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Articulu di u numaru 41, Ferraghju 2009


Yvan Colonna : Chronique d'une erreur judiciaire



14 mois après sa condamnation à la réclusion criminelle à perpétuité, Yvan Colonna est de nouveau, depuis le 9 février, devant les juges d'une cour d'assises « spéciale », pour son procès en appel.



Désigné à la vindicte populaire, traîné dans la boue pendant des années, Yvan Colonna est jugé de nouveau par une cour d'assises spécialement composée, après presque six ans de détention préventive. Décidément, la France n'aura respecté les délais raisonnables pour personne dans cette affaire d'Etat, dans cette affaire où tout, absolument tout, aura été permis dans la plus grande complaisance.

Le secret de l'instruction et la présomption d'innocence ont été plus que largement bafoués, pour tous les observateurs indépendants, mais pas pour les juges parisiens qui ont relaxé Nicolas Sarkozy, car pour eux, dire que : « La police française vient d'arrêter Yvan (sic) Colonna, l'assassin du préfet Erignac », cela n'est pas attentatoire à la présomption d'innocence. Et l'appel de ce jugement sera rendu après le procès d'Yvan Colonna. Et comment ne pas s'indigner des circonstances de cette annonce, sous les applaudissements et les viva du public présent ? C'est un patriote corse que l'on jugeait, mais c'est en fait la DNAT que l'on devrait juger. Mais ce jugement là, nous n'y assisterons jamais. Les inspecteurs de la DNAT (actuellement SDAT) peuvent se permettre de cacher des explosifs chez les nationalistes corses, suspendre des islamistes par les fenêtres de leurs bureaux, utiliser leurs services pour espionner ou écouter leurs anciennes petites amies, faire des procèsverbaux antidatés, ou encore venir en toute impunité déclarer à la barre des procès des théories aussi farfelues que grotesques, ces gens là peuvent tout se permettre, ils ne risquent rien. Pourtant, nous avons bien vu les limites de la puissante et omnipotente machine dite antiterroriste.

L'affaire Castela-Andriuzzi est heureusement là pour démontrer que les vérités absolues de la DNAT ne sont souvent que les vérités qui plaisent le plus au pouvoir en place. Et que face à des juges équitables, c'est l'acquittement qui est prononcé, malgré des milliers de pages d'instruction à charge, malgré des déclarations d'accusation et des montages intellectuels sans aucun fondement.

Et que dire de l'attitude de Claude Guéant, secrétaire général de l'Elysée, principal collaborateur du Président de la République française, qui convoque Roger Marion à quelques jours de l'ouverture du procès en première instance où ce dernier devait témoigner ? Qui pourra encore oser parler de l'indépendance de la Justice ? Le procès en première instance a largement démontré à tous les observateurs présents l'innocence d'Yvan Colonna. Les jurés eux-mêmes ont certes condamné Yvan Colonna - comment faire autrement avec la pression exercée par le politique ? - mais dans leur verdict ils ont aussi dit qu'ils pensaient qu'Yvan Colonna n'était pas l'auteur des coups de feu mortels. En effet, les jurés qui étaient tous des professionnels de la magistrature savent parfaitement que l'auteur d'un assassinat ne peut être condamné à la même auteur que ces complices et qu'il doit automatiquement avoir une peine plus lourde. Or Yvan a été condamné en première instance à la réclusion criminelle à perpétuité, mais sans période de sûreté. C'est exactement la même peine qu'Alain Ferrandi et Petru Alessandri qui ont été condamnés pour complicité dans l'assassinat du préfet. Cela veut dire que la cour d'assises spéciale de Paris qui a jugé Yvan Colonna en première instance a laissé la porte ouverte à la vérité pour le procès en appel, c'est-à-dire la possibilité de voir enfin le berger le plus célèbre de Corse acquitté. Dans l'affaire Castela Andriuzzi, nous avions eu le même scénario avec une condamnation ambiguë en première instance, 30 ans pour les « commanditaires » alors que la jurisprudence veut qu'ils soient plus lourdement condamnés que les auteurs ou les complices (perpétuité dans ce cas). En appel, la vérité avait enfin été établie et les deux enseignants avaient été acquittés.

Pour nous, la situation est claire, la justice dite antiterroriste et son bras armé la DNAT (SDAT) ne sont plus crédibles et ne devraient plus intervenir dans les affaires corses. Yvan Colonna est innocent, il l'a déclaré depuis le début, il a toujours maintenu ses déclarations et aucun élément matériel ne vient corroborer les accusations des juges parisiens.

Si plusieurs ministres français et l'actuel président de cette République n'avaient pas fait de lui un « présumé coupable » voire un « assassin » ou encore « un tueur de préfet », Yvan Colonna serait en liberté depuis longtemps avec un non lieu. Nous le disons et le répétons et nous le répéterons pendant tout le procès, Yvan Colonna est innocent et tout autre verdict qu'un acquittement serait une véritable provocation et un déni de justice.

Henri Joseph Alfonsi

 

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