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Référendum en Corse : deux "OUI" pour un... "NON" !


L'analyse du dernier scrutin référendaire peut nous permettre de tirer des leçons pour la Corse.


Au lendemain du référendum sur la " Constitution " européenne, force est de constater que les Corses ont transformé cette consultation en motion de défiance à l'égard de ceux qui sont actuellement aux affaires, en Corse comme en France. Face au " oui " des responsables parisiens, les insulaires ont massivement voté " non ". Devant le " oui " des dirigeants de la CTC, les Corses ont répondu par le même " non ", dénué de toute ambiguïté. Comment ne pas établir un lien de cause à effet entre ces deux appels enthousiastes à approuver le traité et le rejet massif de ce dernier dans notre pays ? Les résultats du scrutin sont à analyser région par région, si l'on veut en comprendre la signification. Le " non " corse est très différent de la position antieuropéenne d'Emile Zuccarelli. D'ailleurs, on observe que dans sa zone d'influence, le nord de l'île, le " non " obtient un pourcentage moins important que dans le " sud ", où aucun élu " traditionnel " disposant d'une certaine surface politique n'avait pourtant appelé à rejeter la Constitution.

En ce qui les concerne, les Corses n'ont jamais été anti-européens. Dès 1995, l'Observatoire interrégional du politique indiquait que 64 % d'entre eux estimaient que la réalisation de l'Europe était " une bonne chose " pour la Corse (Baromètre OIP 1995, " Le fait régional en Corse ", enquête BVA.). Pourtant, l'Europe qui est actuellement en construction n'est pas celle que nombre d'Européens appellent de leurs voeux : nous sommes loin de l'Europe des peuples et aux antipodes d'une Europe sociale. Cette constatation a conduit un grand nombre de nos compatriotes à voter contre le texte qui leur était soumis. Mais ce qui a été, sans aucun doute, bien plus déterminant dans le résultat enregistré, n'est pas directement lié aux questions européennes mais relève de l'absence actuelle de perspectives politiques. La Corse s'enfonce dans la crise et rien ne semble pour l'heure de nature à inverser la tendance.

Désormais, Paris ne s'intéresse plus à notre pays que d'une seule façon : par le biais de ses juges d'instruction, de ses tribunaux correctionnels et de ses Cours d'Assises spéciales. Les condamnations pleuvent et elles sont d'une incroyable lourdeur. Parmi ceux qui refusent la situation faite à leur peuple, personne n'est à l'abri : la moindre action syndicale, la moindre manifestation donne lieu à des poursuites et à des peines de prison. C'est à une véritable mise en coupe réglée que nous assistons. Croit-on vraiment que les choses peuvent s'améliorer de cette façon ? Pendant ce temps, ceux qui occupent les plus hautes responsabilités dans l'île étalent leur incompétence devant l'Assemblée territoriale, quand ils ne sont pas à Paris pour encourager leurs maîtres dans leurs dérives répressives. Parfois, la colère qui gronde dans la rue est relayée à l'intérieur de l'hémicycle de l'Assemblée. Malgré le caractère plutôt hétérogène de l'opposition territoriale, le Conseil exécutif a été mis en minorité par deux fois, sur d'importants dossiers, en quelques semaines. Désormais, il sait que la motion de défiance fait partie des hypothèses de travail de certains élus. Elle pourrait bien, sait-on jamais, constituer une nouvelle manière de dire " non ".

Petru Paulu Ottavi

 

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