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Le retour au roman de Jean-Claude Rogliano |
Auteur de nombreux textes et de la série « Légendaires » (France 2), Jean-Claude Rogliano est demeuré un animateur culturel aux multiples talents, que l'on ne se lasse jamais d'entendre évoquer la Castagniccia, la Corse ou le monde… Il se penche aujourd'hui sur un personnage d'histoire et de légende, Théodore de Neuhoff, roi de Corse. Ce dernier, brièvement mentionné par de nombreux historiens comme un aventurier allemand au règne éphémère, voire un roi d'opérette, mérite certainement un jugement plus nuancé. Rappelons que son action politique fut notamment marquée par la création d'une monnaie nationale et la proclamation de la liberté de conscience, ce qui n'était pas pour l'époque une mince avancée. Au XVIIIème siècle déjà, James Boswell, se fondant notamment sur l'appréciation de Pasquale Paoli, avait reconnu les aspects positifs de son passage dans l'île. De celui qui demeure un mystère historique, Jean-Claude Rogliano fait un personnage de roman. Il nous introduit dans une époque particulièrement troublée, s'appuyant à la fois sur des sources authentiques, comme les Mémoires de Sebastianu Costa, et sur sa parfaite connaissance de notre peuple, de ses qualités, de ses travers (d'hier et d'aujourd'hui !): vaillance au combat, inclination à nourrir de stériles querelles internes. On appréciera notamment l'évocation des dissensions opposant les chefs corses, ainsi que des intrigues auxquelles elles donnèrent lieu. Jean-Claude Rogliano nous fait, avec le même bonheur, voyager des bas quartiers londoniens au coeur de notre maquis. Dans la description de ses personnages, nous retrouvons bien la magie qui avait donné vie à Lezia de Mal' Cunciliu. Par ce retour à la veine romanesque, Jean-Claude Rogliano signe l'un de ses plus beaux ouvrages. Jean-Guy Talamoni Extraits : « La neige, parce qu'elle ourlait les rebords crasseux des fenêtres, recouvrait les ordures entassées près des portails, pétrifiait les eaux grasses charriées par les rigoles au milieu des ruelles, était peut-être pour les habitants de Soho plus magique qu'ailleurs. Sous un porche, deux prostituées se disputaient un client indécis. L'une d'elle, celle qui, fardée de mauve, avait le front tatoué d'un troisième oeil, ne lui lâchait pas la main, l'attirant vers l'entrée tandis que l'autre, une longue rousse édentée, la menaçait de lui labourer le visage de ses ongles. À quelques pas, une bande d'enfants s'amusait à suivre un ivrogne qui, entre deux éructations, vociférait des injures ponctuées de gestes obscènes. » (P. 12). Les mille et une vies de Théodore, roi de Corse Edition : JC Lattès, Paris, 2009 | ||
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