Accolta

Accolta Cap'articulu Attualità Pulitica Ghjustizia Internaziunale I Prigiuneri Fiure Cultura Abbunamentu Cuntatti Ligame


Articulu di u numaru 37, Ottobre di u 2008


La pollution en Corse ou le risque permanent



Cet été encore, les alertes à la pollution maritime ont été nombreuses. Pour autant malgré la réalité des risques encourus, les moyens mis en oeuvre semblent inadaptés, sinon désuets... Des voix se sont faites entendre il y a peu : politiques, associations et personnalités concourant à une prise de conscience qui doit urgemment être suivis de mesures adéquates pour contrer et endiguer les cargaisons dangereuses, les déversements de produits chimiques et de nettoyages des réservoirs, les rejets huileux.

Une litanie de trop…


Dans sa conférence de presse intervenue le 22 août à Portivechju, la section extrême sud de Corsica Nazioni Indipendenti évoque selon le principe d’une liste les faits dénombrés les dernières semaines précédents la date de la conférence :

Ces dernières semaines, quatre nappes d’hydrocarbures ont été repérées au large des côtes corses dont deux dans notre région. La première, non loin du Cap (Capu Sagru), de 500 mètres de long sur quarante mètres de large. La deuxième, près de l’étang de Diana, de 18 km de long sur 400 mètres de large. La troisième, entre Sulinzara et Pinareddu, 40 km de long sur 800 mètres de large. La quatrième, devant a Chjappa (Portivechju) de 30 km de long et 200 mètres de large. Entre temps, le golfe de Galeria, inscrit depuis 1983 au patrimoine mondial de l’UNESCO, était à son tour menacé par une pollution due au déversement d’eaux usées issues du nettoyage de fonds de cale et contenant des hydrocarbures, des huiles et des graisses. Ces exemples révèlent le rythme auquel les côtes insulaires sont soumises. Une liste malheureusement non exhaustives et qui pose avec acuité la question des moyens existant en Corse.


Et des moyens en moins…

Ces moyens le président du Comité Régional des pêches maritimes et des élevages marins de Corse (CRPMEM) Gérard Romiti les pointe du doigt : «En Corse les moyens de surveillance sont quasi inexistants. Aujourd’hui nous avons à disposition 1.2 km de barrages flottants pour plus de 1000 km de côtes…»


I Bocchi di Bunifaziu

Parallèlement aux dégradations constatées, demeure avec autant de dangerosité le passage des navires transportant des produits toxiques et nocifs dans le détroit des bouches de Bunifaziu. En effet, malgré une première bataille gagnée il y a quelques années en arrière et concernant les navires battant pavillon français et italien, il passe annuellement 3000 bateaux par le défilé… En 1991 déjà, le mouvement national, écologiste et associatif corse et sarde se mobilisait à Bunifaziu pour revendiquer l’interdiction du passage des bouches aux tankers. Une mobilisation qui énonçait tout autant son attachement au développement économique des régions respectives, compatible avec la protection de l’environnement.

En 1994, après l’accident survenu au cargo mixte de la SNCM le Monte Stello, Corsica Nazione s’interroge sur la permanence du maintien du corridor aux pétroliers, l’incapacité des élus et de l’Etat français à réagir et renouvelle la proposition suivante : «l’interdiction réelle par l’Organisation Maritime Internationale du passage dans I Bocchi di Bunifaziu pour tous les bateaux transportant des matières dangereuses.» Et de conclure cela reste entièrement d’actualité : «Il convient à l’Etat Français de prendre toutes ses responsabilités et de faire le nécessaire au plan international ». Plus récemment (30 juillet2008) c’est l’association Greenpeace qui prend position sur le noir sujet. En déployant une immense banderole sur le mur de la citadelle de l’extrême sud, l’association appelle les gouvernements français et italiens à «négocier et présenter à l'OMI (Organisation maritime internationale), seule autorisée à réguler le trafic maritime dans les détroits internationaux, une proposition afin que soit créée une PSSA (Particulartly Sensitive Sea Area) dans les bouches de Bonifacio, l'outil indispensable pour mettre en place des mesures qui permettraient une protection effective de la zone en terme de navigation.»


Un débat pour la rentrée

Compte tenu de la persistance d’un péril qui menace la Corse d’une agression polluante et toxique autant dangereuse pour son environnement que pour son économie et ses habitants, la section extrême sud de Corsica Nazioni Indipendenti entend bien replacer le débat au coeur de la Collectivité territoriale de Corse. Il est manifeste que certains élus de la classe traditionnelle se sont eux aussi emparés de la question. Dans un communiqué les indépendantistes de la région prennent acte de la position rendue publique par jocelyne Mattei Fazi, Ange- Pierre Vivoni et Jérôme Polverini qui demandent à leur tour l’interdiction du passage des navires à risque dans le détroit de Bunifaziu. La conférence de presse des nationaux du 22 août est très explicite sur l’initiative à prendre :

Deux questions se posent alors :

• Notre pays, avec ses 1000 kms de côtes, et le 1/5 du trafic pétrolier méditerranéen transitant par le canal de corse, possède-t-il les moyens humains et matériels pour intervenir rapidement avec succès en cas de catastrophe ?

• Notre pays peut il interpeller les autorités compétentes pour interdire le passage du détroit de Bunifaziu aux navires battant pavillon panaméen ?

Il faut saisir dans un premier temps les autorités territoriales autorisées pour avoir une vision précise et une réponse d’avenir sur les sujets précités. Il faut juridiquement expliciter la nature de la protection à mettre en place dans ce domaine, et démentir les propos du ministère français de l’équipement qui en 2001 soulignait que «Il n'est juridiquement pas possible d'aller au-delà en restreignant la circulation maritime à Bonifacio, par voie unilatérale, à l'égard des pavillons tiers. Les Bouches de Bonifacio constituent en effet un détroit international où la navigation s'exerce librement, en application de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer.»

L’association Greenpeace infirme ces propos, proposant pour sa part la création d’une PSSA (Particulartly Sensitive Sea Area) susceptible de permettre une préservation effective de la zone en matière de navigation.

En effet, nous dirons, en convergence avec la position de Greenpeace, que les cas de l'Italie et de la France apportent la preuve que les Bouches de Bonifaziu ne sont aucunement un passage obligé. Ainsi, devant les dangers que présente ce détroit pour la navigation, le Droit Maritime International doit y interdire tout transit dangereux. Le surcoût du transport, parce qu'il ne s'agit que de cela, serait minime au regard des conséquences incalculables d'une catastrophe probable, sur la santé, l'écologie et l'économie.

Nous n'accepterons jamais que notre terre soit soumise à un quelconque risque de pollution mettant en danger notre linéaire côtier, notre nature, notre patrimoine, les habitats et les entreprises des Corses. Nous prenons l’initiative par l'intermédiaire du groupe des élus indépendantistes à la collectivité territoriale d'interpeller l’exécutif afin qu'il apporte les réponses à la question et qu'il prenne les initiatives qui s'imposent, à la hauteur des enjeux. Il reste donc à attendre une fois le débat initié si la détermination l’emportera, accompagnée d’une ferme résolution à aboutir face aux instances concernées ou si de nouveau on assistera malgré la dangerosité posée aux pantomimes croulants et dépassés d’un triste cirque qui ne fera plus rire personne. Comme le disent si bien les nationaux de l’extrême sud : La relativisation et l’ignorance d’un tel danger relèverait d’une désinvolture que notre communauté ne saurait certainement oublier…

Ulivieru SAULI

 

Sur le même thème

© U Ribombu Internaziunale — 2008