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Articulu di u numaru 34, Lugliu di u 2008


Sous la plage le béton…



Plusieurs centaines de personnes ont donc participé à la manifestation organisée sur la plage de Balistra (commune de Bunifaziu) pour dire non « aux grandes fortunes qui bétonnent le littoral » (Michele Salotti). Une manifestation où il y aurait du avoir beaucoup plus de monde qui pose avec lucidité la question de la corrélation entre aménagement du territoire et protection de l’environnement. Une manifestation qui interpelle sur les possibles interactions entre pouvoir de l’argent et pouvoir judiciaire. Une manifestation qui rappelle encore et toujours la monstruosité d’une dépossession foncière mettant en péril un peuple et sa terre.

UN APPEL COMMUN

En citant les trois procédures juridiques concernant les demandes de permis de construire de messieurs Seguela, Sulitzer et Delsol, l’association « ABCDE » a mis en relief une concomitance d’ingrédients laissant supposer une programmation concertée d’acquisition foncière faisant le lit pour reprendre les termes de Fronte Populare de tous ces «requins de la finance internationale, ces nantis venus d'ailleurs et tous ces spéculateurs immobiliers ».

Sous l’égide du collectif pour le respect de la loi littoral regroupant pour la circonstance un ensemble important d’associations et d’organisations politiques, un appel à manifester est lancé pour rappeler un des thèmes majeurs de notre revendication : « A terra corsa un hé a vende ! »


UNE COMMUNE EN PARTICULIER…

La conférence de presse du collectif met également en évidence un rôle très intéressé de l’ancienne commune, particulièrement sur la conception du P.L.U. : « Elaboré par l’ancien maire, il a été approuvé le 13 juillet 2006 et n’a pas été déféré au T.A. par le Préfet Delpuech alors en charge du contrôle de légalité. Or ce P.L.U. a voulu rendre possibles d’énormes complexes touristiques, lotissements de villas secondaires, hôtels, golfs, etc : à Rundinara 23 200m2 sur 560 ha, à Chiosa 7500m2 sur 85 ha, à Canetto 44 000 m2 sur 82 ha, à Balistra 50 000 m2 sur 230 ha, sans compter Francolo, Finosa, Tonnara, Sant’Amanza, Pozzoniello, Piantarella dans la ZNIEFF de type 1…et des « pastilles de constructibilité » sur la côte est, pastilles qui ne sont pas des « hameaux nouveaux ».

A l’évidence la municipalité précédente porte une écrasante responsabilité dans la configuration actuelle…


…ET L’EXTREME SUD EN GENERAL

Et la situation bonifacienne s’insère dans un schéma plus global affectant l’extrême sud. Les communes de Portivechju, Lecci di Portivechju et Santa Lucia di Portivechju n’échappent pas elles non plus à la logique accentuée de la dépossession foncière et à la pression immobilière. Leurs gestions respectives indiquent une inclination politique sur cette tendance. Un argument que fait judicieusement remarquer le nouveau maire de Bunifaziu, Jean Charles Orsucci, dans le « Journal de la Corse » n° 10590 : « Notre cité est systématiquement montrée du doigt.

Toutes les manifestations régionales depuis 20 ans se déroulent sur notre territoire : Cavallo, Piantaredda, Rondinara et le 8 juin à Balistra. N’y a-t-il aâs dans l’extrême sud d’autres projets à condamner ou d’autres sites à protéger ? »


LA LEGALITE EN QUESTION

Mais de l’extrême sud il en est bel et bien question dans la bouche de Mme Salotti qui, toujours dans le cadre de cette conférence de presse du collectif pour l’application de la loi littoral affirme : « L’extrême sud de la corse est devenu le nouvel eldorado des grandes fortunes qui ont trouvé la meilleure façon de bétonner puisque le tribunal administratif apparaît aujourd’hui à leurs côtés afin que chaque nanti possède une « toute petite » construction sur une très grande parcelle, à l’abri des regards des voisins et loin des habitants permanents de l’île. On nous a déjà dépossédé de Cavallu avec ses constructions les pieds dans l’eau sur l’ensemble de son pourtour.

C’est aujourd’hui la côte est de Bonifacio. Ce sera demain l’ensemble du littoral de la Corse, en commençant par les espaces les plus beaux. En Corse des maires complaisants, un Etat défaillant ou complice et sans doute une justice sous influence appliquent un schéma qui prévalait ailleurs il y a trente ans. »

Au-delà, les propos de Mme Salotti soulignent la pertinence d’un non – état de droit, posant ainsi les limites de la légalité, et de l’urgence d’une mobilisation populaire plus conséquente, pérenne, organisée et efficace qu’un seul rassemblement momentané sur une plage…


L’AUTRE DIMENSION DE LA QUESTION

En appelant publiquement à participer à la manifestation du 8 juin, Corsica Nazioni Indipendenti, par le biais de sa section de l’extrême sud, dépasse le constat actuel pour interpeller outre la mairie de Bunifaziu, toutes les mairies de Corse. Un point précis : la citoyenneté corse. On ne saurait en effet circonscrire les cas Seguela, Delsol ou Sulitzer à une seule approche environnementale.

En prenant justement le cas Delsol, la section précise : « La lettre publiée de M. DELSOL (« Corse – Matin »du 18 mai 2008) démontre les limites d’une argumentation que nous ne partageons pas. M. DELSOL se place sur le seul terrain du droit pénal, définissant sa construction « en toute légalité », contraire à la « bétonisation » et à la « baléarisation » de la côte. Il affirme aussi se tenir « loin des people et des affaires »…

L’analyse de M. DELSOL est symptomatique de sa perception du problème. Ce n’est pas en de seuls termes environnementaux que nous avons, pour notre part, une approche critique de sa construction. M. DELSOL, comme beaucoup d’autres, participe à l’extinction de la communauté corse, de son tissu économique, social et culturel. M. DELSOL est comme beaucoup d’autres un cas typique de la colonisation de peuplement. »

Et donc de proposer : « Nous réitérons notre proposition de création d’une citoyenneté corse, fondée sur dix ans de résidence à titre permanent. Cette proposition permettrait l’accession à la propriété immobilière, à l’emploi, à l’inscription sur les listes électorales.

Cette proposition qui n’a rien de discriminatoire – sauf à considérer les tenants de la domination française comme des victimes – existe en Europe.

Cette proposition garantit aux valeurs culturelles corses d’être les référents de l’affirmation, de l’intégration, du développement économique et social. L’identité est un facteur d’accroissement dans les rapports et les échanges marchands.

La question de la dépossession foncière et de sa traduction première, la disparition d’une communauté originelle – le peuple corse – situe l’enjeu du problème posé. La reconnaissance d’une citoyenneté corse – encadrement juridique reconnu à l’ échelle européenne – est l’une des pistes immédiates et salvatrices.

A défaut, la Corse continuera à sombrer dans une effrénée colonisation de peuplement qui se traduira inévitablement tôt ou tard par des confrontations où des habitants rappelleront leurs droits, dont celui d’être corse et de pouvoir librement disposer de son avenir.

Ulivieru SAULI

 

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