner sans cesse sur ceux qui lui sont, quand même, les plus proches.

Ceci vaut pour la forme. Pour le fond, il n’y a pas, ex nihilo, un processus européen de paix qui serait parti, tel un tour d’Europe, de Belfast pour finir à Aiacciu en passant par Bilbao ou Barcelone. Bien sûr il y a une volonté commune à tous nos peuples de rechercher les conditions de la sortie de crise mais aucune situation n’est comparable à une autre.

Quoi qu’il en soit, il faut rétablir les choses en l’état et admettre qu’il est des domaines de compétences qui sont, par nature, réservés. Si des évolutions ont eu lieu en Irlande c’est parce que l’IRA a décidé de discuter, de négocier avec le gouvernement britannique, et inversement.

Si, aujourd’hui, une ébauche de solution est bien réelle en Euskadi, c’est parce que le gouvernement de Zapatero a décidé de discuter, de négocier avec ETA et vice versa. Je ne crois pas que « “arrêt permanent de l’action politico-militaire » soit de notre ressort ou tout simplement de notre compétence, seules les organisations concernées peuvent en débattre et en décider. Certes, nous pouvons le souhaiter, mais sans plus. Je ne crois pas non plus qu’il soit très fraternel de notre part de leur reprocher sans cesse le prétendu spectre de la division alors qu’il y a bien longtemps qu’il ne semble plus hanter leurs lignes politiques, c’est du moins ce qu’il m’a semblé comprendre à la lecture de leurs différents communiqués. J’y ai aperçu davantage de points de convergence que de divergence.

Sur les mots enfin, cette proposition en quatre parts me semble avoir été mal découpée. En effet il est maladroit de vouloir imposer, sempiternellement, un préalable aux uns, et comme par hasard toujours les mêmes, à savoir le préalable de l’arrêt de leur action politique pour des organisations qui ne sont pas présentes, aujourd’hui, sur le terrain des luttes publiques.

Cela l’est d’autant plus que le simple rappel du souci hautement humanitaire de l’Assemblée de Corse en direction des prisonniers politiques pour l’amélioration de leurs conditions manque pour le moins, justement, de portée politique. Personne n’imaginerait un défaut de solidarité. Il eut mieux valu exiger, préalable pour préalable, leur libération. Cela aurait eu au moins le mérite, aux yeux du Peuple, du panache, quitte à en douter fortement.

Sur le débat institutionnel, c’est vrai, on peut dire qu’il n’est pas clos si l’on suppose que les institutions de la France, c’est-à-dire sa Constitution, permettent d’autres avancées démocratiques et c’est le cas. Je le pense aussi.

On peut tout autant, comme l’a fait un ministre, juger qu’il est clos en affirmant ainsi que désormais, seule, l’accession de la Corse à l’indépendance, sans passer par une étape passerelle, est la solution. Je pense que c’est une erreur de discernement et qu’il est utile, tant pour la Corse que pour la France, d’explorer davantage les voies institutionnelles qui leur sont communes.

Pour l’autre quart, le PNC a raison mais il n’est nul besoin, à court terme, d’une « convention » pour utiliser concrètement les outils institutionnels actuellement en place depuis la loi de 2002 et qui sont restés désespérément vierges depuis. On verra bien si les Corse, si leurs représentants élus participent au dialogue ou font la sourde oreille. Nous avons, collectivement, et l’action commune est primordiale, un instrument, c’est le groupe parlementaire de l’Unione. A lui de déposer des propositions de modifications réglementaires de la loi, à lui de convaincre ses pairs.


Le lièvre et la tortue

Bien entendu, nous avons tous en mémoire cette fable célèbre de La Fontaine, elle peut s’appliquer, en ce moment, à cette compétition nationale française, très prisée d’ailleurs en région parisienne, et plus connue sous le vocable d’élection présidentielle.

L’image n’échappera à personne mais la question qui doit être posée est elle vraiment de savoir qui, du lièvre ou de la tortue, va gagner la course au fauteuil chiraquien. Sera ce le lièvre hongrois ou la tortue charentaise? Je ne crois pas que là se trouve véritablement, pour nous autres en tout cas, pour notre peuple, le véritable débat.

Bien sûr, chacun peut avoir son appréciation sur cette joute mais il faut avoir la lucidité de comprendre que d’elle ne peut pas et ne doit pas dépendre l’avenir ou le sort de la Corse.

En clair, il serait stupide de jouer à pile ou face le devenir d’un peuple que de vouloir s’adresser, ainsi que semble le souhaiter le mouvement national, à l’un ou à l’autre, à un seul homme ou à une seule femme, à un ou une candidate.

Il peut être cependant, et à juste titre, rétorqué qu’il y aura d’autres candidats, issus d’autres horizons politiques, certains même des extrêmes les plus malsains et l’argument a son pesant.

Il y a eu des précédents, trois même dans notre histoire récente. Que ce soit en 1981 ou en 1988, tout un chacun sait que les discussions avec la gauche plurielle, porteuse en ces temps là d’espoirs largement justifiés, datait de deux ou trois ans parfois avant la date de l’élection. Ce fut malgré tout productif mais certainement pas de tout repos.

Il faut réveiller vos mémoires. Dites aux gens à qui vous vous adressez, aux militants, aux électeurs, qu’à ces périodes, la Corse a, probablement, été un enjeu certain dans le calcul des points à cette compétition et vous aurez raison. Mais il vous faudra aussi dire pourquoi.

C’est parce que le mouvement national de ces années là a su peser de ses poids, de tous ses poids et en particulier celui de sa branche la plus radicale, pour que sa voix, davantage que ses voix, porte. Prenez conscience des sacrifices qui ont été consentis pour que vous soyez entendus, mieux encore pour que vous soyez, pour que notre peuple soit compris.

Ne nous voilons pas la face et n’essayons pas de tromper les gens. Ce ne sont pas quelques dizaines de milliers de voix dans une île, où qu’elle se trouve, qui posent un problème aux yeux d’un peuple de plus de vingt millions d’électeurs, c’est la certitude que, par le vote, il peut participer à résoudre partie au moins de ce problème et des drames qu’il engendre. C’est ainsi que le mouvement national a su faire les choix, probablement difficiles, qu’il fit.

Et il a eu raison, et il fût compris, même dans toute la France. C’est ainsi que furent élaborées les deux avancées politiques majeures qui suivirent, même si, par la suite, elles connurent des bémols. En 2002, ce ne fût guère différent, sauf sur le résultat, mais les travaux de Matignon portaient l’empreinte de la même volonté politique et auraient du se terminer de meilleure façon.

Certes, l’avis des hommes et des femmes qui brigueront l’écharpe présidentielle française compte, bien sûr il sera important qu’ils s’expriment, s’ils le font, sur la réalité du problème corse mais il sera plus judicieux de s’adresser aux partis politiques plutôt qu’à leurs candidats car ce sont eux, et eux seuls, dans leurs richesses et leur diversité, qui auront les moyens politiques d’élaborer des solutions nouvelles au problème corse.

Car il faut des solutions nouvelles. Nous ne connaissons que trop bien celles du tenant de la ligne politique actuelle ou plutôt de la ligne policière, du tenant du tout répressif.

Ne rêvez pas, il ne saurait changer et rien ne justifie qu’il le fasse, son choix est fait si tant est que ce soit un choix” c’est celui que lui dicte, au delà de ses convictions, les obligations du tout libéralisme. Restent alors les partis politiqués français et non pas leurs pseudo clones corses dont il ne faut rien attendre non plus.

Encore faut-il qu’ils en saisissent véritablement l’importance, encore faut il que vous ayez trouvé les moyens de leur faire comprendre combien, en réalité, il est de l’intérêt de deux peuples, et non pas de deux personnes, de devenir les acteurs d’une nécessaire sortie de crise.

En cette période de fanfares électorales, il vous serait vain de poser l’équation corse en termes de marketing politique, bien au contraire, il est de votre devoir de l’inscrire dans le cadre des nécessaires débats qui doivent traverser les partis politiques de la France et non pas dans un face à face avec un lièvre ou une tortue.

Carlu Pieri,
prigiuneru puliticu corsu

 

Sur le même thème

© U Ribombu Internaziunale — 2006