Le « Tavini » a été
l’une des délégations
internationales à
participer cette
année aux journées
de Corsica Nazioni
Indipendenta. La
couverture médiatique
qui s’en est suivie,
malgré une
traditionnelle désinformation
politique
de ceux qui
maîtrisent l’orientation
de la presse
dite libre, en dit
long sur l’importance
stratégique
de leur présence.
U Ribombu a
voulu en savoir un
peu plus sur ce
parti indépendantiste
polynésien.
U Ribombu : Quel est
votre organisme ?
Tavani : Le parti politique
dénommé “TAVINI
HUIRAATIRA NO TE AO
MAOHI - F.L.P.” (serviteur
du peuple de la terre
Maohi – Front de
Libération de la Polynésie)
a été crée en 1977 par
Monsieur Oscar Manutahi
TEMARU.
La couleur du « TAVINI
HUIRAATIRA NO TE AO
MAOHI - F.L.P. » est le bleu
clair. Son emblème est
celui de la croix, sa devise
: « Te Atua Tau Fatu », son
drapeau, futur emblème
national de « Te Ao
Maohi », est de couleur
bleu, blanc, bleu, avec en
son centre cinq étoiles de
couleur or.
Explicitation des couleurs
et des symboles : le Bleu
du ciel ; le Blanc de la
Paix, autre forme d’expression
de sa devise : « Te
Atua taù Fatu : Dieu mon
Maître » ; les cinq Etoiles
pour rappeler les 5
Archipels ; leur disposition
en croix pour symboliser
son emblème ; la couleur
or des étoiles pour signifier
la valeur sacrée, inaliénable
et imprescriptible de la
terre : Mère nourricière de
l’homme.
U Rib. : Quelles sont vos
revendications fondamentales
et quelle est votre
vision de la société polynésienne
de demain ?
Tavani : Nous sommes
résolus et déterminés à :
(a) Reconquérir par tout
moyen démocratique et
non violent, notre liberté et
notre souveraineté pleine
et entière
(b) Bâtir une société
Maohi juste et humaine
fondée sur des principes
démocratiques, par l’institution
des Etats Fédérés : «
Te Ao Maohi : Iles-Du-
Vent ; Iles-Sous-Le-Vent ;
Tuamotu - Gambiers ;
Australes et Marquises ;
(c) Proclamer sans la
moindre ambiguïté notre
attachement indéfectible et
profond à :
* La Déclaration
Universelle des Droits de
l’Homme du 10 Décembre
1948, et aux Pactes internationaux
relatifs aux droits
civils et politique, aux
droits économiques,
sociaux et culturels du 16
Décembre 1966 ;
* La Déclaration des
Droits de l’Enfant du 20
Novembre 1959 ;
* La Déclaration
Universelle des Droits
des Peuples du 04 Juillet
1976, qui reconnaît
notamment à tout peuple
:
* le droit à l’existence,
au respect de son identité
nationale et culturelle,
* le droit imprescriptible
et inaliénable à son
autodétermination politique
et à son affranchissement
de toute domination
coloniale ou
régime raciste ;
* le droit exclusif sur
ses richesses et ses ressources
naturelles, le
droit de se donner le
système économique et
social de son choix et de
poursuivre sa propre voie
dans le développement
économique en toute
liberté ;
* le droit de parler et
d’enseigner sa propre langue
(le reo maòhi), de préserver
et de développer sa
culture ;
* le droit à la conservation,
à la protection et à
l’amélioration de son environnement
;
* et aux minorités :
* le droit au respect de leur
identité, de leurs traditions,
de leur(s) langue(s) et de
leur patrimoine culturel.
(d) Revaloriser et préserver
les valeurs morales et
humanitaires, notamment
dans la conduite des affaires
publiques ;
(e) Protéger, défendre et
valoriser les ressources de
notre patrimoine par une
exploitation judicieuse et
rationnelle permettant de
protéger et de sauvegarder
l’environnement naturel, la
santé et l’hygiène ;
(f) Dénoncer et empêcher
toute manoeuvre
dirigée contre l’intérêt
national du Peuple
Maohi ;
(g) Fournir aux forces
vives de la Nation
Maohi les moyens
d’une éducation et
d’une formation professionnelle
conformes
aux priorités nationales
et adaptés à notre culture
Maohi, aux réalités
et aux exigences du
monde ;
(h) Mettre en oeuvre
une économie de type
diversifié afin d’assurer le
plein emploi des forces
vives de notre pays.
(i) Garantir la laïcité de
nos institutions, organismes
et établissements publics et
administratifs, et faire respecter
le principe de la
stricte neutralité en matière
de confessions religieuses,
politique, syndicale et plus
généralement en ce qui
concerne toute forme de
vie associative ;
(j) Combattre les situations
de monopole, contraires
aux intérêts nationaux
Maohi, et permettre à l’autorité
publique d’assurer le
contrôle des secteurs clefs
de notre économie et de
nos finances ;
(k) Mettre en place une
fiscalité adaptée et équitable
afin de promouvoir une
meilleure justice sociale ;
(l) Lutter contre le gaspillage
et le pillage de notre
patrimoine et de ses ressources,
notamment celles
de notre Zone Economique
Exclusive (ZEE) ;
(m) Instaurer un appareil
judiciaire Maohi qui garantisse
l’égalité de traitement
devant la justice et déférer
toutes les affaires litigieuses
et suspectes devant la Cour
de Justice Internationale ;
(n) Oeuvrer pour la préservation
de la Paix et de la
Sécurité Internationales,
respecter le principe de la
non-ingérence en matière
de politique étrangère, soutenir
tout « mouvement de
libération des peuples »,
établir des relations amicales
avec toutes les nations
et, au besoin, souscrire et
passer avec elles des traités,
accords, conventions et
autres actes à caractère
commercial, industriel,
scientifique, etc.... ;
(o)Par notre attachement
aux normes internationales
et aux valeurs universelles,
combattre toute forme d’injustice,
d’arbitraire, d’intolérance,
de xénophobie, de
racisme et toute forme de
discrimination.
U Rib. : Quelle est la
réalité démographique,
géographique et économique
de la Polynésie ?
Tavani : La Polynésie
compte environ 253 000
habitants dont plus de 160
000 vivent sur l’île principale
Tahiti.
La Polynésie comprend
118 îles réparties sur cinq
archipels :
Archipel de la Société,
archipel des Marquises,
archipel des Australes,
archipel des Tuamotu et
archipel des Gambiers.
Sa surface principalement
maritime représente 5 millions
de km2, la surface de
l’Europe.
Avant l’ère du CEP (centre
d’expérimentation dans le
pacifique), les Polynésiens
étaient attachés au mode
de vie reposant sur la terre
et la mer. A partir de 1962,
la France avait besoin de
main d’oeuvre pour
construire les infrastructures
du CEP à Moruroa,
Fangataufa et Hao. Cet
exode a détruit l’équilibre
économique et social des
Polynésiens qui ont
délaissé leurs activités agricoles
et de pêche. Après
1996, la fin des essais
nucléaires, la reconversion
économique s’est faite rapidement
et sans transition.
Elle s’est focalisée principalement
sur le secteur tertiaire
au détriment du secteur
primaire. Nous vivons
actuellement sous
perfusion puisque
notre principale ressource
provient des
salaires des fonctionnaires.
Nous produisons
et exportons
peu. La politique de
Monsieur Oscar
Manutahi Temaru est
de revaloriser le secteur
primaire afin
d’obtenir un équilibre
de la balance commerciale.
Actuellement, dans le
domaine de l’alimentation,
nous importons
pour 300 millions
d’euros alors
que nous en exportons
à peine 50 millions
d’euros.
U Rib. : Quelle est votre
approche des institutions
en place ? Et de
quelle majorité disposez-
vous au sein des institutions
?
Tavani : Monsieur Francis
Sandford a négocié et mis
en place en 1977 le statut
de l’Autonomie de gestion.
Ont suivi par la suite plusieurs
autres types de statut
de l’autonomie pour arriver
à celui que Monsieur
Gaston Flosse s’est fait tailler sur mesure en début
2004. Il a réussi avec l’appui
de son frère Monsieur
Jacques Chirac, à imposer
un mode de scrutin avec
une prime majoritaire de
33% pour lui assurer le
pouvoir absolu.
Malheureusement, aux
élections territoriales du 23
mai 2004, la clairvoyance et
l’intelligence du peuple
polynésien, qui n’est plus
dupe des supercheries de
ce dernier, a opté pour le
Taui et la démocratie. Le
Tavini associé à d’autres
formations (indépendantistes
et autonomistes) ont
obtenu 29 élus sur 57.
Monsieur Oscar Manutahi
Temaru a été élu Président
du Pays. A l’issue d’actions
fallacieuses de l’Etat au
profit de Monsieur Gaston
Flosse pour obtenir une
motion de censure, la
population est retournée
aux urnes. Le 13 février
2005, la population a
accentué son vote contre
Monsieur Gaston Flosse (6
000 voix de différence au
lieu de 600) et a donné
une nouvelle fois à
Monsieur Oscar Manutahi
Temaru les rennes du Pays.
Au jour d’aujourd’hui, la
majorité compte toujours
29 élus à l’Assemblée du
Pays.
U Rib. : Quelles sont vos
rapports avec les formations
des peuples en
lutte non reconnus de
par le monde ?
Tavani : Depuis presque
30 ans, les militants du
Tavini ont sillonné le
monde (Pacifique, Asie,
Europe) et ont rencontré
les peuples en lutte non
reconnus pour les soutenir
et leur apporter leur solidarité.
Les relations avec ces
peuples sans Etat demeurent
dans le respect des
spécificités et du caractère
propre de l’autre. Ces peuples
amis connaissent la
philosophie du Tavini qui
repose sur la non violence
et le respect des institutions.
U Rib. : Quelle vision avez-vous
de la Corse, de sa lutte et
de sa résistance ?
Tavani : Par amour de
notre peuple et de notre
Pays, nous revendiquons à
l’instar des indépendantistes
corses le droit à la
décolonisation et à l’autodétermination.
Nous avons
choisi la non violence et la
voie politique pour arriver
à nos fins. La lutte des
nationalistes corses est différente
de la nôtre. Nous
respectons et ne jugeons
pas leur choix.
Interview réalisée par
Ulivieru Sauli