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Articulu di u numaru 22, farraghju di u 2007


Renationaliser



Non ? Il est bien entendu hors de question pour nous autres, pour l’ensemble du mouvement qui porte à la fois les revendications principales et majoritaires du peuple corse, ses espoirs naturels en un retour à la paix civile, ses ambitions de devenir demain une nation souveraine de l’Europe interne, de renoncer à son ancrage nationaliste.

Il ne s’agit donc pas pour nous de dénationaliser c’est à dire de retirer à la Nation ce qui lui appartient, ce qui la fonde.

Simplement un autre débat, un débat nouveau doit arriver car le propre, justement, du mouvement des nationaux corses c’est d’avoir su créer en permanence, d’avoir généré, tous les débats qui étaient jusqu’alors occultés, cachés, dissimulés, tronqués par des hommes politiques, se prétendant de droite ou de gauche mais qui n’avaient, in fine, qu’une seule position, celle couchée aux pieds des tenants du pouvoir colonial.

Le reste de leur attitude n’est plus que posture de circonstance, n’en doutons pas. Il y a en Corse une fausse classe politique, à quelques exceptions près, elle a depuis ses origines, été fabriquée de toutes pièces par et pour les besoins d’un Etat colonial, n’oublions jamais de le dire car rien n’a changé.

Elle constitue, par la même, les bataillons, les troupes des serviteurs de l’administration de la Corse par la République française.

Peu y échappent et rares sont ceux qui réussissent à conserver leur indépendance et leur liberté de penser en tant qu’hommes politiques, corses d’abord.

Et il y a le mouvement national, dans ses différentes évolutions, dans ses différentes expressions, dans ses choix différents de lutte mais, convenons en, dans son unité désormais retrouvée. Or, aujourd’hui au-delà des efforts de l’Unione Naziunale, au-delà des appréciations sur la qualité de ses représentants élus, ce mouvement national patine, n’arrive pas à passer de nouveau à un rythme de croisière qui a toujours été le sien et qui laissait en permanence sur place, ses adversaires.

Il est bien sûr plus stupide que faux que de prétendre que le mouvement national n’est plus au centre du débat politique, il y est aujourd’hui comme hier.

Le constat est tout autre, il ne suffit pas d’être au coeur du débat pour le faire progresser. Il faut des idées nouvelles, du carburant pour la locomotive et le train reprendra sa course, et nos ennemis seront bien obligés de nous suivre.

Eux, quoi que prétende un homme politique français ridicule, n’ont pas le choix nous avançons, et bien ils avancent aussi, et c’est tant mieux.

Ils ont récupéré une partie importante de nos idées, de nos revendications, ne nous en plaignons pas car c’est tant mieux aussi.

Par contre, si nous faisons du sur place, et c’est le cas depuis trois ans, ils sont aussi en stand by, se contentant du service minimum, s’employant uniquement à obéir aveuglément aux directives parisiennes.

Revenons à l’Unione et chassons cette fausse idée selon laquelle elle serait l’origine, la cause presque de cet immobilisme car, ne nous cachons pas derrière le petit doigt, immobilisme il y a. Mais la cause en est tout autre. Alors nous avons enfin compris qu’il est désormais temps d’ouvrir, de façon plus sérieuse, de manière plus institutionnelle, un autre espace, un espace de débat mais surtout un espace de décisions, un espace nouveau de législation.

Cet espace s’appelle, car il existe depuis longtemps, la Cunsulta Naziunale c’est à dire, à terme, l’embryon démocratique du nouvel espace législatif corse de demain, celui qui sera appelé un jour, à être ouvert démocratiquement, à tous, à toutes les expressions politiques corses et il ne pourra y avoir ni exclusive ni rejet.

Commençons déjà par comprendre que la Cunsulta Naziunale, représentation démocratique de la Corse, du Peuple Corse, a pour vocation future d’ouvrir ses portes justement aux corses, à d’autres corses, à d’autres représentants de notre peuple.

On peut déjà imaginer que la porte est ouverte à tous ceux qui ont fait, depuis longtemps ou plus récemment le choix politique de ne plus être assujettis aux diktats des partis politiques parisiens. Ceux là, il faut déjà le prévoir, bientôt pourront, s’ils le souhaitent nous rejoindre.

Alors j’en reviens à mon sentiment initial car c’est celui qui guide mon propos. Dénationaliser mais dénationaliser quoi ?

La question est bonne et, encore une fois, il ne s’agit pas de dénationaliser mais renationaliser, de rationaliser. En effet, la reprise des travaux de la Cunsulta Naziunale, et sur ce point, un engagement clair, dépourvu de toute ambiguïté d’Unione Naziunale est nécessaire, ne pourra se faire sans une clarification, sans une pédagogie militante à l’adresse de notre peuple, à l’adresse de tous ceux qui feront, par milliers, le choix de devenir d’abord des citoyens de leur terre avant que d’être des citoyens européens ou autres. Je veux dire par là qu’il va falloir procéder, à un moment donné, à un véritable exercice démocratique, à l’expression des choix issus des débats du peuple Corse car, cessons, c’est lui et lui seul qui décide, n’en doutons jamais.

Le propos n’est pas de savoir si les nationalistes sont au coeur du débat politique, non, il est tout autre, la question est de savoir si le débat politique est au coeur du mouvement national. Là doit être notre seule ambition. Il va falloir un jour désigner une assemblée élue, sur la base d’une répartition administrative établie, un projet de Constitution existe qui pérennise l’existence des Pieve comme lieux de décision politiques locales.

Par chance l’idée n’est pas nouvelle et a le mérite d’avoir survécu aux usures de l’âge et du temps, conservons la donc.

La Cunsulta Naziunale devra être la première représentation démocratique élue par les Pieve du Peuple Corse. Ceci constitue notre premier choix, celui de la décentralisation du pouvoir politique. Mais où est donc alors la dénationalisation ?

Soyons honnêtes avec nous même, et donc avec le peuple, nous n’allons pas aller à cette confrontation démocratique nécessaire, uniquement avec nos drapeaux actuels, avec nos bannières de partis politiques nationalistes. Nous savons tous très bien que nous sommes tous nationalistes, ancu assai, il faudra faire la différence, et la faire autrement.

Il faudra ranger au placard le terme de nationalistes, non pas qu’il nous dérange, mais pour le remplacer par celui plus exact, plus juste de nationaux, et affirmer, afficher alors les différences qui font notre richesse car ce sont elles qui convaincront, ce sont elles qui feront les décisions, qui emporteront l’adhésion populaire et qui, par la même occasion, remettront le débat politique dans le camp des nationaux corses et de tous ceux qui seront appelés à les rejoindre, à adhérer à leur démarche.

Non, nous n’allons pas nous dénationaliser, loin de là, l’heure est venue, cependant, de passer à une autre étape, il est temps pour nous d’avancer sur d’autres débats, de les susciter pour que tous nous nous enrichissions. Deux raisons majeures nous y poussent. La première est liée justement à la mise en place, que nous devons vouloir rapide, d’une Assemblée élue, une assemblée qui soit démocratique, non seulement à nos yeux mais surtout aux yeux du peuple, une assemblée dans laquelle il puisse se trouver, se reconnaître sinon elle ne serait rien de plus qu’un avatar dans notre collection de sigles et de structures.

Alors bien sûr, il est évident pour tout le monde que, sauf exception majeure, l’Assemblée qui sortira de la Cunsulta Naziunale sera issue, dans sa totalité, du camp des nationaux, ne comprendra, normalement en son sein, que des nationaux. Allons nous nous en contenter, allons nous avoir une petite conscience tranquille car nous aurons fait un pas, un tout petit pas ? Pensons-nous sincèrement que le peuple corse est si passionné que cela par nos débats nationalo-nationalistes ?

Soyons réalistes, cela ne peut suffire, cette Cunsulta ne sera pas lisible si elle se résume à cela et à cela seulement, il faut, pour lui donner vie, y afficher ce qui pourra entraîner, dans un sens ou dans l’autre, l’adhésion populaire. Il faut avoir le front de mettre en avant les choix fondamentaux dépassant le nationalisme d’hier, les choix qui lui donneront envie de regarder davantage vers cette Cunsulta, cette assemblée issue du peuple que vers celle qui siège benoîtement au palais ajaccien.

Et cette différence ne pourra se faire que sur les choix de société, sur l’affirmation d’une direction politique et sociale qui lui soit offerte, sur une planification politique, sociale, économique et culturelle basée sur autre chose que sur les PEI, les PADDUC ou les paddocks.

Le peuple a besoin d’une politique à laquelle il adhère et qui lui convienne, il veut s’y retrouver, il veut s’en sentir l’acteur et le propriétaire. La seconde raison nous concerne plus directement encore. Nous ne sommes ni à un tournant nouveau ni à un virage, nous sommes arrivés à trente années passées de luttes diverses et il est évident que le moment est venu pour le mouvement pour le mouvement composé des nationaux les plus révolutionnaires, en l’occurrence Corsica Nazione Indipendente, ceux qui n’écartent aucuns des choix du peuple corse, de se prononcer clairement sur nos options pour la société corse que nous entendons offrir à notre peuple demain.

Nous n’avons plus le droit d’avoir, en permanence, l’opinion entre deux chaises, de cultiver, ad vitam aeternam, l’ambiguïté par manque de courage politique ou par paresse intellectuelle. Depuis longtemps, nous avons affirmé que notre démarche est volontairement démocratique et nos choix institutionnels en ont découlé, ils sont irréversibles et cela s’appelle la démocratie.

Nous avons aussi conscience depuis ces mêmes temps, plus que d’autres, que nous devons être au plus près de ceux d’entre nous qui souffrent, de ceux qui sont les plus démunis, de ceux qui sont les plus défavorisés, de ceux qui ne possèdent pas mais qui sont possédés, de ceux qui ne participeront jamais aux agapes des tenants du clanisme, et cela s’appelle une démarche sociale.

Les deux ensemble font que nous sommes, sans le dire, et je ne dis pas que c’est pour ne pas déplaire à une frange petit-bourgeoise de notre mouvement, dans un processus politique bien connu qui s’appelle, de partout de par le monde, la social-démocratie. Il nous faut désormais avoir le courage de l’affirmer et de dire que nous sommes en opposition avec les tenants du tout libéralisme, que nous combattons ceux qui veulent spéculer sur le dos de notre peuple, que nous refusons la non corsisation du monde du travail, que nous voulons mettre fin à un chômage endémique et entretenu par les clans, que nous harcèlerons l’omniprésence d’un Etat de droit militaro-administratif, que nous entendons réguler l’emprise des grands trusts agroalimentaires qui étouffent, eux aussi, l’économie de notre île, que nous oeuvrerons dès demain matin à la récupération de notre capacité énergétique, dans le respect de notre patrimoine naturel.

Pour cela il nous faut travailler. Non pas en partant de rien car il existe depuis des années, dans le monde nationaliste et à l’initiative d’une de ses composantes majeures, tous les éléments premiers d’un réel projet de société et ces travaux ont été largement entérinés par tous. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ils ne sont pas obsolètes, ils sont largement suffisants pour être remis à jour, pour être réactualisés autant que de besoin, ce sont les Quaterni, u primu è u sicondu.

Faisons en la base de notre projet de société, de celui que nous présenterons dans la campagne pour l’élection de la Cunsulta Nazionale. Il y a du coup une troisième raison qui apparaît sous nos yeux. En remettant au centre du débat politique, à la discussion de tous, un tel projet de société réactualisé, nous replaçons de facto ce débat politique là où il a toujours eu sa place, au centre des intérêts du peuple corse, au centre des préoccupations et des revendications des nationaux.

Et, une fois de plus, il sera facile d’affirmer que, oui, les nationalistes sont au centre du jeu politique car, oui le véritable débat politique est au coeur même de l’action des nationaux.

Carlu Pieri

 

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