Accolta

Accolta Cap'articulu Attualità Pulitica Ghjustizia Internaziunale I Prigiuneri Fiure Cultura Abbunamentu Cuntatti Ligame


Articulu di u numaru 6, ottobre di u 2005


Veni, Vidi, Ridi


Effectivement, il est venu, il vous a vu et il a sûrement ri. Je ne parle pas d'un grand conquérant romain mais tout simplement de la banale visite d'un simple ministre en exercice, de l'intérieur et de la France. Alors on peut ne pas aimer l'homme politique, ce qui est mon cas, et on ne peut pas me reprocher d'avoir la moindre complaisance envers lui, mais il avait quand même le droit de venir en Corse, à ses yeux territoire français, il avait même le droit d'imaginer qu'un accueil particulier aurait pu lui être réservé, non pas avec colliers de fleurs tressées, bien qu'on n'en fût pas loin mais avec, par exemple, une forme quelconque de contestation. Il aurait pu s'attendre car il a de l'imagination, lui, si ce n'est à des jets de pierre, au moins à des envois de tomates de saison ou même à des oeufs périmés. Il aurait pu imaginer aussi que les nuits d'été soient, pour l'occasion, plus bleues qu'à l'accoutumée, il l'a peut-être fait d'ailleurs.

Mais, peut-on lui reprocher d'être ministre de l'intérieur, même mauvais, il a été nommé par le Président de la République. Peuton lui reprocher d'être président de l'UMP, il a certainement été élu démocratiquement, sourionsen, il n'a pas eu besoin de frauder, bien au contraire.

Peut-on lui reprocher d'être candidat à la présidence française et républicaine, c'est son droit. D'accord, on peut lui reprocher d'avoir signé tout seul, à propos de l'Università di Corti, une convention tripartite mais il faut reconnaître que les deux autres biparties ne se sont pas fait violenter.

Les poignées de mains furent chaleureuses. A quand un amphithéâtre ou même un théâtre à Corti baptisé Nicolas Sarkozy ? Ce n'est pas léger, ne sommesnous pas hors normes à présent ?

Et c'est ce qui m'inquiète, je l'écrivais récemment mais ce n'a pas été publié bien entendu, " l'Unione ne doit bâillonner personne " et je ne croyais pas si bien dire. J'ai, après coup, à l'esprit, l'image de ces élus, nos élus à l'Assemblée de Corse, Battesti, Poggioli, Orsoni et autres, menottés et bâillonnés symboliquement lors de la visite, il y a vingt ans, d'un ministre de l'intérieur. Pas de soucis vingt ans après, l'Union ne menotte et ne bâillonne personne, ce n'est pas nécessaire. Nous sommes hors normes, disais-je.

Tout juste si Jean-Guy, toujours lui, a dû tenter une intervention. J'ai aussi à l'esprit les échauffourées qui suivirent, c'était il y a vingt ans, et conduirent des militants en détention, dont un prêtre, je crois, là aussi, rassurons-nous, nous sommes hors normes désormais. Alors les Ghjurnate di Corti auront lieu dans les jours à venir, lénifiantes à souhait, hors normes elles aussi certainement. Nous y parlerons certainement de l'avenir de la Corse, pourquoi pas en Europe, tant qu'à être hors normes.

Non, il est venu et je ne sais s'il a ri, mais il a dû être le seul car, sincèrement, il y a un moment que nous ne faisons plus rire personne, ni peur à personne non plus ce qui n'est pas notre rôle non plus. Il y a surtout un bon moment que nous devons comprendre que la Corse ne changera que dans l'évolution de ses rapports avec la France uniquement et plus précisément avec Paris et plus précisément encore avec le sommet de l'Etat.

Il est faux de dire que la porte du dialogue avec l'Etat est fermée, il est lâche de laisser dire et donc d'admettre que la page, institutionnelle ou autre, est tournée. Personne ne peut tourner les pages de l'histoire de notre peuple, de n'importe quel peuple, à sa place. Personne n'a le droit d'accepter de telles sentences stupides sans réagir sous peine de se mettre lui-même, hors peuple et non pas hors normes.

Le seul vent qui puisse souffler sur notre terre est celui de la révolte, l'union peut en être le catalyseur mais jamais le frein, elle a vocation à organiser cette révolte, à la rendre positive, elle a aussi le devoir de nous rendre des comptes, de nous dire pourquoi, au terme de deux années d'existence, elle n'a rien su construire d'autre que les silences pesants en guise de discours et l'inaction permanente en guise de démarche politique.

Il est temps, il est encore temps de savoir nous révolter, y compris contre nous-mêmes, mais surtout et d'abord contre nos ennemis politiques car c'est de politique dont il s'agit.

L'Etat l'est par nature, il l'a toujours admis et a su évoluer à chaque fois qu'il a compris que cela était nécessaire. Aujourd'hui c'est nécessaire et plus que jamais. Allora dimuli, : " veni, vedi è capisci sè tu podi chì, sè ùn voli capisce, serà per forza o per amore ".

L'union, dit un proverbe français, fait la force. Parlons en et cessons d'essayer de combattre nos propres forces, organisons les contre l'ennemi.

Carlu Pieri

 

Sur le même thème

© U Ribombu Internaziunale — 2006