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Articulu di u numaru 21, ghjennaghju di u 2007


Quel système carcéral pour la Corse indépendante ?



La question est importante. De nombreux nationalistes corses ont eu ou ont encore le malheur de connaître les affres des prisons françaises. Lorsque la Corse accédera à l’indépendance, il faudra bien engager un débat de société sur le système carcéral qui sera alors mis en place.

Les codes français

Tout d’abord, nous pouvons dire que le code pénal et le code de procédure pénale français sont relativement bien faits. Ils sont bien faits, si l’on excepte la tendance qui semble se généraliser depuis quelques années qui consiste à faire une loi nouvelle à chaque problème de société médiatisé, à l’exemple de l’événement footballistique de la finale de la coupe de France qui a été instrumentalisé par le Président de la République française à des fins politiciennes, lui qui était certainement au courant – cela se savait dans les prisons, comment les autorités françaises auraient-elles pu l’ignorer ? – que des sympathisants du CAR envisageaient de faire une action d’éclat lors de ce match.

Après avoir fait semblant d’être surpris par les sifflets pendant l’hymne français, le président français qui restera sans aucun doute dans l’Histoire de France, mais certainement pas pour ce dont il aurait pu le rêver, s’en est allé, indigné par ces sifflets que toutes les personnes présentes s’accordent à dire qu’ils venaient de l’ensemble du stade, c’est-à-dire de tous les supporters, Bretons et Corses. Mais comme toujours, c’est la Corse, et uniquement la Corse, que l’on a montré du doigt, dans une de ces manières très françaises de criminaliser la Corse entière dès qu’un événement concernant un Corse fait la une de l’actualité. Et quelques semaines plus tard, on débattait sur une nouvelle loi pour sanctionner les gens (et surtout les Corses) qui siffleront désormais la Marseillaise. Pourtant, quand une autre communauté avait sifflé cet hymne quelques mois auparavant, cela n’avait pas suscité la moindre réaction dans les milieux bien pensant parisiens.

Donc, si l’on excepte cette manie ridicule de légiférer au coup par coup en limitant chaque jour un peu plus les libertés individuelles (tout le monde sait aujourd’hui que l’on ne peut même plus traiter un ennemi de « PD » sous peine de lourdes condamnations, par contre, un Corse, on peut le traiter de ce que l’on veut…), les codes français sont dans l’ensemble intéressants et pourraient être un point de départ pour la mise en place d’un système judiciaire, tout en prenant en compte bien évidemment les spécificités corses.

Par contre, le véritablement problème dans le fonctionnement de la justice en France, ce n’est pas le code pénal ou le code de procédure pénale, mais l’application que les juges en font ! Un système où l’incarcération est l’exception, dans le cas d’un fait extrêmement grave, et quand c’est réellement la seule manière d’éviter que le crime ou le délit ne soit commis de nouveau, oui. Mais, en France, malheureusement, la situation est pratiquement inversée, et c’est la non incarcération qui est devenue l’exception !

Pitié, ne tombons pas dans cette logique absurde qui conduit chaque année « la patrie des droits de l’homme » à incarcérer des milliers d’innocents pendant des détentions préventives souvent très longues, surtout pour les nôtres, pour les acquitter quand on ne les condamne pas juste pour qu’ils ne puissent pas demander des dommages et intérêts ! D’ailleurs, on a pu constater une inquiétante recrudescence de condamnations pour association de malfaiteurs de certains de nos patriotes, alors qu’en même temps, ils sont acquittés pour les attentats pour lesquels ils ont fait plusieurs années de détention préventive…


L’état des prisons

Depuis quelques mois, les prisons françaises sont au centre d’un grand débat médiatique, et il n’y a guerre que les représentants du ministère de la Justice pour essayer de faire croire que tout va bien. Il ressort clairement de ces débats que les prisons françaises sont la honte de la France, et qu’il faut aller bien loin pour trouver pire.

Le jour où la Corse sera indépendante, il lui faudra un système carcéral. Alors quel système proposer ?

Et qu’en est-il du système français ?

Tout d’abord, il faut faire une différence entre les prisons françaises qui sont sur le territoire français et les prisons françaises qui sont en Corse.

Adolphe Blanqui décrivait en 1838 l’état des prisons de Corse dans un rapport à l’institut royal de France. Il y déclarait notamment :

« S’il fallait juger de l’état moral de la Corse par celui des prisons de cette île, il n’y en aurait pas dans le monde de plus digne de pitié. Nulle part, en effet, nous n’avons vu un tel oubli des droits les plus sacrés de l’espèce humaine, qui imposent aux pays civilisés l’obligation de traiter en hommes, même les criminels les plus indignes de ce nom ».

Depuis le milieu du XIXème siècle, les choses ont changé, ou au moins la perception que l’on en a. A un point qu’aujourd’hui la situation est complètement inversée, et ce sont au contraire les prisons françaises qui sont dans l’état que Blanqui attribuait à son époque aux prisons de Corse !

En effet, Borgu, Aiacciu, Casabianda, malgré le fait que ces maisons d’arrêt et centres de détention soient sous administration française jouissent d’une excellente réputation dans le monde carcéral français. Ces prisons sont plus humanitaires, il y a plus de liberté et moins de contraintes, et souvent aussi plus de respect. Qu’il s’agisse de la part des membres de l’administration pénitentiaire d’une crainte ou d’une corsisation, le fait est que les détenus sont mieux traités actuellement en Corse que de partout ailleurs en France. Cela ne veut pas dire pour autant qu’il n’y aurait rien à changer. Et on pourrait épiloguer longuement sur les améliorations à porter dans ces prisons.


Les prisons françaises

Dans les grandes prisons françaises, il y a de la part de l’administration pénitentiaire une volonté manifeste de casser l’individu, de le diminuer, de la ramener à un simple numéro d’écrou. On entend souvent les surveillants dire « de toutes les manières, celui-là, s’il est là, c’est qu’il le mérite ». Dans une prison comme Fresnes, on applique encore une discipline militaire poussée à son paroxysme. Le détenu doit marcher dans le sens nord/sud au milieu du couloir sur une ligne imaginaire et n’a pas le droit de parler (la loi du silence est encore en vigueur !).

Dans le sens est/ouest, le détenu doit raser les murs… Enfin, il ne doit pas mettre les mains dans les poches, ne doit pas porter de casquette, et doit se déplacer la veste fermée. Et le détenu n’avance qu’en suivant des ordres martiaux.

« Avancez ! » ou encore « Silence ! »… Dans les couloirs, pour rejoindre la cellule, le détenu doit attendre qu’un surveillant qui passe par là vienne lui ouvrir la porte. Le détenu attend debout, pratiquement au garde-à-vous, sans s’appuyer contre le mur ou la rambarde, sans mettre les mains dans les poches, sans parler. Parfois, le surveillant ne fera pas les 4 ou 5 mètres supplémentaires pour venir lui ouvrir la porte. Il attendra vraiment de passer devant la cellule, laissant le détenu attendre 20 ou 30 minutes… Il ne faut pas que le détenu oublie qu’il n’est qu’un détenu.

Les surveillants, ceux qui s’autoproclament « patron des clefs », profitent alors de l’immense supériorité qu’ils pensent avoir sur les détenus. A Fresnes toujours, officiellement pour s’assurer de l’identité d’un détenu, on lui demande sa carte d’identité intérieure. Il y a une photo dessus, mais cela ne suffit pas à prouver qu’il s’agit bien du détenu. On ne sait jamais, alors systématiquement, même si le surveillant connaît le détenu, il lui demande son numéro d’écrou. C’est une manière de plus de déshumaniser les personnes qui sont incarcérées et de les faire passer du statut d’être humain à celui de simple numéro. De nombreux prisonniers politiques corses refusent de se soumettre à ce jeu stupide et rabaissant.

Une telle discipline est inadmissible et injustifiable. Aujourd’hui, dans les prisons françaises, à chaque tentative d’évasion un peu médiatisée, on invente toute une série de nouvelles contraintes qui ne changent absolument rien à la sécurité, mais qui permettent à l’administration pénitentiaire de prendre ou de tenter de prendre encore un peu plus le dessus sur les détenus, en les déshumanisant au maximum.

La prison de Fresnes toujours, offre aux détenus la possibilité d’aller en promenade deux fois par jour. La « promenade » est large d’environ 4 mètres et longue de 9 ou 10 mètres ! Dans ce petit espace, 10, 15, 20 détenus s’agglutinent.

Aucune activité physique n’est possible. Mais, ce n’est pas grave, ce ne sont que des détenus. Au départ, cette prison construite à la fin du XIXème siècle était un modèle construit sur le principe de l’incarcération cellulaire, c’est-à-dire une cellule, un individu, et donc une cour de promenade… Beaucoup de choses ont changé depuis la fin du XIXème siècle, mais pas les locaux de Fresnes, ni même la mentalité !

A la prison de la Santé, au coeur de Paris, pour aller au parloir, il faut un masque à gaz pour traverser le couloir où s’entassent les ordures. Les détenus du rez-de-chaussée et du premier étage sont obligés de mettre des cartons aux fenêtres pour éviter que les rats ne pénètrent dans la cellule.

La cellule est tellement petite que si l’on étend les bras on touche pratiquement les murs… A Fleury, les rats attaquent dans les cours de promenade… Ces lieux sont tellement sales que même les rats doivent hésiter avant de venir s’y installer. Pourtant on y parque les hommes sans se poser de question. Que Dieu nous préserve de ne jamais offrir en Corse de telles conditions de détention à nos détenus !


Les prisons de la Corse indépendante

Un Etat indépendant a besoin de prisons. Il ne faut pas rêver, même indépendante la Corse aura ses délinquants et ses criminels, même s’il faudra attaquer le mal à son origine, il serait utopique de penser qu’il faut supprimer les prisons. Par contre, nos prisons devront priver de liberté les gens qui y seront incarcérés, mais c’est tout.

Uniquement les priver de liberté pour protéger notre société, réconforter les victimes, mais il ne faudra pas qu’elles aient pour but de détruire les individus qui y seront incarcérés. Au contraire, comme cela se fait pour 5% des détenus actuellement en France, le système carcéral devra impérativement apporter quelque chose aux détenus, à tous les détenus, pour qu’ils sortent de prison en ayant un projet professionnel, en ayant appris un métier, en ayant été soigné pour ceux qui en ont besoin. Il faudra que la personne qui sort de prison, une fois purgée sa peine, puisse retrouver toute sa place dans la société. Et non pas qu’un casier judiciaire l’empêche d’occuper un emploi pour lequel elle serait destinée.

J’ai en mémoire cet exemple de ce jeune portugais rencontré dans la prison de Fleury Mérogis : sorti de prison après avoir purgé une peine pour une attaque de banque, il tente de se réinsérer en travaillant comme bagagiste à Air France. Il est performant, ses chefs sont contents de lui et son passé de délinquant n’est plus qu’un mauvais souvenir. Un jour, il monte dans un avion israélien dans le cadre de son travail.

Immédiatement les services secrets israéliens l’arrêtent et sortent son casier. Dénoncé à ses supérieurs, malgré qu’ils soient très contents de lui, le jeune portugais est licencié.

Quelques mois plus tard, il retombe en prison pour de nouveau braquages… C’est l’échec flagrant de toute une société.

Dans la Corse indépendante, il faudra qu’un détenu puisse se réinsérer dans la société et non pas que son passé soit un obstacle. Il faudra qu’il puisse travailler dignement, se loger… Pour cela, car une sortie de prison, cela se prépare, il faut en tout premier lieu que les liens avec sa famille soient privilégiés pendant toute l’incarcération. De même, il faudra donner la possibilité à tous les détenus d’avoir accès à des études ou des stages, même internes, pour apprendre des métiers. Si les gens qui connaîtront l’incarcération dans notre Corse indépendante sortent de prison meilleurs qu’ils n’étaient avant d’y entrer, nous aurons réussi. Si, comme c’est le cas actuellement en France, ils sortent de prison en ayant envie de faire payer leur incarcération à la société entière, alors, comme la France nous aurons échoué.

Ghjuvan Filippu Antolini

 

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