Auteur d’essais politiques sur le
mouvement national ou de «
gialli » Jean-Pierre Santini, militant
de la première heure, dans «
Nimu » se saisit du futur pour
nous parler du passé.
D’emblée on s’interroge à propos du titre de l’ouvrage
: faut-il y voir un clin d’oeil au rusé grec Ulysse qui
aimait d’autant plus sa patrie qu’il paraissait s’en éloigner
ou bien le souci d’affirmer que l’histoire se méfie
des noms propres ?
Singulière histoire d’ailleurs qui nous est contée sous
une forme romancée, à la croisée du policier et du politique.
Un village du Cap Corse, côte occidentale, IMIZA,
devenu quasiment désert en 2033, une sorte d’anti
Ibiza, est le siège d’une catastrophe écologique.
L’auteur va y témoigner de la prescience de ce qui
vient de se passer en Alabama début mars 2007.
Quelques rares personnages subsistent dans ce monde
lunaire dont le héros principal, un commissaire de
police rationaliste, Yann Caramusa, finira par préférer
le coeur à toutes les autres raisons.
Avec le procédé du « flash back » si cher au cinéma et
un féroce humour, dans une sorte de déclaration d’indépendance
et de dignité, Santini nous plonge dans les
années 2000 avec des nationalistes partout, flanqués
de vraies ou de fausses étiquettes.
Un mouvement nationaliste ballotté au gré des dérives
où Dieu est mort.
Côtoyant le style allégorique l’auteur campe ce mouvement
dans la même posture que ces pénitents du
Vendredi Saint avec leurs rites, leurs sectes et leurs
secrets.
Documents cachés que l’on n’a pas soumis à cancellation
et qui ressurgissent comme des sortes de testaments
posthumes et nous voilà pétrifiés en parcourant
cet ouvrage de 400 pages (1)
Certains crieront au crime d’apostasie ou de constupration.
Ils auront cependant tort car le roman mérite une lecture
à plusieurs niveaux dans une atmosphère où « le
temps semblait s’être suspendu à une aube grise… »
Comment pourrait-on en effet ne pas être renversé par
le souffle de l’ouvrage qui ne saurait se réduire aux
taquines caricatures dans lesquelles se complait
l’auteur ?
D’ailleurs la destruction des idoles est certainement
nécessaire pour retrouver la foi.
Le véritable but de l’entreprise poursuivi par Jean-
Pierre Santini nous est peut être révélé par ces lignes :
« On a coutume de dire qu’une image vaut mille mots.
On pourrait dire aussi q’une image évite mille maux »
Et puis il y a le style : bref, dense et amoureux : « ce
pays est propice à l’isolement. Archipel de vallées intimes,
les coteaux s’y chevauchent dans un tumulte d’arbres
et de pierres d’où émergent parfois de très vieilles
maisons aux crépis fanés. Des bouffées d’embruns
jaillissant de la mer oxydent les toits de lauzes et la
cavalcade du vent qui claque à tous les angles, éparpille
sur les places vides des cristaux de silence… »
En définitive ce roman ressemble à une énigme dont
chacun trouvera peut-être l’ouverture avec sa propre
clef.
Il appelle à l’union en se nichant au tréfonds de la culture
corse : « une vision plus ancienne conçoit l’harmonie
à partir des différences culturelles non seulement
entre les peuples mais au sein d’un même peuple…
»
« NIMU » ne peut laisser personne indifférent.
A chaque lecteur de parcourir son immense labyrinthe.
Vincent STAGNARA
(1) Publié en juillet 2006 aux Editions ALBIANA
Collection « NERA » au prix méritoire pour un éditeur
de 12 euros !