Terra
Depuis quelques semaines et à l’initiative,
inattendue mais certainement pas désintéressée,
du président de l’Assemblée de
Corse, me semble-t-il, un débat s’est instauré
sur le sort à réserver à la fameuse et
pourtant précieuse loi littorale française.
Voire sur son extension par d’éventuelles
dérogations.
Il me semble avoir compris que ce brave
homme, saisi par le démon du développement
touristique, suggérait d’en modifier
certains termes afin de permettre l’urbanisation,
le lotissement ou l’acquisition d’une
bonne part de notre territoire, probablement
plutôt située sur le littoral.
Acquisition à faire bien évidemment par
des investisseurs nécessairement étrangers.
Heureusement les nationalistes ont su réagir
tout de suite en réaffirmant qu’il ne saurait
être question de modifier la loi actuelle et
qu’il fallait, bien au contraire, maintenir en
l’état tout ce qui n’était pas constructible ou
lotissable.
Cette position a, au moins, le mérite de la
clarté et elle est certainement partagée par la
majorité du peuple corse qui ne voit pas comment
il pourrait avoir un quelconque intérêt à
regarder d’autres s’enrichir sur son dos.
Cependant je comprends moins la portée
des hypothèses émises, ici et là, en guise de
parade, sur des modulations fiscales tendant,
si j’ai bien compris, à une forme de
surimposition pour les investisseurs étrangers
ou non corses.
Même si elles n’ont, à première vue, pour
unique et louable souci que celui de décourager
d’éventuels renards attirés par le fromage
que leur tend si gracieusement le corbeau
portovecchiais, je suis sceptique sur
leur efficacité.
Pour ma part, je suis plus enclin à penser
et à dire que la proposition du président de
l’Assemblée de Corse est une nouvelle
magouille, une sorte d’arnaque, une tromperie
sur la marchandise.
Je doute fortement qu’aujourd’hui
quelqu’un, y compris cet élu là (qui n’a rien
de commun avec Lula), puisse avoir l’autorité
nécessaire pour affirmer, en toute honnêteté,
à des investisseurs étrangers qu’ils
feraient, en quelque sorte, une bonne
affaire en achetant une parcelle de la terre
corse, où que ce soit d’ailleurs et si minime
soit elle.
Il serait bien hasardeux de l’affirmer, en
faisant croire ainsi à ces personnes qu’elles
possèderaient un bien.
Il serait trompeur, de sa part, de ne pas
leur dire que tout achat d’un lopin du sol
corse par un étranger est susceptible, le jour
venu, de restitution à son seul et unique
propriétaire, le Peuple Corse.
Oui, il est évident que, dans un souci de
clarté et, disons le, d’honnêteté” tous ces
faiseurs potentiels de fortunes en terre de
Corse doivent être avertis et savoir qu’ils ne
possèdent et ne possèderont jamais rien qui
ne puisse être remis en cause, ni hier, ni
aujourd’hui et encore moins demain.
Leur statut actuel d’occupant temporaire
est assimilable, au mieux, à celui d’un locataire
sans bail.
Il faut donc cesser de leur mentir et rétablir
la vérité.
Le Peuple Corse n’est pas à ce point dans
l’opulence pour n’avoir pas, lorsqu’il recouvrera
l’étendue de ses droits, à récupérer ce
qui lui appartient en premier, à savoir son
territoire national.
Sur ce point, il serait bon déjà, dans le fil
des considérations émises récemment par
Unione, CNI ou le PNC, que les nationalistes,
unis, Unione Naziunale, se préoccupent
de déposer, à l’Assemblée de Corse, une
motion globale demandant la réappropriation
des biens dont notre Peuple a été honteusement
spolié, à commencer justement
par tout notre domaine littoral qui doit
redevenir propriété unique de la Collectivité
Corse et ce pour l’euro symbolique. Ce qui
représente probablement des centaines de
milliers d’hectares dont beaucoup sont aux
mains de multinationales ou de grands
groupes financiers extérieurs à la Corse.
De la même façon en quelque sorte, que
nous avons su rétablir une part importante
de la restitution de nos domaines forestiers
lesquels étaient, il y a peu encore, propriété
prétendue de l’Etat et qui ont pu revenir,
malgré tout, à leurs propriétaires légitimes,
les Corses.
Une proposition de modification des lois
en vigueur doit être faite et déposée en ce
sens par nos élus. Elle fera, il ne faut pas en
douter, l’objet d’un vote unanime au sein de
l’Assemblée Territoriale.
En effet, personne de sérieux~imagine un
seul instant qu’il puisse exister un seul élu
territorial corse qui se refuserait à la voter,
un seul élu par le peuple corse qui refuserait
de voir, un jour, restituer ce qui lui
appartient à la Collectivité Corse donc au
Peuple Corse. Nul ne peut imaginer que ces
défenseurs naturels de la démocratie pour
qui ils ont voté, et que nous connaissons si
bien, se poseraient demain en défenseurs
d’intérêts qui leurs sont extérieurs si ce n’est
étrangers. Certes ils crieront haut et fort
qu’ils sont français et respectueux des lois
de la République, ce qui est vrai mais, à cet
instant, personne ne réclame encore leur
restitution.
A terra corsa à u populu corsu !
D’un processus à l’autre
Après tout pourquoi pas. Tout le monde
connait le principe de l’effet papillon selon
lequel les battements d’ailes d’un papillon,
en un lieu de la planète, peuvent déclencher
des ouragans en d’autres endroits.
Plus sérieusement, la volonté du PNC est
certaine. Ce parti politique, membre de
l’Unione, s’inscrit dans la démarche naturelle
du mouvement national en Corse vers
la sortie de crise. Personne n’en doute.
Cependant je m’interroge sur ses propositions,
sur leur force, sur leur impact au sein
du peuple et, in fine, sur ses motivations.
Je veux dire d’abord par là qu’à formuler,
tous les quatre matins, une solution nouvelle,
plus ou moins miracle que la précédente,
on ne fait que brouiller les pistes et,
partant, les enjeux. On trouble la sérénité
du débat à trop soulever a « fulena »
comme le dit si bien Max.
Sa crainte, quelque part, est justifiée de
voir le PNC finir par lasser le peuple, de le
voir amener ses propres partenaires à douter
de sa sincérité à trop s’acharner sans
cesse sur ceux qui lui sont, quand même,
les plus proches.
Ceci vaut pour la forme.
Pour le fond, il n’y a pas, ex nihilo, un
processus européen de paix qui serait parti,
tel un tour d’Europe, de Belfast pour finir à
Aiacciu en passant par Bilbao ou Barcelone.
Bien sûr il y a une volonté commune à tous
nos peuples de rechercher les conditions de
la sortie de crise mais aucune situation n’est
comparable à une autre.
Quoi qu’il en soit, il faut rétablir les choses
en l’état et admettre qu’il est des domaines
de compétences qui sont, par nature, réservés.
Si des évolutions ont eu lieu en Irlande
c’est parce que l’IRA a décidé de discuter,
de négocier avec le gouvernement britannique,
et inversement.
Si, aujourd’hui, une ébauche de solution
est bien réelle en Euskadi, c’est parce que le
gouvernement de Zapatero a décidé de discuter,
de négocier avec ETA et vice versa.
Je ne crois pas que « “arrêt permanent de
l’action politico-militaire » soit de notre ressort
ou tout simplement de notre compétence,
seules les organisations concernées
peuvent en débattre et en décider. Certes,
nous pouvons le souhaiter, mais sans plus.
Je ne crois pas non plus qu’il soit très fraternel
de notre part de leur reprocher sans
cesse le prétendu spectre de la division
alors qu’il y a bien longtemps qu’il ne semble
plus hanter leurs lignes politiques, c’est
du moins ce qu’il m’a semblé comprendre à
la lecture de leurs différents communiqués.
J’y ai aperçu davantage de points de
convergence que de divergence.
Sur les mots enfin, cette proposition en
quatre parts me semble avoir été mal
découpée. En effet il est maladroit de vouloir
imposer, sempiternellement, un préalable
aux uns, et comme par hasard toujours
les mêmes, à savoir le préalable de l’arrêt
de leur action politique pour des organisations
qui ne sont pas présentes, aujourd’hui,
sur le terrain des luttes publiques.
Cela l’est d’autant plus que le simple rappel
du souci hautement humanitaire de
l’Assemblée de Corse en direction des prisonniers
politiques pour l’amélioration de
leurs conditions manque pour le moins, justement,
de portée politique. Personne
n’imaginerait un défaut de solidarité.
Il eut mieux valu exiger, préalable pour
préalable, leur libération. Cela aurait eu au
moins le mérite, aux yeux du Peuple, du
panache, quitte à en douter fortement.
Sur le débat institutionnel, c’est vrai, on
peut dire qu’il n’est pas clos si l’on suppose
que les institutions de la France, c’est-à-dire
sa Constitution, permettent d’autres avancées
démocratiques et c’est le cas. Je le
pense aussi.
On peut tout autant, comme l’a fait un
ministre, juger qu’il est clos en affirmant
ainsi que désormais, seule, l’accession de la
Corse à l’indépendance, sans passer par une
étape passerelle, est la solution. Je pense
que c’est une erreur de discernement et
qu’il est utile, tant pour la Corse que pour la
France, d’explorer davantage les voies institutionnelles
qui leur sont communes.
Pour l’autre quart, le PNC a raison mais il
n’est nul besoin, à court terme, d’une «
convention » pour utiliser concrètement les
outils institutionnels actuellement en place
depuis la loi de 2002 et qui sont restés désespérément
vierges depuis. On verra bien si
les Corse, si leurs représentants élus participent
au dialogue ou font la sourde oreille.
Nous avons, collectivement, et l’action commune
est primordiale, un instrument, c’est
le groupe parlementaire de l’Unione. A lui
de déposer des propositions de modifications
réglementaires de la loi, à lui de
convaincre ses pairs.
Le lièvre et la tortue
Bien entendu, nous avons tous en mémoire
cette fable célèbre de La Fontaine, elle peut
s’appliquer, en ce moment, à cette compétition
nationale française, très prisée d’ailleurs en
région parisienne, et plus connue sous le vocable
d’élection présidentielle.
L’image n’échappera à personne mais la
question qui doit être posée est elle vraiment
de savoir qui, du lièvre ou de la tortue,
va gagner la course au fauteuil chiraquien.
Sera ce le lièvre hongrois ou la tortue charentaise?
Je ne crois pas que là se trouve
véritablement, pour nous autres en tout cas,
pour notre peuple, le véritable débat.
Bien sûr, chacun peut avoir son appréciation
sur cette joute mais il faut avoir la lucidité
de comprendre que d’elle ne peut pas
et ne doit pas dépendre l’avenir ou le sort
de la Corse.
En clair, il serait stupide de jouer à pile ou
face le devenir d’un peuple que de vouloir
s’adresser, ainsi que semble le souhaiter le
mouvement national, à l’un ou à l’autre, à
un seul homme ou à une seule femme, à un
ou une candidate.
Il peut être cependant, et à juste titre,
rétorqué qu’il y aura d’autres candidats,
issus d’autres horizons politiques, certains
même des extrêmes les plus malsains et l’argument
a son pesant.
Il y a eu des précédents, trois même dans
notre histoire récente.
Que ce soit en 1981 ou en 1988, tout un
chacun sait que les discussions avec la gauche
plurielle, porteuse en ces temps là d’espoirs
largement justifiés, datait de deux ou
trois ans parfois avant la date de l’élection.
Ce fut malgré tout productif mais certainement
pas de tout repos.
Il faut réveiller vos mémoires. Dites aux
gens à qui vous vous adressez, aux militants,
aux électeurs, qu’à ces périodes, la
Corse a, probablement, été un enjeu certain
dans le calcul des points à cette compétition
et vous aurez raison. Mais il vous faudra
aussi dire pourquoi.
C’est parce que le mouvement national de
ces années là a su peser de ses poids, de
tous ses poids et en particulier celui de sa
branche la plus radicale, pour que sa voix,
davantage que ses voix, porte. Prenez
conscience des sacrifices qui ont été
consentis pour que vous soyez entendus,
mieux encore pour que vous soyez, pour
que notre peuple soit compris.
Ne nous voilons pas la face et n’essayons
pas de tromper les gens.
Ce ne sont pas quelques dizaines de milliers
de voix dans une île, où qu’elle se
trouve, qui posent un problème aux yeux
d’un peuple de plus de vingt millions
d’électeurs, c’est la certitude que, par le
vote, il peut participer à résoudre partie au
moins de ce problème et des drames qu’il
engendre. C’est ainsi que le mouvement
national a su faire les choix, probablement
difficiles, qu’il fit.
Et il a eu raison, et il fût compris, même
dans toute la France. C’est ainsi que furent
élaborées les deux avancées politiques
majeures qui suivirent, même si, par la
suite, elles connurent des bémols.
En 2002, ce ne fût guère différent, sauf sur
le résultat, mais les travaux de Matignon
portaient l’empreinte de la même volonté
politique et auraient du se terminer de meilleure
façon.
Certes, l’avis des hommes et des femmes
qui brigueront l’écharpe présidentielle française
compte, bien sûr il sera important
qu’ils s’expriment, s’ils le font, sur la réalité
du problème corse mais il sera plus judicieux
de s’adresser aux partis politiques plutôt
qu’à leurs candidats car ce sont eux, et
eux seuls, dans leurs richesses et leur diversité,
qui auront les moyens politiques d’élaborer
des solutions nouvelles au problème
corse.
Car il faut des solutions nouvelles. Nous
ne connaissons que trop bien celles du
tenant de la ligne politique actuelle ou plutôt
de la ligne policière, du tenant du tout
répressif.
Ne rêvez pas, il ne saurait changer et rien
ne justifie qu’il le fasse, son choix est fait si
tant est que ce soit un choix” c’est celui que
lui dicte, au delà de ses convictions, les
obligations du tout libéralisme. Restent alors
les partis politiqués français et non pas leurs
pseudo clones corses dont il ne faut rien
attendre non plus.
Encore faut-il qu’ils en saisissent véritablement
l’importance, encore faut il que vous
ayez trouvé les moyens de leur faire comprendre
combien, en réalité, il est de l’intérêt
de deux peuples, et non pas de deux
personnes, de devenir les acteurs d’une
nécessaire sortie de crise.
En cette période de fanfares électorales, il
vous serait vain de poser l’équation corse
en termes de marketing politique, bien au
contraire, il est de votre devoir de l’inscrire
dans le cadre des nécessaires débats qui
doivent traverser les partis politiques de la
France et non pas dans un face à face avec
un lièvre ou une tortue.
Carlu Pieri,
prigiuneru puliticu corsu