Il y a peu, en réponse à
un représentant officiel du
gouvernement français
chargé de la culture, Jean
Paul Poletti, tout en rappelant
la richesse de la polyphonie
corse, resituait surtout
dans son
environnement actuel la
portée de cette dernière. Il
affirmait en substance :
« La polyphonie corse
n’existera que si les Corses
existent encore ».
Plus récemment encore,
l’organisme INSEE recadrait
l’usage de la langue
corse dans le monde étudiant.
Au-delà de la popularisation
et de l’écoute des
chants et groupes culturels
insulaires, seulement 4%
reconnaissent employer
couramment la langue…
Une pierre de plus dans le
jardin de ceux qui vantent
l’enseignement du corse…
Une communauté, une
culture, une langue,
qu’une lutte a certes
momentanément préservé
mais qui n’échappe pas
pour autant aux risques
d’une dilution programmée…
Le rappel du
Fiumorbu
Ce risque de disparition programmée,
Saveriu Luciani le cite
contextuellement dans un discours
prononcé il y a quelque temps dans
la région de la réconciliation nationale
: « Le thermomètre de
l’INSEE n’aura bientôt plus suffisamment
de degrés pour démontrer
les méfaits du néo colonialisme.
Les jeunes sont contraints de partir
quand chaque année débarquent ici
plus de 4000 personnes, soit plus
de 10 personnes par jour… sur une
terre sans projet, si ce n’est celui
d’anéantir tout sentiment
national. » Un risque dont le mouvement
patriotique doit dévier la
trajectoire et ce, au nom d’un
devoir historique qu’est la résistance.
Encourager l’espoir
Et la résistance est espoir. C’est
toujours Saveriu Luciani dans ce
même discours qui en donne la
dimension : « Face à notre propre
histoire, celle d’hier qui retrouve
ici celle d’aujourd’hui, notre responsabilité
de nationalistes corses,
c’est aujourd’hui d’encourager et
d’accélérer cet espoir. » Et la résistance
ne se décrète pas seulement,
le temps d’une bravade récupératrice,
elle se pratique, elle se
construit, elle s’édifie. Elle est quotidienne,
constante, et suppose que
chacun à son niveau, y participe
selon un objectif commun à tous :
mettre un terme à la présence française
en Corse.
A Francia Fora !
La portée de notre combat se
résume en une phrase, un cri de
rejet, qui expose au regard d’une
opinion publique internationale
qu’il reste encore à sensibiliser et à
interpeller, la situation d’un peuple
au territoire frontalier naturellement
défini et qui demeure dépossédé
par un état étranger, de tous ses droits au point d’être minorisé,
marginalisé, voué à devenir une
peuplade de conjoncture dans le
cadre d’un environnement totalement
voué à la dépossession et à la
spéculation foncière et immobilière
sous les traits d’une économie touristique
dévoyée, pressée par un
secteur BTP conditionnée par la
démultiplication des résidences
secondaires et autres nouveaux
hameaux de vacances. Le tout sous
le regard bienveillant de la présence
militaire et policière massive et
armée…
La nécessité
d’une unité
Le Fiumorbu remémore, depuis la
réconciliation nationale, un adage
historique que nombre de vicissitudes
n’ont pas pour autant éteint, à
condition d’en être à la fois tenant
et porteur. Plus que l’union, quelquefois
de façade, souvent de circonstance,
l’unité stratégique, aux
antipodes d’un mouvement unique à
tendances (?!?) suppose que chaque
organisation et formation quelque
soit sa philosophie politique, participe
à une stratégie de résistance et
de prise de pouvoir élaborée communément
au sein d’une structure
organisationnelle adéquate. Corsica
Nazioni Indipendenti pour sa part,
s’est toujours prononcée pour un
front d’organisations, traductrice de
cette unité stratégique. Cette dernière
n’efface surtout pas les sensibilités
- elles sont libres de s’exprimer
au gré des conjonctures
politiques – mais elles ne se départissent
pas de la nécessité de l’action
et de la réflexion commune sur
les objectifs stratégiques déterminés
tous ensemble. La pérennité, la
capitalisation et la réussite de
« forti saremu si uniti semu » sur
tous les espaces de lutte et de
reconstruction, y compris au sein du
système en place, dépendent en
grande partie de cette capacité à
cette proportion d’attitude de durabilité
partagée.
L’espace du
Fiumorbu
Le nouvel appel du Fiumorbu, bâti
sur le sacrifice d’un militant de
l’Union des Combattants peut agréger
la plus grande partie des formations
patriotiques. Au-delà de la
réaction momentanée, de la juste
passion de circonstance, et aussi
pour démentir toutes ces courtes
vues – où qu’elles se situent – réformistes
dans le fond et qui n’ont
pour réelle finalité qu’un quelconque
siège du système français en
place, l’espace de réflexion et d’action
peut laisser place à une évolution
structurelle efficace. Chaque
organisation, chaque patriote possède
en lui la clé de cette réussite.
Au-delà d’une élection
présidentielle
Cette capacité d’auto-organisation
combattante et constructive est la
pierre angulaire de la démonstration
mature du mouvement patriotique à
édifier une alternative politique que
notre peuple attend, au-delà d’un
résultat d’une élection présidentielle
française de circonstance qui n’aura
pour la Corse, quelque soit le candidat
élu, et si cette alternative n’est
pas édifiée et portée communément
et fortement, aucune possibilité
future de véritable changement.
Ulivieru Sauli