La question est importante. De nombreux nationalistes corses ont eu ou ont encore le malheur de connaître les affres des prisons françaises.
Lorsque la Corse accédera à l’indépendance, il faudra bien engager un débat de société sur le système carcéral qui sera alors mis en place.
Les codes français
Tout d’abord, nous pouvons dire
que le code pénal et le code de procédure
pénale français sont relativement
bien faits. Ils sont bien faits, si
l’on excepte la tendance qui semble
se généraliser depuis quelques
années qui consiste à faire une loi
nouvelle à chaque problème de
société médiatisé, à l’exemple de
l’événement footballistique de la
finale de la coupe de France qui a
été instrumentalisé par le Président
de la République française à des
fins politiciennes, lui qui était certainement
au courant – cela se
savait dans les prisons, comment les
autorités françaises auraient-elles
pu l’ignorer ? – que des sympathisants
du CAR envisageaient de faire
une action d’éclat lors de ce match.
Après avoir fait semblant d’être surpris
par les sifflets pendant l’hymne
français, le président français qui
restera sans aucun doute dans
l’Histoire de France, mais certainement
pas pour ce dont il aurait pu le
rêver, s’en est allé, indigné par ces
sifflets que toutes les personnes présentes
s’accordent à dire qu’ils
venaient de l’ensemble du stade,
c’est-à-dire de tous les supporters,
Bretons et Corses. Mais comme
toujours, c’est la Corse, et uniquement
la Corse, que l’on a montré du
doigt, dans une de ces manières très
françaises de criminaliser la Corse
entière dès qu’un événement
concernant un Corse fait la une de
l’actualité. Et quelques semaines
plus tard, on débattait sur une nouvelle
loi pour sanctionner les gens
(et surtout les Corses) qui siffleront
désormais la Marseillaise. Pourtant,
quand une autre communauté avait
sifflé cet hymne quelques mois
auparavant, cela n’avait pas suscité
la moindre réaction dans les milieux
bien pensant parisiens.
Donc, si l’on excepte cette manie
ridicule de légiférer au coup par
coup en limitant chaque jour un peu
plus les libertés individuelles (tout
le monde sait aujourd’hui que l’on
ne peut même plus traiter un
ennemi de « PD » sous peine de
lourdes condamnations, par contre,
un Corse, on peut le traiter de ce
que l’on veut…), les codes français
sont dans l’ensemble intéressants et
pourraient être un point de départ
pour la mise en place d’un système
judiciaire, tout en prenant en
compte bien évidemment les spécificités
corses.
Par contre, le véritablement problème
dans le fonctionnement de la
justice en France, ce n’est pas le
code pénal ou le code de procédure
pénale, mais l’application que les
juges en font ! Un système où l’incarcération
est l’exception, dans le
cas d’un fait extrêmement grave, et
quand c’est réellement la seule
manière d’éviter que le crime ou le
délit ne soit commis de nouveau,
oui. Mais, en France, malheureusement,
la situation est pratiquement
inversée, et c’est la non incarcération
qui est devenue l’exception !
Pitié, ne tombons pas dans cette
logique absurde qui conduit chaque
année « la patrie des droits de
l’homme » à incarcérer des milliers
d’innocents pendant des détentions
préventives souvent très longues,
surtout pour les nôtres, pour les
acquitter quand on ne les condamne
pas juste pour qu’ils ne puissent pas
demander des dommages et
intérêts ! D’ailleurs, on a pu constater
une inquiétante recrudescence
de condamnations pour association
de malfaiteurs de certains de nos
patriotes, alors qu’en même temps, ils sont acquittés pour les attentats
pour lesquels ils ont fait plusieurs
années de détention préventive…
L’état des prisons
Depuis quelques mois, les prisons
françaises sont au centre d’un grand
débat médiatique, et il n’y a guerre
que les représentants du ministère
de la Justice pour essayer de faire
croire que tout va bien. Il ressort
clairement de ces débats que les prisons
françaises sont la honte de la
France, et qu’il faut aller bien loin
pour trouver pire.
Le jour où la Corse sera indépendante,
il lui faudra un système carcéral.
Alors quel système proposer ?
Et qu’en est-il du système français ?
Tout d’abord, il faut faire une différence
entre les prisons françaises
qui sont sur le territoire français et
les prisons françaises qui sont en
Corse.
Adolphe Blanqui décrivait en
1838 l’état des prisons de Corse
dans un rapport à l’institut royal de
France. Il y déclarait notamment :
« S’il fallait juger de l’état moral
de la Corse par celui des prisons de
cette île, il n’y en aurait pas dans le
monde de plus digne de pitié. Nulle
part, en effet, nous n’avons vu un
tel oubli des droits les plus sacrés
de l’espèce humaine, qui imposent
aux pays civilisés l’obligation de
traiter en hommes, même les criminels
les plus indignes de ce nom ».
Depuis le milieu du XIXème siècle,
les choses ont changé, ou au moins
la perception que l’on en a. A un
point qu’aujourd’hui la situation est
complètement inversée, et ce sont
au contraire les prisons françaises
qui sont dans l’état que Blanqui
attribuait à son époque aux prisons
de Corse !
En effet, Borgu, Aiacciu,
Casabianda, malgré le fait que ces
maisons d’arrêt et centres de détention
soient sous administration française
jouissent d’une excellente
réputation dans le monde carcéral
français. Ces prisons sont plus
humanitaires, il y a plus de liberté
et moins de contraintes, et souvent
aussi plus de respect. Qu’il s’agisse
de la part des membres de l’administration
pénitentiaire d’une crainte
ou d’une corsisation, le fait est que
les détenus sont mieux traités
actuellement en Corse que de partout
ailleurs en France. Cela ne veut
pas dire pour autant qu’il n’y aurait
rien à changer. Et on pourrait épiloguer
longuement sur les améliorations
à porter dans ces prisons.
Les prisons
françaises
Dans les grandes prisons françaises,
il y a de la part de l’administration
pénitentiaire une volonté manifeste
de casser l’individu, de le
diminuer, de la ramener à un simple
numéro d’écrou. On entend souvent
les surveillants dire « de toutes les
manières, celui-là, s’il est là, c’est
qu’il le mérite ». Dans une prison
comme Fresnes, on applique encore
une discipline militaire poussée à
son paroxysme. Le détenu doit marcher
dans le sens nord/sud au milieu
du couloir sur une ligne imaginaire
et n’a pas le droit de parler (la loi
du silence est encore en vigueur !).
Dans le sens est/ouest, le détenu
doit raser les murs… Enfin, il ne
doit pas mettre les mains dans les
poches, ne doit pas porter de casquette,
et doit se déplacer la veste
fermée. Et le détenu n’avance qu’en
suivant des ordres martiaux.
« Avancez ! » ou encore
« Silence ! »… Dans les couloirs,
pour rejoindre la cellule, le détenu
doit attendre qu’un surveillant qui
passe par là vienne lui ouvrir la
porte. Le détenu attend debout, pratiquement
au garde-à-vous, sans
s’appuyer contre le mur ou la rambarde,
sans mettre les mains dans les poches, sans parler. Parfois, le
surveillant ne fera pas les 4 ou 5
mètres supplémentaires pour venir
lui ouvrir la porte. Il attendra vraiment
de passer devant la cellule,
laissant le détenu attendre 20 ou 30
minutes… Il ne faut pas que le
détenu oublie qu’il n’est qu’un
détenu.
Les surveillants, ceux qui s’autoproclament
« patron des clefs »,
profitent alors de l’immense supériorité
qu’ils pensent avoir sur les
détenus. A Fresnes toujours, officiellement
pour s’assurer de l’identité
d’un détenu, on lui demande sa
carte d’identité intérieure. Il y a une
photo dessus, mais cela ne suffit pas
à prouver qu’il s’agit bien du
détenu. On ne sait jamais, alors systématiquement,
même si le surveillant
connaît le détenu, il lui
demande son numéro d’écrou. C’est
une manière de plus de déshumaniser
les personnes qui sont incarcérées
et de les faire passer du statut
d’être humain à celui de simple
numéro. De nombreux prisonniers
politiques corses refusent de se soumettre
à ce jeu stupide et rabaissant.
Une telle discipline est inadmissible
et injustifiable. Aujourd’hui, dans
les prisons françaises, à chaque tentative
d’évasion un peu médiatisée,
on invente toute une série de nouvelles
contraintes qui ne changent
absolument rien à la sécurité, mais
qui permettent à l’administration
pénitentiaire de prendre ou de tenter
de prendre encore un peu plus le
dessus sur les détenus, en les déshumanisant
au maximum.
La prison de Fresnes toujours,
offre aux détenus la possibilité d’aller
en promenade deux fois par jour.
La « promenade » est large d’environ
4 mètres et longue de 9 ou 10
mètres ! Dans ce petit espace, 10,
15, 20 détenus s’agglutinent.
Aucune activité physique n’est possible.
Mais, ce n’est pas grave, ce
ne sont que des détenus. Au départ,
cette prison construite à la fin du
XIXème siècle était un modèle
construit sur le principe de l’incarcération
cellulaire, c’est-à-dire une
cellule, un individu, et donc une
cour de promenade… Beaucoup de
choses ont changé depuis la fin du
XIXème siècle, mais pas les locaux
de Fresnes, ni même la mentalité !
A la prison de la Santé, au coeur de
Paris, pour aller au parloir, il faut un
masque à gaz pour traverser le couloir
où s’entassent les ordures. Les
détenus du rez-de-chaussée et du
premier étage sont obligés de mettre
des cartons aux fenêtres pour éviter
que les rats ne pénètrent dans la cellule.
La cellule est tellement petite
que si l’on étend les bras on touche
pratiquement les murs… A Fleury,
les rats attaquent dans les cours de
promenade… Ces lieux sont tellement
sales que même les rats doivent
hésiter avant de venir s’y installer.
Pourtant on y parque les
hommes sans se poser de question.
Que Dieu nous préserve de ne
jamais offrir en Corse de telles
conditions de détention à nos détenus
!
Les prisons de la
Corse indépendante
Un Etat indépendant a besoin de
prisons. Il ne faut pas rêver, même
indépendante la Corse aura ses
délinquants et ses criminels, même
s’il faudra attaquer le mal à son origine,
il serait utopique de penser
qu’il faut supprimer les prisons. Par
contre, nos prisons devront priver
de liberté les gens qui y seront
incarcérés, mais c’est tout.
Uniquement les priver de liberté
pour protéger notre société, réconforter
les victimes, mais il ne faudra
pas qu’elles aient pour but de
détruire les individus qui y seront
incarcérés. Au contraire, comme
cela se fait pour 5% des détenus
actuellement en France, le système
carcéral devra impérativement
apporter quelque chose aux détenus,
à tous les détenus, pour qu’ils
sortent de prison en ayant un projet
professionnel, en ayant appris un
métier, en ayant été soigné pour
ceux qui en ont besoin. Il faudra
que la personne qui sort de prison,
une fois purgée sa peine, puisse
retrouver toute sa place dans la
société. Et non pas qu’un casier
judiciaire l’empêche d’occuper un
emploi pour lequel elle serait destinée.
J’ai en mémoire cet exemple
de ce jeune portugais rencontré
dans la prison de Fleury Mérogis :
sorti de prison après avoir purgé
une peine pour une attaque de banque,
il tente de se réinsérer en travaillant
comme bagagiste à Air
France. Il est performant, ses chefs
sont contents de lui et son passé de
délinquant n’est plus qu’un mauvais
souvenir. Un jour, il monte
dans un avion israélien dans le
cadre de son travail.
Immédiatement les services secrets
israéliens l’arrêtent et sortent son
casier. Dénoncé à ses supérieurs,
malgré qu’ils soient très contents
de lui, le jeune portugais est licencié.
Quelques mois plus tard, il
retombe en prison pour de nouveau
braquages… C’est l’échec flagrant
de toute une société.
Dans la Corse indépendante, il
faudra qu’un détenu puisse se réinsérer
dans la société et non pas que
son passé soit un obstacle. Il faudra
qu’il puisse travailler dignement, se
loger… Pour cela, car une sortie de
prison, cela se prépare, il faut en
tout premier lieu que les liens avec
sa famille soient privilégiés pendant
toute l’incarcération. De
même, il faudra donner la possibilité
à tous les détenus d’avoir accès
à des études ou des stages, même
internes, pour apprendre des
métiers. Si les gens qui connaîtront
l’incarcération dans notre Corse
indépendante sortent de prison
meilleurs qu’ils n’étaient avant d’y
entrer, nous aurons réussi. Si,
comme c’est le cas actuellement en
France, ils sortent de prison en
ayant envie de faire payer leur
incarcération à la société entière,
alors, comme la France nous aurons
échoué.
Ghjuvan Filippu Antolini