« Nous n'accepterons pas l'exécution judiciaire programmée d'Yvan Colonna, sur l'autel
de la raison d'Etat ». C'est en ces termes que la délégation de la CAR de Corsica
Libara s'est exprimée devant Jean-François Copé lors d'une rencontre à Bastia.
Le procès en première instance
d'Yvan Colonna avait
pu laisser croire à un procès
juste et équitable, mais nous
avions compris au moment du verdict
que ce n'était qu'une parodie
de justice, puisqu'on avait
condamné Yvan à perpétuité sans
aucun élément de preuve à
charge. Le procès en appel lui,
n'est même plus une parodie de
justice, car le président ne lui a
même pas donné l'aspect d'un
procès équitable, ne faisant même
pas semblant de diriger des débats
à charge et à décharge. Nous
n'avons eu droit qu'à une charge
de cavalerie grossière pour tenter
de justifier une condamnation
commanditée en plus haut lieu.
Revue de presse
Mais la presse française elle-même
a rapidement compris les limites du
président Wacogne et les titres des
grands journaux français en disent
long… Le Figaro : « Le don d'ubiquité
de Colonna n'émeut pas les
assises », « Une lecture linéaire du
dossier permet donc de démontrer
que l'accusé - qui fut le premier à
s'en étonner après son arrestation -
jouissait d'un prodigieux don
d'ubiquité, se trouvant simultanément
en deux endroits distants
d'une cinquantaine de kilomètres.
« La justice s'est embrouillée
jusqu'à transformer ce procès en
fiasco. » « Alors que les débats se
poursuivent de manière chaotique,
tout est pollué par ces deux cachotteries
injustifiables sur le plan de
l'équité » (ndlr : les lettres de
Vinolas et le certificat de Lebbos).
Le Monde, autre grand quotidien
français : « Le procès Colonna
tourne à la parodie de justice », «
Le président, Didier Wacogne, a
beau continuer, feignant d´entendre
les témoins selon une règle
d´impartialité dont il serait désormais
l´unique garant, rien n´y fait :
le procès en appel d´Yvan Colonna
(…) a sombré dans un simulacre de
justice ». Enfin, pour l'anecdote,
car il serait trop long de reprendre
l'ensemble des articles de presse
qui stigmatisent le fonctionnement
de la justice d'exception française,
Rue 89 : « Les juges s'empêtrent
dans leurs contradictions », ou
encore « Les convictions de l'accusation
vacillent », « (…) Rien qui
puisse convaincre que Colonna est
coupable, qu'il mérite la réclusion
à perpétuité. »
Flagrant-délit de mensonge
Le président Wacogne, en « mission
pour obtenir [sa] condamnation
» selon Yvan Colonna lui-même,
a incontestablement multiplié
les erreurs prouvant sa totale
partialité dans ce procès. Il a menti
à plusieurs reprises et a été pris en
défaut par la défense. Ce président
dit ne pas lire son courrier et donc
ne pas être au courant de la teneur
du témoignage de Vinolas. Oui,
mais lorsqu'il fait distribuer la lettre
qu'il a reçu de l'ancien policier, on
apprend à l'audience que le parquet
général, également destinataire
de la lettre, la lui a transmise.
Les avocats de la défense demandent
donc logiquement à ce qu'on leur distribue les deux lettres. Ce à
quoi le président répond : « mais,
ce sont exactement les mêmes ! »
Le même président qui bredouille
tout penaud « ça a été dit vendredi
dernier… » lorsque les avocats lui
font remarquer qu'il ne peut pas le
savoir puisqu'il n'a pas lu la lettre…
Pour information, nous
venions d'apprendre le lundi matin
l'existence de deux lettres…
Le président Wacogne ment également
lorsqu'il annonce après trois
semaine de procès qu'un témoin
capital, le commandant Lebbos a
envoyé un certificat médical et
qu'il ne pourra pas comparaître et
qu'il vient de l'apprendre.
Quelques jours plus tard, on
s'aperçoit que le certificat a été
transmis avant le début de l'audience
et que le président lors de
l'appel des témoins a passé cette
information sous silence. Il faut
dire que le grand Lebbos, voleur de
perceuses de son Etat, homme très
violent avec sa femme et les gardés-
à-vue, qui détourne des procédures
en faisant des faux pour faire
suivre son ex compagne, était sorti
au bord des larmes de sa précédente
comparution. Or, c'est l'un
des rouages principaux de l'accusation,
puisque c'est lui qui obtient
les mises en cause d'Yvan Colonna
en garde-à-vue.
Un président de cour d'assise
Dans le code de procédure pénale,
un président d'assise doit mener les
débats, à charge et à décharge,
sans être parti-pris, afin de faire
éclater la vérité. Il n'est absolument
pas un supplétif du parquet ou des
parties civiles pour obtenir une
condamnation. Mener les débats à
charge et à décharge, cela veut dire
que l'on doit poser des questions
pour tenter de comprendre et non
pas uniquement pour tenter d'enfoncer
un accusé ! Etre honnête,
cela implique que l'on ne se permette
pas de tenter de décrédibiliser
les témoins qui déplaisent à
l'accusation. Entre autres, cela veut
dire qu'un président ne doit pas
ironiser lorsqu'un témoin disculpe
l'accusé en le traitant de « témoin
idéal ». Cela veut dire également
que lorsqu'un témoin de la défense
témoigne, le président doit lui laisser
faire son témoignage, et non
pas le laisser sous le feu des questions
des parties civiles et des avocats
généraux avant qu'il ne témoigne,
c'est d'ailleurs un motif de
cassation. Mais, comme nous le
voyons, dans ce procès comme
dans l'affaire Erignac depuis le
début, tout, absolument tout aura
été permis à ceux qui ont en charge
la justice d'exception pour arriver à
des condamnations.
L'acquittement de Jean Castela et
de Vincent Andriuzzi avait fait
vaciller la justice d'exception. Le
procès en appel d'Yvan Colonna
est pour cette justice un véritable
naufrage. Il désormais temps
qu'elle disparaisse, comme le préconise
depuis plus de 10 ans la
Fédération Internationale des
Droits de l'Homme.
Marzulinu