Non ? Il est bien entendu
hors de question pour nous
autres, pour l’ensemble du
mouvement qui porte à la
fois les revendications principales
et majoritaires du
peuple corse, ses espoirs
naturels en un retour à la
paix civile, ses ambitions de
devenir demain une nation
souveraine de l’Europe
interne, de renoncer à son
ancrage nationaliste.
Il ne s’agit donc pas pour nous de
dénationaliser c’est à dire de retirer
à la Nation ce qui lui appartient,
ce qui la fonde.
Simplement un autre débat, un débat
nouveau doit arriver car le propre, justement,
du mouvement des nationaux
corses c’est d’avoir su créer en permanence,
d’avoir généré, tous les débats
qui étaient jusqu’alors occultés, cachés,
dissimulés, tronqués par des hommes
politiques, se prétendant de droite ou de
gauche mais qui n’avaient, in fine,
qu’une seule position, celle couchée
aux pieds des tenants du pouvoir colonial.
Le reste de leur attitude n’est plus que
posture de circonstance, n’en doutons
pas. Il y a en Corse une fausse classe
politique, à quelques exceptions près,
elle a depuis ses origines, été fabriquée
de toutes pièces par et pour les besoins
d’un Etat colonial, n’oublions jamais
de le dire car rien n’a changé.
Elle constitue, par la même, les bataillons,
les troupes des serviteurs de l’administration
de la Corse par la
République française.
Peu y échappent et rares sont ceux qui
réussissent à conserver leur indépendance
et leur liberté de penser en tant
qu’hommes politiques, corses d’abord.
Et il y a le mouvement national, dans
ses différentes évolutions, dans ses différentes
expressions, dans ses choix
différents de lutte mais, convenons en,
dans son unité désormais retrouvée.
Or, aujourd’hui au-delà des efforts de
l’Unione Naziunale, au-delà des appréciations
sur la qualité de ses représentants
élus, ce mouvement national
patine, n’arrive pas à passer de nouveau
à un rythme de croisière qui a toujours
été le sien et qui laissait en permanence
sur place, ses adversaires.
Il est bien sûr plus stupide que faux
que de prétendre que le mouvement
national n’est plus au centre du débat
politique, il y est aujourd’hui comme
hier.
Le constat est tout autre, il ne suffit
pas d’être au coeur du débat pour le
faire progresser. Il faut des idées nouvelles,
du carburant pour la locomotive
et le train reprendra sa course, et nos
ennemis seront bien obligés de nous
suivre.
Eux, quoi que prétende un homme
politique français ridicule, n’ont pas le
choix nous avançons, et bien ils avancent
aussi, et c’est tant mieux.
Ils ont récupéré une partie importante
de nos idées, de nos revendications, ne
nous en plaignons pas car c’est tant
mieux aussi.
Par contre, si nous faisons du sur
place, et c’est le cas depuis trois ans, ils
sont aussi en stand by, se contentant du
service minimum, s’employant uniquement
à obéir aveuglément aux directives
parisiennes.
Revenons à l’Unione et chassons cette
fausse idée selon laquelle elle serait
l’origine, la cause presque de cet
immobilisme car, ne nous cachons pas
derrière le petit doigt, immobilisme il y
a. Mais la cause en est tout autre.
Alors nous avons enfin compris qu’il
est désormais temps d’ouvrir, de façon
plus sérieuse, de manière plus institutionnelle,
un autre espace, un espace de
débat mais surtout un espace de décisions,
un espace nouveau de législation.
Cet espace s’appelle, car il existe
depuis longtemps, la Cunsulta
Naziunale c’est à dire, à terme, l’embryon
démocratique du nouvel espace
législatif corse de demain, celui qui
sera appelé un jour, à être ouvert démocratiquement,
à tous, à toutes les
expressions politiques corses et il ne
pourra y avoir ni exclusive ni rejet.
Commençons déjà par comprendre
que la Cunsulta Naziunale, représentation
démocratique de la Corse, du
Peuple Corse, a pour vocation future
d’ouvrir ses portes justement aux corses,
à d’autres corses, à d’autres représentants
de notre peuple.
On peut déjà imaginer que la porte est
ouverte à tous ceux qui ont fait, depuis
longtemps ou plus récemment le choix
politique de ne plus être assujettis aux
diktats des partis politiques parisiens.
Ceux là, il faut déjà le prévoir, bientôt
pourront, s’ils le souhaitent nous
rejoindre.
Alors j’en reviens à mon sentiment
initial car c’est celui qui guide mon
propos.
Dénationaliser mais dénationaliser
quoi ?
La question est bonne et, encore une
fois, il ne s’agit pas de dénationaliser
mais renationaliser, de rationaliser.
En effet, la reprise des travaux de la
Cunsulta Naziunale, et sur ce point, un
engagement clair, dépourvu de toute
ambiguïté d’Unione Naziunale est
nécessaire, ne pourra se faire sans une
clarification, sans une pédagogie militante
à l’adresse de notre peuple, à
l’adresse de tous ceux qui feront, par
milliers, le choix de devenir d’abord
des citoyens de leur terre avant que
d’être des citoyens européens ou autres.
Je veux dire par là qu’il va falloir procéder,
à un moment donné, à un véritable
exercice démocratique, à l’expression
des choix issus des débats du
peuple Corse car, cessons, c’est lui et
lui seul qui décide, n’en doutons
jamais.
Le propos n’est pas de savoir si les
nationalistes sont au coeur du débat
politique, non, il est tout autre, la question
est de savoir si le débat politique
est au coeur du mouvement national. Là
doit être notre seule ambition.
Il va falloir un jour désigner une
assemblée élue, sur la base d’une répartition
administrative établie, un projet
de Constitution existe qui pérennise
l’existence des Pieve comme lieux de
décision politiques locales.
Par chance l’idée n’est pas nouvelle et
a le mérite d’avoir survécu aux usures
de l’âge et du temps, conservons la
donc.
La Cunsulta Naziunale devra être la
première représentation démocratique
élue par les Pieve du Peuple Corse.
Ceci constitue notre premier choix,
celui de la décentralisation du pouvoir
politique.
Mais où est donc alors la dénationalisation
?
Soyons honnêtes avec nous même, et
donc avec le peuple, nous n’allons pas
aller à cette confrontation démocratique
nécessaire, uniquement avec nos drapeaux
actuels, avec nos bannières de
partis politiques nationalistes.
Nous savons tous très bien que nous
sommes tous nationalistes, ancu assai,
il faudra faire la différence, et la faire
autrement.
Il faudra ranger au placard le terme de
nationalistes, non pas qu’il nous
dérange, mais pour le remplacer par
celui plus exact, plus juste de nationaux,
et affirmer, afficher alors les différences
qui font notre richesse car ce
sont elles qui convaincront, ce sont
elles qui feront les décisions, qui
emporteront l’adhésion populaire et
qui, par la même occasion, remettront
le débat politique dans le camp des
nationaux corses et de tous ceux qui
seront appelés à les rejoindre, à adhérer
à leur démarche.
Non, nous n’allons pas nous dénationaliser,
loin de là, l’heure est venue,
cependant, de passer à une autre étape,
il est temps pour nous d’avancer sur
d’autres débats, de les susciter pour que
tous nous nous enrichissions.
Deux raisons majeures nous y poussent.
La première est liée justement à la
mise en place, que nous devons vouloir
rapide, d’une Assemblée élue, une
assemblée qui soit démocratique, non
seulement à nos yeux mais surtout aux
yeux du peuple, une assemblée dans
laquelle il puisse se trouver, se reconnaître
sinon elle ne serait rien de plus
qu’un avatar dans notre collection de
sigles et de structures.
Alors bien sûr, il est évident pour tout
le monde que, sauf exception majeure,
l’Assemblée qui sortira de la Cunsulta
Naziunale sera issue, dans sa totalité,
du camp des nationaux, ne comprendra,
normalement en son sein, que des
nationaux. Allons nous nous en contenter,
allons nous avoir une petite
conscience tranquille car nous aurons
fait un pas, un tout petit pas ?
Pensons-nous sincèrement que le peuple
corse est si passionné que cela par
nos débats nationalo-nationalistes ?
Soyons réalistes, cela ne peut suffire,
cette Cunsulta ne sera pas lisible si elle
se résume à cela et à cela seulement, il
faut, pour lui donner vie, y afficher ce
qui pourra entraîner, dans un sens ou
dans l’autre, l’adhésion populaire.
Il faut avoir le front de mettre en
avant les choix fondamentaux dépassant
le nationalisme d’hier, les choix
qui lui donneront envie de regarder
davantage vers cette Cunsulta, cette
assemblée issue du peuple que vers
celle qui siège benoîtement au palais
ajaccien.
Et cette différence ne pourra se faire
que sur les choix de société, sur l’affirmation
d’une direction politique et
sociale qui lui soit offerte, sur une planification
politique, sociale, économique
et culturelle basée sur autre chose
que sur les PEI, les PADDUC ou les
paddocks.
Le peuple a besoin d’une politique à
laquelle il adhère et qui lui convienne,
il veut s’y retrouver, il veut s’en sentir
l’acteur et le propriétaire.
La seconde raison nous concerne plus
directement encore.
Nous ne sommes ni à un tournant
nouveau ni à un virage, nous sommes
arrivés à trente années passées de luttes
diverses et il est évident que le moment
est venu pour le mouvement pour le
mouvement composé des nationaux les
plus révolutionnaires, en l’occurrence
Corsica Nazione Indipendente, ceux
qui n’écartent aucuns des choix du peuple
corse, de se prononcer clairement
sur nos options pour la société corse
que nous entendons offrir à notre peuple
demain.
Nous n’avons plus le droit d’avoir, en
permanence, l’opinion entre deux chaises,
de cultiver, ad vitam aeternam,
l’ambiguïté par manque de courage
politique ou par paresse intellectuelle.
Depuis longtemps, nous avons affirmé
que notre démarche est volontairement
démocratique et nos choix institutionnels
en ont découlé, ils sont irréversibles
et cela s’appelle la démocratie.
Nous avons aussi conscience depuis
ces mêmes temps, plus que d’autres,
que nous devons être au plus près de
ceux d’entre nous qui souffrent, de
ceux qui sont les plus démunis, de ceux
qui sont les plus défavorisés, de ceux
qui ne possèdent pas mais qui sont possédés,
de ceux qui ne participeront
jamais aux agapes des tenants du clanisme,
et cela s’appelle une démarche
sociale.
Les deux ensemble font que nous
sommes, sans le dire, et je ne dis pas
que c’est pour ne pas déplaire à une
frange petit-bourgeoise de notre mouvement,
dans un processus politique
bien connu qui s’appelle, de partout de
par le monde, la social-démocratie.
Il nous faut désormais avoir le courage
de l’affirmer et de dire que nous
sommes en opposition avec les tenants
du tout libéralisme, que nous combattons
ceux qui veulent spéculer sur le
dos de notre peuple, que nous refusons
la non corsisation du monde du travail,
que nous voulons mettre fin à un chômage
endémique et entretenu par les
clans, que nous harcèlerons l’omniprésence
d’un Etat de droit militaro-administratif,
que nous entendons réguler
l’emprise des grands trusts agroalimentaires
qui étouffent, eux aussi, l’économie
de notre île, que nous oeuvrerons
dès demain matin à la récupération de
notre capacité énergétique, dans le respect
de notre patrimoine naturel.
Pour cela il nous faut travailler.
Non pas en partant de rien car il existe
depuis des années, dans le monde
nationaliste et à l’initiative d’une de ses
composantes majeures, tous les éléments
premiers d’un réel projet de
société et ces travaux ont été largement
entérinés par tous.
Contrairement à ce que l’on pourrait
croire, ils ne sont pas obsolètes, ils sont
largement suffisants pour être remis à
jour, pour être réactualisés autant que
de besoin, ce sont les Quaterni, u primu
è u sicondu.
Faisons en la base de notre projet de
société, de celui que nous présenterons
dans la campagne pour l’élection de la
Cunsulta Nazionale.
Il y a du coup une troisième raison qui
apparaît sous nos yeux.
En remettant au centre du débat politique,
à la discussion de tous, un tel projet
de société réactualisé, nous replaçons
de facto ce débat politique là où il
a toujours eu sa place, au centre des
intérêts du peuple corse, au centre des
préoccupations et des revendications
des nationaux.
Et, une fois de plus, il sera facile d’affirmer
que, oui, les nationalistes sont au
centre du jeu politique car, oui le véritable
débat politique est au coeur même
de l’action des nationaux.
Carlu Pieri