Le 6 juillet, près de 300 militants de la Lutte de Libération Nationale, inorganisés
ou issus de Corsica Nazione Indipendente, du Rinnovu, de Fronte Pupulare, se sont
rassemblés à l’Université de Corti. Il s’agissait de jeter les bases de la refondation,
tant attendue par la base militante, du courant indépendantiste et révolutionnaire.
Une réunion riche en débats et porteuse d’avenir.
Après plusieurs réunions
préparatoires et une
volonté d’action commune
en 5 points actée le 28 mai
dernier (Promotion des droits historiques
du peuple corse, protection
et développement du patrimoine,
respect de la justice
sociale, respect des équilibres
écologiques, solidarité aux prisonniers
politiques et à toutes les formes
de lutte) cette réunion avait
pour objectif de créer les premières
conditions, à terme, d’une
union stratégique entre les différents
courants indépendantistes se
reconnaissant dans le concept de
LLN. Une démarche novatrice, et
porteuse d’espoir, afin de sortir le
peuple corse de la situation de
crise accélérée dans laquelle il se
trouve depuis plusieurs années. Il
s’agit en effet de réorganiser la
lutte, d’unir les forces de chacun
dans le cadre d’un espace convergent,
afin de répondre aux attaques
de l’Etat Français et permettre
de trouver les voies et moyens
d’une véritable solution politique
au problème corse. Mené notamment par de
jeunes militants de la
Ghjuventù
Indipendentista et de la
Ghjuventù Paolina, le débat a
été fructueux avec une large
participation des personnes présentes.
Ainsi, on notamment pu
noter les interventions de Pierre
Poggioli qui a rappelé le rôle
joué par la LLN depuis 30 ans
dans la vie politique corse et
pour qui encore aujourd’hui «
senza a LLN, a Corsica ùn pò
micca esse salvata » et d’ajouter
par la suite « que nous devons
aller vers un seul mouvement, pas
une union. Il faut être capable de se
battre contre les injustices, de dire
aux patrons corses qu’ils doivent
embaucher des Corses etc, etc… ».
Pour Paul-Félix Benedetti, qui a
évoqué l’historique du mouvement,
la refondation passe également
par « la création d’un
mouvement nationaliste indépendantiste
unique, mais pluriel
et à tendances, par la mise
en commun de nos forces et
nos compétences ». C’est ensuite François
Sargentini qui a pris la
parole pour signaler « que
le mouvement national a atteint ses
limites dans sa constitution actuelle
car depuis 1992 l’Etat est en passe
de le contenir. Il faut une véritable
refondation pour pouvoir donner
aux Corses un message clair. Il ne
faut plus due les gens puissent se
poser des questions sur le projet que
nous allons leur présenter ». La
véritable refondation du mouvement
passe aussi par le pragmatisme
et la possibilité « de créer des
convergences avec toutes forces
progressistes afin de sortir de l’ornière
et de la politique des clans ».
En ce qui concerne Paul Quastana,
la refondation c’est la nécessité
d’être audible auprès du peuple, de
parler de ses problèmes quotidiens
et d’apporter des solutions au «
problème de la vie chère, du coût
de l’essence, de la spéculation immobilière, de l’immigration… ».
De son côté, Jean-Marie Poli a
insisté sur le fait que l’intérêt général
doit dépasser « les rancoeurs entre
nous et les erreurs commises.
Parlons franc, disons nous ce que
nous devons dire aux Corses car la
Corse n’a plus le temps ». Il a également
ajouté « que de nombreuses
personnes n’ont pu se déplacer
mais qu’elles étaient attentives aux
débats et qu’elles attendaient la
suite avec intérêt ». Enfin, en tant
que responsable du CAR, il a évoqué
la situation des prisonniers et
souhaité qu’un séminaire « sur la
question de la défense commune »
entre diverses organisations soit
organisé. Jean-Guy Talamoni a
quant à lui salué « une situation
historique car cela faisait près de 20
ans que le militants de la LLN
n’étaient pas réunis dans une même
salle. Le mouvement national reste
l’alternative au système et les Corses
doivent en avoir conscience, eux qui
sont les premiers à être chassés de
leur village par des gens fortunés ». Atravers ces débats, l’objectif
est bien une refonte du
Mouvement National, qui se
veut épurée des erreurs du passé, et
une volonté de renforcer le pôle
indépendantiste par un pragmatisme
révolutionnaire auprès du peuple :
sortir du slogan et proposer un véritable
projet de société qui sera à
même de tracer la voie de l’émancipation
nationale vers une souveraineté
pleine et entière par étapes. La
tâche est ardue mais la situation
politique commande une prise de
conscience politique et nationale
qui dépasse les chapelles des uns et
des autres. Au-delà d’une simple
union stratégique il s’agit de créer,
d’une part, les conditions d’un véritable
contrat de confiance entre militants
et, d’autre part, de se mettre en
place un outil performant au seul
service des intérêts collectifs du peuple
corse. Le concept de LLN est loin
d’avoir vécu. Au contraire,
il s’adapte aux réalités des
années 2000 et se renforce. Le fil
de la lutte n’est pas rompu. Il se
prolonge et n’en déplaise à
Sarkozy il démontrera que les
nationalistes, qui ont, depuis des
décennies, trop souvent fait le
sacrifice de leur liberté ou de
leur vie, sont des militants responsables
et incontournables. Ils
sont au centre du jeu politique et
le centre de toute solution négociée.
Près de 20 ans après les
premières fractures, et ses conséquences,
un pas a été franchi ce
6 juillet. Les hommes et les femmes
présents sont enthousiastes
et beaucoup d’autres observent
avec attention l’évolution de la
démarche, prêts à rejoindre ce
parti de la Corse. Aux nationalistes
de faire preuve de maturité
politique et de se donner tous les
moyens pour faire face à l’urgence
de la situation dans
laquelle se trouve leur pays.
Battì Lucciardi