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Articulu di u numaru 14, ghjugnu di u 2006


De Sant’Egidio à Sarkozy...


Il y a quelques temps, à l’initiative de la communauté de San Egidio, un débat a été organisé sur le thème de la paix en Corse. A titre d’observateur, j’ai jugé bon d’y assister. Ce débat était-il est vrai intéressant, les positions diverses et plurielles ont effectivement permis de mettre en lumière la nécessité pour l’île de dégager et d’explorer les voies pour un véritable apaisement.

Quelques jours plus tard le ministre de l’intérieur français viendra réitérer avec provocation son choix qui est aussi celui de son gouvernement de la dangereuse répression politique aux antipodes de ces espérances dont Sant’Egidio fut porteuse…

Une communauté religieuse

Qu’est ce que, au fait Sant’Egidio ? C’est une communauté qui naît à Rome en 1968, au lendemain du concile Vatican II. C’est aujourd’hui un mouvement laïc auquel participent plus de 50 000 personnes investies à travers plus de 70 pays de différents continents, dans l’évangélisation et la charité.

Pour l’un de ses animateurs présents à Corti, Jan De Volder, « Sant’Egidio intervient là où elle peut être un atout supplémentaire pour travailler en synergie avec les forces en place, apporter une plusvalue. Ce n’est donc pas une « diplomatie parallèle ». Il est indispensable que les acteurs se prennent en main, sinon cela ne peut marcher ».

Le dialogue pour Sant’Egidio, selon les indications de Vatican II est donc conçu « comme chemin de la paix et de la collaboration entre les religions, mais aussi comme mode de vie et comme méthode pour la réconciliation dans les conflits ».

Un parterre d’intervenants

Il y avait donc une représentativité diverse en ce jour de débat à Corti, avec comme intervenants Jean Claude Acquaviva du groupe culturel « A Filetta », Jean Martin Mondoloni, conseiller territorial et président du groupe U.M.P. à l’assemblée de Corse, Pierre Chaubon conseiller territorial et membre du groupe Corse Sociale Démocrate, Jacques Casamarta de l’Association « Per a Pace », Jean- Christophe Angelini, conseiller territorial et secrétaire national du P.N.C., Père Jean- Pierre Bonnafoux de l’oblat de Marie Immaculée.

La salle était également bien remplie, le souhait de paix suscitant autant d’interrogations que d’espoirs.

L’exemple basque

A l’évidence la récente situation politique basque, le cessez le feu d’E.T.A. et ses répercussions sur la scène internationale ont constitué les référents nécessaires pour aborder l’analyse de la situation corse. L’exemple irlandais était également évoqué.

Dans ces deux cas, des organismes et des personnalités religieuses ont effectivement joué un rôle de rapprochement, de contacts et de discussions… A travers Sant’ Egidio, il semble que la Corse n’échappe pas à ces prospectives de dialogue témoignant à la fois de l’incontournable dimension politique du problème et de la nécessité de trouver une solution effective et adéquate au problème posé.

Le refus de la violence

Certes les prises de position étaient nombreuses pour stigmatiser, se démarquer, condamner, à l’instar de la pensée unique du système, ce qu’elles nomment « la clandestinité ». Cette dernière étant selon la propagande de ce même système responsable des maux de la Corse…

Cependant de tels comportements ne pouvaient répondre aux attentes exprimées lors du débat, car si « l’arrêt de la clandestinité » selon jacques Casamarta, « ouvrirait des perspectives et des espaces de rencontres », Jean Claude Acquaviva lui, rappelle que « l’Etat doit assumer toute son histoire, admettre que la Corse est une terre annexée, qu’elle est de culture italienne plus que française »…

Ainsi donc au-delà des sempiternelles condamnations sans lendemain dont nombre d’élus au moindre attentat ont le secret et le traditionnel orthographe, les analyses ici vont beaucoup plus loin tentant de donner au mot violence un contenu plus général et moins sélectif… Ainsi pour Pierre Chaubon, « la fraude électorale est une violence à l’égard de la république et de la démocratie ».

Ce contenu permet de mettre en relief – malgré bien des oppositions philosophiques de principe – que l’action armée de la résistance corse trouve donc ses racines explicatives dans la politique française d’oppression et de négation. Faire l’impasse sur cette donnée, faire l’impasse sur le F.L.N.C. en l’occurrence, c’est empêcher toute réelle perspective de dialogue ouvert à tous et sans tabou, y compris avec ceux qui brandissent des armes de misère pour dire non à la disparition programmée d’une communauté sur sa terre…

« Inventer notre propre chemin vers la paix…. »

Jean-Christophe Angelini ne s’est certainement pas trompé en affirmant que « nous devons inventer notre propre chemin vers la paix ». Et de valoriser, même « si on n’en sort pas indemne » le processus de paix qui pourrait demain s’édifier pour l’île…. Il précisera également : « si nous sommes tous partisans d’un arrêt de la violence, nous sommes tous comptables du chemin à tracer pour y parvenir ».

Et maintenant ?

Si cette initiative s’avère intéressante – elle s’est vu complétée dans la foulée par les débats organisés sur pratiquement les mêmes thèmes par les journaux d’Arritti et par u Ribombu - irrémédiablement elle suppose que d’autres plus importantes encore doivent suivre. Sans doute la communauté de Sant’Egidio pourra renouveler cet exercice en l’étendant en l’occurence à d’autres représentativités politiques officiellement non invitées ce jour là… Car la paix en Corse ne pourra se construire qu’avec la participation de tous et surtout à travers un contenu philosophique et politique qui garantisse les droits universels de la communauté corse, celle de vivre entre autre et de façon statutaire son exception et sa différence.

Sant’Egidio est certes à remercier pour l’intérêt qu’elle porte pour l’île, mais malheureusement l’actualité nous rappelle que l’espoir comme l’initiative, sont à sens unique. Du côté de l’Etat français, l’heure est toujours à la répression, aux années de prisons, aux déportations, et au refus de la paix…

Quant aux représentants insulaires, du moins pour ceux qui représentent la majorité à l’Assemblée territoriale, leur inconditionnel et aveugle alignement contredit les propos de Jan de Volder qui affirmait en substance : « la paix est possible en Corse, c’est d’abord aux Corses de se rassembler pour elle »… Le voyage de M. Sarkozy est intervenu comme un rappel à l’ordre. Du style « Circulez, y’a rien à voir ici »…. Les récentes interpellations de Bastia, les passages à tabac par les gendarmes de militants publics, les pressions physiques et morales exercées sur leurs compagnes - l’une d’elles a fait une fausse couche- rappellent que, au moment ou d’un côté on aspire à la paix, de l’autre on cogne du Corse sans retenue…

Ulivieru Sauli

 

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