En refusant de s'associer au rassemblement
de protestation
contre la politique d’Israël en
Palestine , Corsica Libera a opportunément
voulu se démarquer d’un
certain nombre d’associations et de
mouvements politiques toujours
prêts a dénoncer partout dans le
monde, les atteintes aux droits de
l’homme, sauf quand cela se passe
chez eux. En effet, leur indignation
sélective laisse sceptique quant à leur
volonté réelle de combattre les systèmes
qui ne connaissent que la force
brutale. Bien sur, les images d’horreur
qui nous parviennent de Gaza,
les images d’un peuple martyr laissé
à l’abandon, sont sans commune
mesure avec la répression telle
qu’elle est exercée en Corse.
Pourtant les systèmes politiques qui
là-bas comme ici, engendrent ces
situations, sont de même nature,
obéissent aux mêmes mécanismes,
et ont souvent une même finalité.
Rien ne ressemble plus a un peuple
nié dans ses droits qu’un autre peuple
nié dans ses droits. Refuser
aujourd’hui la reconnaissance du
peuple corse et son droit inaliénable
à l’autodétermination équivaut à
condamner le peuple palestinien à
l’errance. La solidarité avec les peuples
opprimés ne se commande pas,
elle s’impose comme une conséquence
de ses propres luttes. Il serait
faux de croire que la répression en
corse est l’oeuvre des seuls services
de police et de justice. Ces administrations
ne sont en fait que les instruments
coercitifs idéologiques.
Quand un pays comme la France
s’auto-proclame, patrie des droits de
l’homme, il diabolise par avance tous
ceux qui ne se reconnaîtraient pas
dans l’idéologie française, qui
n’adhèreraient pas au modèle français.
Ce système de pensée, pour
anachronique qu’il soit, n’en continue
pas moins de s’imposer en Corse
et ne manque pas, selon le mot de
Nizan, de chiens de garde pour le
défendre. Leurs aboiements sont surtout
perceptibles dans l’espace
médiatique où certains journalistes, à
l’évidence en service commandé,
ont du mal à retenir leur agressivité
ou à dissimuler la haine qui les
habite, dès lors qu’ils se trouvent en
présence de porte-paroles du mouvement national. Le pouvoir politique
français, a parfaitement compris
l’importance de la communication
dans la guerre qu’il mène contre le
mouvement national. Car le concept
de nation semble de plus en plus
lourd à porter pour des régionalistes
ou des autonomistes, qui n’ont d’autre
ambition que de gérer le système,
sans remettre en cause la domination
française. Ils s’avèrent d’ailleurs être
d’un précieux secours pour l’Etat
Français lorsqu’ils désertent le
champ du politique pour investir
celui de la morale. Ce qui a pour
conséquence immédiate d’évacuer
l’histoire et par là-même de dédouaner
tous ceux qui ont conduit la
Corse dans une situation de nondéveloppement,
de misère locale, de
dérangement culturel. Il est effectivement
plus confortable de s’attarder
sur des concepts mal cristallisés
comme le racisme, la violence, l’isolement…
Autant de thèmes récurrents
qui autorisent tous les bavardages
et qui donnent aux idéologues
du statu-quo colonial l’occasion de
culpabiliser le mouvement national
et d’en appeler in fine a la démocratie
comme seule réponse a la question
nationale corse. Mais si cette
démocratie-là, n’a d’autre finalité
que d’évacuer le peuple corse de
l’aventure humaine, alors, au diable
la démocratie ! La répression est le
produit d’un système politique qui
l’exerce en fonction de la résistance
réelle ou supposée à ce système. La
nature liberticide du gouvernement
Sarkozy peut d’autant mieux s’exprimer
en corse qu’elle trouve là un
champ d’application idéal. Et ce,
pour deux raisons essentielles. La
criminalisation du problème corse
initiée sous l’ère Deferre a depuis
lors, largement conditionnée une
opinion publique française prête
désormais à accepter tous les excès.
D’autre part la France sait pouvoir
compter ici sur d’indéfectibles soutiens.
A divers titres d’ailleurs. Au
nom de l’affairisme, le plus souvent.
Mais aussi au nom d’une idéologie
qui se voudrait universelle et qui fait
oublier a certains que la tentation
de l’universalisme n’a jamais produit
que des totalitarismes.
Dumè Tognotti