L’assemblée Générale des Nations Unies – après plus de vingt ans de négociations et de
tergiversations – adopte ce jeudi 13 septembre, une déclaration certes symbolique mais dont la
portée est universelle. Cette déclaration porte sur les droits des peuples autochtones. La Corse
est tout naturellement concernée.
Un peu d’étymologie…
Par autochtones on entend « qui est du pays même ». C’est-àdire
les « premiers habitants d’un pays » que l’on distingue des
« peuples venus d’ailleurs s’établir dans le même lieu ». La
définition est claire pour en comprendre la signification et surtout
la portée.
Une portée universelle
Selon le journal « Le Monde » en date du 14.09.2007, « quelque
370 millions de personnes appartenant aux peuples autochtones,
souvent marginalisés à travers le monde » sont concernées
par cette déclaration ! C’est dire de sa projection universelle et
humaine, complémentaire des droits de l’homme tels qu’ils sont
actuellement édictés.
Une adoption très importante
L’assemblée générale des Nations unies adopte ainsi une
résolution qui consacre une reconnaissance des différences
identitaires telle qu’elles se sont affirmées jusqu’à aujourd’hui
malgré – de par le monde – les tentatives multiples pour annihiler,
détruire, stigmatiser ou réduire les expressions culturelles,
sociales, économiques et politiques que chaque communauté
constituée peut exprimer.
La résolution affirme ainsi que : « Les peuples autochtones sont
égaux à tous les autres peuples, tout en reconnaissant le droit de
tous les peuples d’être différents, de s’estimer différents et d’être
respectés en tant que tels ». Elle rajoute « que tous les peuples
contribuent à la diversité et à la richesse des civilisations et des
cultures, qui constituent le patrimoine commun de l’humanité ».
Elle stipule enfin qu’elle se dit « consciente de la nécessité
urgente de respecter et de promouvoir les droits intrinsèques des
peuples autochtones, qui découlent de leurs structures politiques,
économiques et sociales et de leur culture, de leurs traditions
spirituelles, de leur histoire et de leur philosophie, en particulier
leurs droits à leurs terres, territoires et ressources ».
Vers une projection d’autodétermination
La résolution va nettement plus loin quand elle constate que « la
charte des Nations Unies, le Pacte international relatif aux droits
économiques, sociaux et culturels et le Pacte international relatif aux
droits civils et politiques, ainsi que la Déclaration et le Programme
d’action de Vienne, affirment l’importance fondamentale du droits
de tous les peuples de disposer d’eux – mêmes, droit en vertu
duquel ils déterminent librement leur statut politique et assurent
librement leur développement économique, social et culturel ».
Elle énonce ainsi la possibilité pour chaque peuple de choisir
en toute liberté les conditions de son émancipation. Elle l’affiche
clairement par la suite :
La résolution se dit « consciente qu’aucune disposition de la
présente déclaration ne pourra être invoquée pour dénier à un
peuple quel qu’il soit, son droit à l’autodétermination, exercé
conformément au droit international ».
De nombreux Etats concernés
Les Etats constitués, quelquefois drapés dans des considérations
constitutionnelles uniformisatrices et négationnistes - malgré leurs
apparences citoyennes – sont appelés dès lors à respecter et faire
respecter des droits qu’ils ont toujours récusé sinon combattu.
La résolution est on ne peut plus claire : Elle « encourage les
Etats à respecter et à mettre en oeuvre effectivement toutes leurs
obligations applicables aux peuples autochtones en vertu des
instruments internationaux, en particulier ceux relatifs aux droits
de l’homme, en consultation avec les peuples concernés ».
« Un moment historique »
Pour l’actuel secrétaire général de l’Onu, M. Ban Ki-Moon, cette
résolution est « un triomphe pour les peuples indigènes du monde
entier » et de la traduire comme « un moment historique ou les
Etats membres de l’ONU et les peuples indigènes ont réconcilié
leurs histoires douloureuses ». Toutefois des réticences sont
manifestes…
Des oppositions à la résolution
Des Etats – et non des moindres – ont voté contre la résolution.
Le Canada, la Nouvelle Zélande, l’Australie et les Etats-Unis ont
clairement affichés leur opposition. Onze autres pays se sont
abstenus parmi lesquels la russie. 143 pays l’ont adopté.
Ces oppositions mettent en évidence le refus de prendre en
considération au profit de concepts philosophiques, géopolitiques
et économiques, des communautés victimes historiquement d’une
invasion physique et sanglante (les nations indiennes d’Amérique
du Nord), d’une dépossession territoriale et d’une disparition
programmée de leurs valeurs linguistiques et culturelles.
La subtilité française
L’Etat Français adopte quant à lui une position pour le moins
sujet à caution. On connaît le rôle colonial de la France et sa
constitution républicaine qui balaye tout considérants identitaires et
spécifiques. C’est ainsi qu’elle développe une lecture interprétative
de la déclaration… Elle limite ainsi sa portée nationale aux seuls
« autochtones des collectivités territoriales d’outre-mer »…Elle
réfute de facto que la résolution s’applique à ce qui est régi par
les « normes constitutionnelles nationales ». Les basques, les
bretons, les alsaciens, les occitans, les corses ne seraient donc
pas concernés…
Un expert français n’a-t-il d’ailleurs pas déclaré – toujours selon
« Le Monde » du 14.09 2007 que la déclaration « n’est pas un
traité et qu’elle n’a pas de conséquence juridique »…
Un espoir international
Il n’en reste pas moins que la résolution résonne comme un
espoir. A condition que tous les peuples concernés s’organisent
structurellement pour faire valoir à travers elle tous les droits qui
leur sont encore aujourd’hui déniés. Cela suppose une réflexion
et une organisation politique, philosophique et juridique dont toute
résistance identitaire doit se prémunir pour arracher ce qui lui
revient originellement.
ULIVIERU SAULI