Sous ce titre, A RISCOSSA avait publié un fidèle compterendu
du procès historique de juin 1979 qui demeure
aujourd’hui indispensable pour qui veut connaître les
raisons de la LLN et comprendre l’éthique militante.
Il y a eu depuis beaucoup d’autres procès faits aux
patriotes corses et le mécanisme reste le même.
Les arguties juridiques de l’accusation ne visent
qu’à culpabiliser toute une communauté. Cette
communauté, c’est le peuple corse historique, celui
qui porte en lui le souvenir des pendus du Niolu et
du bagne de Toulon, ce peuple martyr qui aux yeux
de la justice française sera toujours coupable de
vouloir être un peuple. Ceci étant, faut-il renoncer à
se défendre dans les prétoires ? Certes non ! Mais
il faut bien avouer que lorsque la culpabilité est
établie avant que les faits ne le soient, la situation
tient davantage de l’atmosphère kafkaïenne que de
celle de la sérénité indispensable à l’exercice de la
justice. C’est pourtant dans ce climat délétère que
va se passer le procès d’Yvan Colonna. Délétère
à plus d’un titre. D’abord parce qu’il a été désigné
comme un coupable par les plus hautes autorités
de l’état français, plus particulièrement par
Sarkosy alors Ministre de l’intérieur et avocat de
formation puis ce dernier n’hésitant pas à désigner
Yvan Colonna à la vindicte publique ce qui a été
ressenti par de nombreuses consciences de par
le monde comme une véritable forfaiture. Pour
preuves : les milliers de signatures recueillies en
faveur d’Ivan Colonna et l’inquiétude manifeste
des défenseurs des droits de l’homme. Cependant,
il est à craindre que ce légitime désir de justice
ne soit pas entendu dans un procès où l’enjeu
politique va prévaloir sur tout autre considération
car il en va de la crédibilité même du chef de
l’état français qui, faute d’avoir su faire preuve de
prudence, va devoir user de tout son pouvoir sur
la magistrature et les médias pour faire condamner
Yvan Colonna. Au nom de la raison d’état, pour
exercer une vengeance d’état, l’opinion publique
française, manipulée à l’excès, étant convaincue
depuis longtemps que tout ce qui ressemble à la
Corse est condamnable. Reste le rapport de force.
C’est la seule raison que l’état français soit en
mesure d’entendre. A croire que la France demeure
définitivement sourde aux évolutions du monde et,
qu’en dépit de ses échecs passés, se croit toujours
investie d’une mission civilisatrice ! La ministre
française de l’économie n’a-t-elle pas déclaré à
Ajaccio « la république n’a pas de frontières » ?
Voilà qui résume parfaitement ce qu’il faut bien
appeler l’expédition coloniale d’Aiacciu où, dans une
ville en état de siège, le président français est venu
renouveler ses promesses non tenues et insulter
les patriotes corses sans qu’aucun élu de la Corse
présents ne s’en émeuve. Sans vouloir faire des
comparaisons hâtives avec des conflits coloniaux
passés, il faut bien admettre que cette expédition
coloniale là avait des relents d’Algérie, dans la
forme et dans le fond, avec un tel déploiement de
la soldatesque qui laisse à penser que le temps
des bains de foule est terminé et peut-être aussi
celui de l’état de grâce. Et pour ce qui est du fond,
jamais le discours d’un chef d’état français en visite
en Corse n’aura été aussi suffisant, aussi arrogant
et aussi vulgaire ! La Corse est un pays de vieille
civilisation, un pays de culture qui s’accommode
mal d’une américanisation du discours politique qui
transpire l’ignorance ! Mais, pour affligeant qu’il soit,
ce genre de discours n’est pas innocent pour autant
et celui de Sarkosy se voulait porteur d’un message
bien précis ! Quand dans raccourci de l’histoire
de France il affirme que ce pays s’est constitué
avec l’apport de divers peuples qui ont fini par se
confondre, il entend bien signifier par-là aux élus
de la Corse que le peuple corse n’existe plus ! Et
là, on trouve plus de mots, sauf à être vulgaire, pour
qualifier ce parterre d’élus qui accepte d’entendre
sans broncher ce genre de provocation, alors que
ces mêmes élus avaient voté la reconnaissance du
peuple corse ! Cependant, qu’on le veuille ou non,
ce peuple corse est toujours vivant, et d’ailleurs au
travers du procès d’Yvan Colonna c’est le peuple
corse que la France s’apprête à juger.
Dumenicu TOGNOTTI