Plus de
30 ans
après
le
départ
des espagnols,
la question politique
du devenir
du Sahara
Occidental est
toujours d'actualité,
dans la
mesure ou son
statut politique
reste encore à
définir. Ancienne colonie espagnole, ce vaste
territoire - au potentiel économique certain
car riche en minerai de fer et surtout en
phosphate et peut-être en pétrole - a été
annexé complètement par le Maroc en 1979,
alors même qu'en février 1976 la République
Arabe Sahraouie Démocratique fut proclamée
par le Front Polisario, soutenu par l'Algérie.
Pour défendre les intérêts sahraouis, et le droit du peuple
à disposer de lui-même, le Front Polisario s'est
engagé dans une lutte armée, axée sur une stratégie de
tension, de guérilla, qui prit fin en 1991 grâce à une
médiation de l'ONU. En effet, le cessez-le-feu prévoyait,
en 1992, un référendum d'autodétermination sur l'avenir
du territoire. Toutefois, cette consultation ne s'est
jamais déroulée en raison notamment d'un désaccord sur
la composition du corps électoral, question cruciale et
déterminante. Le Front Polisario en exige la tenue, sous
l'égide de l'ONU, alors que Rabat ne semble plus vouloir
en entendre parler, alors même qu'Hassan II en en avait
accepté le principe au début des années 80 et 90. Il est
vrai que le Maroc est désireux d'ôter toute dimension
internationale à ce conflit, et de le reléguer à une question
" d'agitation intérieure "…
Toutefois, face aux pressions, le Maroc a été contraint de
présenter une proposition de résolution. C'est ainsi que
les autorités marocaines ont présenté un projet de statut
d'autonomie qui accorderait aux sahraouis des compétences
en matière économique et sociale, avec la mise
en place d'organes législatifs et exécutifs. Rabat souhaite
cependant conserver ses prérogatives et ses " droits régaliens
" en matière d'attribut de souveraineté, de sécurité,
de défense et de diplomatie…Si ce texte a reçu
l'aval des Etats-Unis et de la France, le Front Polisario l'a
légitimement rejeté, car comme l'a indiqué Ahmed
Boukhari, som représentant aux Nations Unies, cela équivaut
à une annexion de territoire et ne " peut être
avancé comme une solution mutuellement acceptable ou
une base de négociation ". Le mouvement sahraoui souhaite
que soit respecté le principe du droit à l'autodétermination.
Il a d'ailleurs lui-même établie une contre-proposition
politique qui garantirait aux Marocains une relation
privilégiée et une collaboration. Le Front Polisario
témoigne également de son courage politique, et de son
sens des responsabilités, en proposant même que les listes
électorales inclues des Marocains, installés au
Sahara, en vue du référendum, à qui les sahraouis s'engagent
à des garanties en cas de victoire des indépendantistes.
Une position également soutenue par l'Algérie,
par la voix de son ministre des affaires étrangères,
Mohammed Bedjaoui, qui a rappelé, fin mars à
Washington, le sort des 150000 réfugiés sahraouis sur le
sol algérien et " l'importance de trouver une solution
juste à une occupation coloniale, la dernière sur le continent
africain, qui dure depuis plus de trente ans (…) c'est
pourquoi nous soutenons le principe d'autodétermination
des peuples, le seul à même de garantir la stabilité dans
une région qui a trop souffert des violences et de l'instabilité
".
L'enjeu est à présent, pour le Front Polisario de convaincre
la communauté internationale de la justesse de ses
positions, alors même que l'ONU, incapable de proposer
une initiative nouvelle et surtout d'imposer le respect
des accords de 1991, est verrouillée par l'intérêt politicoéconomique
que suscite cette région pour les grandes
puissances, qui s'assoient sans vergogne sur les intérêts
collectifs d'un peuple en quête de ses droits politiques et
de son désir de paix.
Battì Lucciardi