Ce mois-ci le Ribombu a eu le privilège de rencontrer un de ces hommes qui sont l’honneur de
notre pays. Jérôme Santarelli, aujourd’hui âgé de 94 ans, nous raconte les terribles années de
guerre qu’il a vécu. Pour que les jeunes sachent. Pour qu’ils n’oublient pas.
U Ribombu : Le but pour
nous à travers cet article est
d’expliquer aux jeunes générations
le courage que vous et
vos amis avez eu, à une
époque où la Corse était occupée.
Une époque où vous et
tous les gens de la résistance
avez osé défier l’occupant au
péril de votre vie avec le bonheur
que l’on sait. À une
époque où d’autres n’ont pas
fait ce choix-là. A une époque
où beaucoup ont choisi soit de
rester à la maison, soit pour
certains de collaborer avec
l’ennemi. Et notre voeu est d’apprendre
à toutes ces jeunes
générations les conditions
dans lesquelles vous avez à un
moment donné dit non, et il
reste malheureusement peu de
témoins de cette époque-là.
C’est une chance extraordinaire
pour nous de pouvoir discuter
avec vous.
Jérôme Santarelli : Nous n’avons
qu’à vous remercier, car ce n’est
pas grand-chose, mais quelquefois
des contrevérités sont émises. Ce
qu’on demande c’est que les
jeunes connaissent cette histoire.
Il est vraiment aberrant qu’on
puisse leur cacher ce qu’à été l’attitude
de leurs grands-parents,
quelque fois, ce sont leurs
arrières-grands-parents, pendant
ces heures douloureuses et tragiques
qu’à vécu la Corse, et nous
considérons que c’est vraiment un
« manque à gagner » pour notre
jeunesse.
Nous avons mille et une raisons
d’être content lorsqu’un Corse
nous écrit en disant : voilà, je suis
un élève de troisième, le professeur
d’histoire nous a demandé
dans un devoir écrit quel est le
département français qui a été
libéré le premier. J’ai répondu la
Corse en septembre 1943, j’ai eu
1/2 point, et ceux qui ont répondu
la Normandie en 1944 ont eu 1
point. De Gaulle avait dit au sujet
de la Corse « le mérite de sa
population et la valeur de nos soldats
ont fait de la Corse le premier
morceau libéré de la France. »
C’est le premier point récusable.
Deuxième témoignage, c’est celui
du Comité Français de Libération
Nationale qui remercie la Corse
qui fidèle à sa tradition devient le
symbole de la délivrance du pays.
Ce langage pour donner tout ça
en les félicitant. Vous avez tout ça
et puis tout le reste, les publications
émanant de la défense nationale
où on vous dit « le 9 septembre
1943, répondant à l’appel
d’un front national. » Et maintenant,
on passe sous silence la première
décision du Comité de
Libération proclamant le rattachement
de la Corse à la France libre.
On passe sous silence l’essentiel.
C’est proprement scandaleux. Si
franchement on voulait que cette
période soit connue, on serait
dans les manuels scolaires, et lorsqu’on
demande à un ministre, que
nous nous adressons à des parlementaires,
pour appuyer notre
demande, ils ne nous répondent
pas car certainement nous
sommes de trop petites gens pour
lui, mais il répond à un ancien
Premier ministre, qui nous transmet
la réponse en disant que ce
n’est pas aux Corses de juger les
graves erreurs de la libération de
la Corse, et quant aux manuels
scolaires, leur contenu ne dépend
pas de l’éducation nationale mais
des auteurs, des éditeurs, pas des
historiens. N’importe qui peut
écrire n’importe quoi… Voilà ce
qu’on nous répond.
Vous voyez nous avons mille et
une raisons de ne pas être
contents, seulement il est une
chose que nous n’allons
pas accepter,
absolument pas, c’est
la violence. Parce
qu’encore une fois,
moi je ne doute pas
que ceux qui sont
nationalistes ont des
raisons d’être mécontents,
mais que beaucoup
sortent de cette
violence, parce que
cette violence profite
à quelques-uns et
alors, lorsque l’on
parle de dérive
mafieuse, vous
savez…
U Rib. : Le 8
novembre 1942, les
alliés débarquent en
Afrique du Nord et
s’emparent donc de
celle-ci. A ce
moment-là, la Corse
était dans la guerre,
mais dans une zone
non occupée. Vous,
vous êtes en Corse,
qu’est ce que vous
faites, sachant qu’on est à
quelques jours de l’arrivée des
Italiens ?
J.S. : Attendez, je vais vous
poser une question : est-ce que
vous avez entendu parler du serment
de Bastia ?
U Rib. : Oui, 1938 : « Face au
monde, de toute notre âme, sur
nos gloires, sur nos tombes,
sur nos berceaux, nous jurons
de vivre et de mourir
Français ».
J.S. : C’était en décembre 1938.
C’était ce que disait Mussolini,
mais il lui a fallu attendre quatre
ans pour venir… qu’il attende
une défaite de la France. C’est
quand même quelque chose de
significatif, bien alors ce jour-là,
après le serment de Bastia, quelqu’un
qui voyait ça de l’extérieur
aurait pu s’attendre à une explosion, une manifestation massive
contre les Italiens… Alors, il ne
s’est rien produit du tout, rien, ils
sont rentrés comme chez eux.
U Rib. : Donc, le 8, quand il y
a le débarquement en Afrique
du Nord, les Corses attendent
le débarquement allié sur l’île.
J.S. : Oui beaucoup…
U Rib. : Et le 11 novembre,
quand la flotte arrive, ils pensent
également que ce sont les
alliés...
J.S. : Oui, mais lorsqu’ils sont
arrivés, on a compris que c’étaient
des italiens ; et une masse importante
: 80.000 hommes armés jusqu’aux
dents, et en face d’eux pas
toujours un fusil de chasse.
Autrement dit des poitrines nues
contre des chars et des canons.
C’est une des raisons de cette passivité.
U Rib. : Il n’y a aucun affrontement
?
J.S : Non, rien du tout. Je vous
dis ils sont rentrés comme chez
eux. Alors j’essaye de vous expliquer
les raisons : 80.000 hommes
armés jusqu’aux dents face à des
poitrines nues. Ensuite, vous aviez
en Corse, vous savez qu’il y a
beaucoup de militaires, d’anciens
militaires, et ceux-là ne pouvaient
pas imaginer la trahison de Pétain,
car c’était une trahison. Ils disaient
« non c’est pas possible que
Pétain ait fait ça ». Ça faisait
quand même un monde assez
conséquent tout ça. Et puis il y
avait une petite poignée, ils
n’étaient pas très nombreux, qui
disaient non on ne peut pas l’accepter.
Et cette petite poignée-là
va se manifester dès le lendemain.
Et le lendemain, il était écrit sur
les murs et la chaussée qu’ils
n’étaient pas les bienvenus.
U Rib. : Qu’est-ce
qu’il y avait de marqué
sur les murs ?
J.S. : Qu’ils n’avaient
rien à faire ici, et qu’il
fallait qu’ils rentrent
chez eux. C’était la
preuve que certains
corses au moins, pas
tous peut-être, n’en voulaient
pas, ce qui veut
dire qu’ils sont rentrés
comme ça sans qu’il y
ait de manifestation
massive, c’était suicidaire.
Dès le lendemain
donc cette poignée ne
va cesser de grossir, oui.
Alors les raisons sont
toutes simples, ce n’est
pas possible de rester
passifs, pendant que se
joue le sort de l’humanité
et le sort de la Corse.
Et nous restons fidèles
au serment de Bastia. Et
alors après ces inscriptions,
j’étais instituteur à
Sartène, et déjà après la fin de la
guerre, lorsque j’étais démobilisé
j’avais été convoqué à Ajaccio par
le vice-recteur, qui m’avait fait
comprendre que je n’étais pas le
bienvenu à Sartène. Alors, j’ai
voulu savoir pourquoi. Il m’avait
dit vous le savez bien, c’est pour
vos idées politiques (ndlr :
Jérome Santarelli était connu
comme communiste). Alors, j’ai dit
« oui » mais alors si on déplace
tout ceux qui ont les idées de
Pétain, ou de la collaboration !
Alors il me dit tout simplement :
vous êtes nombreux les instituteurs
communistes ? Les instituteurs
qui ont été déplacés
n’étaient pas une douzaine. Ça
veut dire qu’on n’était pas nombreux.
Alors donc dès le lendemain
de ces inscriptions c’est la
gendarmerie qui est venue et j’ai
été déplacé, et le vice-recteur qui
était aux ordres m’a dit : « écoutez,
j’ai essayé de vous trouver un
poste à peu près équivalent au
lycée de Sartène ». Alors moi, j’ai
dit « écoutez je veux bien retourner
dans mon hameau. » Alors il
dit « bon ça va » et comme c’était
une suppléante, je suis retourné
dans mon hameau de Sartène.
Donc j’étais à 20 km de l’endroit
où il y a eu ces inscriptions, parce
que c’est à Sartène même. Aussitôt
après, tous les instituteurs de
Sartène sont convoqués à la gendarmerie
et on vient me chercher
à 20 km. Et là on a passé presque
tout un après-midi dedans, et
faute de preuves, ils nous ont
relâchés.
U Rib. : Vous avez été
interrogé par les gendarmes
français ?
J.S. : Par les gendarmes français
oui. Vous savez, personnellement
parce que j’étais le seul communiste
de Sartène, donc les autres
ne craignaient rien du tout. J’ai
considéré cet incident comme un
avertissement sans frais. Je me
suis dit que la prochaine fois, je
ne serais pas relâché. Et à Sartène,
il y avait aussi un communiste, lui
était sur le continent. Puis il avait
quitté le continent car il se disait,
un de ces matins, je vais être arrêté.
Et alors on avait pris la décision
si ça « chauffait » de prendre
le maquis et nous avions dans la
vallée de l’Orto un ami qui avait
sur sa propriété une espèce de
grotte qui au début du siècle avait
servi de refuge à un bandit. Nous
nous y sommes installés avec Jean
Léandri. Les camarades, c’est
Joseph Tramoni, qui à la libération
était maire de Sartène, et puis cet
autre communiste qui est venu
nous rejoindre. Nous avions un
peu de papier, du papier carbone,
une machine à écrire.
U Rib. : Vous étiez en clandestinité
ou pas ?
J.S. : Et bien voilà, la clandestinité
… Joseph Tramoni était chez
ses parents. Personnellement,
j’avais pris un congé de maladie,
avec la complicité du médecin
traitant de Sartène qui m’avait fait
un certificat de complaisance.
Enfin nous étions au maquis sans
être au maquis, personne ne le
savait. C’était des précautions que
nous prenions car nous partions
de l’idée cette fois-ci, une fois on
s’en est tirés, mais ça ne veut pas
dire que la prochaine fois on s’en
tirerait. Nous avions pris les
devants. Alors donc, nous étions
installés là dedans, dans cette
sorte de refuge, de là, nous rédigions
des tracts pour appeler à la
résistance, et puis nous allions
dans les villages, dans les
hameaux, en particulier à
Gianuccio. Nous étions donc dans
la vallée de l’Orto, sur la rive droite
et Gianuccio était sur la rive
gauche. Alors, notre ami qui était
propriétaire du lieu se déplaçait
comme il voulait. Il avait pris
contact avec les gens des
hameaux. C’était un hameau qui
était à deux heures de route à
pied, il n’y avait pas de liaisons,
pour s’y rendre, il fallait y aller à
pied ou à cheval. C’était complètement
isolé. Alors on a passé
toute une soirée avec une dizaine
de personnes. Ils étaient entièrement
coupés du monde, à
l’époque il n’y avait pas de radio,
ni de télévision, et il fallait absolument
leur parler des évènements.
U Rib. : Et vous-même, comment
vous aviez vos informations
sur les évènements ?
J.S. : Et bien alors là, nous
étions informés par les gens qui
venaient nous ravitailler. C’était
des gens informés, parce que derrière
il y avait quand même quelques postes de T.S.F.. Alors là,
il y avait des camarades qui
étaient chargés d’être aux écoutes
et de nous faire parvenir, et nous
retransmettions. Et nous disions
que la situation était grave et que
nous n’étions pas seuls et que nos
amis remportaient des victoires,
en Afrique du Nord, et ailleurs, et
ça quand même c’était réjouissant.
Alors le grand problème pour
nous c’était l’isolement. Alors on disait
« qu’est ce qu’on peut faire ? ».
C’était toujours le même travers,
parce qu’ils ne concevaient la
résistance que sous sa forme
armée. Et nous disions bien sûr,
mais enfin on peut manifester
notre volonté d’en faire partie. Si
nous sabotions une ligne téléphonique
c’est un acte fort, si nous
faisions des inscriptions, et bien,
nous allions rendre la vie impossible
et nous empêcherions les
Syriens d’envoyer des troupes.
C’est notre façon de contribuer
parce que si nous ne faisons rien,
ils laisseront ici un minimum de
soldats qui ne pourraient pas
combattre ailleurs.
U Rib. : Quels types d’actions
avez vous menées, des sabotages
?
J.S. : Alors nos types d’actions,
c’était cela, nous ne pouvions pas
rester sans rien faire et nous pouvons
faire des choses, c’est-à-dire
saboter au maximum. Alors, sabotages
de lignes, inscriptions, c’est
ce qu’on pouvait faire. Et c’était
des actes de résistance très graves.
Et ça, c’était facile à concevoir
parce qu’encore une fois, pour
l’essentiel des Corses, la résistance,
c’était la résistance armée.
Enfin, on a discuté en grand, et
finalement on s’est dit que de
toute façon ce qui nous manque
le plus ce sont les armes. Mais il y
a quand même des camarades qui
sont sur le continent et qui sont
en trains de faire en sorte que
nous recevions ces armes. Alors,
c’était pas la joie, mais on a quand
même fait naître l’idée que sans
armes on pouvait participer au
combat et tout cela a changé du
tout au tout lorsque on a pu
appuyer nos arguments en présentant
une mitraillette, parce que
si on en avait une, on pouvait en
avoir d’autres. Alors, les choses
ont changé. Alors naturellement il
y a eu d’abord des réseaux ; Pearl
Harbourg, puis Fred Scamaroni, et
puis ensuite, il y a eu Colonna
d’Istria.
U Rib. : C’est par les contacts
que vous aviez avec les communistes
en France que vous
avez réussi à obtenir des
armes ?
J.S. : Pendant la période qui a
précédé l’invasion, il y a eu
quelques communistes qui étaient
venus pour essayer de regrouper
les communistes qui étaient d’accord.
U Rib. : A l’époque où le Parti
Communiste était interdit.
J.S. : Oui, bien sûr interdit. Il y a
eu en particulier quelqu’un qui est
venu en Corse pendant la période
qui a précédé l’occupation.
U Rib. : La résistance s’organise,
des gens comme Fred
Scamaroni vont être arrêtés, je
crois que c’est en mars 1943.
On n’a jamais vraiment su
pourquoi, comment il avait été
arrêté, par qui il avait été
trahi. La famille avance l’idée
que c’était la somme d’argent
que les alliés lui avaient remise
pour acheter des plans de
défense de la Corse par les
Italiens. Il avait un contact
avec un général. Ce serait peutêtre
cette somme d’argent qui
aurait été à l’origine de sa trahison,
de son arrestation.
Qu’est ce que vous pensez sur
l’arrestation de Fred
Scamaroni ?
J.S. : Alors là, je dois vous
avouer que j’ai pas bien compris
cette arrestation, parce que dans
le livre de Marie-Claire, là, elle a
commencé à parler d’un radio, et
si j’ai bien compris, le radio a été «
ratatiné », et lui, toute la journée il
disparaît. Dans la nuit il y a un
commando italien qui file chez les
Guillaume, ceux qui hébergeaient
Fred Scamaroni. C’est ce que vous
pouvez lire dans le livre de Marie-
Claire. Et puis, ça discute, ça discute,
ils sont sur le point de partir
lorsque Fred Scamaroni sort d’une
pièce. Alors moi je n’ai pas compris
du tout, Hellier ayant été arrêté
le matin même, qu’il ne soit pas
parti. De toute façon, après l’arrestation
d’Hellier, le radio qui a été
matraqué tant et plus, il a dû tenir
tant qu’il a pu et finalement ils
l’ont relâché. Ça a servi de leçon
en tout cas par la suite parce que
lorsque quelqu’un était arrêté à
Sollacaro par exemple où un soldat
italien a été tué, et bien il y en
a eu un seul qui a été arrêté, un
parce que volontairement, je
considère qu’il s’est livré. Il s’est
livré, c’est le radio Luigi. Il s’est
livré avec des documents par-dessus
le marché, ce qui me donne à
penser qu’il en avait assez et qu’il
avait dû juger le moment venu
d’essayer de sortir, en disant «
voyez je me livre avec ça,
avec une fausse carte d’identité
de Jean Nicoli, avec également
une photo, et des
documents ». On ne me sortira
pas de l’idée que ce bonhomme-
là, il s’est livré. Parce
qu’il aurait fait comme tout le
monde, il n’aurait pas été
arrêté. Ce qui veut dire que
déjà, dès qu’il y avait comme
ça une alerte, ceux qui
étaient plus ou moins compromis,
prenaient le large.
U Rib. : Vous avez participé,
j’imagine, à des récupérations
de matériels de
parachutages ou bien que
le sous-marin Casabianca
apportait ?
J.S : Alors voilà ce qui s’est
fait : il y a eu d’abord la mission
Pearl Harbourg. C’est
une mission de renseignements et
qui a quand même porté quelques
mitraillettes, mais elle a surtout
rayonné au nord d’Ajaccio (dans
le sud il n’y en a pas eu connaissance).
J’étais donc dans la vallée
de l’Orto. J’étais officier de réserve,
et à un moment donné on a
fait un échange, on m’a pris
comme responsable militaire à
Ajaccio et un Sartenais qui était làbas
est venu à Sartène on a fait
échange ! Ce qui a fait qu’après la
mission de Scamaroni qui a été
complètement éliminée, c’est la
mission de Paul Colonna d’Istria.
Alors là c’est différent parce que
jusqu’à présent c’était surtout des
forces d’appoint, c’est dire que
bon, ce que Scamaroni aurait
voulu c’était d’unifier sous sa coupe toute la résistance. Or les
communistes ne l’entendaient pas
ainsi. Et lorsque Colonna d’Istria
est arrivé, sa mission était tout
autre ! C’était de préparer l’armée
secrète. C’était autre chose. On
n’allait pas seulement servir de
force d’appoint au réseau de
Scamaroni. C’est-à-dire qu’on allait
recevoir du matériel de guerre, et
puis avoir des missions précises
lors du débarquement. Alors, Paul
Colonna d’Istria est arrivé en
Corse et c’est à François Vittori
qui était responsable militaire
pour l’ensemble de la Corse,
André Giusti, qui était lui, responsable
militaire de l’arrondissement
d’Ajaccio, et pendant toute une
matinée, dans une arrière-salle de
la Brasserie nouvelle d’Ajaccio, il
nous a donné des renseignements
qui allaient nous permettre de
créer cette armée secrète. Alors
naturellement, il y avait la réception
du matériel qu’on allait recevoir
par parachutage, et par sousmarin.
Alors, je n’ai participé à
aucun parachutage mon rôle à
moi, c’était surtout de transmettre
aux responsables cantonaux ces
informations. C’est pas d’être
dedans pour parler à tort et à travers,
d’abord le secret, d’abord
des choses toutes simples, garder
le moins de choses possibles
écrites, parce que si l’on est arrêté,
on ne puisse pas vous attraper
sur un point bien précis. Et ensuite,
comment recenser les terrains
de parachutage, comment recevoir
le matériel, et comment stocker
tout ça. C’était mon rôle de discuter
avec les responsables cantonaux.
Et puis j’ai été quand même
à un moment donné, il y avait une
grosse cargaison de matériel de
guerre qui devait être débarqué
dans le désert des Agriates, et
alors avec Jean Nicoli, on était en
train d’étudier les dispositions à
prendre pour recevoir ce matériel.
Nous étions chez mes cousins, les
Bonafanti lorsque l’OVRA est
intervenu pour nous arrêter.
Heureusement qu’un de mes cousins
avait vu le mouvement, et
avait pu me prévenir à temps, ce
qui a fait que nous avons pu
détruire tous les documents et
puis nous avons
essayé de trouver un
chemin, une issue.
Nous n’avons pas
trouvé. Alors on était
dans les caves lorsqu’ils
sont arrivés. Il
y avait l’autre, une
carte à la main. Il
demande Louis. Ce
n’était pas moi qu’ils
cherchaient, c’était
Jean Nicoli. Ils
avaient toutes les
indications possibles.
Ils savaient où le
trouver. C’est ce qui
me fait dire que
Luigi lui, il en avait
assez. Alors naturellement
en donnant
ce document, il donnait les
preuves de sa bonne volonté. Et
s’ils n’avaient pas eu cette carte,
Jean Nicoli s’en tirait. Parce qu’ils
m’arrêtaient et puis Jean Nicoli
s’en tirait. Voilà à quoi ça tient !
U Rib. : Et vous, ils ne vous
ont pas arrêté alors ?
J. S. : Ah si, moi aussi !. Alors
naturellement, là j’ai eu une veine
inouïe quand même parce que
j’avais une fausse carte d’identité,
mais ce jour-là, je ne l’avais pas
sur moi. Parce que si j’avais eu
cette fausse carte, alors là, c’était
une preuve. Par contre, les
Italiens me demandaient : « mais
pourquoi vous avez cherché à fuir ? »
J’ai répondu « tout simplement
parce que je sais que lorsque vous
arrêtez quelqu’un vous arrêtez
tout le monde ». Naturellement
c’était Jean Nicoli qui était recherché.
Ils avaient pas mal d’indications
grâce au radio et naturellement
ils ont essayé de le faire
parler par tous les moyens. Tout a
été bon pour eux pour essayer de
lui arracher ses secrets. Mais Jean
Nicoli était de la race de ceux qui
subissent mais ne parlent pas.
Personne, personne vous entendez
bien, personne n’a été impliqué
par ce qu’a dit Jean Nicoli. Il
a gardé ses secrets. Naturellement
vous imaginez dans quel état ils
l’ont mis... Parce qu’enfin, c’était
des bourreaux, c’était de vrais
bourreaux. Etre vaincus par un
homme enchaîné ! Car il n’a absolument
rien dit. Voilà comment les
choses se sont passées. Ils
savaient en gros ce qu’il avait fait
parce que le radio Luigi avait tout
déballé ! Mais seulement ils voulaient
des noms, ils voulaient des
précisions, ils voulaient savoir un
petit peu comment avoir la possibilité
de tout démolir, de tout
détruire. Parce que Jean Nicoli
vous savez, s’il avait parlé, c’était
la fin de la résistance.
U Rib. : Et donc, quand
Colonna d’Istria arrive, la
résistance finalement, va s’unifier
en Corse.
J.S. : Alors donc Colonna d’Istria
arrive, et il fait vite le décompte
des moyens parce qu’il y avait des
petits mouvements. Il se rend
compte que la seule façon de faire
c’était d’unifier cela, et pour unifier,
le seul mouvement, le mieux
organisé et mesuré, c’était le Front
National. Alors, il a fait la proposition
suivante de regrouper tout le
monde, c’est ce qu’il a fait, et lui il
a été porté à la tête du Front
National.
U Rib. : Alors qu’il n’était pas
communiste.
J.S : Ah non, non. Alors là aussi
bien sûr… au départ nous étions
trois, trois communistes. Mais,
nous avions des contacts avec des
gens qui n’étaient pas communistes,
mais qui étaient vraiment
antifascistes d’abord et Français
quoi. Et alors, il était facile de
commencer, on a commencé avec
ceux-là. Et puis il y en avait de
plus en plus. Et puis vous savez,
le Corse se croit supérieur aux
Italiens aux « lucchesi » ! Alors
dire faire le « lucchesu » c’était la
pire des injures. Donc, il y avait
ce sentiment là déjà. Plus parce
qu’on connaissait d’abord le sentiment
français, parce qu’on était
français. Le serment de Bastia dit
bien ce qu’il dit. Et puis vous
aviez des Italiens, des fascistes qui
nous en avaient parlé de ce
qu’était le fascisme, alors, vous
pensez un petit peu qu’on n’était
pas prêts de les accepter. Et très
vite, très vite, encore une fois, ce
qui a retenu, ce qui a fait aujourd’hui
qu’au départ, il y avait ce
serment. Qui aurait pu imaginer
que les Italiens auraient été reçus
par une manifestation générale,
vraiment non, non, non, ils sont
arrivés, ils sont rentrés comme
chez eux. Seulement une petite
poignée, et parmi laquelle le
noyau était des communistes bien
sûr. Mais il y en avait d’autres
aussi. Ça c’est une grosse erreur
de penser qu’il n’y avait que des
communistes. D’ailleurs, dans le
FN on disait bien que c’était la
possibilité pour ceux qui voulaient
rester français de ne pas rester
inactifs, de prendre part à cette
lutte où il s’agit du sort de l’humanité et du nôtre. Parce que, en
définitive, vivre sous la coupe des
fascistes, ce n’est pas ce que nous
voulions.
U Rib. : Et la différence alors
sur l’organisation de la résistance,
sur les buts de la résistance
en France et en Corse.
Est-ce qu’on peut faire une différence
dans la manière dont
est organisée la résistance ?
J.S : Ça dépendait des endroits
ça vous savez, chez nous il n’y
avait pas de maquis organisé.
C’était un petit noyau. Pour avoir
le maquis organisé, ça supposait
beaucoup de choses. Moi, j’étais
au maquis, je ravitaillais tout ce
monde avec des difficultés. C’était
pas facile. Il y avait certains
refuges où tous ceux qui voulaient
rentrer en contact avec la résistance
pouvaient venir, et puis pour
recevoir tout ce qu’il fallait
comme conseils, et le reste, et
savoir comment organiser. On
s’organisait pour recevoir le matériel
de guerre. Alors naturellement
là dans chaque canton il y avait
une organisation cantonale et c’est
avec ceux-là qui étaient chargés
d’abord de recenser les terrains et
ensuite organiser les réceptions. Et
alors, là, l’organisation était telle
qu’il n’y a jamais eu d’échec. C’est
ce qui faisait enrager les Italiens.
Ils sentaient bien ce mouvement,
ils sentaient bien que ça faisait
déjà sept mois qu’ils étaient là
avec une répression terrible non
seulement la résistance était encore
efficace, mais elle se développait,
et ils n’arrivaient pas à mettre
la main dessus. C’est ce qui
explique en partie la fusillade de
la Brasserie Nouvelle. Lorsqu’ils
apprennent qu’une réunion va se
tenir à la Brasserie Nouvelle, ils
pensent tenir l’occasion de recevoir
toutes les informations qui
vont leur permettre de porter un
coup terrible à la résistance. Ils
s’amènent, seulement, c’était sans
compter sur la détermination
d’Antoine Giusti et Jules
Mondoloni, qui eux, étaient
conscients, ils savaient bien que
s’il y avait des arrestations, personne
ne pouvait dire qu’il aurait
pu résister aux tortures… Alors il
fallait absolument qu’il n’y ait pas
d’arrestations. Et pas d’arrestations,
et bien il fallait faire ce
qu’ils ont fait ! Et la chance
d’échapper était plus que minime.
Mais ils l’ont fait. Et c’est grâce à
eux que les Italiens qui espéraient
une récolte, une moisson de renseignements,
et bien pour tout
butin, ils doivent se contenter des
dépouilles de trois des leurs, et
c’est tout !
U Rib. : Vous, vous avez été
arrêté, déporté en Italie, comment
vous vous êtes évadé ?
J.S. : On a été arrêtés, et puis on
est passé devant le tribunal. En
Corse, à Bastia. C’est le tribunal
qui a condamné à mort Jean
Nicoli et le radio lui, naturellement,
il l’a pas volé celui-là !
U Rib. : Luigi ? Il a été
exécuté ?
J.S : Ah oui, oui.
U Rib. : Et vous, vous avez été
condamné à de la prison ?
J.S. : Et puis, avec d’autres, nous
avons été condamnés. Moi j’ai été
condamné à 30 ans de prison.
C’est allé de 30 à 10 ans de réclusion
en Italie. Déporté en Italie. Là
bas dans une prison. Et puis un
beau jour les Allemands sont
venus. Ils avaient besoin de main
d’oeuvre. Ils raflaient tout ce qui
venait. Alors, les Corses, nous
étions une quinzaine à par les
plus âgés et les impotents. Ils
nous ont emmenés. Nous étions
employés à des travaux de démolition.
S’ils avaient besoin d’une
poutre ou d’une planche, ils tombaient
sur un toit et les tuiles il
fallait pas qu’elles tombent
intactes, il fallait les casser avant.
Et puis, au moment du repas,
comme il y avait des droits communs,
ils ont pensé à faire du
chantage en disant « vous nous
laissez servir, et si vous n’êtes pas
contents, on va dire qui vous êtes ».
C’était du chantage insupportable,
alors finalement, qu’est ce que
vous voulez, on a dit aux
Allemands « Nous ne sommes pas
des Italiens ». « Ah bon alors vous
savez les ennemis de mes ennemis
sont nos amis ! » Ils nous ont
répondu quelque chose comme
ça. Ça a changé du tout au tout,
ça fait que nous en avons profité.
Alors, on sortait pour des travaux.
On s’arrangeait toujours pour dire
« bon, on va essayer de trouver
des vivres ». Ils étaient à la portion
congrue eux aussi. C’était des
soldats d’un certain âge, ce
n’étaient pas des nazis. Nous
étions en Toscane, une ville de
100 000 habitants complètement
désertée, et puis dans les campagnes,
c’était la même chose.
Alors, les gens avaient fui et en
fuyant ils avaient caché le plus de
choses possibles, et en particulier
de la nourriture. Ce qui fait que
nous passions notre temps à farfouiller
par-ci par-là, et naturellement
les Allemands profitaient,
parce que eux aussi vous savez…
Et ça a duré comme ça pendant
assez longtemps. A tel point qu’ils
nous ont permis d’aller à la prison
où étaient restés quelques camarades
leur apporter quelques provisions.
Voyez un petit peu, les
choses avaient changé ! Mais
parce qu’ils disaient « ils sont là
parce qu’ils ne pouvaient pas sentir
les Italiens ». Alors là ils ont
certainement causé des dégâts
plus terribles que la guerre.
Lorsque je démolissais un toit, la
tuile il fallait la casser !
U Rib. : Pour qu’elle ne soit
pas réutilisée ?
J.S. : Ah oui !
U Rib. : Les Allemands avaient
la haine des Italiens ?
Pourquoi ?
J.S. : Ah oui, et bien ils n’avaient
pas confiance en eux ! Et après,
avec l’avance des alliés, ils se
repliaient, ils nous amenaient avec
eux.
U Rib. : Comment vous avez
réussi à leur échapper finalement
?
J.S. : Alors, on se déplaçait la
nuit et le jour dans un village on
passait la journée. Et alors le troisième
ou quatrième jour lorsqu’on
quittait le village à la tombée de la
nuit, on rencontre un camion à
gazogène. Les Allemands l’arrêtent
et juste, on fait un demi-tour et
puis ils nous font monter dans le
camion. Alors, tenez-vous bien, en
cours de route, ils avaient trouvé
un charreton dans le village…
Une petite charrette à bras. Alors
ils l’avaient prise, ils avaient mis
leurs sacs dessus. Ils la traînaient.
Ils ont mis la petite charrette sur
le camion et nous nous sommes
installés tranquillement. Et puis,
on a dit au chauffeur : « écoute,
toi si tu veux rentrer chez toi,
tâche de mettre ton camion en
panne ». Alors comme on se comprenait
bien, il a vite compris !
Nous étions dans un massif et à
un moment donné nous étions
dans un village qui était à peu
près à 2 000 m d’altitude. Il a arrêté
le camion, et il a dit « maintenant
il n’y a plus de bois, le gazogène
ne marche plus », et les
Allemands sont partis à travers le
village chercher du bois. Ils sont
revenus avec de vieilles chaises.
Lorsqu’ils sont revenus, plus de
chauffeur ! Et parmi nous il y
avait un chauffeur, un chauffeur
de la ligne Coti-Chjavari / Ajaccio.
Il a dit « non, on ne part pas, on
part pas ! » Ils ont été obligés
d’aller dans un petit hôtel qu’il y
avait là-bas. Ils ont été hébergés, il
y avait une chambre. Et le lendemain
matin, lorsqu’on a rencontré
la patronne, elle s’est vite rendu
compte qu’il y avait quelque
chose d’anormal. « Qu’est que
vous faites là ? Expliquez ». Alors
elle nous a amenés sur la façade
qui donnait vers l’extérieur, et elle
nous a dit « voyez là-bas derrière
il y a des partisans ». Alors, inutile
de vous dire que ces quelques
centaines de mètres, on les a
grimpés vite. Voilà comment on
s’est évadés. Mais enfin, là c’est
une histoire que nous ne racontons
pas pour vous. D’abord pour
ceux qui sont morts. Pas plus
longtemps qu’hier on a inauguré à
Sta Marie Sichè, on a posé une
plaque sur un toit ou on a vécu
avec Giusti. Ça fait bientôt 70 ans
après. Et alors il y a encore le
bouquin là.
U Rib. : Jean Nicoli est
condamné à mort avec dégradation.
Un général et un colonel
italien vont s’illustrer,
Magli et Cagnoni. Le rôle de ce
dernier est aujourd’hui controversé,
notamment par les
déclarations de certaines
familles de résistants…
J. S. : Il n’aurait pas tout fait
pour le sauver quoi…
C’est vrai, l’engagement avait été
pris de sauver Jean Nicoli, des
choses avaient été faites. Mais tout
cela était prévu en cas de transfert
de Jean Nicoli à Bastia par
camion. Or, nous avons tous été
transportés en train, mais Jean
Nicoli n’a pas été transféré en
train, mais en camion. Donc cela
n’avait pas de sens, c’est Jean
Nicoli qu’il fallait sauver ! On ne
peut donc pas dire que l’on n’a
pas fait le nécessaire, puisqu’il n’a
pas été transféré par train. Dans la
région de Bocognano, il y avait un
groupe de prévu pour attaquer le
train. Mais qui pouvait savoir qu’il
serait transporté par camion, qui ?
Qui peut dire que nous n’avons
pas fait le nécessaire ?
Quelques personnes sont allées
jusqu’à dire « Jean Nicoli vivant,
certains n’auraient pas eu les
emplois qu’ils ont eus ». C’est une
gifle monumentale à Jean Nicoli. Il
aurait été trahi par ses frères… De
qui s’agit-il ? Paul Colonna d’Istria ?
Il a continué sa carrière. Parmi les
membres de la direction du Front
National, il y avait le cousin du
général De Gaulle, Henri Maillot,
qui a continué à être entrepreneur
après la guerre. Il y avait aussi
Giovoni et Choury, mais ils en ont
profité en quoi de la mort de Jean
Nicoli ? Ce sont des propos
dénués de tout fondement et très
graves.
U Rib. : Le 8 septembre 43,
lorsque l’Italie signe l’armistice,
le Front National déclare
l’insurrection à Aiacciu, contre
l’avis des généraux Giraud et
De Gaulle.
J. S. : Ils ne voulaient surtout pas
que ce soit la résistance qui prenne
la direction ! Mais, cela c’est
passé ainsi et ils ont été obligés
de suivre.
Pendant des années, il y a eu
des manifestations conséquentes,
le 9 septembre en particulier à
Ajaccio. Et puis un jour, les choses
ont changé. Ajaccio, première ville
libérée, et sans doute la seule ville
de France ou des manifestations
patriotiques ont été dispersées à
coups de bombes lacrymogènes et
de pompes à eau, quelques
années après la guerre !
Et à la mairie, vous aviez à
l’époque quelqu’un qui a été
déporté ! C’était la période de la
guerre froide. Tout avait changé,
chacun reprenait ses billes. Tout
ce qui était résistance était étiqueté
communiste et donc était à
combattre… Ça été pendant des
années une descente terrible aux
enfers. On allait acheter des fleurs
que l’on déposait à même le sol,
sur les trottoirs.
U Rib. : A partir du 9 septembre,
les Allemands vont se
réorganiser pour faire passer
la 90ème Africa Corps qui va traverser
la Corse…
J.S. : Là aussi, bien sûr quelque
chose qui est passée sous silence.
Si les alliés n’ont pas été rejetés
lors du débarquement en Sicile,
c’est grâce à ceux qui se sont battus
sur le col de Baccinu et qui
ont rendu inutilisable la division
qui aurait permis aux Allemands
de rejeter les alliés. Parce que
Kesselring a reçu ce renfort, il
était inutilisable. Parce qu’ils
avaient tellement écopé en Corse
qu’ils ne pouvaient plus les utiliser.
Et les alliés étaient en mauvaise
posture puisqu’ils reconnaissaient
être en train de préparer
leur repli. Et ça, c’est passé sous
silence. Ce n’est pas juste. Qu’estce
qu’on demande ? On demande
dans le plus strict respect de la
vérité historique les choses vraies.
U Rib. : Pendant ce mois de
septembre jusqu’au 4 octobre
1943, les Allemands sont présents…
J.S. : Bien sûr, voyons c’était une
position intéressante. S’ils avaient
pu s’installer en Corse, c’était un
point d’appui pour eux. Non c’est
parce que les Corses les ont pourchassés.
C’est voulu. Les
Allemands sont partis parce que la
vie n’était pas très drôle pour eux.
C’est encore à porter au bénéfice
de ceux qui sont tombés à
Baccinu et ailleurs tout le long de
la côte orientale. Et c’est pour ça
qu’encore une fois on a 1 000 et
une raisons de ne pas être
contents. Parce qu’enfin, c’est des
choses qui ne sont pas la propriété
de quelques-uns. C’est des
Corses ceux-là, quelle que soit
leur appartenance politique, préhistorique
ou religieuse.
U Rib. : En Corse, j’imagine
que comme partout ailleurs, il
y a aussi des gens qui ont collaboré
avec les fascistes ?
J.S. : Absolument, mais c’était
quand même l’infime minorité.
U Rib. : L’infime minorité. Est
ce qu’à la libération, ces genslà,
on leur a fait quelque
chose ?
J.S : Oh, je n’ai pas de souvenirs
comme ça, c’était vraiment très peu.
U Rib. : Il n’y a pas eu de
scènes comme en France de
femme qu’on a rasées ?
J.S : A ma connaissance il n’y en
a pas eu, mais je n’étais pas là.
C’est l’après. Maintenant c’est
scandaleux ! Parce qu’en définitive,
ils sont morts pour rien. On les
oublie complètement. Qui donc
était Giusty ? André Giusty et Jules
Mondoloni oui, ils auraient pu faire
comme les autres, se laisser arrêter.
Non mais ils savaient que, s’ils
étaient arrêtés, ça aurait pu avoir
des conséquences telles que la
résistance ne se relevait pas. Et
bien, ils n’ont pas hésité. Ils
savaient. Il a fallu 70 ans pour avoir
une plaque sur la maison qu’il
habitait à Ste Marie. Et puis, c’est
tout à l’avenant, il faut se battre,
mais alors actuellement… Ça
dépend aussi des enseignants, c’est
à eux de faire des choses. Et puis il
y a un concours. En 1959 au
concours de la résistance, en Corse,
il y a eu un candidat, pas deux, un.
L’année suivante, il y en a eu 50, le
ministre n’y était absolument pour
rien. A l’origine, une personne
André Vesperini, professeur d’histoire
qui a eu l’idée de faire venir à
Ajaccio Lucie Aubrac. Lucie Aubrac
fait une conférence suivie par plusieurs
classes, résultat 50 élèves ont
participé, ça en dit long ça.
Interview réalisée par
Ghjuvan Filippu Antolini