Cet été encore, les alertes à la
pollution maritime ont été nombreuses.
Pour autant malgré la
réalité des risques encourus, les
moyens mis en oeuvre semblent
inadaptés, sinon désuets... Des
voix se sont faites entendre il y a
peu : politiques, associations et
personnalités concourant à une
prise de conscience qui doit
urgemment être suivis de mesures
adéquates pour contrer et
endiguer les cargaisons dangereuses,
les déversements de produits
chimiques et de nettoyages
des réservoirs, les rejets huileux.
Une litanie de trop…
Dans sa conférence de presse intervenue
le 22 août à Portivechju, la
section extrême sud de Corsica
Nazioni Indipendenti évoque selon
le principe d’une liste les faits
dénombrés les dernières semaines
précédents la date de la conférence :
Ces dernières semaines, quatre
nappes d’hydrocarbures ont été
repérées au large des côtes corses
dont deux dans notre région. La
première, non loin du Cap (Capu
Sagru), de 500 mètres de long sur
quarante mètres de large. La
deuxième, près de l’étang de
Diana, de 18 km de long sur 400
mètres de large. La troisième, entre
Sulinzara et Pinareddu, 40 km de
long sur 800 mètres de large. La
quatrième, devant a Chjappa
(Portivechju) de 30 km de long et
200 mètres de large. Entre temps,
le golfe de Galeria, inscrit depuis
1983 au patrimoine mondial de
l’UNESCO, était à son tour menacé
par une pollution due au déversement
d’eaux usées issues du nettoyage
de fonds de cale et contenant
des hydrocarbures, des huiles
et des graisses. Ces exemples révèlent
le rythme auquel les côtes
insulaires sont soumises. Une liste
malheureusement non exhaustives
et qui pose avec acuité la question
des moyens existant en Corse.
Et des moyens en moins…
Ces moyens le président du Comité
Régional des pêches maritimes et
des élevages marins de Corse
(CRPMEM) Gérard Romiti les
pointe du doigt : «En Corse les
moyens de surveillance sont
quasi inexistants. Aujourd’hui
nous avons à disposition 1.2 km
de barrages flottants pour plus
de 1000 km de côtes…»
I Bocchi di Bunifaziu
Parallèlement aux dégradations
constatées, demeure avec autant
de dangerosité le passage des navires
transportant des produits toxiques
et nocifs dans le détroit des
bouches de Bunifaziu. En effet,
malgré une première bataille
gagnée il y a quelques années en
arrière et concernant les navires
battant pavillon français et italien,
il passe annuellement 3000
bateaux par le défilé… En 1991
déjà, le mouvement national, écologiste
et associatif corse et sarde
se mobilisait à Bunifaziu pour
revendiquer l’interdiction du passage
des bouches aux tankers. Une
mobilisation qui énonçait tout
autant son attachement au développement
économique des
régions respectives, compatible
avec la protection de l’environnement.
En 1994, après l’accident
survenu au cargo mixte de la
SNCM le Monte Stello, Corsica
Nazione s’interroge sur la permanence
du maintien du corridor aux
pétroliers, l’incapacité des élus et
de l’Etat français à réagir et renouvelle
la proposition suivante :
«l’interdiction réelle par
l’Organisation Maritime
Internationale du passage dans I
Bocchi di Bunifaziu pour tous les
bateaux transportant des matières
dangereuses.» Et de conclure cela
reste entièrement d’actualité : «Il
convient à l’Etat Français de prendre
toutes ses responsabilités et de
faire le nécessaire au plan international
». Plus récemment (30 juillet2008) c’est l’association
Greenpeace qui prend position sur
le noir sujet. En déployant une
immense banderole sur le mur de
la citadelle de l’extrême sud, l’association
appelle les gouvernements
français et italiens à «négocier
et présenter à l'OMI
(Organisation maritime internationale),
seule autorisée à réguler le
trafic maritime dans les détroits
internationaux, une proposition
afin que soit créée une PSSA
(Particulartly Sensitive Sea Area)
dans les bouches de Bonifacio,
l'outil indispensable pour mettre en
place des mesures qui permettraient
une protection effective de
la zone en terme de navigation.»
Un débat pour la rentrée
Compte tenu de la persistance d’un
péril qui menace la Corse d’une
agression polluante et toxique autant
dangereuse pour son environnement
que pour son économie et ses habitants,
la section extrême sud de
Corsica Nazioni Indipendenti
entend bien replacer le débat au
coeur de la Collectivité territoriale de
Corse. Il est manifeste que certains
élus de la classe traditionnelle se
sont eux aussi emparés de la question.
Dans un communiqué les indépendantistes
de la région prennent
acte de la position rendue publique
par jocelyne Mattei Fazi, Ange-
Pierre Vivoni et Jérôme Polverini qui
demandent à leur tour l’interdiction
du passage des navires à risque dans
le détroit de Bunifaziu. La conférence
de presse des nationaux du 22
août est très explicite sur l’initiative à
prendre :
Deux questions se posent alors :
• Notre pays, avec ses 1000 kms
de côtes, et le 1/5 du trafic pétrolier
méditerranéen transitant par
le canal de corse, possède-t-il les
moyens humains et matériels
pour intervenir rapidement avec
succès en cas de catastrophe ?
• Notre pays peut il interpeller les
autorités compétentes pour interdire
le passage du détroit de Bunifaziu
aux navires battant pavillon panaméen ?
Il faut saisir dans un premier
temps les autorités territoriales autorisées
pour avoir une vision précise
et une réponse d’avenir sur les sujets
précités. Il faut juridiquement expliciter
la nature de la protection à mettre
en place dans ce domaine, et
démentir les propos du ministère
français de l’équipement qui en
2001 soulignait que «Il n'est juridiquement
pas possible d'aller au-delà
en restreignant la circulation maritime
à Bonifacio, par voie unilatérale,
à l'égard des pavillons tiers. Les
Bouches de Bonifacio constituent en
effet un détroit international où la
navigation s'exerce librement, en
application de la Convention des
Nations unies sur le droit de la mer.»
L’association Greenpeace infirme
ces propos, proposant pour sa part la
création d’une PSSA (Particulartly
Sensitive Sea Area) susceptible de
permettre une préservation effective
de la zone en matière de navigation.
En effet, nous dirons, en convergence
avec la position de
Greenpeace, que les cas de l'Italie et
de la France apportent la preuve que
les Bouches de Bonifaziu ne sont
aucunement un passage obligé.
Ainsi, devant les dangers que présente
ce détroit pour la navigation, le
Droit Maritime International doit y
interdire tout transit dangereux. Le
surcoût du transport, parce qu'il ne
s'agit que de cela, serait minime au
regard des conséquences incalculables
d'une catastrophe probable, sur
la santé, l'écologie et l'économie.
Nous n'accepterons jamais que
notre terre soit soumise à un quelconque
risque de pollution mettant
en danger notre linéaire côtier, notre
nature, notre patrimoine, les habitats
et les entreprises des Corses. Nous
prenons l’initiative par l'intermédiaire
du groupe des élus indépendantistes
à la collectivité territoriale
d'interpeller l’exécutif afin qu'il
apporte les réponses à la question et
qu'il prenne les initiatives qui s'imposent,
à la hauteur des enjeux. Il
reste donc à attendre une fois le
débat initié si la détermination l’emportera,
accompagnée d’une ferme
résolution à aboutir face aux instances
concernées ou si de nouveau on
assistera malgré la dangerosité posée
aux pantomimes croulants et dépassés
d’un triste cirque qui ne fera plus
rire personne. Comme le disent si
bien les nationaux de l’extrême sud :
La relativisation et l’ignorance d’un
tel danger relèverait d’une désinvolture
que notre communauté ne
saurait certainement oublier…
Ulivieru SAULI