Il y a quelques temps, à
l’initiative de la communauté
de San
Egidio, un débat a été
organisé sur le thème de la
paix en Corse. A titre d’observateur,
j’ai jugé bon d’y
assister. Ce débat était-il est
vrai intéressant, les positions
diverses et plurielles
ont effectivement permis
de mettre en lumière la
nécessité pour l’île de
dégager et d’explorer les
voies pour un véritable
apaisement.
Quelques jours plus tard
le ministre de l’intérieur
français viendra réitérer
avec provocation son choix
qui est aussi celui de son
gouvernement de la dangereuse
répression politique
aux antipodes de ces espérances
dont Sant’Egidio fut
porteuse…
Une communauté
religieuse
Qu’est ce que, au fait
Sant’Egidio ?
C’est une communauté
qui naît à Rome en 1968,
au lendemain du concile
Vatican II. C’est aujourd’hui
un mouvement laïc auquel
participent plus de 50 000
personnes investies à travers
plus de 70 pays de différents
continents, dans
l’évangélisation et la charité.
Pour l’un de ses animateurs
présents à Corti, Jan
De Volder, « Sant’Egidio
intervient là où elle peut
être un atout supplémentaire
pour travailler en synergie
avec les forces en
place, apporter une plusvalue.
Ce n’est donc pas
une « diplomatie parallèle
». Il est indispensable que
les acteurs se prennent en
main, sinon cela ne peut
marcher ».
Le dialogue pour
Sant’Egidio, selon les indications
de Vatican II est
donc conçu « comme chemin
de la paix et de la collaboration
entre les religions,
mais aussi comme
mode de vie et comme
méthode pour la réconciliation
dans les conflits ».
Un parterre
d’intervenants
Il y avait donc une représentativité
diverse en ce
jour de débat à Corti, avec
comme intervenants Jean
Claude Acquaviva du groupe
culturel « A Filetta »,
Jean Martin Mondoloni,
conseiller territorial et président
du groupe U.M.P. à
l’assemblée de Corse,
Pierre Chaubon conseiller
territorial et membre du
groupe Corse Sociale
Démocrate, Jacques
Casamarta de l’Association «
Per a Pace », Jean-
Christophe Angelini,
conseiller territorial et
secrétaire national du
P.N.C., Père Jean- Pierre
Bonnafoux de l’oblat de
Marie Immaculée.
La salle était également
bien remplie, le souhait de
paix suscitant autant d’interrogations
que d’espoirs.
L’exemple basque
A l’évidence la récente
situation politique basque,
le cessez le feu d’E.T.A. et
ses répercussions sur la
scène internationale ont
constitué les référents
nécessaires pour aborder
l’analyse de la situation
corse. L’exemple irlandais
était également évoqué.
Dans ces deux cas, des
organismes et des personnalités
religieuses ont effectivement
joué un rôle de
rapprochement, de contacts
et de discussions… A travers
Sant’ Egidio, il semble
que la Corse n’échappe pas
à ces prospectives de dialogue
témoignant à la fois
de l’incontournable dimension
politique du problème
et de la nécessité de trouver
une solution effective
et adéquate au problème
posé.
Le refus de la
violence
Certes les prises de position
étaient nombreuses
pour stigmatiser, se démarquer,
condamner, à l’instar
de la pensée unique du
système, ce qu’elles nomment
« la clandestinité ».
Cette dernière étant selon
la propagande de ce même
système responsable des
maux de la Corse…
Cependant de tels comportements
ne pouvaient
répondre aux attentes
exprimées lors du débat,
car si « l’arrêt de la clandestinité
» selon jacques
Casamarta, « ouvrirait des
perspectives et des espaces
de rencontres », Jean
Claude Acquaviva lui, rappelle
que « l’Etat doit assumer
toute son histoire,
admettre que la Corse est
une terre annexée, qu’elle
est de culture italienne plus
que française »…
Ainsi donc au-delà des
sempiternelles condamnations
sans lendemain dont
nombre d’élus au moindre
attentat ont le secret et le
traditionnel orthographe,
les analyses ici vont beaucoup
plus loin tentant de
donner au mot violence un
contenu plus général et
moins sélectif… Ainsi pour
Pierre Chaubon, « la fraude
électorale est une violence
à l’égard de la république
et de la démocratie ».
Ce contenu permet de
mettre en relief – malgré
bien des oppositions philosophiques
de principe –
que l’action armée de la
résistance corse trouve
donc ses racines explicatives
dans la politique française
d’oppression et de
négation. Faire l’impasse
sur cette donnée, faire l’impasse
sur le F.L.N.C. en
l’occurrence, c’est empêcher
toute réelle perspective
de dialogue ouvert à
tous et sans tabou, y compris
avec ceux qui brandissent
des armes de misère
pour dire non à la disparition
programmée d’une
communauté sur sa terre…
« Inventer
notre propre
chemin vers la
paix…. »
Jean-Christophe Angelini
ne s’est certainement pas
trompé en affirmant que «
nous devons inventer notre
propre chemin vers la paix
». Et de valoriser, même « si
on n’en sort pas indemne »
le processus de paix qui
pourrait demain s’édifier
pour l’île…. Il précisera
également : « si nous
sommes tous partisans d’un
arrêt de la violence, nous
sommes tous comptables
du chemin à tracer pour y
parvenir ».
Et maintenant ?
Si cette initiative s’avère
intéressante – elle s’est vu
complétée dans la foulée
par les débats organisés sur pratiquement les mêmes
thèmes par les journaux
d’Arritti et par u Ribombu -
irrémédiablement elle suppose
que d’autres plus
importantes encore doivent
suivre. Sans doute la communauté
de Sant’Egidio
pourra renouveler cet exercice
en l’étendant en l’occurence
à d’autres représentativités
politiques
officiellement non invitées
ce jour là… Car la paix en
Corse ne pourra se
construire qu’avec la participation
de tous et surtout
à travers un contenu philosophique
et politique qui
garantisse les droits universels
de la communauté
corse, celle de vivre entre
autre et de façon statutaire
son exception et sa différence.
Sant’Egidio est certes à
remercier pour l’intérêt
qu’elle porte pour l’île,
mais malheureusement l’actualité
nous rappelle que
l’espoir comme l’initiative,
sont à sens unique. Du
côté de l’Etat français,
l’heure est toujours à la
répression, aux années de
prisons, aux déportations,
et au refus de la paix…
Quant aux représentants
insulaires, du moins pour
ceux qui représentent la
majorité à l’Assemblée territoriale,
leur inconditionnel
et aveugle alignement
contredit les propos de Jan
de Volder qui affirmait en
substance : « la paix est
possible en Corse, c’est
d’abord aux Corses de se
rassembler pour elle »…
Le voyage de M. Sarkozy
est intervenu comme un
rappel à l’ordre. Du style «
Circulez, y’a rien à voir ici
»…. Les récentes interpellations
de Bastia, les passages
à tabac par les gendarmes
de militants
publics, les pressions physiques
et morales exercées
sur leurs compagnes - l’une
d’elles a fait une fausse
couche- rappellent que, au
moment ou d’un côté on
aspire à la paix, de l’autre
on cogne du Corse sans
retenue…
Ulivieru Sauli