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Articulu di u numaru 30, Ottobre di u 2007


A propos de violence



Nicolas Sarkozy a récemment affirmé qu’il était prêt à discuter, y compris avec les nationalistes, mais sauf avec ceux qui cautionnent la violence. Cette manoeuvre dilatoire ne vise qu’à éluder la question nationale corse.

Seule la reconnaissance des véritables origines de la violence en Corse est de nature à favoriser l’éclosion d’un dialogue, franc, entre toutes les composantes de notre société.

De façon récurrente, le problème dit de la violence politique revient sur le tapis. Il est le plus souvent utilisé comme écran de fumée pour masquer la carence de la classe politique traditionnelle et de l’Etat français dans le traitement de la question nationale corse.

Tout être humain est, par nature, contre la violence. Celui qui s’affirmerait violent irait à l’encontre des codes sociaux les plus élémentaires. Bien sûr nous sommes tous contre la violence et l’usage de la force, et nous préférons tous le verbe à l’épée.

Cependant, la violence peut-être légitime défense et elle peut aussi être l’ultime voie de résistance d’une communauté. L’histoire recèle quantité d’exemples de violences légitimes à posteriori. La question éthique qui se pose aujourd’hui est celle à laquelle les théologiens corses ont répondu aux débuts de la révolution nationale du XVIIIe siècle. L’usage de la force, la rébellion violente contre un Etat oppresseur après épuisement des autres voies de recours est légitime. Même si les époques ont changé, même si reprendre les principes de saint Thomas d’Aquin peut paraître désuet, les fondamentaux éthiques sont pourtant identiques.

Alors parler de violence oui, mais parler de toutes les violences, car l’atteinte à l’intégrité physique et psychique d’un individu ou d’une communauté peut prendre des formes multiples. Un peuple bafoué, une nation multiséculaire niée n’est ce pas de la violence ? une langue minorée, dévalorisée, rabaissée au rang de patois, une culture contrariée dans son épanouissement, une histoire cachée à nos enfants n’est ce pas de la violence ? La communauté corse minoritaire sur sa terre par la faute d’une colonisation de peuplement organisée, institutionnalisée n’est ce pas de la violence ? L’accès à l’emploi de nos jeunes diplômés, barré depuis un certain rapport Glavany préconisant de ne pas confier aux Corses des postes de cadres et d’agents de maîtrise dans le secteur public, n’est ce pas de la violence ? L’accès à la terre et au logement de plus en plus difficile par la faute d’une spéculation foncière galopante, creusant un fossé de plus en plus profond entre riches propriétaires de sompteuses villas et pauvres locataires de logement sociaux, n’est ce pas de la violence ? Nos agriculteurs précarisés par des propriétaires fonciers cherchant à rendre constructible des terres cultivables avec la complicité d’élus peu scrupuleux, n’est ce pas de la violence ? Des jeunes couples à l’avenir bouché faute de logement et d’emploi pérennes n’est ce pas de la violence ?

Le non respect de la loi, par l’Etat luimême, qui refuse le rapprochement des détenus politiques, malgré des déclarations de bonnes intentions ; qui attribue des permis de construire en violation des recommandations émises par son administration, n’est ce pas de la violence ?

Oui la violence heurte notre esprit, forgé par une tradition chrétienne. Il n’y a pas à faire de distingo entre les divers types de violence, celle dite politique et celle de l’Etat français. Nous sommes prêts à parler de l’arrêt des violences, de toutes les violences pour que l’on ne mette pas tout dans le même sac et que l’on admette l’existence de violences premières depuis l’annexion brutale de notre nation. En l’absence de réelle expression démocratique, en raison de l’inexistence d’un corps électoral corse, expression véritable de la communauté de destin, en l’absence de toute perspective de dialogue franc et constructif, sans préalables, il est probable que la violence a encore de beaux jours devant elle et cela sous toutes ses formes.

CLEMENT FILIPPI

 

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