Le Syvadec, récemment transformé en syndicat de
réalisation, a sagement résolu d'écarter l'utilisation de
l'incinération pour le traitement des déchets ménagers.
L'action de CNI a pesé fortement sur ce retour
vers des options moins dangereuses pour l'environnement
et la santé publique. La vigilance reste cependant
de mise pour obtenir la modification de l'ensemble
du PIEDMA.
La lutte contre l'incinérateur, symbolique d'une Corse qui
résiste aux agressions en tout genre sur son environnement,
enregistre un succès capital.
Mr Tatti, le président du Syvadec, a annoncé publiquement
renoncer au choix du tout incinération. Ce combat,
mené au départ par un collectif anti-incinération,
constitué à Ponte Leccia ou l'incinérateur devait être
implanté, a fédéré l'ensemble des forces vives de ce
pays.
Echaudés par l'affaire des boues rouges dans les années
70, le mensonge d'Etat de Tchernobyl en 1986, la pollution
du Vazziu et le scandale de l'amiante, le peuple
corse a de nouveau démontré sa capacité à résister aux
agressions. Il faut ici féliciter la poignée de citoyens
courageux qui ont su éclairer la population sur les dangers
extrêmement graves de ce procédé, et cela malgré
la force de l'adversaire soutenu par la CTC et les puissances
de l'argent.
Le numéro de décembre 2006 du Ribombu titrait " le
scandale du Syvadec ", et nous avions alors démontré
que le projet était une triple escroquerie : financière,
sanitaire etintellectuelle. Nous avions également proposé
une alternative crédible qui est aujourd'hui, et
nous nous en réjouissons, reprise presque point par
point. Il faut mettre également en exergue la position
de l'Associu Corsu di a Salute qui fin novembre 2006 prenait
courageusement position en dénonçant les effets
sanitaires désastreux des incinérateurs. A cette époque,
les syndicats de médecins, les organisations professionnelles
de médecins (conseil de l'ordre et union régionale
de médecins libéraux) n'avaient pas pris position et restaient
sur une prudente expectative. Il faut dire que le
Syvadec faisait appel à des sommités médicales, comme
le Pr Narbonne, qui nous servaient à longueur de journaux
un discours sur le caractère non nocif des incinérateurs
de nouvelle génération. Notons au passage, qu'aucune
de ces dîtes sommités ne nous a contredits et n'a
voulu débattre sur le terrain scientifique…
Etait-il nécessaire d'allouer 600 000€ de frais de fonctionnement
au Syvadec ? était-il nécessaire de perdre tant
de temps et d'argent pour revenir à la raison ?
Pour autant, il n'est pas question de délivrer un blanc
seing, d'accorder un quelconque satisfecit à Mr Tatti. Il
faut maintenant passer aux actes et adopter définitivement,
avec vote à la clef de l'assemblée de Corse, le
plan raisonné que nous proposons depuis huit mois. Dans
un premier temps, trouver de nouveaux sites d'enfouissement
capables d'absorber les déchets pendant au
moins cinq ans. Cela est tout à fait possible et le
Syvadec l'a admis. Cette période doit être mise à profit
pour deux objectifs :
"Réduction drastique des déchets à la source par une
incitation et un dialogue avec les grandes surfaces et les
commerçants, en privilégiant un minimum d'emballages
et si possibles en matériaux biodégradables" Pousser le
plus possible le tri-sélectif par des campagnes de sensibilisation
mettant en avant l'écocitoyenneté et l'effort
partagé pour le bien de la collectivité.
C'est bien sur le tri-sélectif que doivent porter les
efforts des collectivités, car pour parvenir à l'objectif de
50% du tonnage total des déchets mébagers, l'effort à
fournir est important quand on sait qu'une ville comme
Bastia ne réalise que 5% de tri. Il faudra donc une
volonté politique sans faille, et un travail quotidien,
pour faire changer les habitudes et les mentalités.
Que faudra-t-il faire de ces déchets triés ? nous avons
proposé la construction de quatre unités de tri-valorisation-
matière servant à parfaire le tri par des méthodes
manuelles et mécaniques et en fin exporter ces matières
récupérés (plastiques, papiers, verre, métaux). Ces
unités devront se situer au voisinage des ports pour faciliter
l'exportation. ces usines sont créatrices d'emplois
et leur bilan économique est équilibré par la vente des
matières recyclables. Ce n'est qu'après avoir mis en
place ces trois étapes, réduction à la source, tri, valorisation,
que se posera le problème de l'élimination des
déchets résiduels, réduits au minimum de tonnage. Il est
probable que la masse annuelle à traiter sera entre 80 et
100000 tonnes. Il s'agit donc bien de reprendre la problématique
par le bon bout. Le choix devra alors se faire
entre plusieurs procédés dont la gazéification et la thermolyse
semblent les plus performants. Il sera alors
temps de construire cette unité de destruction des
déchets ménagers non valorisables.
Le renoncement à l'incinération n'est pas la fin de ce
combat pour un environnement préservé. Il faudra
encore se battre contre la réalisation d'un méga-quai de
transfert à l'Arinella, conçu dans le cadre du projet d'incinération
et qui depuis son abandon est hors sujet.
Le peuple corse a su mener une lutte exemplaire pour
refuser un projet néfaste et contraire à ses aspirations
de développement durable, fondé sur l'identité et
l'environnement.
Clément Filippi