« Ce sont les travailleurs Corses qui feront l'économie de la Corse. Il est impératif
qu'ils ne soient pas exclus des choix qui seront faits, tant au niveau des options que
des formes structurelles. Et que demain, ils restent en mesure de contrôler les outils
de la mise en oeuvre du développement auquel ils auront participé »
Interview du STC, à quelques jours de son congrès fondateur du 1er mai.
U Ribombu, 26 avril 1984
Avec plus de 40% des voix, le
STC est devenu le 1er syndicat
de Corse après sa brillante
victoire aux élections
prud'hommales du 4 décembre dernier.
En effet, le syndicat patriotique
a remporté le scrutin dans les deux
départements, ce qui lui permet de
prendre les présidences des deux
conseils prud'hommaux de l'île. En
Corse du Sud, le STC confirme sa
victoire, obtenue lors de l'élection
de 2002, en devançant la CGT de
plus de 630 voix. Les nationalistes
ont obtenu 2 élus dans les différents
collèges de l’industrie, du commerce,
de l'agriculture et de l'encadrement,
ainsi que 3 élus dans le
secteur des activités diverses. Cela
lui permet d'obtenir 11 sièges, et la
majorité, sur les 21 que compte le
conseil des prud'hommes. En Haute
Corse, 58 voix seulement ont fait la
différence. Mais le succès est historique,
car ce département était,
d'une part, une chasse gardée de la
CGT, et, d'autre part, il y a 6 ans,
1000 voix, en faveur des cégétistes,
séparaient les deux syndicats ! La
progression est énorme, car cela
veut dire que le STC a obtenu près
de 1100 votes de plus qu'en 2002.
En Haute Corse aussi, le STC obtient
11 sièges au conseil prud'hommal
contre 10 à la CGT, en arrivant en
tête dans quatre collèges (commerce,
agriculture, encadrement,
activités diverses) sur cinq.
L'industrie revenant à la CGT.
Cette double victoire du STC est historique
et symbolique. Elle témoigne
du chemin parcouru depuis la création
du syndicat le 1er mai 1984, à
qui les centrales françaises prédisaient
l’échec et à qui le PCF assurait
une disparition rapide. « Dans deux
mois on n’en parlera plus… »
Cette victoire est le reflet de 25 ans
de luttes syndicales acharnées, non
pas pour des intérêts corporatistes
mais pour ceux collectifs des salariés
et du peuple corse : à Prisunic,
à la Société Mutualiste, à la SEITA, à
la CFC, à la SNCM ou lors des
grands conflits de 1989 et 1995.
Elle est aussi la plus belle réponse
aux menaces de dissolution par
l'Etat français, en 1987, à l'incarcération
en 1987 et 1998 de ses dirigeants.
Elle rend enfin hommage à
tous ces militants qui nous ont quittés,
comme Pierre Coggia en cette
année 2008.
Mais ce succès est par ailleurs logique.
Car s'il récompense, il est vrai,
le travail de terrain réalisé au quotidien
par le syndicat, il résonne aussi
comme une prise de conscience des
travailleurs et du peuple corse, pour
lesquels les notions de Libération
Nationale et de Libération Sociale
sont étroitement liées. Le STC permet
ainsi une alchimie, qui dépasse
le concept de lutte de classes, en
créant les conditions d'une union
large de la société corse autour de la
question essentielle de son devenir
sur sa terre. Le succès du STC marque
clairement une volonté de tourner
le dos à des démarches syndicales
et politiques qui ont contribué à
alimenter et à pérenniser le système
en place, porteur de dépérissement
social, politique, économique et
culturel pour le peuple. Les Corses
ont compris que les solutions leur
appartiennent et qu'ils n'obtiendront
de libération sociale que par
eux même. Et, au-delà des mots,
n'en déplaise aux syndicats traditionnels, il ne peut y avoir en Corse
de véritable libération sociale sans
changer en profondeur le système
actuel. Sans libération nationale. Et
malheureusement, ces syndicats ont
souvent joué les courroies de transmission
des intérêts de l'Etat au
détriment des intérêts collectifs et
nationaux du peuple corse. C'est
pour ça qu'ils ont été sanctionnés,
car ils ne répondent pas à la situation
et ne proposent pas d'alternatives
aux mécanismes de l'exploitation
sous toute ses forme. D'ailleurs,
au lendemain de l'élection nous
avons entendu des dirigeants CGT
souligner « qu'eux aussi étaient
Corses ». Là n'est pas la question,
car cela est vrai et ces militants sont
des gens courageux qui n'hésitent
pas à mouiller chaque jour leur chemise.
Mais cela ne sert à rien de l'affirmer
si cela reste un voeu pieux.
C'est tous les jours qu'il faut être du
côté du parti de la Corse, sans se soucier
d'un positionnement conjoncturel,
d'adaptations tactiques de circonstance
ou de la coloration politique
du gouvernement.
C'est-à-dire en n’étant pas, comme
ce fût leur cas dans les années 80,
aux côtés de la CFR, en ne restant
pas silencieux, comme dans les
années 90, face à l’incarcération
d'un secrétaire STC, en ne détournant
pas, comme dans les années
2000, le véritable enjeu d'un référendum,
ou en ne bradant pas
l'action à la SNCM pour un
accord avec l'UMP, au « niveau
national » sur la question d'EDF…
Enfin, la victoire du STC est aussi un
échec pour l'Etat, et ses relais UMP
et PRG, qui montre que les nationalistes
sont véritablement une force
incontournable, et que le problème
corse dans sa globalité ne peut être
réduit à de simples considérations
vues sous le seul angle répressif. Le
peuple corse est debout sur sa terre
et il entend bien redevenir, demain,
moteur de son histoire.
Battì Lucciardi