La question des prisonniers politiques est, depuis 30 ans, malheureusement indissociable
de la lutte du Mouvement National. En effet, des milliers de Corses, militants
ou non, ont été confrontés, un jour ou l'autre, à la répression française et plusieurs
centaines d'hommes et de femmes ont connu les affres des prisons de l'hexagone.
Elle est épineuse et douloureuse. Epineuse, car elle témoigne incontestablement
pour l'opinion publique internationale d'un problème éminemment politique
que l'Etat français refuse de reconnaître et cherche uniquement à régler sous l'angle
répressif, en écartant toute véritable solution porteuse de paix. Elle est aussi
douloureuse, car elle met en avant la peine des familles, à qui l'on arrache un père,
un mari, un fils, et les contraintes, les humiliations, les duretés, subies en prison par
des dizaines d'hommes dont le tord à été de faire valoir les intérêts collectifs et politiques
de la terre de Corse. Leur pays.
Aujourd'hui encore, en
2008, plus de 60 prisonniers
se trouvent dans les
geôles françaises. Ils sont
les victimes idéales d'un système où
la raison d'Etat supplante en permanence
les droits et le Droit. Un système
qui instruit à charge, dénigre les
droits de la défense, ignore la présomption
d'innocence, interconnecte
les dossiers
pour multiplier les accusations
et les procédures.
Les prisonniers politiques
subissent, de plein fouet, les
mécanismes d'institutions
politiques
placées sous l'autorité directe
du gouvernement : la 14e section du
Parquet de Paris reliée directement au
Ministère de la Justice, et la SDAT,
police créée par le Ministère de
l'Intérieur. Les prisonniers politiques
sont, au nom de la sûreté de l'Etat,
accusés de terroristes et de malfaiteurs
car il ne peut y avoir de contestations
au sein d'une République «
généreuse, une et indivisible » qui
s'est forgée, au cours de son histoire,
par le fer et dans le sang, comme en
1769 à Ponte Novu. Non reconnus
par un statut politique, alors même
qu'ils sont poursuivis, et par la suite
jugés, par des juridictions spéciales,
les prisonniers sont déshumanisés et
relégués au rang d'un simple numéro
d'écrou. D'ailleurs, leur situation
actuelle nous rappelle en permanence
que les prisonniers, nos prisonniers,
sont déportés, éparpillés
dans plusieurs prisons parisiennes,
soumis à un sous
régime carcéral de
droit commun,
aux vexations, aux
brimades, aux
fouilles humiliantes, aux difficultés à se soigner...Une
situation qui n'est pas sans rappeler
celle qui était pratiquée dans les
années 70, en Amérique du Sud, par
des régimes fascistes au main de
colonels et autres généraux. Sauf que
là, çà se situe en Europe, en France,
dans l'auto proclamée patrie des
droits de l'homme. Une France qui
n'hésite pas non plus à bafouer la loi,
sa propre loi, dont l'exemple le plus
marquant, et d'actualité depuis
quelques années, est la non tenue
des engagements en matière de rapprochement
pour les prisonniers
condamnés. En effet, en juillet 2002
à Aiacciu, le gouvernement français,
en présence de 4 ministres, dont le
1er d'entre eux, Jean-Pierre Raffarin,
avait promis le rapprochement des
militants Corses incarcérés à Paris.
Or, 6 ans après, force est de constater
que cela se fait au compte
goutte, et surtout pas de manière
significative, car on s'aperçoit que
l'on transfère uniquement, pour
quelques semaines, à Borgu, des
condamnés en fin de peine voire
des personnes déjà conditionnables !
Et pour augmenter les statistiques, de
ces prétendus transfèrements, on
incorpore les droits communs…
Ainsi le 30 octobre dernier, le
Procureur Général de Bastia, Paul
Michel, communiquait sur le rapprochement
des détenus corses. Il affirmait
que depuis le début de l'année
34 personnes ont été rapprochées à
Borgu et qu'actuellement les 28 places
prévues à cet effet à Borgu sont
complêtes. Cela est certainement
vrai, mais certainement pas 34 militants
nationalistes. Cela n'a pas manqué
de faire réagir les organisations
de défense des prisonniers, le CAR,
Aiutu Paesanu, Cuscenza Viva, qui,
au cours d'une conférence de presse,
le 3 novembre, ont justement souligné
que « le Parquet communique
beaucoup depuis que l'opinion
publique corse s'est clairement exprimée
en faveur du retour des prisonniers,
notamment à travers les
Conseils municipaux qui en grande
majorité ont délibéré en ce sens. Ces
communications du Parquet n'ont
qu'un but, celui de manipuler l'opinion
publique et lui faire croire que
l'Etat français fait tout ce qu'il peut
pour appliquer ces propres lois et
rapprocher les prisonniers, alors
qu'on utilise tout les systèmes possibles
et imaginables pour ne pas faire
rentrer en Corse les prisonniers qui
en ont le plus besoin, les longues
peines ou les prisonniers qui ont des
problèmes de santé (…) la réalité est
simple. On nous annonce à chaque
communiqué, chiffre à l'appui que
l'on a fait le maximum, mais que
maintenant, on ne peut plus rien
faire car le Centre de Détention de
Borgu est plein. Les chiffres sont
impressionnants. Mais derrière ces
chiffres se cache une triste réalité :
les seuls prisonniers politiques qui
rentrent sont conditionnables ou
pratiquement, et dans tous les cas, on
fait rentrer systématiquement le prisonnier
le plus proche de la fin de sa
peine. Nous avons même un prisonnier
politique qui est rentré en Corse
après 8 années de détention en
France, pour passer 3 semaines à
Borgu ! Bien évidemment, ce prisonnier
entre dans les statistiques de l'Etat
français sur le rapprochement. Et pendant
ce temps, on ne transfert jamais
les longues peines, jamais les « perpétuités
», les « 28 ans » ou les « 25
ans », qui pourtant sont ceux qui en
ont le plus besoin. On remplit également
le CD en y mettant des détenus
de droit commun qui n'ont qu'un
lointain rapport avec la Corse. Alors
que le rapprochement s'opère au titre
de la proximité avec la famille, il y a
actuellement des détenus qui n'ont
pas de parloir, tout simplement parce
que leur famille proche n'habite pas
en Corse, de même qu'eux n'habitaient
pas sur l'île avant leur incarcération.
Mais cela permet de remplir
le CD et de dire qu'on ne peut
plus transférer nos prisonniers.
Aujourd'hui, il y a actuellement 67
prisonniers politiques dont 22 sont
condamnés définitivement et 45 sont
en détention préventive. Sur ces 67
prisonniers, seulement 7 sont incarcérés
en Corse…Voilà la triste réalité.
Il est grand temps que ce scandale de
la peine à l'exil cesse, et que les prisonniers
politiques corses cessent
d'être les otages et les victimes expiatoires
de l'Etat français, car leur problématique
est la conséquence
directe du problème national corse.
La France aurait tout à gagner à chercher
et à mettre en oeuvre les voies et
moyens d'une véritable solution politique,
porteuse de paix. Elle pourrait
ainsi se montrer à la hauteur de
l'image positive qu'elle véhicule, par
ses valeurs, dans le monde. Sortir de
la logique du glaive pour justifier l'injustifiable,
sortir de la logique de l'affrontement
pour taire enfin les violences,
toutes les violences. Revenir aux
causes premières du problème, et
l'aborder avec courage et sérénité,
pour que demain une relation de
confiance se tisse d'une rive à
l'autre de la Méditerranée, pour
que demain les enfants de Corse
grandissent aux côtés de leurs
pères, pour que demain le mot
prison soit banni du vocabulaire
d'une île et d'un peuple.