Les récentes interpellations
suivies de mises
en garde à vue de
Petru Paoli et de Paulu
Medurio affichent la
volonté de l’actuel gouvernement
français à
cibler Corsica Nazione
Indipendente. Un ciblage
qui évidemment traduit
le choix politique
d’intimider, et de réprimer
celles et ceux qui
dans ce pays, face à
une situation de non
développement économique
et culturel, de
dérèglements sociaux,
et d’assistanat politique
optent pour une toute autre
voie que celle imposée par
le système en place.
Dans le contexte actuel, ces interpellations
résonnent comme une provocation
car elles touchent tout particulièrement
un membre de l’exécutif
de l’organisation indépendantiste, et
donc porteuses d’un message très
clair : le gouvernement ne peut tolérer
celles et ceux qui publiquement
préconisent une toute autre approche
en stigmatisant au passage l’incapacité
chronique de l’exécutif de l’actuelle
collectivité territoriale à prendre la
mesure et les initiatives nécessaires
du problème politique posé et les
pistes exploratoires qui peuvent en
résulter, ainsi que son alignement
inconditionnel sur Paris…
D’ailleurs cet alignement politique
est nettement plus perceptible depuis
plusieurs semaines. Comme le souligne
Joseph Guy Poletti dans le dernier
« Corsica » du mois de juin, l’offensive
libérale tant sur le littoral
(« désanctuarisation » du littoral), sur
le ciel (libéralisation du marché
aérien), et la signature d’une convention
avec l’Agence française pour les
investissements internationaux donnent
le ton : une offensive « libérale
» et déstructurante et qui, dans l’état
actuel des choses, en l’absence de
tout moyen institutionnel et juridique
susceptible de promouvoir et
d’émanciper la Corse et sa communauté
en tant qu’entité citoyenne
reconnue, ne fera qu’accroître au
nom de la concurrence et de la loi du
marché, la dépossession d’une terre
et la dilution programmée de son
peuple et de tous ses acquis, ses
apports linguistiques, culturels et
sociaux, et donc d’accélérer sa minorisation...
La diversité et la multiplicité des
menées répressives donnent le ton
de cet acharnement répressif auquel
est sujet Corsica Nazione
Indipendente. Outre Petru Paoli,
Paulu Medurio élu municipal
d’Aiacciu mais aussi Felice Marcellesi
détenu politique ont eu à subir ces
méthodes policières d’intimidation,
rejoignant la liste des personnes qui
depuis des semaines ont eu à vivre –
et à toucher du doigt – les comportements
agressifs d’un point de vue
physique et moral des fonctionnaires
responsables sur le terrain des commissions
rogatoires délivrées par ces
juges de l’exception judiciaire… Il y a
peu l’arrestation et la déportation de
Niculau Pinzuti, militant de Corsica
Nazione Indipendente et de deux
autres personnes se sont déroulées
dans de dangereuses conditions, faisant
fi de la présence au petit matin
d’un enfant en bas âge que l’on
braque en étant cagoulé après avoir
défoncé furieusement la porte d’entrée
de l’appartement, et de la santé
d’une jeune femme qui par la suite a
fait une fausse couche… Plus près
encore, l’arrestation du fils de Carlu
Pieri a montré la facilité de quelques
policiers d’élite à user de leur arme…
Et l’acharnement des poursuites
construites abusivement autour de
Charles Pieri sous prétexte d’une prétendue
piste « BTP » ne fait que
démontrer que décidément tout est permis dans cette « république
» française où de
récentes et ténébreuses
affaires juteuses ont mis en
évidence la réalité d’un
gouvernement totalement
dépourvu d’éthique et de
morale, détournant à son
profit l’indépendance judiciaire
pour mieux l’instrumentaliser
notamment à
l’égard de la Corse…
Une logique de visée
répressive axée particulièrement
sur Corsica Nazione
Indipendente mais étendue
aussi à l’ensemble de la
société corse, dés lors qu’il
faut démontrer sur le terrain
que force reste à la répression
: les interpellations
d’agriculteurs sur fond de
présence massive de gendarmes
en armes et celles
de salariés d’EDF sont là
pour le démontrer, et le
rappeler…
Aussi quand M. Suzzoni parle de
« gangstérisation » de la profession
qu’il représente au titre de président
de la chambre d’agriculture de la
Haute-Corse, il ne s’y trompe pas, et
cette campagne d’intimidation et d’intoxication
mensongère est récurrente
dans l’histoire de la Corse
Française…
Il n’est qu’un Camille de Rocca Serra
qui, ayant sans doute très mal pris la
conférence de presse du Rinnovu
devant la mairie de Portivechju, « sa »
mairie sur laquelle il veille jalousement
et pour cause, pour prétendre
devant l’argumentation des militants
de cette organisation stigmatisant l’actuelle
construction du PADDUC, que
« nous sommes dans un état de
droit » (sic !) et qu’il « faut laisser les
choses se faire » !!! On ne pouvait
mieux attendre de ce prétendu ami
du ministre de l’intérieur, et de certains
comédiens qui se complaisent à
bronzer idiots dans la région de l’extrême
sud, qui après son insultante «
désanctuarisation » éructe orgueilleusement
son approbation du système
et de la situation actuelle…
Un fossé continue de se creuser. Et
au moment où des exemples européens
– malgré nombre de difficultés
– mettent en évidence, en Irlande du
Nord comme au Pays Basque, les
explorations politiques susceptibles
de régler des aspirations identitaires,
il reste un pays ultra centralisé selon
sa pensée uniformisatrice qui s’enferme
pour la Corse dans un délire
sécuritaire. Et quand on voit, à l’orée
des futures élections présidentielles
françaises une Ségolène Royal chasser
sur les terrains néo conservateurs
d’un Nicolas Sarkozy, lui-même tentant
de ravir à un Le Pen la paternité
de ses slogans cadencés aux bruits
de bottes, on ne peut que continuer
à s’interroger sur le sort de notre île
et de son droit à la différence…
Le ciblage de Corsica Nazione
Indipendente répond à ces impératifs
policiers et judiciaires qui sont les
attributs de la politique de l’actuel
gouvernement français en Corse. Il
démontre que l’état de droit est un
état arbitraire où toute expression
dérangeant la mise en place progressive
et spoliatrice du PADDUC censé
satisfaire les différents desseins affairistes
à grande échelle doit être restreinte,
atténuée sinon étouffée.
L’appareil judiciaire en Corse, tout
comme le pouvoir politique sont des
instruments au service de ceux qui
ont déjà concocté pour notre île un
schéma de sonnant et trébuchant
bronze-cul européen selon la vieille
formule de Mussolini la « cage sans
les oiseaux »…
Face à une offensive libérale
inavouée dans ses véritables intentions,
mais nettement perceptible,
l’union stratégique du mouvement
national doit s’affirmer pour constituer,
outre un rempart, une alternative
de construction pour démontrer
qu’un développement durable à travers
une citoyenneté corse reconnue
est possible.
Aucune répression imbécile et
aveugle n’aura raison d’une organisation,
et encore moins d’un peuple
uni dans son combat et sa diversité.
La répression n’est que la lâche
démonstration de l’incapacité dont
fait preuve le gouvernement à
prendre en considération l’aspiration
du peuple corse à vivre son légitime
et naturel droit à la différence.
Ulivieru Sauli