Nicolas Sarkozy a récemment affirmé qu’il était prêt à discuter, y compris avec les nationalistes,
mais sauf avec ceux qui cautionnent la violence. Cette manoeuvre dilatoire ne vise qu’à éluder la
question nationale corse.
Seule la reconnaissance des véritables
origines de la violence en Corse est de
nature à favoriser l’éclosion d’un dialogue,
franc, entre toutes les composantes de
notre société.
De façon récurrente, le problème dit de
la violence politique revient sur le tapis. Il
est le plus souvent utilisé comme écran
de fumée pour masquer la carence de la
classe politique traditionnelle et de l’Etat
français dans le traitement de la question
nationale corse.
Tout être humain est, par nature, contre la
violence. Celui qui s’affirmerait violent irait
à l’encontre des codes sociaux les plus
élémentaires. Bien sûr nous sommes tous
contre la violence et l’usage de la force,
et nous préférons tous le verbe à l’épée.
Cependant, la violence peut-être légitime
défense et elle peut aussi être l’ultime voie
de résistance d’une communauté. L’histoire
recèle quantité d’exemples de violences
légitimes à posteriori. La question éthique
qui se pose aujourd’hui est celle à laquelle
les théologiens corses ont répondu aux
débuts de la révolution nationale du XVIIIe
siècle. L’usage de la force, la rébellion
violente contre un Etat oppresseur après
épuisement des autres voies de recours est
légitime. Même si les époques ont changé,
même si reprendre les principes de saint
Thomas d’Aquin peut paraître désuet,
les fondamentaux éthiques sont pourtant
identiques.
Alors parler de violence oui, mais parler
de toutes les violences, car l’atteinte à
l’intégrité physique et psychique d’un
individu ou d’une communauté peut
prendre des formes multiples.
Un peuple bafoué, une nation multiséculaire
niée n’est ce pas de la violence ?
une langue minorée, dévalorisée,
rabaissée au rang de patois, une culture
contrariée dans son épanouissement, une
histoire cachée à nos enfants n’est ce pas
de la violence ? La communauté corse
minoritaire sur sa terre par la faute d’une
colonisation de peuplement organisée,
institutionnalisée n’est ce pas de la
violence ? L’accès à l’emploi de nos jeunes
diplômés, barré depuis un certain rapport
Glavany préconisant de ne pas confier aux
Corses des postes de cadres et d’agents
de maîtrise dans le secteur public, n’est ce
pas de la violence ? L’accès à la terre et
au logement de plus en plus difficile par la
faute d’une spéculation foncière galopante,
creusant un fossé de plus en plus profond
entre riches propriétaires de sompteuses
villas et pauvres locataires de logement
sociaux, n’est ce pas de la violence ? Nos
agriculteurs précarisés par des propriétaires
fonciers cherchant à rendre constructible
des terres cultivables avec la complicité
d’élus peu scrupuleux, n’est ce pas de la
violence ? Des jeunes couples à l’avenir
bouché faute de logement et d’emploi
pérennes n’est ce pas de la violence ?
Le non respect de la loi, par l’Etat luimême,
qui refuse le rapprochement
des détenus politiques, malgré des
déclarations de bonnes intentions ; qui
attribue des permis de construire en
violation des recommandations émises
par son administration, n’est ce pas de la
violence ?
Oui la violence heurte notre esprit, forgé
par une tradition chrétienne. Il n’y a pas à
faire de distingo entre les divers types de
violence, celle dite politique et celle de l’Etat
français. Nous sommes prêts à parler de
l’arrêt des violences, de toutes les violences
pour que l’on ne mette pas tout dans le
même sac et que l’on admette l’existence
de violences premières depuis l’annexion
brutale de notre nation. En l’absence de
réelle expression démocratique, en raison
de l’inexistence d’un corps électoral corse,
expression véritable de la communauté de
destin, en l’absence de toute perspective
de dialogue franc et constructif, sans
préalables, il est probable que la violence
a encore de beaux jours devant elle et cela
sous toutes ses formes.
CLEMENT FILIPPI