14 mois après sa condamnation à la réclusion criminelle à perpétuité, Yvan
Colonna est de nouveau, depuis le 9 février, devant les juges d'une cour
d'assises « spéciale », pour son procès en appel.

Désigné à la vindicte populaire,
traîné dans la boue
pendant des années, Yvan
Colonna est jugé de nouveau par
une cour d'assises spécialement
composée, après presque six ans de
détention préventive. Décidément,
la France n'aura respecté les délais
raisonnables pour personne dans
cette affaire d'Etat, dans cette affaire
où tout, absolument tout, aura été
permis dans la plus grande complaisance.
Le secret de l'instruction et la
présomption d'innocence ont été
plus que largement bafoués, pour
tous les observateurs indépendants,
mais pas pour les juges parisiens qui
ont relaxé Nicolas Sarkozy, car pour
eux, dire que : « La police française
vient d'arrêter Yvan (sic) Colonna,
l'assassin du préfet Erignac », cela
n'est pas attentatoire à la présomption
d'innocence. Et l'appel de ce
jugement sera rendu après le procès
d'Yvan Colonna. Et comment ne pas
s'indigner des circonstances de cette
annonce, sous les applaudissements
et les viva du public présent ? C'est
un patriote corse que l'on jugeait,
mais c'est en fait la DNAT que l'on
devrait juger. Mais ce jugement là,
nous n'y assisterons jamais. Les inspecteurs
de la DNAT (actuellement
SDAT) peuvent se permettre de
cacher des explosifs chez les nationalistes
corses, suspendre des islamistes
par les fenêtres de leurs
bureaux, utiliser leurs services pour
espionner ou écouter leurs anciennes
petites amies, faire des procèsverbaux
antidatés, ou encore venir
en toute impunité déclarer à la barre
des procès des théories aussi farfelues
que grotesques, ces gens là peuvent
tout se permettre, ils ne risquent
rien. Pourtant, nous avons bien vu
les limites de la puissante et omnipotente
machine dite antiterroriste.
L'affaire Castela-Andriuzzi est heureusement
là pour démontrer que les
vérités absolues de la DNAT ne sont
souvent que les vérités qui plaisent
le plus au pouvoir en place. Et que
face à des juges équitables, c'est
l'acquittement qui est prononcé,
malgré des milliers de pages d'instruction
à charge, malgré des déclarations
d'accusation et des montages
intellectuels sans aucun fondement.
Et que dire de l'attitude de Claude
Guéant, secrétaire général de
l'Elysée, principal collaborateur du
Président de la République française,
qui convoque Roger Marion à
quelques jours de l'ouverture du
procès en première instance où ce
dernier devait témoigner ? Qui
pourra encore oser parler de l'indépendance
de la Justice ? Le procès
en première instance a largement
démontré à tous les observateurs
présents l'innocence d'Yvan Colonna. Les jurés eux-mêmes ont
certes condamné Yvan Colonna
- comment faire autrement avec la
pression exercée par le politique ? -
mais dans leur verdict ils ont aussi
dit qu'ils pensaient qu'Yvan
Colonna n'était pas l'auteur des
coups de feu mortels. En effet, les
jurés qui étaient tous des professionnels
de la magistrature savent parfaitement
que l'auteur d'un assassinat
ne peut être condamné à la même
auteur que ces complices et qu'il
doit automatiquement avoir une
peine plus lourde. Or Yvan a été
condamné en première instance à la
réclusion criminelle à perpétuité,
mais sans période de sûreté. C'est
exactement la même peine qu'Alain
Ferrandi et Petru Alessandri qui ont
été condamnés pour complicité
dans l'assassinat du préfet. Cela veut
dire que la cour d'assises spéciale de
Paris qui a jugé Yvan Colonna en
première instance a laissé la porte
ouverte à la vérité pour le procès en
appel, c'est-à-dire la possibilité de
voir enfin le berger le plus célèbre de
Corse acquitté. Dans l'affaire Castela
Andriuzzi, nous avions eu le même
scénario avec une condamnation
ambiguë en première instance, 30
ans pour les « commanditaires »
alors que la jurisprudence veut qu'ils
soient plus lourdement condamnés
que les auteurs ou les complices
(perpétuité dans ce cas). En appel, la
vérité avait enfin été établie et les
deux enseignants avaient été acquittés.
Pour nous, la situation est claire,
la justice dite antiterroriste et son
bras armé la DNAT (SDAT) ne sont
plus crédibles et ne devraient plus
intervenir dans les affaires corses.
Yvan Colonna est innocent, il l'a
déclaré depuis le début, il a toujours
maintenu ses déclarations et aucun
élément matériel ne vient corroborer
les accusations des juges parisiens.
Si plusieurs ministres français et l'actuel
président de cette République
n'avaient pas fait de lui un « présumé
coupable » voire un « assassin
» ou encore « un tueur de préfet »,
Yvan Colonna serait en liberté
depuis longtemps avec un non lieu.
Nous le disons et le répétons et nous
le répéterons pendant tout le procès,
Yvan Colonna est innocent et tout
autre verdict qu'un acquittement
serait une véritable provocation et
un déni de justice.
Henri Joseph Alfonsi