Accolta

Accolta Cap'articulu Attualità Pulitica Ghjustizia Internaziunale I Prigiuneri Fiure Cultura Abbunamentu Cuntatti Ligame


Articulu di u numaru 17, sittembre di u 2006


Interview du Tavini, parti polynésien indépendantiste au pouvoir


Le « Tavini » a été l’une des délégations internationales à participer cette année aux journées de Corsica Nazioni Indipendenta. La couverture médiatique qui s’en est suivie, malgré une traditionnelle désinformation politique de ceux qui maîtrisent l’orientation de la presse dite libre, en dit long sur l’importance stratégique de leur présence. U Ribombu a voulu en savoir un peu plus sur ce parti indépendantiste polynésien.

U Ribombu : Quel est votre organisme ?
Tavani :
Le parti politique dénommé “TAVINI HUIRAATIRA NO TE AO MAOHI - F.L.P.” (serviteur du peuple de la terre Maohi – Front de Libération de la Polynésie) a été crée en 1977 par Monsieur Oscar Manutahi TEMARU.

La couleur du « TAVINI HUIRAATIRA NO TE AO MAOHI - F.L.P. » est le bleu clair. Son emblème est celui de la croix, sa devise : « Te Atua Tau Fatu », son drapeau, futur emblème national de « Te Ao Maohi », est de couleur bleu, blanc, bleu, avec en son centre cinq étoiles de couleur or.

Explicitation des couleurs et des symboles : le Bleu du ciel ; le Blanc de la Paix, autre forme d’expression de sa devise : « Te Atua taù Fatu : Dieu mon Maître » ; les cinq Etoiles pour rappeler les 5 Archipels ; leur disposition en croix pour symboliser son emblème ; la couleur or des étoiles pour signifier la valeur sacrée, inaliénable et imprescriptible de la terre : Mère nourricière de l’homme.

U Rib. : Quelles sont vos revendications fondamentales et quelle est votre vision de la société polynésienne de demain ?
Tavani :
Nous sommes résolus et déterminés à :

(a) Reconquérir par tout moyen démocratique et non violent, notre liberté et notre souveraineté pleine et entière

(b) Bâtir une société Maohi juste et humaine fondée sur des principes démocratiques, par l’institution des Etats Fédérés : « Te Ao Maohi : Iles-Du- Vent ; Iles-Sous-Le-Vent ; Tuamotu - Gambiers ; Australes et Marquises ;

(c) Proclamer sans la moindre ambiguïté notre attachement indéfectible et profond à :

* La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme du 10 Décembre 1948, et aux Pactes internationaux relatifs aux droits civils et politique, aux droits économiques, sociaux et culturels du 16 Décembre 1966 ;
* La Déclaration des Droits de l’Enfant du 20 Novembre 1959 ;
* La Déclaration Universelle des Droits des Peuples du 04 Juillet 1976, qui reconnaît notamment à tout peuple :
* le droit à l’existence, au respect de son identité nationale et culturelle,
* le droit imprescriptible et inaliénable à son autodétermination politique et à son affranchissement de toute domination coloniale ou régime raciste ;
* le droit exclusif sur ses richesses et ses ressources naturelles, le droit de se donner le système économique et social de son choix et de poursuivre sa propre voie dans le développement économique en toute liberté ;
* le droit de parler et d’enseigner sa propre langue (le reo maòhi), de préserver et de développer sa culture ;
* le droit à la conservation, à la protection et à l’amélioration de son environnement ;
* et aux minorités :
* le droit au respect de leur identité, de leurs traditions, de leur(s) langue(s) et de leur patrimoine culturel.

(d) Revaloriser et préserver les valeurs morales et humanitaires, notamment dans la conduite des affaires publiques ;

(e) Protéger, défendre et valoriser les ressources de notre patrimoine par une exploitation judicieuse et rationnelle permettant de protéger et de sauvegarder l’environnement naturel, la santé et l’hygiène ;

(f) Dénoncer et empêcher toute manoeuvre dirigée contre l’intérêt national du Peuple Maohi ;

(g) Fournir aux forces vives de la Nation Maohi les moyens d’une éducation et d’une formation professionnelle conformes aux priorités nationales et adaptés à notre culture Maohi, aux réalités et aux exigences du monde ;

(h) Mettre en oeuvre une économie de type diversifié afin d’assurer le plein emploi des forces vives de notre pays.

(i) Garantir la laïcité de nos institutions, organismes et établissements publics et administratifs, et faire respecter le principe de la stricte neutralité en matière de confessions religieuses, politique, syndicale et plus généralement en ce qui concerne toute forme de vie associative ;

(j) Combattre les situations de monopole, contraires aux intérêts nationaux Maohi, et permettre à l’autorité publique d’assurer le contrôle des secteurs clefs de notre économie et de nos finances ;

(k) Mettre en place une fiscalité adaptée et équitable afin de promouvoir une meilleure justice sociale ;

(l) Lutter contre le gaspillage et le pillage de notre patrimoine et de ses ressources, notamment celles de notre Zone Economique Exclusive (ZEE) ;

(m) Instaurer un appareil judiciaire Maohi qui garantisse l’égalité de traitement devant la justice et déférer toutes les affaires litigieuses et suspectes devant la Cour de Justice Internationale ;

(n) Oeuvrer pour la préservation de la Paix et de la Sécurité Internationales, respecter le principe de la non-ingérence en matière de politique étrangère, soutenir tout « mouvement de libération des peuples », établir des relations amicales avec toutes les nations et, au besoin, souscrire et passer avec elles des traités, accords, conventions et autres actes à caractère commercial, industriel, scientifique, etc.... ;

(o)Par notre attachement aux normes internationales et aux valeurs universelles, combattre toute forme d’injustice, d’arbitraire, d’intolérance, de xénophobie, de racisme et toute forme de discrimination.

U Rib. : Quelle est la réalité démographique, géographique et économique de la Polynésie ?
Tavani :
La Polynésie compte environ 253 000 habitants dont plus de 160 000 vivent sur l’île principale Tahiti.

La Polynésie comprend 118 îles réparties sur cinq archipels :
Archipel de la Société,
archipel des Marquises,
archipel des Australes,
archipel des Tuamotu et
archipel des Gambiers.

Sa surface principalement maritime représente 5 millions de km2, la surface de l’Europe.

Avant l’ère du CEP (centre d’expérimentation dans le pacifique), les Polynésiens étaient attachés au mode de vie reposant sur la terre et la mer. A partir de 1962, la France avait besoin de main d’oeuvre pour construire les infrastructures du CEP à Moruroa, Fangataufa et Hao. Cet exode a détruit l’équilibre économique et social des Polynésiens qui ont délaissé leurs activités agricoles et de pêche. Après 1996, la fin des essais nucléaires, la reconversion économique s’est faite rapidement et sans transition.

Elle s’est focalisée principalement sur le secteur tertiaire au détriment du secteur primaire. Nous vivons actuellement sous perfusion puisque notre principale ressource provient des salaires des fonctionnaires. Nous produisons et exportons peu. La politique de Monsieur Oscar Manutahi Temaru est de revaloriser le secteur primaire afin d’obtenir un équilibre de la balance commerciale.

Actuellement, dans le domaine de l’alimentation, nous importons pour 300 millions d’euros alors que nous en exportons à peine 50 millions d’euros.

U Rib. : Quelle est votre approche des institutions en place ? Et de quelle majorité disposez- vous au sein des institutions ?
Tavani :
Monsieur Francis Sandford a négocié et mis en place en 1977 le statut de l’Autonomie de gestion. Ont suivi par la suite plusieurs autres types de statut de l’autonomie pour arriver à celui que Monsieur Gaston Flosse s’est fait tailler sur mesure en début 2004. Il a réussi avec l’appui de son frère Monsieur Jacques Chirac, à imposer un mode de scrutin avec une prime majoritaire de 33% pour lui assurer le pouvoir absolu.

Malheureusement, aux élections territoriales du 23 mai 2004, la clairvoyance et l’intelligence du peuple polynésien, qui n’est plus dupe des supercheries de ce dernier, a opté pour le Taui et la démocratie. Le Tavini associé à d’autres formations (indépendantistes et autonomistes) ont obtenu 29 élus sur 57.

Monsieur Oscar Manutahi Temaru a été élu Président du Pays. A l’issue d’actions fallacieuses de l’Etat au profit de Monsieur Gaston Flosse pour obtenir une motion de censure, la population est retournée aux urnes. Le 13 février 2005, la population a accentué son vote contre Monsieur Gaston Flosse (6 000 voix de différence au lieu de 600) et a donné une nouvelle fois à Monsieur Oscar Manutahi Temaru les rennes du Pays.

Au jour d’aujourd’hui, la majorité compte toujours 29 élus à l’Assemblée du Pays.

U Rib. : Quelles sont vos rapports avec les formations des peuples en lutte non reconnus de par le monde ?
Tavani :
Depuis presque 30 ans, les militants du Tavini ont sillonné le monde (Pacifique, Asie, Europe) et ont rencontré les peuples en lutte non reconnus pour les soutenir et leur apporter leur solidarité.

Les relations avec ces peuples sans Etat demeurent dans le respect des spécificités et du caractère propre de l’autre. Ces peuples amis connaissent la philosophie du Tavini qui repose sur la non violence et le respect des institutions.

U Rib. : Quelle vision avez-vous de la Corse, de sa lutte et de sa résistance ?
Tavani :
Par amour de notre peuple et de notre Pays, nous revendiquons à l’instar des indépendantistes corses le droit à la décolonisation et à l’autodétermination.

Nous avons choisi la non violence et la voie politique pour arriver à nos fins. La lutte des nationalistes corses est différente de la nôtre. Nous respectons et ne jugeons pas leur choix.

Interview réalisée par Ulivieru Sauli

 

Sur le même thème

© U Ribombu Internaziunale — 2006