Accolta

Accolta Cap'articulu Attualità Pulitica Ghjustizia Internaziunale I Prigiuneri Fiure Cultura Abbunamentu Cuntatti Ligame


Articulu di u numaru 19, nuvembre di u 2006


A Stantara di u Niolu



“Une statue-menhir de la montagne corse : San Ghjuvan Battista III”
par Michel Claude Weiss et Ghjuvan Filippu Antolini


Le Niolu est-il appelé à devenir un nouveau sanctuaire du mégalithisme corse ?

La publication de ce petit ouvrage, d’une trentaine de pages, savamment illustré, nous fait entrevoir une réalité nouvelle de la montage corse : des idoles de pierre y ont existé représentant des guerriers armés tout comme à Filitosa ou au plateau de Cauria(l).

La découverte se situe place de l’Eglise de Calacuccia, consacrée aux apôtres San Petru et San Paulu.

Tout commence aux débuts des années 1980, lorsque le conseil municipal de Calacuccia, pour des raisons que l’ouvrage ne mentionne pas, décide de détruire a casa di a cunfraterna autrefois Cappella San Ghjuvan Battista.

L’opuscule nous convie à une véritable énigme policière : les pierres de la « cappella » détruite ont été dispersées en plusieurs endroits du territoire communal de Calacuccia.

Parmi celles-ci trois stantare qui se trouvaient insérées dans les murs de la chapelle !

Un entrepreneur en a récupéré deux pour les transporter chez lui. Fort heureusement, cela n’échappera pas à l’oeil de faucon de Ghjuvan Carlu Antolini le maître diseur de bonnes pierres du Niolu.

Quant à San Ghjuvan Battista III, appellation que l’on doit à son fils Ghjuvan Filippu(2), elle ne sera sauvée que grâce à la pugnacité de Jean-Baptiste Castellani, maire de Calacuccia, et d’Hervé Corteggiani, agent du Parc Naturel Régional de Corse, qui, en 2003, ont pu récupérer ce monolithe dans le sud de l’île pour le remiser au dépôt archéologique d’Albertacce.

Il peut paraître étrange que des « stantare » aient pu servir à la construction de chapelles ou d’églises mais le cas n’est pas isolé puisque, les auteurs nous le rappellent, ce même phénomène s’est produit pour le mur de l’église de Sagone.

Volonté de destruction ou de dissimulation du monde chrétien à l’égard de ces pierres païennes ?

L’explication est la plus plausible et récemment aux Ghjurnate Intemaziunale d’août 2006 à Corti, un érudit sarde m’indiquait qu’en Sardaigne il y aurait eu en réalité 28 000 nuraghi et non point les 7 000 actuellement recensés.

Il est vrai qu’entre le Vème et le VIIIème siècle, de conciles en synodes, tous ceux qui vouaient un culte quelconque aux « pierres sacrées » furent condamnés et excommuniés(3).

Il faut saluer comme il se doit ce travail de recherche de Michel Claude Weiss et Ghjuvan Filippu Antolini car il remet en cause l’étude traditionnelle des monolithes ouvrés du nord de la Corse où l’on répétait invariablement que les statues de pierre ne représentaient pas des personnages dotés de leurs attributs guerriers.

Est ainsi battue en brèche la « théorie shardane » de Roger Grosjean et San Ghjuvan Battista III est désormais mentionnée comme une statue-menhir d’importance par Madame Moracchini-Mazel dans son livre « Corsica Sacra »(4).

Dans l’ouvrage de nos deux auteurs San Ghjuvan Battista III est analysé sous tous ses angles et fissures et l’hypothèse selon laquelle on se trouve en présence d’une statue d’un guerrier porteur d’une cuirasse apparaît particulièrement probable. Où se trouvait à la première origine cette stantara ?

Le mystère demeure entier mais tout laisse supposer qu’elle ne pouvait se dresser que dans un environnement immédiat de son lieu de remploi.

Dès lors il apparaît nécessaire de mobiliser son énergie sur cette vallée du Niolu qui a déjà révélé plus d’une centaines de sites préhistoriques et protohistoriques de divers moments du Néolithique, de l’Age du Bronze et de l’Age du Fer.

Aujourd’hui on travaille sur les sites de Sidossi ou de A Curnatoghja à Albertacce et est venu le temps de la construction d’un musée à Albertacce pour mettre en valeur la terminologie mégalithique corse qui est spécifique, s’étant dégagée de la terminologie celte, ainsi que la toponymie originaire.

Le langage des pierres nous permet de franchir les siècles en sachant d’où nous venons.

Il possède sa singularité et sa valeur sacrée : à l’heure où la défense de notre patrimoine devient une cause prioritaire il faut se réjouir de la publication de ce petit ouvrage pétri de respect pour ce que le philosophe Heidegger qualifiait « d’étant » et qui nous ramène à notre être authentique.

Vincent Stagnara

(1) M.C. Weiss et G.F. Antolini « Une statuemenhir de la montagne corse : San Ghjuvan Battista III », département d’Archéologie expérimentale et de moulage, Université de Corse, Editions Albiana, février 2006.
(2) Ghjuvan Filippu Antolini « La Préhistoire de la montagne corse mise en scène, l’exemple de la haute vallée du Niolu », Thèse de Doctorat, Université de Corse sous la direction du Professeur Michel Claude Weiss ; Décembre 2004 (voir page 32 de la thèse).
(3) Daniel Riba « Mystère des statues-menhirs de Corse », Editions Robert Laffont, 1979, page 14.
(4) Geneviève Moracchini-Mazel « Corsica Sacra », Editions A Stamperia 2004, volume l, page 229

 

Sur le même thème

© U Ribombu Internaziunale — 2006