Devant la Cour d’appel du tribunal de Bastia,
après un appel du parquet, 10 mois de prison
avec sursis et 3 ans de mise à l’épreuve ont
été requis à l’encontre de Joseph Colombani, président
de la FDSEA de Haute-Corse. Cela fait suite à une
action syndicale qui avait vu, le 9 décembre 2004, la
destruction du bureau du directeur de la DDA. En première
instance, en juillet 2005, il avait été condamné à
3 mois avec sursis et 3 ans de mise à l’épreuve. Cet
appel – tardif – intervient également à 2 mois
d’échéances électorales importantes
à la Chambre
d’Agriculture de la Haute-
Corse, où Joseph Colombani
sera candidat, et, par conséquent,
il ne faudrait pas que ce
procès interfère, par une éventuelle
privation de droits civiques,
dans le jeu démocratique
et le débat électoral à venir.
C’est en présence de près
d’une centaine d’agriculteurs,
tout syndicats confondus –
FDSEA, CDJA, Via
Campagnola – que Joseph
Colombani a de nouveau eu
l’occasion de s’expliquer sur
les motivations de cet acte
syndical, reconnu et assumé,
et le contexte dans lequel il
s’est déroulé.
Les faits sont simples. Le 9 décembre 2004, la Corse
est placée, par la Préfecture, sous alerte météo orange.
Des contrôles sur des exploitations bovines doivent
cependant être effectués par des agents de la DDA.
Joseph Colombani se rend à Bastia pour demander un
report, afin de permettre aux agriculteurs de réunir
l’ensemble de leurs bêtes, car, en Corse, il n’y a pas
d’élevage en batterie. C’est un élevage extensif qui est
pratiqué sur diverses parcelles parfois très éloignées les
unes des autres. La DDA, qui connaît pourtant cette
situation, refuse et tend à outrepasser les consignes
émises par le Préfet, sur les dangers de déplacements.
Devant cette fin de non recevoir, de non dialogue,
Joseph Colombani à détruit le bureau du directeur de la
DDA, symbole de l’incurie des pouvoirs publics à
l’égard de l’agriculture corse qui connaît un situation
catastrophique. Au-delà de l’acte, il était du devoir de
Joseph Colombani, en tant que responsable syndical, de
défendre les intérêts de la profession et de prévenir
d’éventuelles difficultés ou drames entre agriculteurs et
agents de la DDA. Rappelons que, quelques semaines
auparavant, en France, deux contrôleurs avaient été
tués par un agriculteur qui s’était par la suite suicidé.
En effet, les primes sont vitales, et représentent très
souvent le principal revenu annuel d’un secteur en difficulté.
Il s’agissait nullement de protéger des agriculteurs
en non conformité mais de faire preuve de responsabilité.
En l’espèce, n’en déplaise à la Cour, et à son président
Mr Huyette, manifestement peu intéressé par la situation
agricole corse et plus soucieux
de savoir si c’était le fax
ou le photocopieur qui avait
été cassé en premier, Joseph
Colombani est un militant responsable
qui assume ses actes.
Son action s’inscrit dans une
démarche résolue de défense
des agriculteurs. C’est un acte
de rébellion légitime face à
l’intransigeance des services
de l’Etat, certainement plus
intéressés de voir disparaître
l’agriculture corse que par son
développement et son avenir.
Par conséquent, c’est une
action militante qui ne serait
être la réaction « d’un enfant
en colère » ou un fait de «
vandalisme », selon l’expression
de l’avocat général
Savelli…
Sans compter l’opprobre jetée en permanence sur une
profession. A ce titre, comment interpréter les 22% de
contrôles inopinés en Corse chaque année, contre seulement
4% en France… ? D’ailleurs une commission
européenne a constaté en mai 2006 que la situation en
Corse devait être ramenée à sa juste valeur, et depuis le
nombre des contrôles est tombé à 7%. L’agriculteur
corse n’est pas un profiteur, qui vit de primes et roule
en 4x4. Il est l’héritier d’une activité traditionnelle, difficile,
contraignante, qui connaît bien souvent les affres
des fins de mois pour lui, ses enfants, sa famille, et,
pour cela, et l’avenir économique de la Corse, l’agriculture
doit continuer à vivre.
Joseph Colombani est un symbole de la défense des
intérêts de la Corse, et il mérite pleinement le soutien
des agriculteurs et, plus largement, du peuple corse
dans son ensemble.
Battì Lucciardi