« Un tel changement ne pourrait venir que de la volonté des Corses eux-mêmes. »
Nicolas Sarkozy
Cette phrase émane bel et
bien de Nicolas Sarkozy.
Elle vient en réponse à la
question suivante, lors d’un entretien
de Jean Marc Raffaëlli dans
Corse-Matin en date du 5 janvier
2007, la veille de sa venue sur l’île :
« Compte tenu de vos convictions
sur la suppression des départements,
la Corse peut-elle encore
évoluer sur le plan institutionnel
? ».
Pour autant, malgré cette précision
au détour d’un interview - pas si
anodine - le ministre français de
l’intérieur vient réaffirmer le choix
de son gouvernement : l’utilisation
de la répression policière et judiciaire.
Un choix politique, philosophique
et stratégique que réitèrera
plus tard la même personne, lors de
son discours d’investiture pour les
futures présidentielles françaises…
Le choix d’une
république…
« J’ordonne, il exécute » affirmait
il y a peu le président français
Jacques Chirac. Ce rappel à l’ordre
médiatique – c’en était bien un –
des rapports insidieusement antagonistes
d’un chef d’Etat et de son
premier ministre, s’applique pour
autant sans anicroche concernant la
Corse. Si il est bien un sujet ou les
deux hommes certes rivaux, s’entendent
comme larrons en foire,
c’est bel et bien sur le sujet insulaire.
Pétris tous deux de convictions
nationales républicaines, ils ne
conçoivent l’aspiration identitaire
que comme une dérive « communautariste
», incompatible avec ces
prétendues valeurs constitutionnelles
d’indivisibilité…
Lors de sa prestation devant un
parterre acquis à sa cause ce dimanche
14 janvier, et qui officialise sa
candidature pour les futures présidentielles.
Nicolas Sarkozy qui prétend
« avoir changé », n’hésite pas
à donner sa vision de « sa » république
à travers un exemple habilement
choisi et orienté édicté en ces
termes : « La République réelle à
laquelle je crois c’est celle qui met
en prison l’assassin présumé de
Claude Erignac et qui traite les
cagoulés et les poseurs de bombes
pour ce qu’ils sont : des meurtriers
et des lâches. »…
L’impasse
La gauche française, dénonce de
son coté la dangerosité des propositions
du candidat en question.
François Hollande, premier secrétaire
du Parti Socialiste y voit le
retour d’une « droite violente ». Il
ne se trompe forcément pas. Surtout
pour la Corse. Car derrière le fort et
habile discours d’intronisation ou
Camus et Zola se mêlent comme
référents à De Gaulle et Pompidou,
c’est bel et bien une conception
ultra-libérale que préconise le candidat
U.M.P., agrémentée d’une
vision tout aussi sécuritaire de la
société. Sous ce schéma, la Corse et
son identité son menacées. Il suffit
de reprendre pour cela les termes
alors prononcés lors de ce congrès
aux portes de Versailles :
« Comment penser que l’on pourra
un jour faire aimer ce que l’on aura
appris à détester ? Au bout du chemin
de la repentance et de la détestation
de soi il y a, ne nous y trompons
pas, le communautarisme et la
loi des tribus. Je refuse le communautarisme
qui réduit l’homme à sa
seule identité visible. Je combats la loi des tribus parce que c’est la loi
de la force brutale et systématique
»…
Pour autant, majoritairement, la
gauche française diffère bien peu –
en l’état actuel des discours – de
cette approche « républicaine » de
droite ou l’identité bafouée d’un peuple
est ravalée derrière ce fumeux
concept de communautarisme.
Hormis la seule Ligue Communiste
Révolutionnaire, à l’instar des verts,
qui s’est il y a peu clairement positionnée
pour le rapprochement des
prisonniers politiques et l’exercice à
terme du droit à l’autodétermination
pour le peuple corse, l’ensemble des
organisations françaises de gauche
adoptent le même profil bas sur la
Corse. Ségolène Royal, l’importante
candidate du Parti Socialiste peut
certes se prévaloir d’un soutien de
« régions et peuples solidaires »,
défendant pour la circonstance une
timide régionalisation, elle a fait sien
l’argument prioritaire asséné par le
maire de Bastia qui lui a conditionné
son concours aux prochaines présidentielles
selon son approche nationale
républicaine française de l’île…
La Corse est, on le voit, dans une
impasse « mortifère » pour reprendre
le terme récemment usité dans un
communiqué par le Parti
Communiste Français…
Resistenza
Ils étaient des milliers ce samedi 13
janvier a descendre dans la rue, des
milliers de corses autonomistes,
nationalistes et indépendantistes, progressistes
et syndicalistes à se retrouver
derrière ce mot d’ordre pour
démentir au lendemain du martyr de
Anghjulu Maria Tiberi, les propos
provocateurs du ministre français de
l’intérieur et qui désignaient le mouvement
national comme « affaibli ».
Sur un seul mot d’ordre, des milliers
de personnes sont venus rappeler que
malgré les messages unilatéraux
d’apaisement, les gestes significatifs
adoptés pour la circonstance, la politique
de la « main tendue », les
débats sur la paix, l’heure était plus
que jamais à la résistance.
La manifestation n’a certes pas
modifié le ton du discours de Nicolas
Sarkozy. Pour autant elle permet par
sa réussite populaire de contredire les
analystes détracteurs du système en
place qui ne cessent de prédire
depuis des lustres la disparition du
mouvement national corse.
Le redéploiement
unitaire
Mais plus que ça, affecté mais renforcé
par le récent sacrifice d’un
militant de la lutte de libération
nationale, le mouvement national
dans sa diversité, a su susciter les initiatives
et positions renouant avec
l’adage historique « Forti saremu si
uniti semu ».
Une lucide et objective analyse de
la situation ne peut laisser place à de
quelconques discordes circonstancielles,
fussent-elles dans le cadre
d’échéance électorale du système en
place. L’enjeu est limpidement identifié
: il s’agit de s’opposer au Parti
Français, parti de l’anti-Corse, afin
que ni au sein de la collectivité territoriale
pour situer cet enjeu, ni au
sein des municipalités bastiaises et
porto-vecchiaises, il cesse de s’arroger
une représentativité qu’un réel
corps électoral corse aurait déjà
démenti.
L’enjeu c’est aussi et surtout de
s’organiser stratégiquement selon
une projection précise des espaces
présents et futurs à occuper.
Unione Naziunale n’a certes pas
disparu – elle bénéficie avant tout
d’un soutien incontestablement
populaire – mais la dynamique
d’union peut être enrichie, transcendée
par l’apport d’autres composantes
selon une direction stratégique.
Le redéploiement unitaire pourrait
traduire une toute autre efficacité.
Baliser les chemins
de l’espoir
L’unité stratégique est, par sa structure
interne et par sa philosophie
politique partagée, à même d’occuper
tous les espaces de lutte, mais
aussi d’en susciter, voire d’en créer à
moyen et long terme.
La contradiction antagoniste –
quelle qu’en soit la nature – avec les
intérêts français fait que inexorablement,
sur la scène européenne et audelà
du carcan constitutionnel et centralisateur
français, se posera la
question du fait National Corse. Cela
passera inévitablement par la reconnaissance
autant historique qu’universelle
des droits du peuple corse,
dont celui de choisir librement son
destin.
Les sacrifices nourrissent tous nos
combats, mais surtout accompagnent
ce formidable sentiment d’appartenance,
d’ouverture et d’émancipation
qui fait que l’espoir demeure entier
quant à notre infatigable soif de
liberté.
Ulivieru Sauli