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Articulu di u numaru 31, Nuvembre di u 2007


Le procès d’un peuple



Sous ce titre, A RISCOSSA avait publié un fidèle compterendu du procès historique de juin 1979 qui demeure aujourd’hui indispensable pour qui veut connaître les raisons de la LLN et comprendre l’éthique militante.

Il y a eu depuis beaucoup d’autres procès faits aux patriotes corses et le mécanisme reste le même. Les arguties juridiques de l’accusation ne visent qu’à culpabiliser toute une communauté. Cette communauté, c’est le peuple corse historique, celui qui porte en lui le souvenir des pendus du Niolu et du bagne de Toulon, ce peuple martyr qui aux yeux de la justice française sera toujours coupable de vouloir être un peuple. Ceci étant, faut-il renoncer à se défendre dans les prétoires ? Certes non ! Mais il faut bien avouer que lorsque la culpabilité est établie avant que les faits ne le soient, la situation tient davantage de l’atmosphère kafkaïenne que de celle de la sérénité indispensable à l’exercice de la justice. C’est pourtant dans ce climat délétère que va se passer le procès d’Yvan Colonna. Délétère à plus d’un titre. D’abord parce qu’il a été désigné comme un coupable par les plus hautes autorités de l’état français, plus particulièrement par Sarkosy alors Ministre de l’intérieur et avocat de formation puis ce dernier n’hésitant pas à désigner Yvan Colonna à la vindicte publique ce qui a été ressenti par de nombreuses consciences de par le monde comme une véritable forfaiture. Pour preuves : les milliers de signatures recueillies en faveur d’Ivan Colonna et l’inquiétude manifeste des défenseurs des droits de l’homme. Cependant, il est à craindre que ce légitime désir de justice ne soit pas entendu dans un procès où l’enjeu politique va prévaloir sur tout autre considération car il en va de la crédibilité même du chef de l’état français qui, faute d’avoir su faire preuve de prudence, va devoir user de tout son pouvoir sur la magistrature et les médias pour faire condamner Yvan Colonna. Au nom de la raison d’état, pour exercer une vengeance d’état, l’opinion publique française, manipulée à l’excès, étant convaincue depuis longtemps que tout ce qui ressemble à la Corse est condamnable. Reste le rapport de force.

C’est la seule raison que l’état français soit en mesure d’entendre. A croire que la France demeure définitivement sourde aux évolutions du monde et, qu’en dépit de ses échecs passés, se croit toujours investie d’une mission civilisatrice ! La ministre française de l’économie n’a-t-elle pas déclaré à Ajaccio « la république n’a pas de frontières » ?

Voilà qui résume parfaitement ce qu’il faut bien appeler l’expédition coloniale d’Aiacciu où, dans une ville en état de siège, le président français est venu renouveler ses promesses non tenues et insulter les patriotes corses sans qu’aucun élu de la Corse présents ne s’en émeuve. Sans vouloir faire des comparaisons hâtives avec des conflits coloniaux passés, il faut bien admettre que cette expédition coloniale là avait des relents d’Algérie, dans la forme et dans le fond, avec un tel déploiement de la soldatesque qui laisse à penser que le temps des bains de foule est terminé et peut-être aussi celui de l’état de grâce. Et pour ce qui est du fond, jamais le discours d’un chef d’état français en visite en Corse n’aura été aussi suffisant, aussi arrogant et aussi vulgaire ! La Corse est un pays de vieille civilisation, un pays de culture qui s’accommode mal d’une américanisation du discours politique qui transpire l’ignorance ! Mais, pour affligeant qu’il soit, ce genre de discours n’est pas innocent pour autant et celui de Sarkosy se voulait porteur d’un message bien précis ! Quand dans raccourci de l’histoire de France il affirme que ce pays s’est constitué avec l’apport de divers peuples qui ont fini par se confondre, il entend bien signifier par-là aux élus de la Corse que le peuple corse n’existe plus ! Et là, on trouve plus de mots, sauf à être vulgaire, pour qualifier ce parterre d’élus qui accepte d’entendre sans broncher ce genre de provocation, alors que ces mêmes élus avaient voté la reconnaissance du peuple corse ! Cependant, qu’on le veuille ou non, ce peuple corse est toujours vivant, et d’ailleurs au travers du procès d’Yvan Colonna c’est le peuple corse que la France s’apprête à juger.

Dumenicu TOGNOTTI

 

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