A l'heure où les budgets familiaux
subissent des coupes
sombres dues à une mondialisation
non régulée il faut féliciter les
éditions Albiana, avec le concours
actif du quotidien Corse-Matin,
d'avoir publié l'étude du journaliste
Pierre Lepidi sur quelques héros
notoires de la Révolution corse au
prix de 9 euros (1). Sans apporter
d'éléments véritablement nouveaux
sur le destin de ces hommes qui forgèrent
l'histoire de l'île au XVIIIème
siècle, l'ouvrage est bien écrit, parfaitement
structuré avec des observations
d'une grande limpidité. De
Giacinto Paoli et Luigi Giafferi à
Zampaglinu, les vies de seize colosses
de la Corse Nationale sont retracées
avec Pasquale Paoli comme
figure de proue et Matteo Buttafoco
comme objet de détestation car il fut
l'homme des atermoiements, des
hésitations, avant de devenir celui
du reniement de son pays (2). On
regrettera simplement que dans ce
Panthéon héroïque ne figure aucune
femme corse mais il est vrai que
pendant longtemps on n'a conçu
l'Histoire de la Corse que comme
une affaire d'hommes (3). Pierre
Lepidi souligne avec justesse, dans
son introduction, que de "1729 à
1769 des hommes ont transformé
une simple révolte paysanne, soudaine
et désorganisée, en une
authentique révolution. Par leurs
écrits, leurs propos ou par leurs
armes, ils ont tous lutté…". Notre
compatriote journaliste a le mérite
de mettre en valeur l'importance de
Sebastiano Costa, cet " homme de
lettres et de lois " qui nous a légué
des Mémoires sur la première
période de la Révolution de Corse
qui constituent encore aujourd'hui
l'un des témoignages majeurs de la
lutte patriotique insulaire (4). Il évoquera
avec le même brio la résistance
hors du commun menée par le
célèbre Zampaglinu, le bandit national,
en rappelant l'observation de
l'officier de Picardie qui, dans ses
propres Mémoires, expliquait que
" le terme de bandit n'a pas ici la
même signification qu'en France.
On y appelle de ce nom tout corse
qui ne veut ni reconnaître, ni se soumettre
au gouvernement reçu ". Une
histoire nationale sur laquelle d'éminents
ecclésiastiques portèrent un
souffle novateur, d'Erasme Orticoni à
Carlo Rostini sans oublier les deux
lumineux théoriciens du droit naturel
corse que furent Giulio Matteo
Natali et Gregorio Salvini. Cette
galerie de portraits a donc le mérite
de faire connaître l'essentiel de la
trajectoire d'hommes qui d'Oletta à
Zicavu n'eurent au coeur qu'une
seule idée : la défense de leur pays et
de ses valeurs sacrées. On parcourt
ainsi ces quarante ans qui ébranlèrent
la Corse et, parfois, stupéfièrent
le monde, avec émotion et nostalgie.
Les combattants d'aujourd'hui ne
sont donc pas les fils du hasard. A
eux cependant de mieux connaître
ce que furent Circinellu, le fidèle
curé de Guagnu, Clémente Paoli ou
Giacomo Pietro Abbatucci, non
pour les mythifier mais pour comprendre
le sens d'une action réellement
émancipatrice. A eux de relire
dans ce clair ouvrage l'acte de naissance
de la Nation Corse au lendemain
de la Cunsulta du couvent de
la Casabianca du 15 juillet 1755
ou de s'informer sur les raisons de
l'apparition du Diu vi salvi Regina
comme hymne national. Pierre
Lepidi avec son travail relève l'une
des bornes de notre chemin national
: espérons que ce balisage ne
demeurera pas sans suite.
Vincent Stagnara
(1) Pierre LEPIDI "HEROS de la
Révolution de Corse" (1729-1769) -
Editions ALBIANA avril 2008
(2) La seule note sympathique que l'on
pourra retenir de la vie de ce notable
monarchiste réside dans le contact épistolaire
qu'il eut avec Jean Jacques
Rousseau
(3) Une exception remarquable : l'ouvrage
de Jean-Marc Salvadori "F emmes
héroïques corses " - Imprimerie de la
Nouvelle Corse . Ajaccio 1930
(4) Sébastien Costa, Grand Chancelier
du Roi de Corse, Théodore de Neuhoff -
Mémoires (1732-1736) Editions Picard
1972, remarquablement traduit et
annoté par Mme Renée Luciani, agrégée
de l'université.