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Le projet du STC pour la maîtrise des transports maritimes de la Corse


À l'heure où la desserte de l'île, à travers la politique de continuité territoriale, va être définie par les élus de l'Assemblée de Corse et où la S.N.C.M est à un tournant de son existence, le STC présente ce projet en espérant qu'il soit un outil de référence et de travail pour un très large public.


Ce projet pourrait servir de point de départ à une réelle politique des transports, inscrite dans un cadre d'intérêt collectif.

Pour ce faire, il faut appréhender les transports maritimes de la Corse avec lucidité et en dehors de tout dogmatisme.

Le STC explique qu'il faut définir bien sûr les contours du Service Public, mais aussi son contenu, ce qui sousentend de s'interroger sur le rôle que doivent tenir les compagnies en charge de la desserte de la Corse et du Service public.

Il est clair pour le STC, que ces dernières doivent dépasser le seul rôle d'opérateur industriel en charge du transport de passagers et de marchandises, pour jouer pleinement le rôle que les Corses sont en droit d'attendre d'elles, qui n'est autre que celui d'un outil au service du développement économique et social de la Corse.

Dans le cas contraire, la Corse resterait dans un système, qui a très largement démontré ses limites, parce que totalement inféodé à des lobbies extérieurs à l'île. Dans le pire des cas, c'est-àdire dans le cas de la privatisation annoncée par le Gouvernement, la Corse perdrait tout contrôle sur les entités en charge du Service Public. Leurs marges de manoeuvre seraient alors totales, et ils auraient vite fait au nom de la rationalisation des coûts, d'offrir moins de services dans les périodes peu attractives d'un point de vue économique, c'est-à-dire neuf mois sur douze.

Dans un cas comme dans l'autre, la Corse devra alors s'accommoder de schémas pensés par d'autres et pour d'autres, et qui ne manqueront pas d'apparaître au regard de ses intérêts, comme de véritables abstractions.

Au vue de ces éléments, le STC se pose une question : dans un domaine aussi important que celui des transports maritimes, sommes- nous contraints de subir des choix étrangers à ceux du bon sens et de nos intérêts ?

Oui, si nous érigions en principe politique l'immobilisme et le fatalisme, mais le STC a d'autres ambitions plus honorables, parce que ancrées dans un cadre d'intérêt collectif. Tel est l'esprit de ce document soumis au plus grand nombre d'acteurs économiques, sociaux et politiques. Limiter le débat à un cadre, où seul le Gouvernement serait maître du devenir du Service Public, ainsi que de la S.N.C.M, serait une erreur stratégique. Conscient de cet état de fait, le STC veut créer les conditions favorables à une prise de conscience générale, afin de démocratiser le débat et afin que tous ceux qui de près ou de loin, ont un rôle à jouer dans l'économie et le devenir de la Corse se sentent pleinement engagés et responsabilisés dans les orientations qui détermineront leur avenir.

L'état des lieux

Pour appréhender au mieux la problématique des transports, il faut mesurer son impact direct et indirect dans son champ d'application.

Ce qui autrement dit signifie, qu'il faut faire une pesée économique, sociale, politique liée à l'activité d'exploitation des navires et ports, mais aussi mesurer l'impact péri portuaire ainsi que celui sur l'ensemble de notre île. Il faut également s'interroger sur le Service Public de continuité territoriale, sur son origine, son contenu et son devenir.

Le service public de continuité territoriale et son importance dans le contexte insulaire

Le transport maritime d'une île à une autre ou d'une île au continent a, de tout temps, tenu une place prépondérante dans l'état de santé de celle-ci.

On peut dire, sans prendre de risques que plus le transport est défaillant ou inadapté, et plus l'économie connaît des difficultés liées à l'isolement et à l'étroitesse du marché. À contrario, plus le transport est fort en qualité et en fréquence et plus l'économie est solidifiée. On peut donc affirmer que les transports extérieurs constituent pour toute île un sujet essentiel de préoccupation.

Il est évident que les dessertes des îles recouvrent des situations très variées. Leurs consistances et les modalités en sont très différentes, mais quelques constantes apparaissent dont la plus flagrante concerne le transport de biens où une remarque générale s'impose : les îles sont dans leur quasi-totalité, largement importatrices de biens de consommation, leur balance est en déséquilibre.

Ainsi, les dessertes maritimes apparaissent souvent comme un prolongement des dessertes terrestres. Ces dessertes doivent présenter un caractère de régularité et une fréquence convenable. Ce qui signifie autrement dit, que les échanges d'une île vers son " interface " sont inscrits dans une logique de continuité territoriale. La Corse n'échappe pas à cette règle et bénéficie d'un Service public entre ellemême et le continent français.

Le mécanisme de continuité territoriale : bref rappel historique

L'Etat français instaurait en 1976 le système qu'il a baptisé " continuité territoriale " sur le principe de l'alignement des tarifs maritimes sur ceux du chemin de fer. Ce système a remplacé, pour cause d'insuffisance et de mécontentement des usagers, le dispositif précédent assuré par une compagnie privée, subventionnée. L'Etat a passé à cet effet, les conventions de 25 ans avec les compagnies publiques. Il faut d'ailleurs préciser que ces conventions ne donnent pas une exclusivité de trafic, l'Etat s'interdisant simplement de subventionner d'autres compagnies. Ces conventions concernaient les trafics de passagers et de marchandises.

Après la première loi, dite du statut particulier de la Corse - voté en 1982 -, l'Etat a transféré une partie de ses compétences à la région de Corse et plus précisément à l'Office des Transports de la Corse. L'O.T.C avait donc en charge l'exécution des conventions avec les compagnies exploitant les diverses lignes maritimes.

L'Etat a également transféré les dotations financières. L'O.T.C a bien évidemment été tenu de reprendre les conventions en cours et ce jusqu'en 2002.

À partir de 1991, le transfert de compétence s'est poursuivi par la nouvelle loi du 13 mai 1991 qui a reconnu à la Collectivité Territoriale le droit d'organiser ses transports extérieurs ; la Corse devenait en quelque sorte, la puissance concédante des lignes.

Si ce système a permis de 1976 à 2002 puis jusqu'à fin 2005, une libre circulation des biens et des personnes, force est de constater qu'il n'a pu le permettre que dans un cadre confiné Corse - continent français. Il est aujourd'hui possible d'imaginer un Service Public étendu à d'autres territoires de l'Union européenne.

Le rôle économique et social de la compagnie publique

La S.N.C.M est une compagnie d'Etat concessionnaire du Service Public, elle a donc pour mission d'assurer la continuité territoriale entre la Corse et le continent français, mais aussi comme l'écrit le législateur de veiller à la cohésion sociale du "territoire".

Cette compagnie fait 80% de son chiffre d'affaire avec la Corse. On peut donc considérer, sans exagération, que la S.N.C.M est dépendante de la Corse, tant pour les parts de marché qu'elle y prélève que pour la nécessaire dotation de fonctionnement, issue de l'enveloppe de continuité territoriale du Service Public.

La S.N.C.M aurait pu sans aucun doute, être un outil des plus performants au service de l'économie Corse, mais telle n'a pas été sa volonté, pas plus que celle de l'Etat français patron. A titre d'exemple, en ce qui concerne les investissements et les retombées économiques, la Corse a dû se contenter d'une part congrue, puisque seules quelques dizaines d'entreprises bénéficient dans l'île de marchés émanant de la S.N.C.M, alors qu'en région P.A.C.A, la compagnie à fait appel à plus de mille fournisseurs et entreprises. En terme d'emplois, un peu plus de 600 salariés (C.D.D. - C.D.I.) sont des résidents en Corse, sur un total de près de 2500 employés.

Pour autant et en toute objectivité, le STC reconnaît la nécessité de la compagnie publique, non pas pour son élan de solidarité avec la Corse, mais tout simplement parce que la Corse, au vu de son faible tissu économique apparaît comme une zone sinistrée.

Seule une entité publique pourra, au-delà du seul rôle de desserte maritime, impulser une réelle dynamique, vecteur d'un développement économique et social durable. Bien sûr, en plus de cette nouvelle mission, la disparition de l'entité publique, ajouterait de la pauvreté à la pauvreté, et fragiliserait un peu plus encore la situation économique en Corse. Il nous faut donc améliorer un système défaillant et en maîtriser son développement économique.

Projet alternatif à une situation dégradée

Face à un marché du tourisme en évolution permanente, avec la parution de destinations attractives d'un point de vue tarifaire et environnemental (ex. : la Croatie), la STC considère que le développement de la Corse passe obligatoirement par une adaptation de ce secteur de plus en plus concurrentiel et donc par une nouvelle conception des transports.

Ils ne doivent plus être vécus comme un handicap, mais conçus comme un outil stratégique d'avenir. Pour ce faire, il faut que la Corse maîtrise ses transports, pour en faire une véritable vitrine où doit se refléter l'image de l'île. Les navires doivent non seulement servir au transport du fret et des passagers, mais ils doivent également servir de socle à une réelle valorisation de l'espace corse.

Mettre en adéquation la culture, la production agricole et artisanale locale, avec les transports, semble être un atout majeur pour tendre dans les secteurs concernés vers ce qui doit devenir un pôle d'excellence.

De plus, cette mesure présente d'autres avantages ; en effet, en maîtrisant de manière stratégique les transports la Corse rompt avec un cliché "sea and sun", qui aujourd'hui plus que jamais apparaît être le leitmotiv du tourisme de masse. Tourisme qui de toute manière et au-delà de ses inconvénients connus de tous, s'orientera vers d'autres destinations (ex. : la Croatie).

Il faut donc nous appuyer sur nos valeurs intrinsèques. Inviter à la découverte de la Corse non plus pour son seul cadre exceptionnel, mais également pour son âme, constituée d'un formidable potentiel humain donc économique, social et culturel. Les navires doivent contribuer à la découverte d'une autre Corse, trop souvent méconnue du public, une Corse qui produit de la qualité et qui affiche sa spécificité.

La maîtrise des transports de la Corse

Le STC fait apparaître ses inquiétudes sur des schémas pensés par d'autres et pour d'autres que les Corses et la Corse. Effectivement l'Histoire nous enseigne que le système actuel, avec une compagnie publique très largement inféodée à des lobbies étrangers aux intérêts de l'île, apparaît antinomique avec son développement.

Le STC a également mis l'accent, sur le projet de privatisation du Gouvernement français, qui ne règlera rien ou plus précisément dégradera tout. Tout le monde le sait, l'industriel privé qui aura en charge la gestion de la compagnie, n'hésitera pas au nom de la rationalisation des coûts, à dénaturer le Service Public.

Il faut donc envisager une voie alternative, qui malheureusement pour l'heure et pour des raisons politiques de bas étage, n'a pas encore été explorée. Pour le STC, rationaliser les transports équivaut à mettre en synergie les intérêts de la Corse, de sa production, et ceux de la compagnie publique en charge du Service Public. Cela passe par une maîtrise totale, de la part de la Corse et des Corses, des transports.

Pour qui ?

Il est certain, que les premiers intéressés seront les usagers qui méritent un service de qualité, que seul le service public peut apporter (c'est la cas actuellement dans de nombreux secteurs d'activité).

Les usagers se déclinent en deux catégories, les usagers directs, et indirects.

Usagers directs

Les usagers directs sont, les vacanciers, toute personne désireuse de se rendre sur l'île ou de la quitter et les résidents corses.

Ce sont ces derniers qui pourraient être lésés par les objectifs de rentabilité d'une compagnie privée. Ainsi, nous avons déjà entendu certains détracteurs, qui sous prétexte de rentabilité, prônaient la suspension de la desserte de Prupià, l'hiver.

Le STC pense qu'on peut leur rétorquer, que les résidents corses des zones rurales, ne sont pas des citoyens de 2e zone, et qu'ils ont le droit, comme tout un chacun, de bénéficier de cette "fameuse continuité territoriale", 12 mois sur 12 ?!

Les usagers indirects

Les usagers indirects sont l'ensemble des personnes utilisant les transports dans un cadre professionnel (professionnels du tourisme, producteurs, importateurs,…). Comment peut-on imaginer étendre la saison estivale, si l'on diminue, au nom des principes de rentabilité, la fréquence de certaines rotations en périodes creuses ?

Comment expliquer aux professionnels qui mettent en place des séjours innovants et attractifs, dans ces périodes creuses, que leurs projets sont entre les "mains d'une politique libérale des transports" ?

Comment expliquer aux transporteurs que les rotations des ports secondaires risquent d'être modifiées, et que les marchandises dont ils ont la responsabilité, devront subir les aléas du libéralisme (coût du transport répercuté sur la facturation, délais de livraison rallongés, …) ?

Le STC pose la question de savoir si l'on peut penser que des élus responsables ne prennent pas la mesure pleine et entière de leur choix politique et ses retombées sur l'économie de l'île ? Et répond qu'il espère que non et même qu'il faut aller plus loin, en définissant, un contour et un contenu plus larges.

Comment ?

Pour le STC, il est nécessaire de redéfinir, les contours et le contenu du service.

Le contour

Le contour doit, dépasser le cadre classique des lignes Corse/Continent français, pour s'ouvrir à l'ensemble de l'arc méditerranéen (Catalogne, Italie, Sardaigne,…), pour développer de réels échanges, de personnes, de biens et de services.

D'ailleurs, le STC a présenté son projet aux autorités de l'Etat autonome catalan, aux autorités italiennes et sardes ainsi qu'aux institutions corses, seules ces dernières n'ont pas souhaité donner suite et se sont refusées à explorer cette piste.

Le contenu

En ce qui concerne le contenu le STC insiste sur la nécessaire mise en adéquation entre la compagnie et ce qu'il nomme " l'âme corse ", et c'est sur ce point que le syndicat nationaliste pense présenter un nouvel axe de réflexion. En effet, il semble nécessaire de mettre en place des partenariats entre la Compagnie, les instances représentatives des différentes filières professionnelles et culturelles (agriculteurs, artisans, artistes, professionnels du tourisme, etc.), les différents offices de Corse, et les élus de l'Assemblée de Corse. Ces partenariats permettront la mise à disposition à bord des navires, d'espaces supports pour les filières engagées.

Ainsi on peut imaginer pour l'agriculture, une découverte des produits locaux par des renseignements sur leurs origines, leurs fabrications, ainsi que leurs caractéristiques, mais aussi une localisation des lieux de production et commercialisation pour une visite éventuelle.

Pour qu'il soit plein et entier, le partenariat doit veiller à la valorisation des produits présentés, en proposant aux passagers dans les différents restaurants du bord une carte élaborée, à partir de leurs bases. Ainsi, nous passerions du stade de la présentation en vitrine à celui de la dégustation à table. Du plaisir de l'oeil à celui du palais. Cette politique de valorisation aura un double avantage, celle de faire connaître au plus grand nombre "l'âme Corse" du secteur concerné, ainsi que de favoriser sa commercialisation tant en Corse qu'à bord des navires.

On peut, bien entendu renouveler ce schéma à la production artisanale locale, en proposant la même valorisation à bord des navires, ce qui bien sûr aura des effets similaires sur la production, la commercialisation et les ventes de ces produits.

Dynamiser l'économie de la Corse par la maîtrise de ses transports, représente pour le STC bien plus qu'un souhait, cela représente une nécessité. D'autant plus, qu'en mettant l'accent sur le développement de ces filières, on contribue à la mise en valeur d'une production, qui en règle générale se conjugue avec la ruralité et donc avec l'intérieur de notre territoire, qu'il faut revitaliser et aider.

Faire découvrir la Corse, c'est aussi faire découvrir son patrimoine culturel, historique, et naturel. Les navires en charge du service public doivent être la vitrine de ce qui se fait de mieux sur l'île.

Combien de jeunes artistes peintres, sculpteurs, chanteurs et musiciens, inspirés par l'essence même de leur terre, se retrouvent sans scènes, sans salles pour exposer leurs oeuvres, pour exposer leur Corse. La culture c'est aussi et surtout la langue ; qui, ou quoi de mieux que la langue Corse pour définir " l'âme Corse ", elle en est la matrice qui fédère les hommes au-delà de leurs convictions.

Pourtant, et à l'heure où l'Assemblée de Corse, unanimement, a su transcender ses clivages politiques pour promouvoir cette dernière, nous constatons qu'il n'existe toujours pas à bord des navires, quelque support que ce soit, sur lequel elle pourrait se reposer et s'offrir aux usagers.

N'est-il pas légitime d'exiger des moyens, afin de traduire et de concrétiser un acte politique des institutions Corses en faveur de sa langue. Le STC pose la question de savoir pourquoi on ne pourrait pas envisager un partenariat entre la compagnie en charge de la desserte de la Corse, et les autorités politiques de l'île, en impliquant des associations et ce sous l'égide scientifique de l'Università di Corsica.

Les syndicalistes proposent même d'envisager d'accorder quelques heures à l'Histoire de la Corse sur une traversée qui en moyenne dure près de 10 heures. La réponse à tout cela est oui, il nous faut seulement le vouloir. Quand au patrimoine naturel, il est l'atout majeur de l'île. Il semble évident qu'il faille remplacer, les jolis posters de la Corse, par de réelles expositions qui présenteront, nos sentiers pédestres, nos montagnes, notre faune et flore, notre littoral. Ceci permettra une meilleure protection de notre environnement, qui est souvent détruit par méconnaissance.

Les nombreux sites protégés, les écosystèmes sensibles et si particuliers de notre île, doivent être connus pour être respectés. Il en est de même pour tout ce qui fait référence à la mer et à son utilisation (plongée et chasse sous marine), quelques rappels seront plus que nécessaires.

En fait, la traversée sera, le prélude à la découverte de la Corse. Une traversée "intelligente", "initiatique", où le passager pourra s'informer, se documenter, comprendre, la destination vers laquelle il se dirige et qu'il a choisie. Il pourra ainsi, sûrement découvrir certains attraits de l'île qu'il méconnaît.

Les partisans du statu quo, les apôtres de l'immobilisme, opposent deux raisons à toute évolution qui tendrait vers la maîtrise de nos transports. La première est d'ordre juridique et la seconde est d'ordre économique.

Mais en vérité ces arguments sont fallacieux et le STC en fait la démonstration.

Aspect juridique

Le STC explique que les opposants à la maîtrise de nos transports considèrent que la Collectivité Territoriale de Corse ne peut, pour respecter les règlements de l'Union Européenne être juge et partie au moment de l'attribution des marchés publics. Ils considèrent autrement dit, que la C.T.C autorité concédante, ne peut être liée à une entité économique, à qui elle attribuerait les lignes de continuité territoriale, car elle deviendrait concessionnaire du service public.

L'existence même de la C.C.M, et sa réussite, prouve le contraire, car comme il est connu de tous, 60,37% du capital de cette compagnie aérienne est détenu par la C.T.C. D'ailleurs son Conseil d'Administration est composé de toutes les sensibilités de l'Assemblée de corse, et un élu de cette dernière préside la compagnie. De plus, il n'est stipulé nulle part dans les textes de l'Union Européenne, quelques interdictions que se soient aux autorités concédantes, qui souhaiteraient organiser et maîtriser leurs transports en disposant d'un outil leur appartenant.

Seul le principe de "concurrence" apparaît dans certaines conditions, mais là aussi la jurisprudence est évolutive, et les choses sont beaucoup moins rigides que par le passé. Il nous suffit de lire l'avis du Comité Économique et Social de l'Union Européenne, émis le 25 avril 2002 pour en être convaincus.

Ainsi on peut y découvrir au point 4.2 que :
"La législation existante et les règles concernant la concurrence (article 88, paragraphe 3) ne donnent pas aux îles les mêmes chances de développement qu'aux autres régions. Les conclusions du sommet de Nice font bien voir que les dirigeants politiques de l'Europe ont pris acte de cette réalité et reconnaissent que des mesures spécifiques peuvent être prises en faveur des régions insulaires, comme prévoit d'ailleurs l'article 89 du traité instituant la Communauté Européenne."

Le point 5.1.2 est également explicite, puisque :
"Les îles ne sont toujours pas assez attractives pour le secteur privé. Il faut donc engager une réflexion de fond sur la notion de " service public " insulaire. Car l'approfondissement de la concurrence du grand Marché est porteur de nouveaux déséquilibres. Cela concerne en premier lieu les transports insulaires. La libéralisation du système des transports, les suppressions des monopoles, les systèmes d'appels d'offres européens, profitent globalement à l'économie de l'UE et au grand Marché. En revanche pour les territoires insulaires, la notion de "Marché unique" demeure souvent une abstraction."

Il y a donc une prise de conscience générale au sein de l'Union européenne, quant à la nécessité de placer les territoires insulaires, dans un cadre moins rigide qu'initialement prévu, ainsi l'article 6.1.2 précise que :
"Pour que la notion de Marché unique ne soit pas une abstraction dans les îles, compenser les surcoûts du transport ne saurait être considéré comme une politique discriminatoire, susceptible d'engendrer une distorsion dans le fonctionnement dudit Marché. Toute politique de compensation doit donc être adaptée à l'intensité et à la nature des problèmes rencontrés. Et les îles revendiquent que leurs soient appliqués des critères de discriminations positives."

D'ores et déjà, il existe un support juridique intéressant qui permet au STC d'affirmer qu'il est possible de maîtriser nos transports, en bénéficiant de " mesures spécifiques ", afin de gommer les handicaps permanents liés à l'insularité.

Cette préoccupation concernant les îles a toujours été de mise puisque dans le Traité de l'Union européenne, l'Article 158 (ex article 130a) précise qu'"afin de promouvoir un développement harmonieux de l'ensemble de la Communauté, celle-ci développe et poursuit son action tendant au renforcement de sa cohésion économique et sociale. En particulier, la Communauté vise à réduire l'écart entre les niveaux de développement des diverses régions ou îles les moins favorisées, y compris les zones rurales."

Ce traité est renforcé par la Déclaration (n°30) relative aux régions insulaires (annexée à l'acte final d'Amsterdam) qui : "reconnaît que les régions insulaires souffrent de handicaps structurels liés à leur insularité, dont la permanence nuit gravement à leur développement économique et social. Aussi la conférence reconnaît elle que la législation communautaire doit tenir compte de ces handicaps et que des mesures spécifiques doivent être prises, lorsque cela se justifie, en faveur de ces régions afin de mieux les intégrer au marché intérieur dans des conditions équitables."

Pour finir, le STC cite le fort décrié traité de Nice, qui dans ces conclusions, confirme que :
"Le Conseil européen, sur base de la Déclaration n°30 annexée au traité d'Amsterdam, confirme la nécessité d'actions spécifiques au bénéfice des régions insulaires, conformément à l'article 158 du TCE, en raison de leurs désavantages structurels qui en ralentissent le développement économique et social dans les limites des disponibilités budgétaires."

Analyse de l'aspect économique

Les raisons financières évoquées, par certains responsables et élus, pour rejeter "la maîtrise des transports", sont sans fondement. Ce ne sont aux yeux des syndicalistes nationalistes, que des épouvantails scellés dans le marbre idéologique de leurs détracteurs, et agités comme autant de repoussoirs. Les moyens juridiques existent ou existeront rapidement, en fonction des besoins des territoires insulaires, ils seront accompagnés par des moyens financiers, et constituent un bloc de "mesures spécifiques".

La commission européenne elle-même ne cache pas ses intentions et elle les explicite dans son livre blanc sur " la politique européenne des transports à l'horizon 2010 ".

"D'une manière générale, l'expérience a montré que des aides d'un montant limité ne menaçaient pas de fausser la concurrence et d'affecter les échanges.

Malgré tout, jusqu'à présent, contrairement à ce qui se passe dans les autres secteurs économiques, les aides au transport doivent toutes être notifiées préalablement à la Commission. Cette obligation générale apparaît disproportionnée, notamment lorsqu'il s'agit de compenser des obligations de service public sur les liaisons avec des régions périphériques de la Communauté et des petites îles. La Commission proposera un alignement des procédures en ce sens."


De plus, il n'est un secret pour personne que l'O.T.C possède un reliquat sur les exercices précédents de plusieurs dizaines de millions d'euros. L'O.T.C devrait donc s'en servir, pour la mise en place d'une réelle politique de maîtrise des transports. À moins que certains décideurs bien intentionnés, éclairés de la lumière du sage, n'envisagent d'affecter cette manne financière dans des "projets porteurs", du type rond-point ou autre rocade.

Pour le STC, d'autres possibilités concomitantes de celles citées ci-dessus sont à envisager. L'investissement croisé de différentes collectivités locales. Cela c'est déjà fait ailleurs et dans le maritime, pour porter à bien des projets d'intérêt collectif.

Exemple : La S.A B.A.I. ( Bretagne - Angleterre - Irlande) crée en 1972, répondait à l'objectif suivant : transporter outre-manche les productions agricoles du Nord Finistère. Cette compagnie a connu de graves problèmes économiques au début des années 80 et elle était vouée à la disparition, elle ne doit son salut qu'à l'implication directe des institutions bretonnes, qui n'ont pas hésité à intégrer son capital à travers notamment le Conseil régional, les conseils généraux, les communes et les chambres de commerces et d'industrie.

Conclusion

Pour le STC, la desserte maritime de l'île ne peut se concevoir en dehors de la notion de service public. Les syndicalistes nationalistes constatent simplement que les exigences de régularité, de fiabilité, de sécurité, que la Corse est en droit d'attendre dans ce domaine, ne sont pas compatibles avec les seuls ratios du marché.

Cet état de fait, est d'ailleurs consacré par le législateur lui-même, à travers la notion de continuité territoriale. Les débats sur l'aérien ont mis à nu les véritables enjeux qu'il faut affronter franchement : pour le STC il ne s'agit pas de biaiser avec les règlements européens, mais de déterminer clairement s'ils sont adaptés ou pas, si nous nous en satisfaisons officiellement pour mieux les contourner ou si nous exigeons de Bruxelles leur adaptation aux réalités et aux exigences de l'île.

Le développement de la Corse passe obligatoirement par une nouvelle conception du Transport maritime, un transport, moins concurrentiel peut-être, mais innovant, de qualité, ouvrant notre île sur de véritables perspectives de développement économique, social et territorial (arc méditerranéen).

Le 25 avril 2002, un avis du Conseil économique et social de l'Union européenne, confortait la vision du STC des choses en ces articles 5.1.6, 5.2.3 et 6.1.1 :
Article 5.1.6
"Même lorsqu'elle les autorise, lUE n'accepte des régimes d'aides que dans le cadre des échanges internationaux. Or le problème d'accessibilité au marché unique dépasse le cadre national pour de nombreuses îles qui ont des frontières maritimes avec plusieurs états, que ce soit en Méditerranée (ex. : Corse/Italie…) ou, à fortiori, dans le cas des îles ultra périphériques pour qui l'accès au grand Marché communautaire s'inscrit dans le contexte du transport intercontinental.

La limitation de telles aides aux échanges avec la seule métropole paraît, à cet égard, discriminatoire et contraire à l'esprit même du Traité. Le récent exemple de la dérogation accordée à Bornholm d'aider au transport sur Copenhague via la Suède va dans ce sens et doit être généralisé. La législation européenne doit explicitement permettre d'appliquer les dispositions applicables en matière d'obligations de service public (OSP) et de contrat de service public aux liaisons nationales à toutes liaisons intracommunautaires."


Article 5.2.3 :
"Le Livre blanc sur les transports parle de " développer les autoroutes de la mer " en rappelant que " le transport maritime intracommunautaire et le transport fluvial sont des éléments clefs de l'intermodalité…

et que certaines liaisons maritimes devraient appartenir au réseau transeuropéen au même titre que les voies ferrées ". Ces autoroutes de la mer qui sont en fait destinées à contourner les goulets d'étranglements routiers existants (Pyrénées, Alpes,…) ne devraient pas ignorer une fois encore les îles. Au contraire, elles devraient représenter de réelles opportunités de désenclavement."


Ces autoroutes doivent être imaginée dans le plus grand respect de l'environnement, et avec toute la vigilance nécessaire, qui doit aller de pair quel que soit le type d'opérateur choisi, mais qui n'est malheureusement garanti que par le service public. Le STC pose la question de savoir s'il est nécessaire de repréciser quelle grande compagnie privée a été récemment condamnée, pour comportement polluant.

Article 6.1.1 :
"Le Comité propose d'accompagner la mise en place de système de transport, utilisant notamment les navires rapides, qui intègrent les îles dans les marchés plus ouverts que les seuls cordons ombilicaux vers les métropoles. Il faut généraliser les systèmes de continuité territoriale afin qu'elle ne soit pas seulement nationale mais aussi européenne afin qu'elle permette de relier les îles au Marché unique et pas seulement à leur interface nationale sur le continent européen."

Le STC conclue : " Le document que nous vous présentons aujourd'hui est une synthèse de ce qu'il est possible de faire en termes de maîtrise des transports par la Corse. Nous refusons le fatalisme qui voudrait que rien ne soit possible en Corse et que tout y soit figé en dépit du bon sens. Si nous voulons dynamiser notre économie, cela ne pourra se faire qu'en actionnant le levier des transports, et ce, en dépassant tous ensemble nos clivages, et en mettant notre détermination au service de l'intérêt collectif.

Seules ces orientations nous permettront de contrer le projet insensé de privatisation porté par le Gouvernement, de dynamiser les filières qui jusqu'à ce jour n'ont pu être impactées de manière positive et significative par la politique actuelle des transports, et nous ouvrir à notre environnement méditerranéen, avec qui nous partageons bon nombre de similitudes culturelles et sociales et avec qui malheureusement, sans une réelle maîtrise de nos transports, nous ne pourrons connaître d'échange économique dans un futur proche. "

Ghjuvanni Deziu d'après le projet présenté par Alanu Mosconi, Secrétaire National du S.T.C

 

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