Après 27 ans de présence à l'Assemblée
Nationale française, Emile Zuccarelli a perdu
le 17 juin dernier son mandat de député dans
la 1ere circonscription de la Haute-Corse,
face à son concurrent Sauveur Gandolfi-
Scheit. Cette défaite résonne comme un séisme et marque
un tournant dans la vie politique insulaire. Elle
témoigne aussi d'une lézarde importante dans la citadelle
des Zuccarelli, au pouvoir depuis 1968 à Bastia,
et, peut-être, du début de la fin pour une dynastie politique
et familiale qui a débuté avec Auguste Gaudin au
XIXe siècle.
Mais ce résultat témoigne avant tout d'un rejet total
d'Emile Zuccarelli et de son système claniste et
clientéliste qui a mis, d'une part, en coupe réglée, pour de
piètres intérêts personnels, la ville de Bastia, et,
d'autre part, amené notre pays à la ruine. En effet, Emile
Zucacrelli est le tenant de pratiques archaïques qui
bafouent la démocratie, mettent en doute la sincérité, la
justesse, des consultations électorales et contribuent souvent
à l'exploitation des hommes, notamment dans les
quartiers sud de Lupinu et Montesoru. C'est aussi, depuis
de nombreuses années, celui qui a adopté la posture de
l'anti nationaliste primaire, qui refuse, par une attitude
conservatrice et réactionnaire, la moindre évolution pour
la Corse. Il incarne le parti de l'anti-corse et est le
principal leader de l'intérêt colonial français sur l'île. C'est
aussi un homme qui appelle régulièrement, avec force, à
la répression contre le Mouvement National et souhaite
que de jeunes corses se retrouvent derrière les barreaux
des prisons pour avoir voulu défendre les
intérêtscollectifs du peuple corse…D'ailleurs, en cet
instant, on songe à nos amis Gérard Cianelli et Hervé
Santelli, incarcérés depuis 5 ans, et pour lesquels on
souhaite une libération rapide.
Pour cela il devait être battu. Et cela a été le cas,
malgré les rumeurs distillées, ici et là, notamment par le
directeur de cabinet de Zuccarelli, Daniel Guérin, qui
affirmait que les nationalistes allaient en définitive voter
pour le PRG car " les militants bastiais ont un fond à
gauche ". Mais la réalité n'était pas là et la situation
demandait de dépasser les à priori ou les sensibilités de
principe.
C'est pourquoi le peuple s'est mobilisé et sa défaite est
notamment liée aux différents appels des nationaux,
d'Unione pè una soluzione pulitica à la section Bastia de
Corsica Nazione Indipendente. Cette dernière, a dans un
communiqué, notamment pris acte de la situation du 1er
tour et appelé à battre Emile Zuccarelli. Devant cet impératif,
toutes autres considérations devaient
s'effacer.
Il s'agissait avant tout d'éliminer Emile Zuccarelli et certainement
pas de voter en faveur de l'UMP, dont chacun
connaît la politique néfaste ultra libérale et de répression
qu'elle mène actuellement en Corse. Au-delà des commentaires
des uns et des autres, nationalistes ou pas, une telle
démarche est cohérente. Elle est notamment dans la continuité des prises de positions du Mouvement pour
écarter d'une municipalité d'autres anti-nationalistes,
comme Jean-Claude Bonnacorsi à San Niculau en 1998,
Dominique Bucchini à Sartè en 2001 ou, plus récemment,
pour empêcher Ange Santini, après ses appels à la
répression, d'être sénateur en 2005. De plus, le
positionnement de CNI Bastia est dans la continuité de
celui d'Unione Naziunale à l'Assemblée de Corse lorsqu'il
avait déjà fallu s'opposer, en 2004, à Zuccarelli pour qu'il
n'obtienne pas la présidence de la CTC. Enfin, il est en
conformité avec la déclaration d'Unione pè una
soluzione pulitica qui, quelques jours avant le 2e tour, a
appelé à faire explicitement barrage à Zuccarelli. A ce
titre, il est dommage que quelques responsables bastiais
aient préféré se réfugier dans l'abstention plutôt que de
suivre les consignes de la démarche pour laquelle ils ont
été investit aux élections…
Et puis, d'une manière générale, de telles pratiques ne
sont d'ailleurs pas étrangères en France même, puisqu'en
2002 une mobilisation Gauche-Droite a permis d'écarter
le FN et Le Pen lors du 2e tour de la présidentielle. Alors
Emile Zuccarelli à Bastia… !
Ainsi, les nationalistes ont largement contribué à l'élan
populaire en participant à cet attentat démocratique et
public contre le national réactionnaire français Emile
Zuccarelli. D'ailleurs, quelques minutes après les résultats,
transpirant, haletant et la mine déconfite, il s'en
prenait aux nationalistes avec véhémence, car il avait
parfaitement compris quelle était l'origine de sa défaite.
Il a cherché, maladroitement, à mettre en accusation le
Mouvement en se faisant passer pour une victime des
nationalistes, oubliant au passage sa victoire inespérée
en 1993 face à Baggioni ou sa volonté, en 1995, de
mettre en place une liste large de gestion
municipale….Mais bon, le passé est le passé. Place au
présent donc, et à sa défaite en l'occurrence.
Avec 46% des suffrages, Emile Zuccarelli à pris un sévère
coup de bâton sur la tête et gageons que celui-ci soit le
premier d'une série qui permettra demain de mettre un
terme définitif à son pouvoir. Bastia et la Corse en ont
assez de ce règne dynastique et souhaitent plutôt une
véritable solution politique, porteuse d'avenir, de
développement et de paix, que l'éclosion d'un futur Jean
II. Par ailleurs, on peut souhaiter que sa défaite sera de
nature, au sein du PRG, à favoriser le retour d'une
sensibilité progressiste, muselée depuis le référendum
de 2003.
Ce dimanche 17 juin, les nationalistes ont donc pris toutes
leurs responsabilités et démontré qu'ils étaient
encore incontournables et bien présents au centre de
l'échiquier politique. Les bons scores obtenus au 1er tour
des législatives sont également là pour le rappeler et
cela doit être reçu cinq sur cinq à Paris.
Battì Lucciardi
Zuccarellate :
- Emile Zuccarelli, le soir du premier tour des
élections législatives :
" Les abstentionnistes, nous irons les chercher dans
leur trou ! "
Dans leur trou à rat, sans doute… En tout cas, cela
montre la considération de Monsieur Zuccarelli pour
les citoyens bastiais, abstentionnistes ou pas !
- Le même Emile Zuccarelli, le soir du second tour :
" Si j'ai perdu, c'est à cause de mes adversaires ! "
Ah bon ? Sans blague ? Ils ne vous ont pas aidé, vos
adversaires ? Les salauds !
- Madame Zuccarelli, le soir du second tour dans les
locaux de RCFM, entendant se rapprocher les
klaxons du convoi de Sauveur Gandolfi-Scheit :
" Viens Emile, nous n'avons plus rien à faire dans ce
pays ! "
C'est vrai, çà ! À quoi bon rester dans une ville où
l'on n'est même pas député ? À propos, la Corse c'est
bien un pays ? Intéressant…
La suite au prochain numéro !