C'est à Muratu, dans le Nebbiu, qu'a été décerné le
2 juillet dernier le prix du livre corse, la plus
ancienne et la plus prestigieuse distinction visant à
promouvoir la littérature de notre pays. Le jury, présidé
par M. Paul Silvani, a décerné le prix, dans le domaine de
la langue corse, à Jean-Guy Talamoni pour son " Dictionnaire
commenté des expressions corses " (Editions DCL),
et à Eugène Gherardi pour son ouvrage en langue française
intitulé " Esprit Corse et Romantisme, Notes et jalons
pour une histoire culturelle " (Editions Albiana). Le prix
sera officiellement remis aux lauréats le samedi 30 juillet
2005 à San Niculau di Moriani.
La qualité des oeuvres en lice pour l'obtention du prix
rend la performance encore plus remarquable. Comme l'écrit
Ghjacumu Thiers en avant-propos, il s'agissait pour
Jean-Guy Talamoni d'un " arrêt sur langage " au beau
milieu d'un parcours politique au service de la cause
nationale corse. Quand on pense au travail accompli par
ce dernier au sein de l'Assemblée de Corse, et ailleurs,
ainsi qu'au harcèlement que les autorités françaises lui ont
fait subir, pour avoir simplement défendu des idées partagées
par des milliers de corses, on se demande où il a pu
trouver l'énergie et le temps nécessaires à la réalisation de
cet ouvrage. Sans doute la réponse est-elle apportée par la
préface de Marie-Jean Vinciguerra qui voit au fil de l'écrit
" se dessiner en filigrane le portrait d'un homme attaché à
ses racines et qui veut, arrimé à elles, traverser le temps
des bourrasques " à moins que l'amour de son pays,
conjugué à une énergie sereine, ne soit la véritable explication,
si bien illustré par une des nombreuses expressions
du recueil : " Acqua chieta sfonda ripa ".