Alors que l’été avait été
calme, on pouvait penser
que le ministère de l’intérieur
aurait l’intelligence
de préparer l’élection présidentielle
de son numéro un
dans une Corse apaisée.
Mais non, la volonté
répressive est plus forte.
Après avoir totalement
muselé la presse nationale
française pendant les
Ghjurnate, c’est en fait une
vague répressive qui se préparait.
Comme au plus
beau temps du gouvernement
collaborateur de
Vichy, ces dernières semaines
ont été marquées par
de véritables rafles.
Ce mot est trop souvent utilisé,
car la pratique est
aujourd’hui généralisée,
au point de ne choquer personne.
Et surtout pas les
professionels de la
condamnation, ceux qui
condamnent plus vite que
leur ombre dès qu’un
pétard explose en Corse (à
part lorsqu’un nationaliste
en est la cible), et qui sont
étonnement muets devant
ces rafles d’un autre temps.
Pourtant, c’est une grave
erreur de les banaliser car
elles portent en elles les
germes d’une violence que
la Corse et les Corses n’ont
que trop subie.
La rafle des
gendarmes
17 personnes arrêtées, 14 femmes et des
hommes qui n’étaient en rien concernés
par l’attentat de Corti ont été raflés, qui
plus est, devant les caméras de télévision
! Des hommes et des femmes ont passé,
deux, trois ou quatre jours en garde-àvue,
après avoir été réveillés à 6 heures
du matin par d’impressionnantes forces
de l’ordre. Encore une fois, on n’a pas
hésité à traumatiser des innocents. Une
fille de 12 ans a même été abandonnée à
l’école pendant que ses parents étaient
pris en otage et mis au secret dans différentes
gendarmeries. Des mères, des
soeurs, des parents et amis, ont attendu
pendant trois ou quatre jours, dans l’angoisse,
faisant le pied de grue devant des
gendarmeries. C’était l’intrusion brusque
dans leur vie de la gendarmesque française.
Quand un avion s’écrase, on pense
toujours que cela n’arrive qu’aux autres.
En Corse, les interpellations d’innocents
n’arrivent pas qu’aux autres, car depuis
30 ans, avec les dizaines de milliers d’interpellations
que nous avons subies, resteil
encore des familles de nationalistes qui
n’ont pas connu cela ?
Il est à noter que comme par hasard,
parmis les interpellés figurait un membre
de l’exécutif de CNI, ainsi que toute sa
famille, y compris sa compagne de 20
ans !
Le CAR a réagit rapidement, en
condamnant ce violent déploiement de
force : “Encore une fois, nous avons eu
droit ce lundi 23 octobre à une rafle de
militants nationalistes à grand renfort de
publicité.
Rien ne semble arrêter les présidentiables
de l’UMP. Ce matin, une rafle aussi
absurde que stupide a été organisée avec
le concours de la gendarmerie, sur commission
rogatoire d’un juge anti corse.
14, 15, 17 interpellations… seul le chiffre
semble préoccuper les forces de répression
et les médias.
Qui est à l’origine de cette rafle médiatique
? Quel est le but recherché ? Lutte
interne au sein de l’UMP ou bien planification
d’une répression aveugle ?
Au lieu de chercher à casser du nationaliste,
les présidentiables de droite seraient
avisés de tenter de régler politiquement le
problème corse, mais cela semble au-dessus
de leurs capacités.
Il est plus que temps que cessent les
interpellations spectacles, devant les
caméras de télévision opportunément prévenues
pour suivre les gendarmes dans
leurs « méfaits ».
Et encore une fois, on a interpellé les
femmes et même les parents des militants
concernés par cette rafle. Cela permet
d’augmenter le nombre et de mettre un
peu plus de pression sur les gardés à vue.
Pression dérisoire puisque cette vague
d’interpellations semble vouée à un
échec, mais l’essentiel aura sans doute
été atteint pour les organisateurs, puisque
les médias ont largement couvert ces
arrestations. Et bien évidemment lorsque les garde-à-vue seront terminées et que
les militants rentreront chez eux, les
médias ne seront plus là et il restera dans
l’opinion publique l’image de gendarmes
qui font appliquer un
« Etat de droit » à la française.
Le CAR exige qu’on libère immédiatement
les femmes des militants qui ont été
enlevées, ainsi que les autres personnes
gardées à vue et condamne avec la plus
grande fermeté cette rafle médiatique.”
Le troisième jour, le CAR a organisé un
rassemblement de soutien aux victimes de
cette rafle. Près de 200 personnes étaient
présentes, et si RCFM a correctement
couvert l’information, FR.3 étant
venu filmé pratiquement avant le
début du rassemblement, il est
apparu aux yeux de l’opinion publique
que celui-ci n’avait pas été
suivi. Quant au quotidien unique, il
ne s’est même pas donné la peine
de se déplacer... Les organisateurs
peuvent être satisfaits de consatater
qu’il y a toujours une grande solidarité
en Corse dès qu’il s’agit de
répression. Des organisations
comme A Chjama, Corsica Nazione
Indipendente, U Rinnovu, Andatura
Corsa per i Diritti Umani ou encore
la FNSEA ont immédiatement
appelé à participer à ce rassemblement
de soutien.
Le procès
Le procès des jeunes corses mis en
cause dans l’affaire du policier molesté
sur le vieux port de Bastia a également
permis de constater l’étendue de la
volonté répressive.
Le CAR avait donné le ton dès l’ouverture
: “Le procès de plusieurs jeunes
manifestants aura lieu mardi 24 octobre à
14h au tribunal de Bastia. Ils sont poursuivis
pour les affrontements qui ont eu
lieu après la manifestation qui avait suivi
le violent assaut des militaires français
contre les syndicalistes du STC, sur le
Pascal Paoli, en Octobre 2005.
Le Comité Anti Répression apporte son
soutien aux jeunes manifestants qui ont
été victimes d’une provocation, braqués
et menacés par un homme en civil pendant
la manifestation, et appelle tous les
Corses épris de justice à venir soutenir
ces jeunes.
Le policier, véritable agent double mêlé
aux manifestants, n’a fait que démontrer
ce que toute la Corse voit aujourd’hui,
c’est-à-dire une police haineuse, que l’on
envoie en Corse avec des préjugés, et que
l’on conditionne pour casser du Corse !
Le comportement de la police en Corse
devient insupportable ce n’est plus une
police au service d’un Etat républicain,
mais tout simplement une police d’une
République en déliquescence qui, pour
masquer ces propres turpitudes et son
écrasante responsabilité dans la faillite
de la Corse actuelle, surenchérit à coups
de matraques.
Ces forces de répressions, dont on
ignore d’ailleurs le nombre, se montrent
chaque jour un peu plus violentes envers
le peuple corse, comme d’ailleurs la justice
française. Ces derniers mois, on a pu
assister à des arrestations de plus en plus
musclées, des femmes et enfants ont été
traumatisés, on a tiré sur des militants
pour les arrêter, des CRS cow-boys ont
frappé et blessé un père de famille… voici
le bilan actuel en Corse. Le CAR pose
aujourd’hui une question : jusqu’où
iront les forces de répression ?
Alors qu’à Paris, lorsque le peuple des
banlieues essaye d’assassiner des policiers,
brûle des milliers de voitures, porte
atteinte quotidiennement à la sécurité des
populations, les condamnations se traduisent
par quelques mois de prisons, voire
des relaxes quand des poursuites sont
engagées. Au même moment, à Bastia,
lorsque des jeunes sont arrêtés pour une
banale histoire de rivalité entre bandes,
les Corses sont traités de terroristes et
lourdement condamnés par une cour
d’assise spéciale.
Alors qu’à Paris on tente tous les jours
de tuer des policiers, nous sommes ici
dans la situation inverse avec un policier
qui sort une arme contre des jeunes corses
!
Aujourd’hui, ces jeunes, victimes de ce
policier, se retrouvent en situation d’accusés
et il serait proprement scandaleux
qu’ils soient condamnés, alors qu’ils ont
été braqués sans raison, alors qu’ils
n’avaient aucun moyen d’identifier cet
homme en civil qui se mêlait à la manifestation.
Quelle était la véritable
mission de ce policier espion ?
Pourquoi était-il en civil au
milieu des manifestants ?
Quel était son rôle ? N’avaitil
pas l’ordre de faire dégénérer
la manifestation et de commettre
des exactions à mettre
sur le dos des manifestants ?
Le CAR exige que ce policier
soit jugé pour menace de mort
avec armes sur des jeunes corses,
et que les victimes, les
jeunes corses, soient relaxées.
Nous rappelons par ailleurs
que cette manifestation faisait
suite à la violente intervention
de l’armée française contre
des syndicalistes du STC qui
étaient sur le Pascal Paoli. A
la suite de cette manifestation
et de la mobilisation populaire, l’Etat
français qui s’était ridiculisé dans cette
intervention disproportionnée avait reculé
pour finalement libérer tous les protagonistes.
Il serait aujourd’hui anormal de
condamner des gens à qui l’on a donné
raison !”
Alors que ces jeunes ont déjà fait quelques
mois de prison, le procureur a
demandé des peines allant de 1 à 2 ans de
prison. Grave, lorsque l’on sait que les
principales preuves de l’accusation sont
des photos de jeunes... encagoulés (!) et
une pseudo dénonciation anonyme qui
tombe à pic.
Et si une condamanation devait suivre,
nous avons la naïveté d’espérer que
l’on applique à ces jeunes les mêmes
lois que celles que l’on a appliquées au
préfet délinquant Bernard Bonnet et
qu’ils n’auront pas à retourner en prison.
L’interpellation de
Petru Paoli
Quelques jours plus tard, c’était au tour
d’un autre membre de l’exécutif de
Corsica Nazione Indipendente d’être
interpellé, Petru Paoli qui doit passer le
10 novembre en procès avec Paul
Medurio pour avoir refusé de se soumettre
à un test ADN. Le CAR et CNI ont
tenu immédiatement une conférence de
presse pour dénoncer une fois de plus des
interpellations abusives et l’acharnement
répressif contre Petru Paoli tout en apportant
un soutien fraternel aux autres interpellés
:
“Cette interpellation de Petru
Paoli intervient avant son procès le 10
novembre au matin pour avoir refusé le
prélèvement d’ADN tout comme Paul
Medurio qui sera lui aussi en procès le
même jour. En juin 2006, des militants de
Corsica Nazione Indipendente avaient été
interpellés par les policiers de la DNAT
pour une enquête sur Fronte Patriottu
Corsu, mouvement nationaliste clandestin
apparu en Octobre 1999. Félix Marcellesi
alors en détention préventive avait été
mis en garde-à-vue à Paris.
Un rassemblement de soutien avait eu
lieu le soir même et une conférence de
presse de l’Unione Naziunale le lendemain
pour dénoncer l’acharnement
répressif contre Petru Paoli, Félix
Marcellesi et Paulu Medurio. U Rinnovu,
le CAR, Fronte Populare, Corsica
Nazione Indipendente, Unione Naziunale
etc. avaient apporté un soutien aux militants
interpellés et interrogés.
Petru Paoli et Paulu Medurio avaient
été libérés le 8 juin vers 19h00 sans
qu’aucune charge ne soit retenue contre
eux. Plus de 30 heures de gardes-à-vue
pour rien avec à la sortie une convocation
devant un tribunal pour avoir refusé
la prise d’ADN...”
Le PNC, Fronte Populare, A Chjama
Naziunale ont apporté un soutien fraternel à
Petru Paoli et aux interpellés qui ont été
libérés quelques heures après la conférence
de presse.
Etait-il nécessaire de procéder une nouvelle
fois à des interpellations ?
Reste-t-il en Corse quelque défenseur des
libertés, autre que les nationalistes, pour
condamner ces rafles en tous genres, ces
interpellations abusives et ce climat de violence
quotidienne dans lequel l’Etat français
nous fait vivre ?
Felice Bacciochi