Lettre de Carlu Pieri
lue lors du débat organisée par le CAR, le samedi des Ghjurnate
Je me permets de vous écrire, en
tant que prisonnier politique, en
tant qu'otage corse de l'Etat français.
Je le fais dans le souhait que cette lettre
soit lue, par le CAR bien sûr, aux
Ghjurnate.
Surelle, fratelli, nous sommes effectivement
une soixantaine d'otages d'un
Etat européen, la France, lequel se
prétend de droit mais qui est surtout
de droite. Otages nous le sommes
tous au-delà des mouvements auxquels
certains appartiennent ou
non, au-delà même de cette solidarité
qui se veut pour l'instant, inutilement
divisée.
Je ne sais pas faire la différence
dans le soutien, qu'il me vienne du
C A R dont je salue le travail exemplaire
depuis plus de vingt
ans ou de la Riscossa qui
est tout aussi sincère.
Le soutien ne peut être
divisé car l'oppression, elle,
ne l'est certainement pas.
Elle est uniforme, elle porte
les couleurs sombres des
troupes de RAID ou du
GIGN. La France a le sens
de la tradition, ce sont toujours
ses bataillons noirs
qui tentent de semer la terreur,
qui tentent seulement,
car, en Corse, depuis trente
ans, leur seul résultat est l'échec.
Ils ont échoué, ils échouent
au quotidien et ils le savent.
Ils ne nous ont pas cassés, ils ne
nous casseront jamais et ils le savent.
Ils nous ont emprisonnés, ils ont tué
nos frères Battì et Petrucciu, ils ont
semé la haine et le sang, mais c'est en
vain et ils le savent.
Ils font souffrir des familles, déchirent
les coeurs des mères, des femmes
et des enfants mais ils échouent et ils
le savent.
Ils se posent en donneurs de leçons
mais sont incapables de participer à
un réel processus de paix et ils le
savent.
Aujourd'hui un ministricule continue
de jouer le Duce de Neuilly, lui aussi
comme ses prédécesseurs qu'il se
plaît tant à critiquer, a déjà échoué et
il le sait depuis longtemps.
A travers vous, je peux lui poser la
traditionnelle question de Paul
Quastana au Préfet Bonnet " Quand
partirez-vous Monsieur Sarkozy ? "
car il partira.
Plus grave encore, cet adepte de la
terre brûlée ruine le développement
d'une île, d'une terre, d'un peuple et
il le sait. Avec sa politique de criminalisation,
de salissures et d'injures, il
a développé les germes du racisme
anticorse le plus immonde, à croire
qu'il a conservé, collée aux semelles
de ses godillots, la poussière du fascisme
et du nazisme.
En toute conscience et avec l'aval de
ses deux filleuls, Ange et Camille, il a
mis à mal, en deux ans, notre potentiel
touristique, avec toutes les conséquences
qui vont en découler. Il va
nous falloir des années pour nous en
relever mais il s'en moque car il sait
qu'il a échoué.
En fait, il voudrait nous faire payer,
collectivement, son échec personnel,
ses échecs personnels successifs. Là
encore, dans cette haine obsessionnelle
contre un peuple, sa démarche
s'apparente à l'ombre sinistre de celui
qui doit être son maître à penser.
Mais peu importe le matamore, ce
qui compte par dessus tout pour nous
autres, c'est la solidité de chacun de
nos combats, de tous nos combats et
le combat humanitaire a toute sa
place.
Ici, dans les prisons de la France, par
notre situation d'otages, nous sommes
les représentants forcés de la Corse,
aussi nous ne voulons pas nous diviser,
nous sommes un tout, un
ensemble et nous entendons le rester.
Prenez en davantage conscience
dans l'évolution nécessaire de vos
relations entre organisations de soutien.
La seule réserve naturelle qui nous
convienne est celle mise enfin par le
C A R, la non-collaboration avec la
justice d'exception et instrumentalisée.
A présent il ne saurait y avoir d'autre
revendication sérieuse que celle
qui est de règle partout de par
le monde, à savoir la libération
de tous les otages corses
et, en attendant, leur rassemblement
en un seul lieu de
détention, en Corse.
Il faut cesser de suivre les
subtilités des distinguos entre
condamnés ou prévenus,
entre condamnations lourdes
ou légères. Il est clair que le
concept même de règlement
négocié porte en lui la légitime
compréhension " de l'ensemble
des faits liés à la situation
du conflit " y compris
d'ailleurs la prise massive d'otages
sur des années, sous
couvert de l'action judiciaire.
La France trahit sa parole, qui peut
s'en étonner ?
La France est régie encore par le
régime des lettres de cachet, qui peut
s'en étonner ?
Le peuple corse, lui, doit prendre
conscience, par votre action, que sa
place est du côté du droit, du côté de
la véritable justice, du côté des siens,
à vos côtés.
Le CAR est fort de sa légitimité, l'unité
dans le soutien aux prisonniers
politiques ne démontrera que mieux
votre force et votre raison.
Uniti, Vincerete !
Carlu Pieri