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Articulu di u numaru 19, nuvembre di u 2006


Le tourisme, un levier essentiel à maîtriser



Le tourisme dans notre civilisation des loisirs est devenu un atout économique de grande importance. Le développement des transports internationaux, la hausse du niveau de vie européen ont fait de chaque citoyen un voyageur potentiel.

Cette activité économique longtemps vue comme un revenu d’appoint voire un mal nécessaire, doit devenir une véritable industrie capable de compenser l’absence d’industrialisation de la Corse. Le tourisme doit être le moyen de conquérir notre indépendance économique comme ont pu le faire nos proches voisins. Le tourisme maîtrisé par le Peuple corse, à son service, respectueux de notre environnement, ancré sur des valeurs identitaires fortes sera l’instrument de la désaliénation culturelle et patrimoniale, le créateur d’emplois et de richesses nouvelles assurant notre indépendance nationale.

Etat des lieux


Quels sont les retombées économiques et les effets pervers d’une politique touristique non maîtrisée ? Sur le plan économique malgré les presque 2,5 millions de visiteurs par an annoncés glorieusement, l’apport réel est faible. Le tourisme produit 8% du PIB de la Corse et emploie 4% des actifs (en terme d’emplois équivalent temps-plein annuel E.T.P.A). Les rapports bénéfices/inconvénients et emplois créés/investissements sont donc bien faibles, surtout si on les compare à Malte et Chypre où l’activité touristique produit 20 % du PIB. Il est vrai que ces deux pays sont indépendants et maîtrisent leur économie.


Incidences foncières

Dans les années cinquante et soixante les grands groupes financiers, encouragés par l’Etat français et ses relais locaux, ont acquis pour une misère des centaines de milliers d’hectares parmi les plus belles terres de notre pays. Les projets les plus fous ont germé, surtout dans l’Extrême-Sud où l’on projetait de construire 100.000 lits d’hébergement.

Heureusement face à cette agression le peuple a su résister et contraindre ces colons à renoncer. Cependant ces terrains n’appartiennent plus à la Corse. Il s’agit d’une menace permanente, pernicieuse, qui ressurgit de façon récurrente lorsque notre garde baisse un tant soit peu.

Aujourd’hui la menace s’appelle PADDUC. Ce plan d’aliénation massive de notre patrimoine le plus précieux prévoit en effet d’augmenter de façon sensible la constructibilité du littoral. Ne nous y trompons pas, il s’agit de récupérer les meilleures terres, les sites les plus remarquables, pour y construire des résidences en grand nombre pour les « happy few ». Ces terres, parmi les plus exploitables seront aliénées aux dépens des agriculteurs et à jamais perdues pour notre jeunesse. Nous ne pouvons tolérer qu’au mépris de la loi littoral on construise des lotissements de luxe contribuant très peu à notre économie. Ces résidences secondaires qui sont déjà en trop grand nombre, trois fois plus qu’en France, présentent de multiples inconvénients. Elles utilisent beaucoup d’espace, générant le phénomène de mitage des terres, elles coûtent beaucoup au contribuable corse, car il faut y amener de l’eau potable en grande quantité pour remplir les piscines, faire des routes d’accès, veiller à l’assainissement et à l’enlèvement des ordures ménagères, tout ceci pour un habitat dispersé majorant d’autant les coûts.

Ces heureux propriétaires se mêlent très peu à la population indigène, ils préfèrent festoyer entre eux, enfermés dans leurs villas grand luxe, contribuant peu au commerce local, et donc à la richesse de la Corse. De plus, ces villas sont très souvent louées en saison jusqu’à 10.000 € la semaine, cela sans déclaration fiscale évidemment, payés hors de Corse et en concurrence directe et déloyale avec les hôteliers. Si le seul apport économique des résidences secondaires est leur construction par les entreprises de maçonnerie insulaires, cela est bien peu, comparé à leurs multiples inconvénients. La construction massive de résidences secondaires est antiéconomique, induit une activité dissimulée non négligeable, participe à la spéculation foncière. Elle est une concurrence déloyale pour le secteur hôtelier professionnel et crée peu d’emplois.


La politique actuelle

La CTC et l’Etat français, « Le Parti français », poursuivent le même but qui est d’augmenter la dépendance économique de la Corse. Les élus pour sauvegarder leur clientèle électorale et renforcer les liens de dépendance de leurs électeurs ne peuvent en aucun cas favoriser la véritable liberté de l’individu qui est l’autonomie financière créée par le fruit de son travail. L’Etat colonial, dans la logique invariable, renforce le lien exclusif avec la France, accentue sa politique de dilution démographique et d’acculturation. Les moyens de cette politique sont le grignotage du littoral, la confiscation par de grands groupes financiers des meilleures terres, la spéculation immobilière et la pression foncière qui excluent les Corses et en font des citoyens de seconde zone sur leur propre terre.

Comment le Parti français remplit-il ces objectifs ? Tout simplement en chantant les louanges d’un tourisme de masse, mal maîtrisé et concentré sur deux mois d’été. En vantant les mérites de la construction de résidences secondaires, en favorisant les projets de grands groupes financiers aux ramifications troubles, en favorisant la création de résidences de vacances aux mains des tour-opérators. Cette politique doit être rejetée en bloc car elle va à l’encontre des intérêts collectifs du peuple corse. Elle crée peu d’emplois, elle n’enrichit que les couches sociales les plus favorisées, et augmente la pauvreté de la majorité des Corses qui peinent à survivre avec leurs familles. Elle délaisse l’intérieur de l’île au profit de la bande littorale où le rapport est bien plus juteux, tout cela au bénéfice de quelques propriétaires terriens et au détriment de l’immense majorité du peuple corse.

Quels moyens utilise le parti français pour mener cette politique ?

La clientèle française, qui n’est pas la meilleure au monde, a été largement favorisée dans le but de remplacer le lien exclusif avec la France.

Les transports maritimes ont été très généreusement subventionnés (90 millions d’euro/an), pour obtenir des tarifs de passage France-Corse au plancher. Cela a favorisé la venue d’une clientèle désargentée nous inondant de flots de camping-cars et caravanes, pleines à craquer, parquées anarchiquement hors des campings, ne laissant que leurs déchets à la Corse. Cette clientèle, française presque exclusivement (75 à 80 %), ne venant que durant la période estivale, est responsable du faible apport économique constaté. De plus, l’hyper saisonnalité de l’activité ne permet pas à nos producteurs locaux du secteur agroalimentaire de satisfaire la demande sur une si courte période, faisant les affaires de la grande distribution qui s’approvisionne en France grâce à l’argent de la continuité territoriale.

Les transports aériens cantonnent la CCM à son rôle de « service public » c’est-à-dire d’opérateur subventionné de vols vers la France. En ce qui concerne les « low cost » qui seraient la panacée, ce n’est que la répétition du maritime, hyper saisonnalité et clientèle peu fortunée, sans compter que ces compagnies négocient toujours la gratuité des frais et taxes aéroportuaires sur le dos encore du contribuable corse. La politique menée actuellement atteint des sommets de perversité. Non seulement elle ne crée que peu d’emplois, mais de plus par l’hyper saisonnalité et l’effet d’envahissement ressenti, induit un rejet du tourisme artificiellement entretenu et soutenant l’image du Corse hostile à cette activité économique.


Propositions pour un tourisme maîtrisé créateur de richesse et d’emplois

La comparaison avec l’île de Chypre, indépendante, membre de l’Union Européenne est édifiante. Avec moins de 3 millions de visiteurs en 2001, Chypre tirait de l’industrie touristique 20 % de son PIB et plus de 40.000 emplois. Dans cette île où les richesses naturelles sont inférieures à celles de la Corse, le tourisme est la locomotive de l’économie et permet un niveau de vie tout à fait comparable au nôtre.

Pourquoi ce qui est possible dans une île de 460.000 habitants dont un tiers est occupé par l’armée turque, n’est pas réalisable ici, et maintenant ?

Une méthode de travail à révolutionner

L’étalement de la période de fréquentation est une évidence. Elle est espérée voire désirée comme la pluie en août. La clientèle aujourd’hui française à près de 80 %, très attachée aux « grandes vacances » privilégie le séjour plage en juillet-août. Seul le démarchage d’autres clients britanniques, allemands, scandinaves, venant des pays froids, amateurs de séjours hors saison estivale, permettra de rééquilibrer la fréquentation annuelle.

Il faut là encore citer l’exemple de Chypre. La répartition annuelle s’y fait en trois périodes, 40 % au printemps, 40 % en été, 20% les autres mois. Il est donc réaliste de tabler sur une période d’activité de six à huit mois. Cette augmentation de 50 % du temps de travail doit mécaniquement doubler le nombre d’emplois ETPA. L’étalement ne modifie pas le ratio touriste-habitant à un instant donné. Les deux axes de notre politique touristique doivent donc être diversification de la clientèle et étalement de la fréquentation.

Quels sont les moyens de cette politique ?

Les transports aériens : pour attirer et surtout acheminer la clientèle nordeuropéenne, très friande de séjours brefs (6 à 10 jours) en avant et après saison, il faut développer un réseau pan-européen. Il serait suicidaire de laisser ce trafic aux compagnies charters et low-cost soumises aux touropérators et autres grands voyagistes dont les intérêts ne coïncideraient pas forcément avec les nôtres. Ce trafic doit être géré par la compagnie aérienne corse. Cette extension du réseau se ferait de manière raisonnée et échelonnée, permettant l’amortissement des investissements nécessaires et la fidélisation de la clientèle.

Rappelons que Air Malta et Cyprus Airways disposent de flottes de six appareils moyens courriers et assurent tous deux plus de quarante liaisons régulières. Ceci leur permet de recruter dans toute l’Europe, et parfois plus loin (Russie, Moyen-Orient) une large clientèle touristique très diversifiée. Dans cette recherche de nouveaux clients, le réseau des Corses de la diaspora pourra être très utile en servant de relais local.

Les transports maritimes : ils doivent être redéployés en particulier vers l’Espagne, la Sardaigne, et d’autres pays du pourtour méditerranéen. Cela permettra une plus grande diversité de nos échanges et la sécurisation de nos approvisionnements. La politique des transports actuelle, axée sur le maritime, un réseau aérien embryonnaire (Nice, Marseille, Paris) sont aux antipodes de ce qu’il faut faire.

Les infrastructures hôtelières : il faut y englober hôtellerie traditionnelle, gîtes, chambres d’hôtes, campings, ports de plaisance. En cette matière il faut de l’éclectisme et en donner pour tous les goûts. Un état des lieux exhaustif doit être dressé pour proposer un plan de remise à niveau, financé par des prêts cautionnés et aidés par la puissance publique, remboursables en 25 ans, en contrepartie de l’adhésion à une charte de qualité environnementale, architecturale, incluant aussi corsisation des emplois et respect de la législation du travail. Il faut rééquilibrer l’offre entre littoral et intérieur où l’on recense seulement 5 % des lits d’hôtellerie. On s’inspirera de l’exemple des Parador espagnols pour utiliser le patrimoine bâti remarquable lui donnant une valeur économique qui permettra sa protection. Les secteurs nature, tourisme à la ferme, activités sportives, le nautisme sont à encourager. Ce dernier en forte croissance en Méditerranée, créateur d’emplois (entretien, hivernage, location…) demande encore plus d’ambition pour dépasser les 20 000 anneaux dont la Corse pourrait bénéficier (25 000 en Languedoc). Pour ce qui concerne l’hôtellerie haut de gamme (4 étoiles et plus), il faut tout d’abord s’appuyer sur l’existant, le développer si nécessaire en s’aidant de l’expertise des exploitants actuels.

Il faudra également réaliser en certains lieux parfaitement délimités et répartis sur le territoire de véritables zones d’activité touristique sur lesquelles seront construits des complexes hôteliers de grand luxe avec golf, casino, tout ceci dans la plus parfaite transparence, grâce à un indispensable code des investissements.

En matière d’infrastructures d’accueil, rien ne doit être exclu à priori, tous les types de visiteurs doivent y accéder dans le respect de leurs souhaits, sans discrimination par l’argent, car l’étudiant pauvre d’aujourd’hui sera peut être un PDG dans 10 ans.

Le para-commercialisme : sur la masse de visiteurs venant en Corse chaque année, soit près de 2,5 millions actuellement, seuls 50 % fréquentent le secteur hôtelier marchand.

On peut certes estimer à 500 000 le nombre de Corses revenant chez eux ou des parents. Malgré cela, près d’un million de visiteurs annuels ne se retrouveraient pas parmi la clientèle hôtelière. C’est un chiffre considérable, pour autant ces personnes ne dorment pas toutes à la belle étoile, dans leur camping-car garé au bord d’une route, ou bien dans leur bateau mouillé dans une crique.

La part du secteur hôtelier dissimulé est donc très importante. Il peut s’agir d’appartements sous-loués, de chambres ou gîtes dans des résidences occupées, mais aussi de résidences secondaires, luxueuses villas louées pour certaines 15 000 € par mois. Si l’on peut admettre qu’un Corse cherche à accroître ses revenus en louant son rez-de-villa on ne peut tolérer des locations estivales dont les bénéfices ne profitent pas à la Corse, car dépensés ou investis ailleurs. Il est temps non seulement de mettre un terme aux constructions de résidences secondaires par l’application de la loi sur l’acquisition foncière, mais également de mettre de l’ordre dans ce secteur économique dissimulé, facteur d’évasion de recettes, concurrence déloyale pour des hôteliers qui eux font travailler la Corse et les Corses.

• L’emploi et la formation professionnelle.

Aujourd’hui le tourisme génère directement environ 4 000 emplois (ETPA). L’allongement à huit mois de la période d’activité permettrait de porter le temps annuel de travail à 1 200 voire 1 600 heures. Si l’on attelle à cet emploi une période de formation professionnelle de 3 mois on obtient des emplois avec une réelle perspective de professionnalisation et d‘évolution de carrière. Ces emplois deviendront alors véritablement attractifs pour notre jeunesse.

Quant aux employeurs, ils pourront fidéliser leurs salariés, et ne seront plus contraints d’embaucher des saisonniers avec tous les inconvénients que cela comporte. De plus, ces emplois qui actuellement ne durent que deux ou trois mois le plus souvent sont non déclarés dans 20 % des cas. Les horaires y dépassent souvent 48 heures hebdomadaires sans repos.

Ceci tire encore vers le bas un secteur peu attractif financièrement et socialement. Il n’est pas irréaliste de créer 8 000 voire 12 000 emplois ETPA avec une saison étalée sur huit mois. Le développement de la clientèle provoqué par l’étalement de la saison et sa diversification, son retour vers le secteur hôtelier marchand rendent envisageable l’objectif des 20 000 emplois directs. L’augmentation du nombre de visiteurs, on peut envisager six millions, bien répartis dans le temps et l’espace ne modifiera pas le ratio touriste/habitant instantané. La Corse aura alors un marché intérieur de 780.000 consommateurs en moyenne annuelle contre 490 000 actuellement. Ceci tirera fortement vers le haut les activités de production (agriculture, élevage, pêche, BTP, artisanat) les activités commerciales et les services sans apport de population par migration. 20 % des emplois sur 100 000 actifs redevenant productifs sont de nature à modifier radicalement le rapport de force avec l’Etat français qui emploie avec ses relais locaux 35 % des actifs, et fournir un emploi auprès de 10 000 chômeurs et 8 000 Rmistes.

Des mesures immédiates à prendre

• Mise en oeuvre d’une nouvelle politique des transports, développement pan-européen de la compagnie aérienne corse, ouverture de lignes maritimes nouvelles.

• Gel de la construction des résidences secondaires et mise en place de la loi sur l’accession à la propriété foncière.

• Politique de remise à niveau de l’hôtellerie au sens large avec prêts aidés et garantis en contrepartie du respect d’une charte qualité.

• Retour à la collectivité corse des terres détenues par de grands groupes financiers.

• Création de zones d’activité touristique réparties sur le territoire, parfaitement délimitées sans amputer les terres agricoles où les investisseurs pourront créer de nouvelles structures orientées vers la clientèle haut de gamme. Ceci va de pair avec l’élaboration d’un code des investissements et un zonage territorial réservant les plaines littorales à l’agriculture, consacrant l’inconstructibilité des espaces remarquables et de la bande littorale.

• Création d’un statut de poly-actif rural pour fixer des familles dans les zones dépeuplées en leur permettant de vivre de leur travail grâce à des mesures fiscales et sociales adaptées.

• Lutte contre le secteur économique dissimulé.

• Politique d’aide et de soutien des pouvoirs publics corses préservant la libre entreprise et l’initiative économique. Appel à l’épargne par des emprunts convertibles en obligations. Mise en place d’un plan de développement pour atteindre les objectifs en dix ans.

• Le financement de ces politiques est attendu de la hausse importante des recettes fiscales.

• Mise à niveau des voies de communication internes, des ports et aéroports principaux dans l’optique des six millions de visiteurs annuels.


Aujourd’hui

Le tourisme est aujourd’hui une véritable industrie mondiale dans laquelle la Corse a des atouts formidables, son climat, ses richesses naturelles préservées, sa situation au coeur de l’Europe. Nous ne devons plus craindre le tourisme et son avatar le tout-tourisme de masse. La maîtrise de nos politiques de développement économique, la maîtrise de l’aménagement du territoire doivent nous permettre d’éviter cet écueil et de faire du tourisme une industrie source de revenus et d’emplois, au service du peuple corse.

Nous, indépendantistes corses, devons être persuadés que cet instrument économique sera celui de la libération, de l’émancipation, de la fierté retrouvée des hommes et des femmes de ce pays dans l’édification commune de leur Patrie.

Ghjuvan Lavighju Borlu

 

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