Le maire de Bastia, l’ex-député, Emile Zuccarelli, qui est le véritable patron du Syvadec, opère
depuis quelques semaines des reculades spectaculaires sur l’incinérateur et sur le quai de
transfert géant de l’Arinella.
Il s’agit très probablement de replis
stratégiques sur des positions prévues à
l’avance, comme disent les stratèges. A
ce titre, comment ne pas faire le lien avec
les élections municipales de 2008 ?
Emile Zuccarelli a donc repris l’initiative.
Il n’a pas hésité à bousculer son compère
François Tatti pour piétiner sur ses
platebandes. Si quelques uns ignoraient
encore qui conduisait la politique funeste
du Syvadec, il est parfaitement clair qu’il
s’agit bien de l’ex-député. Pour autant,
peut-on légitimement croire à la fibre verte
du maire de Bastia, lui qui a reçu, en juin
dernier, de la part des Verts, le diplôme
du faux écolo ?
La nécessaire révision du
Piedma
Ce plan élaboré et voté par l’Assemblée de
Corse prévoyait le tout incinération comme
seul mode de traitement des déchets
ménagers et assimilés. Cette technique
abandonnée par les pays européens,
les USA et le Japon, est extrêmement
nocive. La démonstration en a été faite.
Le corollaire du tout incinérateur était
l’absence de tri réel, organisé, nécessité
permettant une valorisation des matières
récupérées. Il est donc indispensable de
cesser les effets d’annonce pour entrer
dans le concret et sceller la fin du projet
incinérateur par un nouveau Piedma.
Il y a une solution alternative, moins
coûteuse économiquement et surtout
écologiquement. Cette alternative se
découpe en trois parties : réduction des
déchets, collecte, élimination.
La réduction des déchets à la
source
La grande distribution a montré l’exemple,
tous les commerçants doivent faire
l’effort, aidés par la CTC, de réduire
de façon drastique les emballages
plastiques et les remplacer par les sacs en papier. Il faut également favoriser, à
un échelon bien évidemment dépannant
la Corse, la réduction des emballages
multiples souvent inutiles, une réflexion
européenne et mondiale est en cours
grâce à la prise de conscience citoyenne
planétaire. Enfin l’apprentissage
écocitoyen doit se développer à l’école, à
l’université, dans tous les lieux publics par
des actes répétés de sensibilisation, au tri
et à la nécessaire distribution de produits
de consommation qui ne respectent pas
l’environnement. Il faudra probablement
étendre le rythme d’éco-taxe et reverser
son produit a la Corse qui pourra l’utiliser
dans un budget « déchets » fatalement
amené à augmenter.
La collecte et le tri
L’objectif doit être ambitieux, il faut obtenir
une réduction du tonnage de déchets
à éliminer de 50 à 60%. Le tri se fait en
deux phases : le tri domestique et le tri
industriel. A la maison il faut généraliser
les poubelles différenciées, fournir
des composteurs pour chaque maison
individuelle et organiser des collectes
spécialisées pour ne plus jeter dans
la même benne. Cela doit se faire par
sens civique mais également en étudiant
des systèmes de réduction de la taxe
d’enlèvement des ordures ménagères.
Le tri industriel fait appel aux usines de
tri mécano-biologiques. Dans ces unités ;
les déchets arrivent en vrac et sont
répartis en métaux, plastiques, verre,
papiers et fermentescibles. Ces unités
sont parfaitement au point, fonctionnent
très bien en Catalogne par exemple.
La territorialisation
Il faut dans chaque micro-région une
déchetterie qui accueillera les déchets
industriels, les piles, les pneus, les
batteries, les huiles… Tous ces déchets
font déjà l’objet de systèmes de collecte
et de récupération. Ces déchetteries
doivent être gratuites et facilement
accessibles. Ce réseau de déchetteries
doit s’articuler autour des quais de
transfert situés le long de la voie ferrée ou
des routes principales. Pour l’implantation
des usines de tri il faut en prévoir deux
pour commencer : l’une dans la région
d’Aiacciu et l’autre dans le grand Bastia.
Par la suite on pourra en construire une
en Balagna et une à Porti-vecchju. La
CAPA a déjà pris ce chemin, Bastia et la
CAB pas encore malgré les propositions
de Mr Zuccarelli. Pour le cas de Bastia qui
devrait prendre exemple sur la CAPA, on
se dirige vers rien, c’est à dire que l’on a
aucun projet de rechange à l’incinérateur
et au méga quai de transfert de l’Arinella.
Ceci démontre bien que ce projet qui
est finalisé, pour lequel toutes les
autorisations de l’Etat ont été obtenues,
malgré de nombreuses irrégularités
constatées, n’est certainement pas
abandonné mais recouvert d’un voile
pudique en attendant fin mars 2008. La
création d’une usine de tri dans la plaine
de la Marana, au voisinage de la route et
de la voie ferrée, permettrait le traitement
de toute la région nord est mais également
de Balagna, Centru Corsica, Castagniccia
et Fium’Orbu. Cela permettrait la création
d’une vingtaine d’emplois, les matières
récupérées exportées vers le continent
Européen permettraient d’équilibrer le
budget de cette usine.
Le traitement des déchets
ultimes
Ceux-ci seront après un tri très fourni de
l’ordre de 80 a 100000t/an. En l’absence
aujourd’hui d’une méthode de traitement
alliant les trois qualités, innocuité pour la
santé publique, absence de production
de sous résidus toxiques persistants et
acceptation de tous types de déchets, y
compris les déchets contaminés produits
par les activités de soins, l’enfouissement
en décharge contrôlée s’impose comme
le seul moyen de stockage des ultimes.
Il faudra donc en plus du site de Tallone
et de celui prévu par la CAPA trouver un
ou deux sites supplémentaires capables
d’absorber pendant au moins quinze ans
les déchets ultimes. D’ici là il est probable
que la technique alliant les trois qualités
requises aura été mise au point.
L’assemblée de Corse doit aujourd’hui
se saisir de nouveau de ce problème
crucial, elle doit réviser complètement
le Piedma, affirmer les nouvelles
orientations en accord avec les principes
de développement durable et mettre
fin à l’existence du Syvadec qui ne
sert à rien sauf a gaspiller l’argent du
contribuable corse. Il est temps que Tatti
et Zuccarelli comprennent que la voie
qu’ils préconisent est sans issue et que
leur politique rétrograde mène la Corse à
la ruine.
CLEMENT FILIPPI