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Articulu di u numaru 19, nuvembre di u 2006


Voici revenu le temps des rafles...


Alors que l’été avait été calme, on pouvait penser que le ministère de l’intérieur aurait l’intelligence de préparer l’élection présidentielle de son numéro un dans une Corse apaisée. Mais non, la volonté répressive est plus forte. Après avoir totalement muselé la presse nationale française pendant les Ghjurnate, c’est en fait une vague répressive qui se préparait. Comme au plus beau temps du gouvernement collaborateur de Vichy, ces dernières semaines ont été marquées par de véritables rafles. Ce mot est trop souvent utilisé, car la pratique est aujourd’hui généralisée, au point de ne choquer personne. Et surtout pas les professionels de la condamnation, ceux qui condamnent plus vite que leur ombre dès qu’un pétard explose en Corse (à part lorsqu’un nationaliste en est la cible), et qui sont étonnement muets devant ces rafles d’un autre temps. Pourtant, c’est une grave erreur de les banaliser car elles portent en elles les germes d’une violence que la Corse et les Corses n’ont que trop subie.


La rafle des gendarmes

17 personnes arrêtées, 14 femmes et des hommes qui n’étaient en rien concernés par l’attentat de Corti ont été raflés, qui plus est, devant les caméras de télévision ! Des hommes et des femmes ont passé, deux, trois ou quatre jours en garde-àvue, après avoir été réveillés à 6 heures du matin par d’impressionnantes forces de l’ordre. Encore une fois, on n’a pas hésité à traumatiser des innocents. Une fille de 12 ans a même été abandonnée à l’école pendant que ses parents étaient pris en otage et mis au secret dans différentes gendarmeries. Des mères, des soeurs, des parents et amis, ont attendu pendant trois ou quatre jours, dans l’angoisse, faisant le pied de grue devant des gendarmeries. C’était l’intrusion brusque dans leur vie de la gendarmesque française.

Quand un avion s’écrase, on pense toujours que cela n’arrive qu’aux autres. En Corse, les interpellations d’innocents n’arrivent pas qu’aux autres, car depuis 30 ans, avec les dizaines de milliers d’interpellations que nous avons subies, resteil encore des familles de nationalistes qui n’ont pas connu cela ?

Il est à noter que comme par hasard, parmis les interpellés figurait un membre de l’exécutif de CNI, ainsi que toute sa famille, y compris sa compagne de 20 ans !

Le CAR a réagit rapidement, en condamnant ce violent déploiement de force : “Encore une fois, nous avons eu droit ce lundi 23 octobre à une rafle de militants nationalistes à grand renfort de publicité.

Rien ne semble arrêter les présidentiables de l’UMP. Ce matin, une rafle aussi absurde que stupide a été organisée avec le concours de la gendarmerie, sur commission rogatoire d’un juge anti corse.

14, 15, 17 interpellations… seul le chiffre semble préoccuper les forces de répression et les médias.

Qui est à l’origine de cette rafle médiatique ? Quel est le but recherché ? Lutte interne au sein de l’UMP ou bien planification d’une répression aveugle ?

Au lieu de chercher à casser du nationaliste, les présidentiables de droite seraient avisés de tenter de régler politiquement le problème corse, mais cela semble au-dessus de leurs capacités.

Il est plus que temps que cessent les interpellations spectacles, devant les caméras de télévision opportunément prévenues pour suivre les gendarmes dans leurs « méfaits ».

Et encore une fois, on a interpellé les femmes et même les parents des militants concernés par cette rafle. Cela permet d’augmenter le nombre et de mettre un peu plus de pression sur les gardés à vue.

Pression dérisoire puisque cette vague d’interpellations semble vouée à un échec, mais l’essentiel aura sans doute été atteint pour les organisateurs, puisque les médias ont largement couvert ces arrestations. Et bien évidemment lorsque les garde-à-vue seront terminées et que les militants rentreront chez eux, les médias ne seront plus là et il restera dans l’opinion publique l’image de gendarmes qui font appliquer un « Etat de droit » à la française.

Le CAR exige qu’on libère immédiatement les femmes des militants qui ont été enlevées, ainsi que les autres personnes gardées à vue et condamne avec la plus grande fermeté cette rafle médiatique.”


Le troisième jour, le CAR a organisé un rassemblement de soutien aux victimes de cette rafle. Près de 200 personnes étaient présentes, et si RCFM a correctement couvert l’information, FR.3 étant venu filmé pratiquement avant le début du rassemblement, il est apparu aux yeux de l’opinion publique que celui-ci n’avait pas été suivi. Quant au quotidien unique, il ne s’est même pas donné la peine de se déplacer... Les organisateurs peuvent être satisfaits de consatater qu’il y a toujours une grande solidarité en Corse dès qu’il s’agit de répression. Des organisations comme A Chjama, Corsica Nazione Indipendente, U Rinnovu, Andatura Corsa per i Diritti Umani ou encore la FNSEA ont immédiatement appelé à participer à ce rassemblement de soutien.


Le procès

Le procès des jeunes corses mis en cause dans l’affaire du policier molesté sur le vieux port de Bastia a également permis de constater l’étendue de la volonté répressive.

Le CAR avait donné le ton dès l’ouverture : “Le procès de plusieurs jeunes manifestants aura lieu mardi 24 octobre à 14h au tribunal de Bastia. Ils sont poursuivis pour les affrontements qui ont eu lieu après la manifestation qui avait suivi le violent assaut des militaires français contre les syndicalistes du STC, sur le Pascal Paoli, en Octobre 2005.

Le Comité Anti Répression apporte son soutien aux jeunes manifestants qui ont été victimes d’une provocation, braqués et menacés par un homme en civil pendant la manifestation, et appelle tous les Corses épris de justice à venir soutenir ces jeunes.

Le policier, véritable agent double mêlé aux manifestants, n’a fait que démontrer ce que toute la Corse voit aujourd’hui, c’est-à-dire une police haineuse, que l’on envoie en Corse avec des préjugés, et que l’on conditionne pour casser du Corse ! Le comportement de la police en Corse devient insupportable ce n’est plus une police au service d’un Etat républicain, mais tout simplement une police d’une République en déliquescence qui, pour masquer ces propres turpitudes et son écrasante responsabilité dans la faillite de la Corse actuelle, surenchérit à coups de matraques.

Ces forces de répressions, dont on ignore d’ailleurs le nombre, se montrent chaque jour un peu plus violentes envers le peuple corse, comme d’ailleurs la justice française. Ces derniers mois, on a pu assister à des arrestations de plus en plus musclées, des femmes et enfants ont été traumatisés, on a tiré sur des militants pour les arrêter, des CRS cow-boys ont frappé et blessé un père de famille… voici le bilan actuel en Corse. Le CAR pose aujourd’hui une question : jusqu’où iront les forces de répression ?

Alors qu’à Paris, lorsque le peuple des banlieues essaye d’assassiner des policiers, brûle des milliers de voitures, porte atteinte quotidiennement à la sécurité des populations, les condamnations se traduisent par quelques mois de prisons, voire des relaxes quand des poursuites sont engagées. Au même moment, à Bastia, lorsque des jeunes sont arrêtés pour une banale histoire de rivalité entre bandes, les Corses sont traités de terroristes et lourdement condamnés par une cour d’assise spéciale.

Alors qu’à Paris on tente tous les jours de tuer des policiers, nous sommes ici dans la situation inverse avec un policier qui sort une arme contre des jeunes corses !

Aujourd’hui, ces jeunes, victimes de ce policier, se retrouvent en situation d’accusés et il serait proprement scandaleux qu’ils soient condamnés, alors qu’ils ont été braqués sans raison, alors qu’ils n’avaient aucun moyen d’identifier cet homme en civil qui se mêlait à la manifestation.

Quelle était la véritable mission de ce policier espion ? Pourquoi était-il en civil au milieu des manifestants ? Quel était son rôle ? N’avaitil pas l’ordre de faire dégénérer la manifestation et de commettre des exactions à mettre sur le dos des manifestants ? Le CAR exige que ce policier soit jugé pour menace de mort avec armes sur des jeunes corses, et que les victimes, les jeunes corses, soient relaxées.

Nous rappelons par ailleurs que cette manifestation faisait suite à la violente intervention de l’armée française contre des syndicalistes du STC qui étaient sur le Pascal Paoli. A la suite de cette manifestation et de la mobilisation populaire, l’Etat français qui s’était ridiculisé dans cette intervention disproportionnée avait reculé pour finalement libérer tous les protagonistes. Il serait aujourd’hui anormal de condamner des gens à qui l’on a donné raison !”

Alors que ces jeunes ont déjà fait quelques mois de prison, le procureur a demandé des peines allant de 1 à 2 ans de prison. Grave, lorsque l’on sait que les principales preuves de l’accusation sont des photos de jeunes... encagoulés (!) et une pseudo dénonciation anonyme qui tombe à pic.

Et si une condamanation devait suivre, nous avons la naïveté d’espérer que l’on applique à ces jeunes les mêmes lois que celles que l’on a appliquées au préfet délinquant Bernard Bonnet et qu’ils n’auront pas à retourner en prison.


L’interpellation de Petru Paoli

Quelques jours plus tard, c’était au tour d’un autre membre de l’exécutif de Corsica Nazione Indipendente d’être interpellé, Petru Paoli qui doit passer le 10 novembre en procès avec Paul Medurio pour avoir refusé de se soumettre à un test ADN. Le CAR et CNI ont tenu immédiatement une conférence de presse pour dénoncer une fois de plus des interpellations abusives et l’acharnement répressif contre Petru Paoli tout en apportant un soutien fraternel aux autres interpellés :

“Cette interpellation de Petru Paoli intervient avant son procès le 10 novembre au matin pour avoir refusé le prélèvement d’ADN tout comme Paul Medurio qui sera lui aussi en procès le même jour. En juin 2006, des militants de Corsica Nazione Indipendente avaient été interpellés par les policiers de la DNAT pour une enquête sur Fronte Patriottu Corsu, mouvement nationaliste clandestin apparu en Octobre 1999. Félix Marcellesi alors en détention préventive avait été mis en garde-à-vue à Paris.

Un rassemblement de soutien avait eu lieu le soir même et une conférence de presse de l’Unione Naziunale le lendemain pour dénoncer l’acharnement répressif contre Petru Paoli, Félix Marcellesi et Paulu Medurio. U Rinnovu, le CAR, Fronte Populare, Corsica Nazione Indipendente, Unione Naziunale etc. avaient apporté un soutien aux militants interpellés et interrogés.

Petru Paoli et Paulu Medurio avaient été libérés le 8 juin vers 19h00 sans qu’aucune charge ne soit retenue contre eux. Plus de 30 heures de gardes-à-vue pour rien avec à la sortie une convocation devant un tribunal pour avoir refusé la prise d’ADN...”


Le PNC, Fronte Populare, A Chjama Naziunale ont apporté un soutien fraternel à Petru Paoli et aux interpellés qui ont été libérés quelques heures après la conférence de presse.

Etait-il nécessaire de procéder une nouvelle fois à des interpellations ?

Reste-t-il en Corse quelque défenseur des libertés, autre que les nationalistes, pour condamner ces rafles en tous genres, ces interpellations abusives et ce climat de violence quotidienne dans lequel l’Etat français nous fait vivre ?

Felice Bacciochi

 

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