Effectivement, il est venu, il vous a vu et il a sûrement
ri. Je ne parle pas d'un grand conquérant
romain mais tout simplement de la banale visite
d'un simple ministre en exercice, de l'intérieur et de la
France. Alors on peut ne pas aimer l'homme politique, ce
qui est mon cas, et on ne peut pas me reprocher d'avoir
la moindre complaisance envers lui, mais il avait quand
même le droit de venir en Corse, à ses yeux territoire français,
il avait même le droit d'imaginer qu'un accueil particulier
aurait pu lui être réservé, non pas avec colliers de
fleurs tressées, bien qu'on n'en fût pas loin mais avec, par
exemple, une forme quelconque de contestation. Il aurait
pu s'attendre car il a de l'imagination, lui, si ce n'est à des
jets de pierre, au moins à des envois de tomates de saison
ou même à des oeufs périmés. Il
aurait pu imaginer aussi que les
nuits d'été soient, pour l'occasion,
plus bleues qu'à l'accoutumée,
il l'a peut-être fait d'ailleurs.
Mais, peut-on lui reprocher d'être
ministre de l'intérieur, même
mauvais, il a été nommé par le
Président de la République. Peuton
lui reprocher d'être président
de l'UMP, il a certainement été
élu démocratiquement, sourionsen,
il n'a pas eu besoin de frauder,
bien au contraire.
Peut-on lui reprocher d'être
candidat à la présidence française
et républicaine, c'est son droit.
D'accord, on peut lui reprocher
d'avoir signé tout seul, à propos
de l'Università di Corti, une
convention tripartite mais il faut
reconnaître que les deux autres
biparties ne se sont pas fait violenter.
Les poignées de mains
furent chaleureuses. A quand un
amphithéâtre ou même un théâtre
à Corti baptisé Nicolas Sarkozy
? Ce n'est pas léger, ne sommesnous
pas hors normes à présent ?
Et c'est ce qui m'inquiète, je l'écrivais récemment mais ce
n'a pas été publié bien entendu, " l'Unione ne doit
bâillonner personne " et je ne croyais pas si bien dire. J'ai,
après coup, à l'esprit, l'image de ces élus, nos élus à
l'Assemblée de Corse, Battesti, Poggioli, Orsoni et autres,
menottés et bâillonnés symboliquement lors de la visite, il
y a vingt ans, d'un ministre de l'intérieur. Pas de soucis
vingt ans après, l'Union ne menotte et ne bâillonne personne,
ce n'est pas nécessaire. Nous sommes hors normes,
disais-je.
Tout juste si Jean-Guy, toujours lui, a dû tenter une intervention.
J'ai aussi à l'esprit les échauffourées qui suivirent,
c'était il y a vingt ans, et conduirent des militants en détention,
dont un prêtre, je crois, là aussi, rassurons-nous,
nous sommes hors normes désormais. Alors les Ghjurnate
di Corti auront lieu dans les jours à venir, lénifiantes à souhait,
hors normes elles aussi certainement. Nous y parlerons
certainement de l'avenir de la Corse, pourquoi pas en
Europe, tant qu'à être hors normes.
Non, il est venu et je ne sais s'il a ri, mais il a dû être le
seul car, sincèrement, il y a un moment que nous ne faisons
plus rire personne, ni peur à personne non plus ce
qui n'est pas notre rôle non plus.
Il y a surtout un bon moment que nous devons comprendre
que la Corse ne changera que dans l'évolution de
ses rapports avec la France uniquement et plus précisément
avec Paris et plus précisément
encore avec le sommet de l'Etat.
Il est faux de dire que la porte du
dialogue avec l'Etat est fermée, il est
lâche de laisser dire et donc d'admettre
que la page, institutionnelle
ou autre, est tournée. Personne ne
peut tourner les pages de l'histoire
de notre peuple, de n'importe quel
peuple, à sa place. Personne n'a le
droit d'accepter de telles sentences
stupides sans réagir sous peine de
se mettre lui-même, hors peuple et
non pas hors normes.
Le seul vent qui puisse souffler sur
notre terre est celui de la révolte, l'union
peut en être le catalyseur mais
jamais le frein, elle a vocation à
organiser cette révolte, à la rendre
positive, elle a aussi le devoir de
nous rendre des comptes, de nous
dire pourquoi, au terme de deux
années d'existence, elle n'a rien su
construire d'autre que les silences
pesants en guise de discours et l'inaction
permanente en guise de
démarche politique.
Il est temps, il est encore temps de
savoir nous révolter, y compris contre
nous-mêmes, mais surtout et d'abord
contre nos ennemis politiques car c'est de politique
dont il s'agit.
L'Etat l'est par nature, il l'a toujours admis et a su évoluer
à chaque fois qu'il a compris que cela était nécessaire.
Aujourd'hui c'est nécessaire et plus que jamais. Allora
dimuli, : " veni, vedi è capisci sè tu podi chì, sè ùn voli
capisce, serà per forza o per amore ".
L'union, dit un proverbe français, fait la force. Parlons en
et cessons d'essayer de combattre nos propres forces,
organisons les contre l'ennemi.
Carlu Pieri