Depuis le 06 mai, les Français ont élu
leur nouveau président de la république
en la personne de Nicolas
Sarkozy. Celui-ci a obtenu plus de 53%
des suffrages en ayant habilement
subjuguer l’électorat sur la base d’un
programme très populiste voire démagogue.
Après une petite escapade dorée, au frais de Vincent
Bolloré, l’un de ses amis de la haute finance, sur l’île de
Malte, symbole de réussite de l’idée d’indépendance pour
une petite île de Méditerranée occidentale, Nicolas Sarkozy
aura, normalement, au cours de son quinquennat, la lourde
tâche de trouver une solution politique à un problème politique
: la question nationale corse.
Toutefois la réalité est tout autre. Depuis l’échec de juillet
2003, la Corse s’enfonce dans une crise politique sans précédent,
doublée d’une forte répression et d’une volonté de
normaliser définitivement l’île. Une situation qui n’est pas
prête de changer si l’on tient compte des déclarations du
candidat Sarkozy, lors d’un meeting d’entre deux tours à
Porti Vechju, qui en disent long sur le sombre avenir qu’il
nous propose. En effet, après quelques bavardages sur l’héritage
chrétien de la Corse, histoire simplement de récupérer
des voix du côté du FN et autres nostalgiques de la CFR,
et non de faire état d’un fait culturel ou social incontournable,
Nicolas Sarkozy a notamment affirmé que « la solution
des problèmes de la Corse réside à la fois dans l ‘éradication
de la violence et le développement économique ». Une
vision très années 70, très Giscardienne des choses. En
résumé : un retour en arrière de 30 ans et une non prise en
compte de la réalité politique incontournable du problème
corse.
Nous lui rappelons simplement que le développement qu’il
nous propose, axé notamment sur une politique ultra libérale,
est en contradiction totale avec la vision d’un développement
économique maîtrisé et identitaire que nous souhaitons.
La Corse n’a nullement l’intention de devenir le
bronze-cul de l’Europe, d’être transformée en réserve d’indiens
ou d’être vendue par appartement à ses amis industriels.
Les Corses ne sont pas, et ne seront jamais des étrangers
sur leur terre. Par ailleurs, nous lui disons que la répression
n’a jamais été un élément d’apaisement, une solution
à un problème politique, et que la « violence » du peuple
corse est la réponse, au combien disproportionnée, à la violence
d’Etat qui affecte l’île depuis 1769, en matière politique,
économique, sociale et culturelle. Nous récusons le fait
qu’il veuille également s’en prendre « à une minorité syndicale
qui prend en otage l’économie corse dans des conditions
qui sont scandaleuses » car, manifestement, il cherche
à faire pression sur la justice, à quelques mois d’un procès
qui verra des militants, des syndicalistes, jugés pour avoir
défendu les intérêts collectifs de la Corse contre la vente
d’un outil économique, pour une bouchée de pain, à des
amis franco-américano-asiatiques du Pouvoir…
Par conséquent, comme il le dit lui-même « la Corse est
vitime de la violence, elle n’est pas coupable de la
violence ».
La stratégie de Sarkozy est de dénaturer l’aspect politique
incontournable de la lutte nationale en cherchant à
criminaliser le Mouvement. Après avoir de nouveau sali
certains militants et prisonniers politiques, comme
Charles Pieri, il nous annonce sans rire, et sur un ton
grave, que « des bandes armées rackettent, terrorisent
ont pignon sur rue en Corse » et qu’il poursuivra « une
action sans faiblesse en matière d’autorité de l’Etat sur
les mafieux – les mafieux politiques et les mafieux économiques
». Là aussi, nous pouvons lui dire qu’il n’y a
pas de voyous dans les rangs nationalistes, qu’il y a des
militants politiques qui paient le prix fort de la liberté ou
de la vie et que les mafieux – les vrais – sont ceux qui
sont protégés, décorés ou promus par l’Etat français pour
service rendu. Car depuis 30 ans, certains ont animé
FRANCIA, sous un gouvernement de Droite, et d’autres
ont été utilisés, par la Gauche, pour attaquer des nationalistes.
De plus, aujourd’hui encore, beaucoup se
retrouvent aux côtés d’élus du clan et n’hésitent pas à
faire « campagne » lors d’élections cantonales, municipales,
législatives ou consulaires. Quant aux listings des
adhérents des fédérations UMP de Haute-Corse et Corse
du Sud n’en parlons même pas…
Par ailleurs, pour Sarkozy, « ceux qui posent des bombes
la nuit (…) sont des lâches (…) n’aiment pas la Corse (…)
ceux qui font cela ont un comportement raciste qui est
exactement le contraire de la tradition et de la culture
corse ». Là aussi, il doit certainement faire référence
aux derniers attentats barbouzards contre les familles
Simeoni et Travaglini, à l’action du préfet Bonnet et du
GPS ou au rôle éminent joué par certains services occultes
dans l’attentat du 01 juillet 1996 à Bastia…
Pour la question du racisme, c’est au choix : soit il fait
état de la campagne de diffamation, d’intoxication,
d’ostracisme, orchestrée par la Préfecture et quelques
organes de presse à la solde du Pouvoir, soit il a voulu
évoquer la politique ethniciste de l’Etat français en
Corse, qui vise à une normalisation de la situation par un
changement de population et de culture. Enfin, il ne souhaite
pas « laisser la défense de la langue corse à une
minorité d’autonomistes (…) car si au village on parle le
corse, ce n’est pas une trahison à la République française,
c’est simplement une volonté de vivre ses racines
et son identité ». Malheureusement ce n’est pas sa première
union matrimoniale avec une « indigène » qui lui
aura permis de comprendre la Corse. Il se veut le champion
de la défense d’une langue, qu’il considère donc à
juste titre en danger, alors même qu’il s’oppose à la ratification
sur l’officialisation des langues régionales et
minoritaires et que son action politique, raciste et réactionnaire,
vise à sa disparition. Son discours est par
conséquent de circonstance et vide de sens.
La Corse n’a pas besoin de discours à la Peron, ou de
campagnes outrancières de pacification. Elle a en revanche
besoin de retrouver les voix du dialogue et de l’apaisement.
Le problème corse est politique et le sens politique,
le courage, commande de trouver une solution
négociée comme cela c’est notamment fait dans d’autres
régions d’Europe, à l’image de l’Irlande. La Corse
désire la paix, la vraie, qui n’est ni celle des prisons et
des cimetières, et veut, comme la Sardaigne, à 12 kms
de nos côtes, et sans parler de nouveau de Malte, faire
valoir ses droits afin de vivre sa réalité insulaire et européenne
sans passer en permanence par la tutelle de
Paris. Si les nationalistes souhaitent rester ouverts à toutes
démarches, et cela est normal, ils n’en devront pas
moins rester vigilants face à cet Etat UMP qui peut s’avérer
dangereux.
Battì Lucciardi