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Articulu di u numaru 37, Ottobre di u 2008


Affaire Rouillan : Une vengeance d’Etat



Jean-Marc Rouillan est retourné en prison, suite à son interview au journal l’Express. La justice reproche à l’ancien d’Action Directe d’avoir bafoué l’une des conditions du régime de semi-liberté, dont il bénéficiait depuis décembre 2007, qui était de ne pas s’exprimer au sujet de son passé d’activiste. Que dit Rouillan à l’Express ? A vrai dire pas grandchose.

Il est avant tout interrogé sur son désir d’engagement au sein du futur NPA, Nouveau Parti Anticapitaliste, initié par la LCR d’Olivier Besancenot. Sur son passé il rappelle qu’il reste convaincu que la lutte armée est nécessaire à un moment du processus révolutionnaire tout en précisant tout de même qu’en France le processus de lutte armée tel qu’il est né dans l’après 68 (…) n’existe plus. Quant à la question s’il regrettait les actes d’AD il répond je n’ai pas le droit de m’exprimer là-dessus…mais le fait que je ne m’exprime pas est une réponse (…) si je crachais sur tout ce qu’on avait fait je pourrais m’exprimer. Par cette obligation de silence on empêche aussi notre expérience de tirer son vrai bilan critique. Une façon simple de rappeler qu’il est un militant politique qui assume son engagement passé sans se renier. Les propos de Rouillan ne sont, sur le fond, pas polémiques, et ce d’autant plus qu’AD est dissoute et qu’il situe l’action armée dans un contexte inexistant aujourd’hui. Dans cette affaire, relayée par des bien pensants, l’Etat se montre froid. Comme à son habitude, lorsqu’il se sent attaqué, il réagit de façon frontale et la vengeance fait partie de son mode de fonctionnement. Ceux qui s’opposent à lui sont des ennemis à châtier, à détruire. Souvenons nous, en Corse, du caractère inique des condamnations de Charles Santoni ou du commando Erignac. Elles visaient l’effroi pour tout un peuple. Souvenons nous, au Pays Basque, comment l’Etat envisageait de renvoyer en prison Filipe Bidart, quelques heures après sa libération, pour avoir déclaré : Je suis libre mais ma joie n’est pas complète parce que l’Etat français ne reconnaît pas le Pays Basque, il faut que le Pays Basque puisse vivre.

Dans l’affaire Rouillan, gageons néanmoins que la raison l’emporte pour un homme qui a été lourdement condamné, tout comme pour l’ensemble des prisonniers politiques, notamment Corses, qui croupissent dans les prisons d’un Etat français qui ne les reconnaît pas comme tels mais qui utilise contre eux les moyens spéciaux d’une police et d’une justice au caractère éminemment politique.

Battì Lucciardi

 

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