Plusieurs centaines de personnes
ont donc participé
à la manifestation organisée
sur la plage de Balistra
(commune de Bunifaziu)
pour dire non « aux grandes
fortunes qui bétonnent
le littoral » (Michele
Salotti). Une manifestation
où il y aurait du avoir
beaucoup plus de monde
qui pose avec lucidité la
question de la corrélation
entre aménagement du
territoire et protection de
l’environnement. Une
manifestation qui interpelle
sur les possibles interactions
entre pouvoir de l’argent
et pouvoir judiciaire.
Une manifestation qui rappelle
encore et toujours la
monstruosité d’une dépossession
foncière mettant en
péril un peuple et sa terre.
UN APPEL COMMUN
En citant les trois procédures juridiques
concernant les demandes de
permis de construire de messieurs
Seguela, Sulitzer et Delsol, l’association
« ABCDE » a mis en relief
une concomitance d’ingrédients
laissant supposer une programmation
concertée d’acquisition foncière
faisant le lit pour reprendre
les termes de Fronte Populare de
tous ces «requins de la finance
internationale, ces nantis venus
d'ailleurs et tous ces spéculateurs
immobiliers ».
Sous l’égide du collectif pour le
respect de la loi littoral regroupant
pour la circonstance un ensemble
important d’associations et d’organisations
politiques, un appel à
manifester est lancé pour rappeler
un des thèmes majeurs de notre
revendication : « A terra corsa un
hé a vende ! »
UNE COMMUNE EN PARTICULIER…
La conférence de presse du collectif
met également en évidence un
rôle très intéressé de l’ancienne
commune, particulièrement sur la
conception du P.L.U. : « Elaboré
par l’ancien maire, il a été
approuvé le 13 juillet 2006 et n’a
pas été déféré au T.A. par le Préfet
Delpuech alors en charge du
contrôle de légalité. Or ce P.L.U. a
voulu rendre possibles d’énormes
complexes touristiques, lotissements
de villas secondaires, hôtels,
golfs, etc : à Rundinara 23 200m2
sur 560 ha, à Chiosa 7500m2 sur
85 ha, à Canetto 44 000 m2 sur 82
ha, à Balistra 50 000 m2 sur 230
ha, sans compter Francolo, Finosa,
Tonnara, Sant’Amanza,
Pozzoniello, Piantarella dans la
ZNIEFF de type 1…et des « pastilles
de constructibilité » sur la côte
est, pastilles qui ne sont pas des «
hameaux nouveaux ».
A l’évidence la municipalité précédente
porte une écrasante responsabilité
dans la configuration
actuelle…
…ET L’EXTREME SUD EN GENERAL
Et la situation bonifacienne s’insère
dans un schéma plus global affectant
l’extrême sud. Les communes
de Portivechju, Lecci di Portivechju
et Santa Lucia di Portivechju
n’échappent pas elles non plus à la
logique accentuée de la dépossession
foncière et à la pression
immobilière. Leurs gestions respectives
indiquent une inclination
politique sur cette tendance. Un
argument que fait judicieusement
remarquer le nouveau maire de
Bunifaziu, Jean Charles Orsucci,
dans le « Journal de la Corse » n°
10590 : « Notre cité est systématiquement
montrée du doigt.
Toutes les manifestations régionales
depuis 20 ans se déroulent sur
notre territoire : Cavallo,
Piantaredda, Rondinara et le 8
juin à Balistra. N’y a-t-il aâs dans
l’extrême sud d’autres projets à
condamner ou d’autres sites à
protéger ? »
LA LEGALITE EN QUESTION
Mais de l’extrême sud il en est bel
et bien question dans la bouche de
Mme Salotti qui, toujours dans le
cadre de cette conférence de
presse du collectif pour l’application
de la loi littoral affirme : «
L’extrême sud de la corse est
devenu le nouvel eldorado des
grandes fortunes qui ont trouvé la
meilleure façon de bétonner puisque
le tribunal administratif apparaît
aujourd’hui à leurs côtés afin
que chaque nanti possède une «
toute petite » construction sur une
très grande parcelle, à l’abri des
regards des voisins et loin des habitants
permanents de l’île. On nous
a déjà dépossédé de Cavallu avec
ses constructions les pieds dans
l’eau sur l’ensemble de son pourtour.
C’est aujourd’hui la côte est
de Bonifacio. Ce sera demain l’ensemble
du littoral de la Corse, en
commençant par les espaces les
plus beaux. En Corse des maires
complaisants, un Etat défaillant ou
complice et sans doute une justice
sous influence appliquent un
schéma qui prévalait ailleurs il y a
trente ans. »
Au-delà, les propos de Mme
Salotti soulignent la pertinence
d’un non – état de droit, posant
ainsi les limites de la légalité, et de
l’urgence d’une mobilisation populaire
plus conséquente, pérenne,
organisée et efficace qu’un seul
rassemblement momentané sur
une plage…
L’AUTRE DIMENSION DE LA QUESTION
En appelant publiquement à participer
à la manifestation du 8 juin,
Corsica Nazioni Indipendenti, par
le biais de sa section de l’extrême
sud, dépasse le constat actuel pour
interpeller outre la mairie de
Bunifaziu, toutes les mairies de
Corse. Un point précis : la citoyenneté
corse. On ne saurait en effet
circonscrire les cas Seguela, Delsol
ou Sulitzer à une seule approche
environnementale.
En prenant justement le cas Delsol,
la section précise : « La lettre
publiée de M. DELSOL (« Corse –
Matin »du 18 mai 2008) démontre
les limites d’une argumentation
que nous ne partageons pas.
M. DELSOL se place sur le seul terrain
du droit pénal, définissant sa
construction « en toute légalité »,
contraire à la « bétonisation » et à
la « baléarisation » de la côte. Il
affirme aussi se tenir « loin des
people et des affaires »…
L’analyse de M. DELSOL est symptomatique
de sa perception du problème.
Ce n’est pas en de seuls termes
environnementaux que nous
avons, pour notre part, une approche
critique de sa construction. M.
DELSOL, comme beaucoup d’autres,
participe à l’extinction de la
communauté corse, de son tissu
économique, social et culturel.
M. DELSOL est comme beaucoup
d’autres un cas typique de la colonisation
de peuplement. »
Et donc de proposer : « Nous réitérons
notre proposition de création
d’une citoyenneté corse, fondée
sur dix ans de résidence à titre
permanent. Cette proposition permettrait
l’accession à la propriété
immobilière, à l’emploi, à l’inscription
sur les listes électorales.
Cette proposition qui n’a rien de
discriminatoire – sauf à considérer
les tenants de la domination française
comme des victimes – existe
en Europe.
Cette proposition garantit aux
valeurs culturelles corses d’être les
référents de l’affirmation, de l’intégration,
du développement économique
et social. L’identité est un
facteur d’accroissement dans les
rapports et les échanges marchands.
La question de la dépossession foncière
et de sa traduction première,
la disparition d’une communauté
originelle – le peuple corse – situe
l’enjeu du problème posé. La
reconnaissance d’une citoyenneté
corse – encadrement juridique
reconnu à l’ échelle européenne –
est l’une des pistes immédiates et
salvatrices.
A défaut, la Corse continuera à
sombrer dans une effrénée colonisation
de peuplement qui se traduira
inévitablement tôt ou tard par
des confrontations où des habitants
rappelleront leurs droits, dont celui
d’être corse et de pouvoir librement
disposer de son avenir.
Ulivieru SAULI