Quelques nouvelles de la maison
d’arrêt de Borgu
Est-ce que c’est la paranoïa dans les unités des détenus
ou la psychose de l’évasion dans la tête d’un chef
de détention, qui sont le résultat de cette ambiance ?
Vous allez pouvoir en juger par vous-même.
Dernièrement, avant la fermeture des portes des cellules,
un détenu est convoqué par un chef de détention.
Lorsqu’il est introduit dans son bureau, deux « porteclefs
» encadrent le responsable, on prie le nouvel arrivant,
car il a une stature imposante, de s’asseoir, les
deux surveillants se mettent de chaque côté, comme
s’ils avaient peurs d’incidents.
Et la conversation devient surréelle.
On reproche au suspect d’avoir fait passer un ventilateur
(toujours des histoires de ventilateurs), sur lequel
figurait un numéro de téléphone d’un officier américain
à l’étranger, ce qu’il ignorait totalement, il s’en
défend avec vigueur.
« le surveillant de votre unité au cours d’une fouille a
trouvé un ventilateur »
« c’est faux, répond-t-il »
« le ventilateur vous appartient ? »
« Oui ! »
« Donc on a trouvé ce ventilateur chez vous ? »
« Non, je l’ai moi-même remis au surveillant, en lui
demandant de le faire passer dans une autre unité,
pour un détenu de ma connaissance. »
« Vous connaissez du monde dans l’armée ? et poursuivant
l’air inquiet : Dites-moi, vous êtes en place ? »
« Non, je ne connais personne dans l’armée, mais
effectivement je suis en place. »
« Vous êtes en relation avec les services secrets américains,
envoyé par le Président Bush. Seriez-vous un
agent étranger ? »
L’autre complètement décontracté lui répond que le
président Bush lui rend visite tous les soirs dans sa cellule
en hélicoptère.
« On a les moyens, on va faire téléphoner à l’officier
américain pour lui demander s’il vous connaît bien. »
« Si vous me dites qu’il fait parti des services secrets
américains, il vous répondra par la négative » lui répliqua
t’il, l’air narquois, ayant laissé son interlocuteur
stupéfié.
« C’est ce que l’on verra. Oui ! oui, on va faire une
enquête approfondie et se renseigner auprès de la DRIP
» (sic) rétorque le chef de détention, engoncé dans son
fauteuil les épaules voûtées, comme apeuré devant
l’ampleur, l’énormité de la situation et de ses découvertes.
« On va faire un rapport d’incident contre vous »
Une question insidieuse lui est posée, toujours les arias
du « chef » : « Alors on vous met, à votre insu, des
objets dans votre cellule ? » (allusion à une autre
affaire)
« personne ne met rien chez moi, lui répond-il, très
relaxe, les jambes croisées, le coude nonchalamment
appuyé sur le bureau du chef de détention, si vous voulez
me faire un rapport, faite, faite… »
Monsieur « le chef » va certainement affiner, affiner,
suivant son habitude et comme il le fait si bien remarquer
à chaque occasion : vigilance, vigilance, affinons,
affinons…
Tout le monde est au garde-à-vous chez les bleus, les
porte-clefs.
Voilà le nouveau mot d’ordre de la maison d’arrêt de
Borgo.
Puis, on prie, la taupe américaine, enfin supposée, de
sortir afin qu’il regagne son unité.
Fin de l’incident peut-être une suite au prétoire, après
enquête sur l’infiltration par la CIA de la maison d’arrêt
de Borgo, après la chasse aux termites, sus aux taupes.
Marzulinu