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Articulu di u numaru 16, aostu di u 2006


Jérôme Santarelli, héros de la résistance


Ce mois-ci le Ribombu a eu le privilège de rencontrer un de ces hommes qui sont l’honneur de notre pays. Jérôme Santarelli, aujourd’hui âgé de 94 ans, nous raconte les terribles années de guerre qu’il a vécu. Pour que les jeunes sachent. Pour qu’ils n’oublient pas.

U Ribombu : Le but pour nous à travers cet article est d’expliquer aux jeunes générations le courage que vous et vos amis avez eu, à une époque où la Corse était occupée. Une époque où vous et tous les gens de la résistance avez osé défier l’occupant au péril de votre vie avec le bonheur que l’on sait. À une époque où d’autres n’ont pas fait ce choix-là. A une époque où beaucoup ont choisi soit de rester à la maison, soit pour certains de collaborer avec l’ennemi. Et notre voeu est d’apprendre à toutes ces jeunes générations les conditions dans lesquelles vous avez à un moment donné dit non, et il reste malheureusement peu de témoins de cette époque-là. C’est une chance extraordinaire pour nous de pouvoir discuter avec vous.

Jérôme Santarelli :
Nous n’avons qu’à vous remercier, car ce n’est pas grand-chose, mais quelquefois des contrevérités sont émises. Ce qu’on demande c’est que les jeunes connaissent cette histoire.

Il est vraiment aberrant qu’on puisse leur cacher ce qu’à été l’attitude de leurs grands-parents, quelque fois, ce sont leurs arrières-grands-parents, pendant ces heures douloureuses et tragiques qu’à vécu la Corse, et nous considérons que c’est vraiment un « manque à gagner » pour notre jeunesse.

Nous avons mille et une raisons d’être content lorsqu’un Corse nous écrit en disant : voilà, je suis un élève de troisième, le professeur d’histoire nous a demandé dans un devoir écrit quel est le département français qui a été libéré le premier. J’ai répondu la Corse en septembre 1943, j’ai eu 1/2 point, et ceux qui ont répondu la Normandie en 1944 ont eu 1 point. De Gaulle avait dit au sujet de la Corse « le mérite de sa population et la valeur de nos soldats ont fait de la Corse le premier morceau libéré de la France. » C’est le premier point récusable. Deuxième témoignage, c’est celui du Comité Français de Libération Nationale qui remercie la Corse qui fidèle à sa tradition devient le symbole de la délivrance du pays.

Ce langage pour donner tout ça en les félicitant. Vous avez tout ça et puis tout le reste, les publications émanant de la défense nationale où on vous dit « le 9 septembre 1943, répondant à l’appel d’un front national. » Et maintenant, on passe sous silence la première décision du Comité de Libération proclamant le rattachement de la Corse à la France libre. On passe sous silence l’essentiel.

C’est proprement scandaleux. Si franchement on voulait que cette période soit connue, on serait dans les manuels scolaires, et lorsqu’on demande à un ministre, que nous nous adressons à des parlementaires, pour appuyer notre demande, ils ne nous répondent pas car certainement nous sommes de trop petites gens pour lui, mais il répond à un ancien Premier ministre, qui nous transmet la réponse en disant que ce n’est pas aux Corses de juger les graves erreurs de la libération de la Corse, et quant aux manuels scolaires, leur contenu ne dépend pas de l’éducation nationale mais des auteurs, des éditeurs, pas des historiens. N’importe qui peut écrire n’importe quoi… Voilà ce qu’on nous répond.

Vous voyez nous avons mille et une raisons de ne pas être contents, seulement il est une chose que nous n’allons pas accepter, absolument pas, c’est la violence. Parce qu’encore une fois, moi je ne doute pas que ceux qui sont nationalistes ont des raisons d’être mécontents, mais que beaucoup sortent de cette violence, parce que cette violence profite à quelques-uns et alors, lorsque l’on parle de dérive mafieuse, vous savez…

U Rib. : Le 8 novembre 1942, les alliés débarquent en Afrique du Nord et s’emparent donc de celle-ci. A ce moment-là, la Corse était dans la guerre, mais dans une zone non occupée. Vous, vous êtes en Corse, qu’est ce que vous faites, sachant qu’on est à quelques jours de l’arrivée des Italiens ?

J.S. :
Attendez, je vais vous poser une question : est-ce que vous avez entendu parler du serment de Bastia ?

U Rib. : Oui, 1938 : « Face au monde, de toute notre âme, sur nos gloires, sur nos tombes, sur nos berceaux, nous jurons de vivre et de mourir Français ».

J.S. :
C’était en décembre 1938. C’était ce que disait Mussolini, mais il lui a fallu attendre quatre ans pour venir… qu’il attende une défaite de la France. C’est quand même quelque chose de significatif, bien alors ce jour-là, après le serment de Bastia, quelqu’un qui voyait ça de l’extérieur aurait pu s’attendre à une explosion, une manifestation massive contre les Italiens… Alors, il ne s’est rien produit du tout, rien, ils sont rentrés comme chez eux.

U Rib. : Donc, le 8, quand il y a le débarquement en Afrique du Nord, les Corses attendent le débarquement allié sur l’île.

J.S. :
Oui beaucoup…

U Rib. : Et le 11 novembre, quand la flotte arrive, ils pensent également que ce sont les alliés...

J.S. :
Oui, mais lorsqu’ils sont arrivés, on a compris que c’étaient des italiens ; et une masse importante : 80.000 hommes armés jusqu’aux dents, et en face d’eux pas toujours un fusil de chasse. Autrement dit des poitrines nues contre des chars et des canons. C’est une des raisons de cette passivité.

U Rib. : Il n’y a aucun affrontement ?

J.S :
Non, rien du tout. Je vous dis ils sont rentrés comme chez eux. Alors j’essaye de vous expliquer les raisons : 80.000 hommes armés jusqu’aux dents face à des poitrines nues. Ensuite, vous aviez en Corse, vous savez qu’il y a beaucoup de militaires, d’anciens militaires, et ceux-là ne pouvaient pas imaginer la trahison de Pétain, car c’était une trahison. Ils disaient « non c’est pas possible que Pétain ait fait ça ». Ça faisait quand même un monde assez conséquent tout ça. Et puis il y avait une petite poignée, ils n’étaient pas très nombreux, qui disaient non on ne peut pas l’accepter.

Et cette petite poignée-là va se manifester dès le lendemain. Et le lendemain, il était écrit sur les murs et la chaussée qu’ils n’étaient pas les bienvenus.

U Rib. : Qu’est-ce qu’il y avait de marqué sur les murs ?

J.S. :
Qu’ils n’avaient rien à faire ici, et qu’il fallait qu’ils rentrent chez eux. C’était la preuve que certains corses au moins, pas tous peut-être, n’en voulaient pas, ce qui veut dire qu’ils sont rentrés comme ça sans qu’il y ait de manifestation massive, c’était suicidaire.

Dès le lendemain donc cette poignée ne va cesser de grossir, oui. Alors les raisons sont toutes simples, ce n’est pas possible de rester passifs, pendant que se joue le sort de l’humanité et le sort de la Corse. Et nous restons fidèles au serment de Bastia. Et alors après ces inscriptions, j’étais instituteur à Sartène, et déjà après la fin de la guerre, lorsque j’étais démobilisé j’avais été convoqué à Ajaccio par le vice-recteur, qui m’avait fait comprendre que je n’étais pas le bienvenu à Sartène. Alors, j’ai voulu savoir pourquoi. Il m’avait dit vous le savez bien, c’est pour vos idées politiques (ndlr : Jérome Santarelli était connu comme communiste). Alors, j’ai dit « oui » mais alors si on déplace tout ceux qui ont les idées de Pétain, ou de la collaboration !

Alors il me dit tout simplement : vous êtes nombreux les instituteurs communistes ? Les instituteurs qui ont été déplacés n’étaient pas une douzaine. Ça veut dire qu’on n’était pas nombreux. Alors donc dès le lendemain de ces inscriptions c’est la gendarmerie qui est venue et j’ai été déplacé, et le vice-recteur qui était aux ordres m’a dit : « écoutez, j’ai essayé de vous trouver un poste à peu près équivalent au lycée de Sartène ». Alors moi, j’ai dit « écoutez je veux bien retourner dans mon hameau. » Alors il dit « bon ça va » et comme c’était une suppléante, je suis retourné dans mon hameau de Sartène.

Donc j’étais à 20 km de l’endroit où il y a eu ces inscriptions, parce que c’est à Sartène même. Aussitôt après, tous les instituteurs de Sartène sont convoqués à la gendarmerie et on vient me chercher à 20 km. Et là on a passé presque tout un après-midi dedans, et faute de preuves, ils nous ont relâchés.

U Rib. : Vous avez été interrogé par les gendarmes français ?

J.S. :
Par les gendarmes français oui. Vous savez, personnellement parce que j’étais le seul communiste de Sartène, donc les autres ne craignaient rien du tout. J’ai considéré cet incident comme un avertissement sans frais. Je me suis dit que la prochaine fois, je ne serais pas relâché. Et à Sartène, il y avait aussi un communiste, lui était sur le continent. Puis il avait quitté le continent car il se disait, un de ces matins, je vais être arrêté.

Et alors on avait pris la décision si ça « chauffait » de prendre le maquis et nous avions dans la vallée de l’Orto un ami qui avait sur sa propriété une espèce de grotte qui au début du siècle avait servi de refuge à un bandit. Nous nous y sommes installés avec Jean Léandri. Les camarades, c’est Joseph Tramoni, qui à la libération était maire de Sartène, et puis cet autre communiste qui est venu nous rejoindre. Nous avions un peu de papier, du papier carbone, une machine à écrire.

U Rib. : Vous étiez en clandestinité ou pas ?

J.S. :
Et bien voilà, la clandestinité … Joseph Tramoni était chez ses parents. Personnellement, j’avais pris un congé de maladie, avec la complicité du médecin traitant de Sartène qui m’avait fait un certificat de complaisance. Enfin nous étions au maquis sans être au maquis, personne ne le savait. C’était des précautions que nous prenions car nous partions de l’idée cette fois-ci, une fois on s’en est tirés, mais ça ne veut pas dire que la prochaine fois on s’en tirerait. Nous avions pris les devants. Alors donc, nous étions installés là dedans, dans cette sorte de refuge, de là, nous rédigions des tracts pour appeler à la résistance, et puis nous allions dans les villages, dans les hameaux, en particulier à Gianuccio. Nous étions donc dans la vallée de l’Orto, sur la rive droite et Gianuccio était sur la rive gauche. Alors, notre ami qui était propriétaire du lieu se déplaçait comme il voulait. Il avait pris contact avec les gens des hameaux. C’était un hameau qui était à deux heures de route à pied, il n’y avait pas de liaisons, pour s’y rendre, il fallait y aller à pied ou à cheval. C’était complètement isolé. Alors on a passé toute une soirée avec une dizaine de personnes. Ils étaient entièrement coupés du monde, à l’époque il n’y avait pas de radio, ni de télévision, et il fallait absolument leur parler des évènements.

U Rib. : Et vous-même, comment vous aviez vos informations sur les évènements ?

J.S. :
Et bien alors là, nous étions informés par les gens qui venaient nous ravitailler. C’était des gens informés, parce que derrière il y avait quand même quelques postes de T.S.F.. Alors là, il y avait des camarades qui étaient chargés d’être aux écoutes et de nous faire parvenir, et nous retransmettions. Et nous disions que la situation était grave et que nous n’étions pas seuls et que nos amis remportaient des victoires, en Afrique du Nord, et ailleurs, et ça quand même c’était réjouissant. Alors le grand problème pour nous c’était l’isolement. Alors on disait « qu’est ce qu’on peut faire ? ».

C’était toujours le même travers, parce qu’ils ne concevaient la résistance que sous sa forme armée. Et nous disions bien sûr, mais enfin on peut manifester notre volonté d’en faire partie. Si nous sabotions une ligne téléphonique c’est un acte fort, si nous faisions des inscriptions, et bien, nous allions rendre la vie impossible et nous empêcherions les Syriens d’envoyer des troupes.

C’est notre façon de contribuer parce que si nous ne faisons rien, ils laisseront ici un minimum de soldats qui ne pourraient pas combattre ailleurs.

U Rib. : Quels types d’actions avez vous menées, des sabotages ?

J.S. :
Alors nos types d’actions, c’était cela, nous ne pouvions pas rester sans rien faire et nous pouvons faire des choses, c’est-à-dire saboter au maximum. Alors, sabotages de lignes, inscriptions, c’est ce qu’on pouvait faire. Et c’était des actes de résistance très graves. Et ça, c’était facile à concevoir parce qu’encore une fois, pour l’essentiel des Corses, la résistance, c’était la résistance armée.

Enfin, on a discuté en grand, et finalement on s’est dit que de toute façon ce qui nous manque le plus ce sont les armes. Mais il y a quand même des camarades qui sont sur le continent et qui sont en trains de faire en sorte que nous recevions ces armes. Alors, c’était pas la joie, mais on a quand même fait naître l’idée que sans armes on pouvait participer au combat et tout cela a changé du tout au tout lorsque on a pu appuyer nos arguments en présentant une mitraillette, parce que si on en avait une, on pouvait en avoir d’autres. Alors, les choses ont changé. Alors naturellement il y a eu d’abord des réseaux ; Pearl Harbourg, puis Fred Scamaroni, et puis ensuite, il y a eu Colonna d’Istria.

U Rib. : C’est par les contacts que vous aviez avec les communistes en France que vous avez réussi à obtenir des armes ?

J.S. :
Pendant la période qui a précédé l’invasion, il y a eu quelques communistes qui étaient venus pour essayer de regrouper les communistes qui étaient d’accord.

U Rib. : A l’époque où le Parti Communiste était interdit.

J.S. :
Oui, bien sûr interdit. Il y a eu en particulier quelqu’un qui est venu en Corse pendant la période qui a précédé l’occupation.

U Rib. : La résistance s’organise, des gens comme Fred Scamaroni vont être arrêtés, je crois que c’est en mars 1943. On n’a jamais vraiment su pourquoi, comment il avait été arrêté, par qui il avait été trahi. La famille avance l’idée que c’était la somme d’argent que les alliés lui avaient remise pour acheter des plans de défense de la Corse par les Italiens. Il avait un contact avec un général. Ce serait peutêtre cette somme d’argent qui aurait été à l’origine de sa trahison, de son arrestation. Qu’est ce que vous pensez sur l’arrestation de Fred Scamaroni ?

J.S. :
Alors là, je dois vous avouer que j’ai pas bien compris cette arrestation, parce que dans le livre de Marie-Claire, là, elle a commencé à parler d’un radio, et si j’ai bien compris, le radio a été « ratatiné », et lui, toute la journée il disparaît. Dans la nuit il y a un commando italien qui file chez les Guillaume, ceux qui hébergeaient Fred Scamaroni. C’est ce que vous pouvez lire dans le livre de Marie- Claire. Et puis, ça discute, ça discute, ils sont sur le point de partir lorsque Fred Scamaroni sort d’une pièce. Alors moi je n’ai pas compris du tout, Hellier ayant été arrêté le matin même, qu’il ne soit pas parti. De toute façon, après l’arrestation d’Hellier, le radio qui a été matraqué tant et plus, il a dû tenir tant qu’il a pu et finalement ils l’ont relâché. Ça a servi de leçon en tout cas par la suite parce que lorsque quelqu’un était arrêté à Sollacaro par exemple où un soldat italien a été tué, et bien il y en a eu un seul qui a été arrêté, un parce que volontairement, je considère qu’il s’est livré. Il s’est livré, c’est le radio Luigi. Il s’est livré avec des documents par-dessus le marché, ce qui me donne à penser qu’il en avait assez et qu’il avait dû juger le moment venu d’essayer de sortir, en disant « voyez je me livre avec ça, avec une fausse carte d’identité de Jean Nicoli, avec également une photo, et des documents ». On ne me sortira pas de l’idée que ce bonhomme- là, il s’est livré. Parce qu’il aurait fait comme tout le monde, il n’aurait pas été arrêté. Ce qui veut dire que déjà, dès qu’il y avait comme ça une alerte, ceux qui étaient plus ou moins compromis, prenaient le large.

U Rib. : Vous avez participé, j’imagine, à des récupérations de matériels de parachutages ou bien que le sous-marin Casabianca apportait ?

J.S :
Alors voilà ce qui s’est fait : il y a eu d’abord la mission Pearl Harbourg. C’est une mission de renseignements et qui a quand même porté quelques mitraillettes, mais elle a surtout rayonné au nord d’Ajaccio (dans le sud il n’y en a pas eu connaissance).

J’étais donc dans la vallée de l’Orto. J’étais officier de réserve, et à un moment donné on a fait un échange, on m’a pris comme responsable militaire à Ajaccio et un Sartenais qui était làbas est venu à Sartène on a fait échange ! Ce qui a fait qu’après la mission de Scamaroni qui a été complètement éliminée, c’est la mission de Paul Colonna d’Istria.

Alors là c’est différent parce que jusqu’à présent c’était surtout des forces d’appoint, c’est dire que bon, ce que Scamaroni aurait voulu c’était d’unifier sous sa coupe toute la résistance. Or les communistes ne l’entendaient pas ainsi. Et lorsque Colonna d’Istria est arrivé, sa mission était tout autre ! C’était de préparer l’armée secrète. C’était autre chose. On n’allait pas seulement servir de force d’appoint au réseau de Scamaroni. C’est-à-dire qu’on allait recevoir du matériel de guerre, et puis avoir des missions précises lors du débarquement. Alors, Paul Colonna d’Istria est arrivé en Corse et c’est à François Vittori qui était responsable militaire pour l’ensemble de la Corse, André Giusti, qui était lui, responsable militaire de l’arrondissement d’Ajaccio, et pendant toute une matinée, dans une arrière-salle de la Brasserie nouvelle d’Ajaccio, il nous a donné des renseignements qui allaient nous permettre de créer cette armée secrète. Alors naturellement, il y avait la réception du matériel qu’on allait recevoir par parachutage, et par sousmarin.

Alors, je n’ai participé à aucun parachutage mon rôle à moi, c’était surtout de transmettre aux responsables cantonaux ces informations. C’est pas d’être dedans pour parler à tort et à travers, d’abord le secret, d’abord des choses toutes simples, garder le moins de choses possibles écrites, parce que si l’on est arrêté, on ne puisse pas vous attraper sur un point bien précis. Et ensuite, comment recenser les terrains de parachutage, comment recevoir le matériel, et comment stocker tout ça. C’était mon rôle de discuter avec les responsables cantonaux.

Et puis j’ai été quand même à un moment donné, il y avait une grosse cargaison de matériel de guerre qui devait être débarqué dans le désert des Agriates, et alors avec Jean Nicoli, on était en train d’étudier les dispositions à prendre pour recevoir ce matériel. Nous étions chez mes cousins, les Bonafanti lorsque l’OVRA est intervenu pour nous arrêter.

Heureusement qu’un de mes cousins avait vu le mouvement, et avait pu me prévenir à temps, ce qui a fait que nous avons pu détruire tous les documents et puis nous avons essayé de trouver un chemin, une issue.

Nous n’avons pas trouvé. Alors on était dans les caves lorsqu’ils sont arrivés. Il y avait l’autre, une carte à la main. Il demande Louis. Ce n’était pas moi qu’ils cherchaient, c’était Jean Nicoli. Ils avaient toutes les indications possibles.

Ils savaient où le trouver. C’est ce qui me fait dire que Luigi lui, il en avait assez. Alors naturellement en donnant ce document, il donnait les preuves de sa bonne volonté. Et s’ils n’avaient pas eu cette carte, Jean Nicoli s’en tirait. Parce qu’ils m’arrêtaient et puis Jean Nicoli s’en tirait. Voilà à quoi ça tient !

U Rib. : Et vous, ils ne vous ont pas arrêté alors ?

J. S. :
Ah si, moi aussi !. Alors naturellement, là j’ai eu une veine inouïe quand même parce que j’avais une fausse carte d’identité, mais ce jour-là, je ne l’avais pas sur moi. Parce que si j’avais eu cette fausse carte, alors là, c’était une preuve. Par contre, les Italiens me demandaient : « mais pourquoi vous avez cherché à fuir ? » J’ai répondu « tout simplement parce que je sais que lorsque vous arrêtez quelqu’un vous arrêtez tout le monde ». Naturellement c’était Jean Nicoli qui était recherché.

Ils avaient pas mal d’indications grâce au radio et naturellement ils ont essayé de le faire parler par tous les moyens. Tout a été bon pour eux pour essayer de lui arracher ses secrets. Mais Jean Nicoli était de la race de ceux qui subissent mais ne parlent pas.

Personne, personne vous entendez bien, personne n’a été impliqué par ce qu’a dit Jean Nicoli. Il a gardé ses secrets. Naturellement vous imaginez dans quel état ils l’ont mis... Parce qu’enfin, c’était des bourreaux, c’était de vrais bourreaux. Etre vaincus par un homme enchaîné ! Car il n’a absolument rien dit. Voilà comment les choses se sont passées. Ils savaient en gros ce qu’il avait fait parce que le radio Luigi avait tout déballé ! Mais seulement ils voulaient des noms, ils voulaient des précisions, ils voulaient savoir un petit peu comment avoir la possibilité de tout démolir, de tout détruire. Parce que Jean Nicoli vous savez, s’il avait parlé, c’était la fin de la résistance.

U Rib. : Et donc, quand Colonna d’Istria arrive, la résistance finalement, va s’unifier en Corse.

J.S. :
Alors donc Colonna d’Istria arrive, et il fait vite le décompte des moyens parce qu’il y avait des petits mouvements. Il se rend compte que la seule façon de faire c’était d’unifier cela, et pour unifier, le seul mouvement, le mieux organisé et mesuré, c’était le Front National. Alors, il a fait la proposition suivante de regrouper tout le monde, c’est ce qu’il a fait, et lui il a été porté à la tête du Front National.

U Rib. : Alors qu’il n’était pas communiste.

J.S :
Ah non, non. Alors là aussi bien sûr… au départ nous étions trois, trois communistes. Mais, nous avions des contacts avec des gens qui n’étaient pas communistes, mais qui étaient vraiment antifascistes d’abord et Français quoi. Et alors, il était facile de commencer, on a commencé avec ceux-là. Et puis il y en avait de plus en plus. Et puis vous savez, le Corse se croit supérieur aux Italiens aux « lucchesi » ! Alors dire faire le « lucchesu » c’était la pire des injures. Donc, il y avait ce sentiment là déjà. Plus parce qu’on connaissait d’abord le sentiment français, parce qu’on était français. Le serment de Bastia dit bien ce qu’il dit. Et puis vous aviez des Italiens, des fascistes qui nous en avaient parlé de ce qu’était le fascisme, alors, vous pensez un petit peu qu’on n’était pas prêts de les accepter. Et très vite, très vite, encore une fois, ce qui a retenu, ce qui a fait aujourd’hui qu’au départ, il y avait ce serment. Qui aurait pu imaginer que les Italiens auraient été reçus par une manifestation générale, vraiment non, non, non, ils sont arrivés, ils sont rentrés comme chez eux. Seulement une petite poignée, et parmi laquelle le noyau était des communistes bien sûr. Mais il y en avait d’autres aussi. Ça c’est une grosse erreur de penser qu’il n’y avait que des communistes. D’ailleurs, dans le FN on disait bien que c’était la possibilité pour ceux qui voulaient rester français de ne pas rester inactifs, de prendre part à cette lutte où il s’agit du sort de l’humanité et du nôtre. Parce que, en définitive, vivre sous la coupe des fascistes, ce n’est pas ce que nous voulions.

U Rib. : Et la différence alors sur l’organisation de la résistance, sur les buts de la résistance en France et en Corse. Est-ce qu’on peut faire une différence dans la manière dont est organisée la résistance ?

J.S :
Ça dépendait des endroits ça vous savez, chez nous il n’y avait pas de maquis organisé. C’était un petit noyau. Pour avoir le maquis organisé, ça supposait beaucoup de choses. Moi, j’étais au maquis, je ravitaillais tout ce monde avec des difficultés. C’était pas facile. Il y avait certains refuges où tous ceux qui voulaient rentrer en contact avec la résistance pouvaient venir, et puis pour recevoir tout ce qu’il fallait comme conseils, et le reste, et savoir comment organiser. On s’organisait pour recevoir le matériel de guerre. Alors naturellement là dans chaque canton il y avait une organisation cantonale et c’est avec ceux-là qui étaient chargés d’abord de recenser les terrains et ensuite organiser les réceptions. Et alors, là, l’organisation était telle qu’il n’y a jamais eu d’échec. C’est ce qui faisait enrager les Italiens. Ils sentaient bien ce mouvement, ils sentaient bien que ça faisait déjà sept mois qu’ils étaient là avec une répression terrible non seulement la résistance était encore efficace, mais elle se développait, et ils n’arrivaient pas à mettre la main dessus. C’est ce qui explique en partie la fusillade de la Brasserie Nouvelle. Lorsqu’ils apprennent qu’une réunion va se tenir à la Brasserie Nouvelle, ils pensent tenir l’occasion de recevoir toutes les informations qui vont leur permettre de porter un coup terrible à la résistance. Ils s’amènent, seulement, c’était sans compter sur la détermination d’Antoine Giusti et Jules Mondoloni, qui eux, étaient conscients, ils savaient bien que s’il y avait des arrestations, personne ne pouvait dire qu’il aurait pu résister aux tortures… Alors il fallait absolument qu’il n’y ait pas d’arrestations. Et pas d’arrestations, et bien il fallait faire ce qu’ils ont fait ! Et la chance d’échapper était plus que minime.

Mais ils l’ont fait. Et c’est grâce à eux que les Italiens qui espéraient une récolte, une moisson de renseignements, et bien pour tout butin, ils doivent se contenter des dépouilles de trois des leurs, et c’est tout !

U Rib. : Vous, vous avez été arrêté, déporté en Italie, comment vous vous êtes évadé ?

J.S. :
On a été arrêtés, et puis on est passé devant le tribunal. En Corse, à Bastia. C’est le tribunal qui a condamné à mort Jean Nicoli et le radio lui, naturellement, il l’a pas volé celui-là !

U Rib. : Luigi ? Il a été exécuté ?

J.S :
Ah oui, oui.

U Rib. : Et vous, vous avez été condamné à de la prison ?

J.S. :
Et puis, avec d’autres, nous avons été condamnés. Moi j’ai été condamné à 30 ans de prison. C’est allé de 30 à 10 ans de réclusion en Italie. Déporté en Italie. Là bas dans une prison. Et puis un beau jour les Allemands sont venus. Ils avaient besoin de main d’oeuvre. Ils raflaient tout ce qui venait. Alors, les Corses, nous étions une quinzaine à par les plus âgés et les impotents. Ils nous ont emmenés. Nous étions employés à des travaux de démolition.

S’ils avaient besoin d’une poutre ou d’une planche, ils tombaient sur un toit et les tuiles il fallait pas qu’elles tombent intactes, il fallait les casser avant. Et puis, au moment du repas, comme il y avait des droits communs, ils ont pensé à faire du chantage en disant « vous nous laissez servir, et si vous n’êtes pas contents, on va dire qui vous êtes ».

C’était du chantage insupportable, alors finalement, qu’est ce que vous voulez, on a dit aux Allemands « Nous ne sommes pas des Italiens ». « Ah bon alors vous savez les ennemis de mes ennemis sont nos amis ! » Ils nous ont répondu quelque chose comme ça. Ça a changé du tout au tout, ça fait que nous en avons profité.

Alors, on sortait pour des travaux. On s’arrangeait toujours pour dire « bon, on va essayer de trouver des vivres ». Ils étaient à la portion congrue eux aussi. C’était des soldats d’un certain âge, ce n’étaient pas des nazis. Nous étions en Toscane, une ville de 100 000 habitants complètement désertée, et puis dans les campagnes, c’était la même chose.

Alors, les gens avaient fui et en fuyant ils avaient caché le plus de choses possibles, et en particulier de la nourriture. Ce qui fait que nous passions notre temps à farfouiller par-ci par-là, et naturellement les Allemands profitaient, parce que eux aussi vous savez… Et ça a duré comme ça pendant assez longtemps. A tel point qu’ils nous ont permis d’aller à la prison où étaient restés quelques camarades leur apporter quelques provisions.

Voyez un petit peu, les choses avaient changé ! Mais parce qu’ils disaient « ils sont là parce qu’ils ne pouvaient pas sentir les Italiens ». Alors là ils ont certainement causé des dégâts plus terribles que la guerre. Lorsque je démolissais un toit, la tuile il fallait la casser !

U Rib. : Pour qu’elle ne soit pas réutilisée ?

J.S. :
Ah oui !

U Rib. : Les Allemands avaient la haine des Italiens ? Pourquoi ?

J.S. :
Ah oui, et bien ils n’avaient pas confiance en eux ! Et après, avec l’avance des alliés, ils se repliaient, ils nous amenaient avec eux.

U Rib. : Comment vous avez réussi à leur échapper finalement ?

J.S. :
Alors, on se déplaçait la nuit et le jour dans un village on passait la journée. Et alors le troisième ou quatrième jour lorsqu’on quittait le village à la tombée de la nuit, on rencontre un camion à gazogène. Les Allemands l’arrêtent et juste, on fait un demi-tour et puis ils nous font monter dans le camion. Alors, tenez-vous bien, en cours de route, ils avaient trouvé un charreton dans le village…

Une petite charrette à bras. Alors ils l’avaient prise, ils avaient mis leurs sacs dessus. Ils la traînaient. Ils ont mis la petite charrette sur le camion et nous nous sommes installés tranquillement. Et puis, on a dit au chauffeur : « écoute, toi si tu veux rentrer chez toi, tâche de mettre ton camion en panne ». Alors comme on se comprenait bien, il a vite compris !

Nous étions dans un massif et à un moment donné nous étions dans un village qui était à peu près à 2 000 m d’altitude. Il a arrêté le camion, et il a dit « maintenant il n’y a plus de bois, le gazogène ne marche plus », et les Allemands sont partis à travers le village chercher du bois. Ils sont revenus avec de vieilles chaises.

Lorsqu’ils sont revenus, plus de chauffeur ! Et parmi nous il y avait un chauffeur, un chauffeur de la ligne Coti-Chjavari / Ajaccio. Il a dit « non, on ne part pas, on part pas ! » Ils ont été obligés d’aller dans un petit hôtel qu’il y avait là-bas. Ils ont été hébergés, il y avait une chambre. Et le lendemain matin, lorsqu’on a rencontré la patronne, elle s’est vite rendu compte qu’il y avait quelque chose d’anormal. « Qu’est que vous faites là ? Expliquez ». Alors elle nous a amenés sur la façade qui donnait vers l’extérieur, et elle nous a dit « voyez là-bas derrière il y a des partisans ». Alors, inutile de vous dire que ces quelques centaines de mètres, on les a grimpés vite. Voilà comment on s’est évadés. Mais enfin, là c’est une histoire que nous ne racontons pas pour vous. D’abord pour ceux qui sont morts. Pas plus longtemps qu’hier on a inauguré à Sta Marie Sichè, on a posé une plaque sur un toit ou on a vécu avec Giusti. Ça fait bientôt 70 ans après. Et alors il y a encore le bouquin là.

U Rib. : Jean Nicoli est condamné à mort avec dégradation. Un général et un colonel italien vont s’illustrer, Magli et Cagnoni. Le rôle de ce dernier est aujourd’hui controversé, notamment par les déclarations de certaines familles de résistants…

J. S. :
Il n’aurait pas tout fait pour le sauver quoi… C’est vrai, l’engagement avait été pris de sauver Jean Nicoli, des choses avaient été faites. Mais tout cela était prévu en cas de transfert de Jean Nicoli à Bastia par camion. Or, nous avons tous été transportés en train, mais Jean Nicoli n’a pas été transféré en train, mais en camion. Donc cela n’avait pas de sens, c’est Jean Nicoli qu’il fallait sauver ! On ne peut donc pas dire que l’on n’a pas fait le nécessaire, puisqu’il n’a pas été transféré par train. Dans la région de Bocognano, il y avait un groupe de prévu pour attaquer le train. Mais qui pouvait savoir qu’il serait transporté par camion, qui ? Qui peut dire que nous n’avons pas fait le nécessaire ?

Quelques personnes sont allées jusqu’à dire « Jean Nicoli vivant, certains n’auraient pas eu les emplois qu’ils ont eus ». C’est une gifle monumentale à Jean Nicoli. Il aurait été trahi par ses frères… De qui s’agit-il ? Paul Colonna d’Istria ? Il a continué sa carrière. Parmi les membres de la direction du Front National, il y avait le cousin du général De Gaulle, Henri Maillot, qui a continué à être entrepreneur après la guerre. Il y avait aussi Giovoni et Choury, mais ils en ont profité en quoi de la mort de Jean Nicoli ? Ce sont des propos dénués de tout fondement et très graves.

U Rib. : Le 8 septembre 43, lorsque l’Italie signe l’armistice, le Front National déclare l’insurrection à Aiacciu, contre l’avis des généraux Giraud et De Gaulle.

J. S. :
Ils ne voulaient surtout pas que ce soit la résistance qui prenne la direction ! Mais, cela c’est passé ainsi et ils ont été obligés de suivre.

Pendant des années, il y a eu des manifestations conséquentes, le 9 septembre en particulier à Ajaccio. Et puis un jour, les choses ont changé. Ajaccio, première ville libérée, et sans doute la seule ville de France ou des manifestations patriotiques ont été dispersées à coups de bombes lacrymogènes et de pompes à eau, quelques années après la guerre !

Et à la mairie, vous aviez à l’époque quelqu’un qui a été déporté ! C’était la période de la guerre froide. Tout avait changé, chacun reprenait ses billes. Tout ce qui était résistance était étiqueté communiste et donc était à combattre… Ça été pendant des années une descente terrible aux enfers. On allait acheter des fleurs que l’on déposait à même le sol, sur les trottoirs.

U Rib. : A partir du 9 septembre, les Allemands vont se réorganiser pour faire passer la 90ème Africa Corps qui va traverser la Corse…

J.S. :
Là aussi, bien sûr quelque chose qui est passée sous silence. Si les alliés n’ont pas été rejetés lors du débarquement en Sicile, c’est grâce à ceux qui se sont battus sur le col de Baccinu et qui ont rendu inutilisable la division qui aurait permis aux Allemands de rejeter les alliés. Parce que Kesselring a reçu ce renfort, il était inutilisable. Parce qu’ils avaient tellement écopé en Corse qu’ils ne pouvaient plus les utiliser.

Et les alliés étaient en mauvaise posture puisqu’ils reconnaissaient être en train de préparer leur repli. Et ça, c’est passé sous silence. Ce n’est pas juste. Qu’estce qu’on demande ? On demande dans le plus strict respect de la vérité historique les choses vraies.

U Rib. : Pendant ce mois de septembre jusqu’au 4 octobre 1943, les Allemands sont présents…

J.S. :
Bien sûr, voyons c’était une position intéressante. S’ils avaient pu s’installer en Corse, c’était un point d’appui pour eux. Non c’est parce que les Corses les ont pourchassés.

C’est voulu. Les Allemands sont partis parce que la vie n’était pas très drôle pour eux. C’est encore à porter au bénéfice de ceux qui sont tombés à Baccinu et ailleurs tout le long de la côte orientale. Et c’est pour ça qu’encore une fois on a 1 000 et une raisons de ne pas être contents. Parce qu’enfin, c’est des choses qui ne sont pas la propriété de quelques-uns. C’est des Corses ceux-là, quelle que soit leur appartenance politique, préhistorique ou religieuse.

U Rib. : En Corse, j’imagine que comme partout ailleurs, il y a aussi des gens qui ont collaboré avec les fascistes ?

J.S. :
Absolument, mais c’était quand même l’infime minorité.

U Rib. : L’infime minorité. Est ce qu’à la libération, ces genslà, on leur a fait quelque chose ?

J.S :
Oh, je n’ai pas de souvenirs comme ça, c’était vraiment très peu.

U Rib. : Il n’y a pas eu de scènes comme en France de femme qu’on a rasées ?

J.S :
A ma connaissance il n’y en a pas eu, mais je n’étais pas là. C’est l’après. Maintenant c’est scandaleux ! Parce qu’en définitive, ils sont morts pour rien. On les oublie complètement. Qui donc était Giusty ? André Giusty et Jules Mondoloni oui, ils auraient pu faire comme les autres, se laisser arrêter.

Non mais ils savaient que, s’ils étaient arrêtés, ça aurait pu avoir des conséquences telles que la résistance ne se relevait pas. Et bien, ils n’ont pas hésité. Ils savaient. Il a fallu 70 ans pour avoir une plaque sur la maison qu’il habitait à Ste Marie. Et puis, c’est tout à l’avenant, il faut se battre, mais alors actuellement… Ça dépend aussi des enseignants, c’est à eux de faire des choses. Et puis il y a un concours. En 1959 au concours de la résistance, en Corse, il y a eu un candidat, pas deux, un.

L’année suivante, il y en a eu 50, le ministre n’y était absolument pour rien. A l’origine, une personne André Vesperini, professeur d’histoire qui a eu l’idée de faire venir à Ajaccio Lucie Aubrac. Lucie Aubrac fait une conférence suivie par plusieurs classes, résultat 50 élèves ont participé, ça en dit long ça.

Interview réalisée par Ghjuvan Filippu Antolini

 

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